Relation de ce qui s’est passé dans le pays des Hurons en l’année 1636/14

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Chapitre IX.

De la Feſte ſolennelle des Morts.


LA feſte des Morts eſt la ceremonie la plus celebre qui ſoit parmy les Hurons ; ils luy donnent le nom de feſtin, d’autant que, comme ie diray tout maintenant, les corps eſtans tirez des Cimetieres, chaque Capitaine fait vn feſtin des ames dans ſon Village : le plus conſiderable & le plus magnifique eſt celuy du Maiſtre de la Feſte, qui eſt pour cette raiſon appellé par excellence le Maiſtre du feſtin.

Cette Feſte eſt toute pleine de ceremonies, mais vous diriez que la principale eſt celle de la chaudiere, cette-cy étouffe toutes les autres, & on ne parle quaſi de la feſte des Morts, meſmes dans les Conſeils les plus ſerieux, que ſous le nom de chaudiere : ils y approprient tous les termes de cuiſine ; de ſorte que pour dire auancer au retarder la feſte des Morts, ils diront détiſer, au attiſer le feu deſſous la chaudiere : & quand on eſt ſur ces termes, qui diroit la chaudiere eſt renuerſée, ce ſeroit à dire, il n’y aura point de feſte des Morts.

Or il n’y a d’ordinaire qu’vne ſeule feſte dans chaque Nation ; tous les corps ſe mettent en vne meſme folie : ie dis d’ordinaire, car cette année que c’eſt faite la feſte des Morts, la chaudiere a eſté diuiſée & cinq Villages de cette pointe où nous ſommes ont fait bande à part, & ont mis leurs morts dans vne foſſe particuliere. Celuy qui eſtoit Capitaine de la feſte precedente, & qui eſt comme le Chef de cette pointe, a pris pour pretexte que ſa chaudiere & ſon feſtin auoit eſte gaſté, & qu’il eſtoit obligé d’en refaire vn autre : mais en effet ce n’eſtoit qu’vn pretexte ; la principale cauſe de ce diuorce eſt que les groſſes teſtes de ce Village ſe plaignent il y a long temps de ce que les autres tirent tout à eux ; qu’ils n’entrent pas comme ils voudroient bien dans la cognoiſſance des affaires du Païs, & qu’on ne les appelle pas aux Conſeils les plus ſecrets & les plus importans, & au partage des preſens. Cette diuiſion a eſté ſuiuie de défiance de part & d’autre ; Dieu vueille qu’elle n’apporte point d’empeſchement à la publication du ſainct Euangile : mais il faut que ie touche briefuement l’ordre & les circonſtances de cette feſte, & que ie finiſſe.

