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Recueil des lettres missives de Henri IV/1584/12 janvier ― À messieurs de la chambre de Guyenne

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[1584. — 12 janvier.] — Ire.

Cop. — B. R. Suppl. fr. Ms. 1009-4.

Imprimé. — Mémoires de messire Philippes de Mornay, t. I, p. 294, édition de 1624, in-4°.


À MESSRS DE LA CHAMBRE DE GUYENNE.

[1] Messrs, Je me suis tousjours grandement loüé de vostre integrité et justice, et n’ay eu seulement regret que de ne la voir autant authorisée et fortifiée qu’il eust bien esté besoin. Vous sçavés que le but de vostre venuë par decà a esté proprement l’affermissement de la paix, aïant tres-bien consideré Sa Majesté, qu’il dependoit principalement d’une bonne et droitte justice. Et oultre ce qu’on ne la pouvoit attendre aultre de vostre reputation, plusieurs l’ont receüe telle en effet de vous. Mais, Messrs, il fault que je me plaigne à vous que le public ne s’en est pas jusques icy ressenti, comme il eust esté necessaire pour le bien de la paix, encores que l’object fust devant vos yeulx, pour le vous ramentevoir à toute heure. Qui faict penser à plusieurs que vos bons mouvemens n’ont esté si libres qu’il eust esté à souhaitter. L’edict de paix requeroit que l’exercice de la religion reformée fust remis en la ville de Perigueux ; aussi que les autheurs et complices de l’infraction de paix, faicte en la surprise de ladicte ville, fussent punis selon les rigueurs contenues au dict edict ; et souvent je vous en ay escript en conformité des edicts du Roy mon seigneur, et des depesches qu’il luy en a pleu expedier par diverses fois. Cependant, Messrs, il n’a esté aulcunement touché ny à l’un ny à l’autre. Au contraire les povres habitants de la Religion sont privés de tout exercice, et les coupables se pourmenent devant vos yeux, comme si le crime avoit entrepris, en vos personnes, de triompher de la justice.

Messrs, vous en sçavés assés la consequence, sans que je la vous die. Il importe grandement au repos de ce Royaume, à l’establissement de la paix, et, je diray encor, à la reputation d’une si honorable compagnie, que vous laissiés en la ville de vostre seance, aprés une si longue demeure, quelque trace remarquable d’une vraye et effectuelle paix, et quelque exemple notable contre les infracteurs et violateurs d’icelle ; et pour l’honneur que je porte à la justice, et mesme à vos dignités, je serois marry que par quelque occasion ceste loüange vous fust destournée. Je vous prie donc, pour l’interest public, qui principale1nent vous a appelés en ce païs, d’y vouloir mettre la main à bon escient, premier que partir ; mesmes maintenant qu’il a pleu au Roy mon seigneur me declarer, par le retour du sr de Clervant, qu’il vouloit et entendoit que son edict fust pleinement executé, nommeement en ce qui concerne ladite ville de Perigueux, qui depend en partie de vostre authorité ; sinon, Messrs, je voi par vostre departement toute esperance retranchée de voir sa volonté effectuée en cest endroict, dont plusieurs prendront occasion de nouvelles defiances, au lieu que nous sommes en la saison que chascun se doit travailler à les lever. Au reste, Messrs, je n’ay rien plus desiré, comme vous sçavés, que de vous voir en ce païs de Guyenne, afin que vissiés plus clair en mes actions, que je tascheray tousjours, de tout mon pouvoir, d’approuver à une si notable compagnie. Et vous m’estes tesmoins de l’affection que j’ay apportée touttes foys que m’avés requis de tenir la main à la justice.

Plus vostre seance eust peu estre prés de moy, et plus ce m’eust esté de contentement et de bien, sçachant bien, veu vostre integrité, que ce m’eust esté autant de rempart contre la calomnie. Mais puisqu’il plaist au Roy mon seigneur qu’elle se transporte à Xaintes, comme je voi par les lettres qu’avec les vostres vous m’avés envoïées par ce porteur, je vous prieray seulement de rechef de vouloir laisser une marque publique de vous à Perigueux, qui soit arrhe à vostre seance prochaine, du bien qu’elle leur porte : et pour fin prieray Dieu, Messrs, qu’il vous ait en sa saincte garde.


HENRY.


  1. En marge, dans l’édition de Mornay : « Dressée par M. du Plessis. »