Mozilla.svg

Recueil des lettres missives de Henri IV/1579/12 février ― À monsieur Forget

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche



1579. — 12 février.

Orig. – Communiqué, au nom de la famille Forget de Fresne, par M. le chevalier Artaud de Montor, membre de l’Institut.


À MONSR FORGET,

CONSEILLER ET SECRETAIRE DES FINANCES DU ROY MON SEIGNEUR.

Monsr Forget, J’escris au Roy mon seigneur, et à monsr le garde des sceaux que, estant advenu, il y a quatre ou cinq ans, que les srs de Sarazet, capitaine Liger, Fez, du Mont-de-Marsan, et aultres, par l’intelligence du feu baron d’Aros[1], prirent quelques quantités de safrans, que aucuns marchans estrangers faisoient conduire et passer par mon païs de Bigorre, j’ay depuis advoué la dicte prise comme faicte par mon commandement. De quoy les lettres d’adveu que j’ay faict expédier, il y a environ deux ans, peuvent faire foy suivant la permission qu’il a pleu au Roy mon seigneur me faire par ses edicts derniers de pacification, afin d’assoupir beaucoup de telles et semblables recherches, poursuictes et procés, qui ne pouvoient sinon alterer le repos de ses sujetz, entretenir entr’eux les divisions et querelles que Sa Majesté a, selon sa prudence accoustumée, trouvé bon d’assoupir et ensepvelir par une oubliance reciproque et generale. Et neantmoins, au prejudice de ses edictz de pacification et de mon dict adveu, aulcuns ont trouvé moyen de faire ordonner au conseil privé du Roy mon dict seigneur, que le dict Fez, mon subject au Mont-de-Marsan, et allié de mes principaux serviteurs, seroit mené prisonnier au Grand-Conseil avec deffense à ceux de la chambre establie à Agen, où il a desja eu six arrets, qui sont ses juges, suivant le dernier edict de pacification, d’en prendre congnoissance : qui est ouvertement renverser iceluy edict contre la volonté de Sadicte Majesté, laquelle n’a entendu attribuer jurisdiction au dict Grand-Conseil et l’oster aux chambres par elle establies pour ceulx de la Religion. Et parce que je desire gratifier ceux à qui ce faict touche et leur estre aidant en tout ce que je pourray, et entre aultres le sieur de Revignan[2], dont le dit Fez, du Mont de Marsan, est beau-frère, je vous prie vous employer en ce faict comme en mes propres affaires. Ce que m’asseurant que vous ferez, je ne vous en diray davantage, si ce n’est pour prier Dieu vous tenir, Monsr Forget, en sa saincte et digne garde.

De Nerac, ce xije jour de febvrier 1579.

Vostre meilleur maistre et amy,
HENRY.


  1. Bernard, baron d’Arros, d’une famille de Béarn célèbre pour sa fidélité et son dévouement à ses princes, nommé par Jeanne d’Albret, en 1569, vice-roi de Navarre et gouverneur de Béarn, charge qu’il avait quittée alors. Dès 1575 « il demande lui-même un successeur : le roi nomma, pour le remplacer, Henri d’Albret, baron de Miossens ; mais d’Arros conserva toujours la première place dans le conseil privé, dans l’estime publique et dans la faveur du roi. » (Essais historiques sur le Béarn, par M. Faget de Baure, livre V, chap. III.) La baronnie d’Arros passa, après la mort de Bernard, dans la maison de Gontaut, par le mariage d’Élisabeth, sa fille unique, avec Pierre de Gontaut.
  2. M. de Ravignan était premier président du conseil du roi de Navarre à Pau.