Les douze ans ou enuiron eſtant expirez, les Anciens & les Notables du Pays s’aſſemblent pour deliberer preciſément de la ſaiſon en laquelle ſe fera la feſte, au contentement de tout le Païs, & des Nations eſtrangeres qui y ſeront inuitées. La reſolution priſe, comme tous les corps ſe doiuent tranſporter au Village ou eſt la foſſe commune, chaque famille donne ordre à ſes morts, mais auec vn ſoin & vne aſſection qui ne ſe peut dire : s’ils ont des parens morts en quelque endroit du Païs que ce ſoit, ils n’épargnent point leur peine pour les aller querir : ils les enleuent des Cimetieres, les chargent ſur leurs propres épaules, & les couurent des plus belles robes qu’ils ayent. Dans chaque Village ils choiſiſſent vn beau iour, ſe tranſportent au Cimetiere, ou chacun de ceux qu’ils appellent, Aihconde, qui ont eu ſoin de la ſepulture, tirent les corps du tombeau en preſence des parens qui renouuellent leurs pleurs, & entrent dans les premiers ſentimens qu’ils auoient le iour des funerailles. Ie me trouuay a ce ſpectacle, & y inuitay volontiers tous nos domeſtiques ; car ie ne penſe pas qu’il ſe puiſſe voir au monde vne plus viue image & vne plus parfaite repreſentation de ce que c’eſt que l’homme. Il eſt vray qu’en France nos Cimetieres preſchent puiſſamment, & que tous ces os entaſſez les vns ſur les autres ſans diſcretion des pauures d’auec les riches, ou des petits d’auec les grands, ſont autant de voix qui nous crient continuellement la penſée de la mort, la vanité des choſes du monde, & le mépris de la vie preſente : mais il me ſemble que ce que font nos Sauuages à cette occaſion touche encor dauantage, & nous fait voir de plus prés, & apprehender plus ſenſiblement noſtre miſere. Car apres auoir fait ouuerture des tombeaux, ils vous étallent ſur la place toutes ces Carcaſſes, & les laiſſent aſſez long temps ainſi découuertes, donnant tout loiſir aux ſpectateurs d’apprendre vne bonne fois ce qu’ils ſeront quelque iour. Les vnes ſont toutes decharnées, & n’ont qu’vn parchemin ſur les os ; les autres ne ſont que comme recuites & boucannées, ſans monſtrer quaſi aucune apparence de pourriture ; & les autres ſont encor toutes grouillantes de vers. Les parens s’eſtant ſuffiſamment contentez de cette veuë, les couurent de belles robes de Caſtor toutes neufues : en fin au bout de quelque temps ils les décharnent, & en enleuent la peau & la chair qu’ils iettent dans le feu auec les robes & les nattes dont ils ont eſté enſeuelis. Pour les corps entiers de ceux qui ſont nouuellement morts, ils les laiſſent en meſme eſtat, & ſe contentent ſeulement de les couurir de robes neufues. Ils ne toucherent qu’à vn Vieillard dont i’ay parle cy-deuant, qui eſtoit mort cette Automne au retour de la peſche : ce gros corps n’auoit commencé à ſe pourrir que depuis vn mois à l’occaſion des premieres chaleurs du Printemps ; les vers ſourmilloient de toutes parts, & le pus & l’ordure qui en ſortoit rendoit vne puanteur preſque intolerable ; cependant ils eurent bien le courage de le tirer de la robbe ou il eſtoit enueloppé, le nettoyerent le mieux qu’ils peurent, le prirent à belles mains, & le mirent dans vne natte, & vne robbe toute neufue, & tout cela ſans faire paroiſtre aucune horreur de cette pourriture. Ne voila pas vn bel exemple pour animer les Chreſtiens, qui doiuent auoir des penſées bien plus releuées, aux actions de charité, & aux œuvres de miſericorde enuers le prochain. Apres cela qui aura horreur de la puanteur d’vn Hoſpital, & qui ne prendra vn ſingulier plaiſir de ſe voir aux pieds d’vn malade tout couuert de playes, dans la perſonne duquel il conſidere le Fils de Dieu. Comme ils eſtoient à décharner toutes ces carcaſſes, ils trouuerent dans le corps de deux vne eſpece de ſort, l’vn que ie vis de mes yeux eſtoit vn œuf de Tortuë auec vne courroye de cuir ; & l’autre que nos Peres manierent eſtoit vne petite Tortue de la groſſeur d’vne noix ; ce qui fit croire qu’ils auoient eſté enſorcelez, & qu’il y auoit des Sorciers en noſtre Village ; d’où vint la reſolution à quelques-vns de le quitter au pluſtoſt : en effet deux ou trois iours apres vn des plus riches, craignant qu’il ne luy arriuaſt quelque malheur, tranſporta ſa Cabane à deux lieues de nous au Village d’Arontaen.

Or les os eſtans bien nettoyez, ils les mirent partie dans des ſacs, partie en des robbes, les chargerent ſur leurs épaules, & couurirent ces pacquets d’vne autre belle robbe pendante. Pour les corps entiers, ils les mirent ſur vne eſpece de brãcart, & les porterent auec tous les autres chacun en ſa Cabane, où chaque famille fit vn feſtin à ſes morts.

