Recueil des lettres missives de Henri IV/1577/4 novembre ― À messieurs de l’esglise reformée de Pamiers

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1577. — 4 novembre.

Orig. – Arch. du capitole de Toulouse. Copie transmise par M. Belhomme, archiviste, correspondant du ministère de l’Instruction publique.


À MESSRS DE L’ESGLISE REFORMÉE DE PAMIERS.

Messrs, Puisqu’il a pleu à Dieu nous donner la paix si necessaire, c’est nostre debvoir d’apporter droicte affection à l’establissement d’icelle, l’entretenir avec sincerité, et ne commectre ceste faulte par nos desportemens qu’on nous puisse justement donner le tort et le blasme de l’avoir enfrincte ou violée[1]. Ce qui me fait vous escrire la presente, à ce que vous vous disposés et prenés bien bonne resolution de vous reunir tous ensemble tant de l’une que de l’aultre religion, en une bonne paix, unyon et concorde, deposant toutes aigreurs et animositez, et par ce moyen arrester le cours de tant de miseres et calamitez publiques, que nos dissentions continuelles et discordes civiles attirent avec soy. Et pour mieux y parvenir, suivant l’advis que j’ay eu de mon cousin monsr le mareschal de Dampville et de messrs du parlement et de la ville de Tholoze et d’ailleurs, du peu d’acheminement qu’il y a encores au bas Languedoc aux establissemens de la paix, il m’a semblé que le meilleur moyen pour effectuer ce qui y est requis estoit de commectre personnages bien qualifiez et amateurs du repos commun, choisis d’une part et d’aultre, lesquels se transportent sur les lieux pour proceder doulcement et d’un commun accord aux dicts establissemens de paix. Et à ceste fin j’envoye une commission au sr de St Romain[2], ou, s'il n’y peut vacquer, à aultre qui sera choisy en sa place, comme aussi mon dict cousin y commectra aultre personnage suffisant et paisible, pour conjoinctement et reciproquement si bien rajuster et accommoder toutes choses suivant l’edict de pacification, que par cy apres les plainctes du peu d’observation d’icelle cessent d’une part et d’aultre. A quoy je vous prie, d’aultant que vous aimés le service de Dieu qui est aucteur et amateur de paix, ensemble le bien et repos des Royaumes, de vous y disposer et employer de cœur et d’affection. Ce que m’asseurant que vous ferés, je ne vous en diray davantage, si ce n’est pour prier Dieu vous tenir, Messrs, en sa saincte et digne garde. De Nerac, ce ive novembre 1577.

Vostre bon et asseuré amy,
HENRY.


  1. « Les consistoriaux, dit Mézeray, qui avoient plus d'opiniastreté que de connoissance, eurent peine à consentir. » (Abrégé chronologique, 1577.)
  2. Claude Motier de la Fayette, baron de Saint-Romain, de Maffliers, seigneur de Mousson, de Berthemon et de la Mallemaison, fils de François Motier de la Fayette et de Madeleine Sanguin de Meudon, était gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, chevalier de son ordre et lieutenant d’une compagnie de gendarmes des ordonnances. Il mourut en 1584. (B. R. cabinet généalogique, titres manuscrits, au mot la Fayette ; – Et le P. Anselme, Hist. de la maison de France.)