Recueil des lettres missives de Henri IV/1582/6 mars ― À messieurs les syndics et conseil de la ville de Genève

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1582. — 6 mars. — Ire.

Orig. — Arch. du canton de Genève. Copie transmise par M. Rigaud, premier syndic, et par M. L. Sordet, archiviste.


À MESSIEURS LES SYNDICS ET CONSEIL DE LA VILLE DE GENEVE.

Messieurs, Je n’ay aulcunement diminué l’amityé et bien-vueillance que j’ay tousjours desiré vous rendre pour tant de bons et favorables offices que les Eglises de ce royaulme et moy particulierement avons receu de vous ; ains plus tost vouldrois-je avoir moyen de vous en donner, de plus en plus, certain tesmoignage par effects, et non seulement en celuy duquel m’escrivez, mais en toutes aultres occasions, estant bien marry que je ne vous puis, pour le regard de ceste levée qui s’est nagueres faicte en Bourgongne, donner le contentement que desirez, ny justement revocquer l’assignation que j’ay donnée à ceulx qui ont advancé de leur bource les frais de la levée, despendu en plusieurs voyages et sollicitations, et tenu homme exprés par delà, depuis le moys d’octobre ; aussy qu’une partie des dicts deniers est destinée pour le sr de la Noue[1], auquel je m’asseure ne vouldriez faire prejudice. Je ne me suis aultrement reservé la dicte generalité de Bourgongne que pour l’assignation de dix sept mil livres, qui me fut ordonnée à Montaulban. S’il y a moyen d’y continuer la vostre, je seray bien ayse qu’on y procede de mesme pied. Mais si le temps, la necessité ou pauvreté des dictes esglises ne le permect, advisez, Messrs, de prendre vostre commodité en tel aultre endroict qui vous sera plus proche en main, et je ne fauldray de vous y prester toute la faveur et auctorité qui est en moy. Vous verrez par le memoire que je vous envoie, le chemin qu’il y faut tenir. J’en escris ainsi à Pajet ; qui me gardera vous faire ceste plus longue, que pour vous prier faire tousjours certain estat de moy, et à Dieu, Messrs, qu’il vous ait en sa trez saincte et digne garde. De St Jehan d’Angely, le vje jour de mars 1582.

Vostre bien affectionné et parfaict amy,


HENRY.


  1. La prise du brave la Noue avait suivi de près celle du vicomte de Turenne. Il était tombé entre les mains des Espagnols auprès de Lille, au mois de juin 1581. La recommandation du roi de Navarre fut encore moins efficace pour lui que pour Turenne ; car il resta prisonnier quatre ans entiers, n’ayant été délivré qu’au mois de juin 1585, où il fut échangé contre le comte d’Egmont, après avoir souffert de la vengeance espagnole les plus indignes traitements. Voyez la Vie de François, seigneur de la Noue, par Amirault. Leyde, J. Elsevier, 1661, 1 vol. in-4o