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Recueil des lettres missives de Henri IV/1579/26 décembre ― Au roy, mon souverain seigneur

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1579. — 26 décembre

Orig. – B. R. Fonds Béthune, Ms. 8833, fol. 38 recto.


AU ROY, MON SOUVERAIN SEIGNEUR.

Monseigneur, J’ay, ces jours passez, à la priere et requeste des habitans de la ville de Perigueux, commis au gouvernement d’icelle le baron de Salignac au lieu et en la place du sr de Vivans[1] ; estimant que l’aurés plus agreable que un aultre, comme la Royne vostre mere l’a desclaré, et que, pour estre du pays, estimé par la noblesse et les catholiques mesmes, gentilhomme d’honneur et de vertu, il se sçaura dignement et avec toute doulceur acquitter d’une telle charge, laquelle neantmoins il a cy devant refusée, et s’en est voulu excuser. Toutesfois j’ay tant faict qu’il l’a acceptée. Estant desliberé se rendre dans peu de jours en dicte ville, pour y faire restablir le siege de la justice, et rentrer les catholiques qui en sont absens. Mais d’aultant qu’il luy conviendra faire de la despence, et qu’il ne sçauroit s’y maintenir sans grands frais, m’ayant demandé appointemens, je l’ay remis à ce qu’il vous plaira en ordonner ; et vous en ay bien voulu escrire la presente, pour vous supplier tres humblement, Monseigneur, luy pourveoir sur ce, selon que sa qualité et telle charge meritent ; aultrement il ne peut y entrer, comme il m’a desclaré. Et du tant qu’en y laissant entrer les catholiques, qui sont pour le moins mille ou douze cens personnes, la force qui y est du present, qui n’est que de soixante six soldats, est foible ; il ne pourroit y estre en telle seureté qu’il convient, s’il ne vous plaisoit luy parfaire jusques au nombre de cent, qui n’est que trente de creue. En quoy me semble qu’il a trés grande et aparente raison, tant pour ce que le nombre de ceulx des habitans sera plus grand, que pour ce qu’il les descharge de toute garde, comme j’estime que c’est pour le mieulx, et pour eviter à toutes querelles et divisions. J’espere, Monseigneur, que recepvrés contentement de son service. Qui faict que je redoubleray ceste trés humble requeste, que ce soit vostre bon plaisir luy accorder son dict appointement et la dicte creue de trente soldats. Et sur ce, aprés vous avoir trés humblement baisé les mains, je prieray Dieu, Monseigneur, vous donner, en trés parfaicte santé, trés longue et trés heureuse vie. De Nerac, ce xxvje de decembre 1579.

Vostre trés humble et trés obeissant subject
et serviteur,

HENRY.


Monseigneur, Laborie, lieuctenant criminel de Perigueux, qui est catholique, et qui a esté fort ruiné par les guerres, a affaire à Vostre Majesté pour son particulier. Je la supplie trés humblement de l’avoir pour recommandé, d’aultant mesme qu’il est employé à remettre et retablir les catholiques selon vostre intention.


  1. Dans les Mémoires historiques sur les exploits de Geoffroy de Vivans, conservés en manuscrit à la bibliothèque du Roi, il n’est pas question de cette nomination du baron de Salignac en la place du sieur de Vivans. La rupture de la paix fut bientôt manifeste ; et nous voyons, le 1er mai 1580, le roi de Navarre donner à M. de Vivans une commission confirmative de la première qui l’avait constitué, le 8 février 1579, gouverneur des comté de Périgord et vicomte de Limousin, la ville de Bergerac exceptée.