Retournant de ceſte feſte auec vn Capitaine qui a l’eſprit fort bon, & eſt pour eſtre quelque iour bien auant dans les affaires du Pays, ie luy demanday pourquoy ils appelloient les os des morts Atisken. Il me répondit du meilleur ſens qu’il euſt, & ie recueilly de ſon diſcours, que pluſieurs s’imaginent que nous auons deux ames, toutes deux diuiſibles & materielles, & cependant toutes deux raiſonnables ; l’vne ſe ſepare du corps à la mort, & demeure neantmoins dans le Cimetiere iuſques à la feſte des Morts, apres laquelle, ou elle ſe change en Tourterelle, ou ſelon la plus commune opinion, elle s’en va droit au village des ames. L’autre eſt comme attachée au corps & informe, pour ainſi dire, le cadaure, & demeure en la foſſe des morts, apres la feſte, & n’en fort iamais, ſi ce n’eſt que quelqu’vn l’enfante de rechef. Il m’apporta pour preuue de cette metempſychoſe, la parfaite reſſemblance qu’ont quelques-vns auec quelques perſonnes defuntes ; Voila vne belle Philoſophie. Tant y a, que voila pourquoy ils appellent les os des morts, Atisken, les ames.

Vn iour ou deux auparauant que de partir pour la feſte, ils porterẽt toutes ces ames dans vne des plus grandes Cabanes du Village, où elles furent vne partie attachées aux perches de la Cabane, & l’autre eſtallée par la Cabane, & le Capitaine les traita, & leur fit vn feſtin magnifique au nom d’vn Capitaine defunct, dont il porte le nom. Ie me trouuay à ce feſtin des ames, & y remarquay quatre choſes particulieres. Premierement, les preſens que faiſoient les parens pour la feſte qui conſiſtoient en robbes, colliers de Pourcelaine, & chaudieres, eſtoient étendus ſur des perches tout le long de la Cabane, de part & d’autre. Secondement, le Capitaine chanta la chanſon du Capitaine defunct, ſelon le deſir que luy meſme auoit témoigné auant ſa mort, qu’elle fuſt chantée en cette occaſion. Tiercement, tous les conuiez eurent la liberté de ſe faire part les vns aux autres de ce qu’ils auoient de bon, & meſmes d’en emporter chez eux contre la couſtume des feſtins ordinaires. Quatrieſmement, à la fin du feſtin pour tout compliment à celuy qui les auoit traitez, ils imiterent, comme ils diſent le cry des ames, & ſortirent de la Cabane en criant haéé, haé.

Le maiſtre du feſtin, & meſme Angenkhiondic, Capitaine general de tout le Païs, nous enuoya inuiter pluſieurs fois auec beaucoup d’inſtance. Vous euſſiez dit que la feſte n’euſt pas eſté bonne ſans nous. I’y enuoyay deux de nos Peres quelques iours auparauant pour voir les preparatifs, & ſçauoir au vray le iour de la feſte. Angenkhiondic leur fit tres-bon accueil, & à leur depart les conduiſit luy-meſme à vn quart de lieuë de là où eſtoit la foſſe, & leur monſtra auec grand témoignage d’aſſection tout l’appareil de la feſte.

La feſte ſe deuoit faire le Samedy de la Pentecoſte ; mais quelques affaires qui ſuruindrent, & l’incertitude du temps la fit remettre au Lundy. Les ſept ou huict iours de deuant la feſte ſe paſſerent à aſſembler, tant les ames, que les Eſtrangers, qui y furent inuitez ; cependant depuis le matin iuſques au ſoir, ce n’eſtoit que largeſſe que faiſoient les viuans à la ieuneſſe en conſideration des defuncts. D’vn coſté les femmes tiroient de l’arc à qui auroit le prix, qui eſtoit quelque ceinture de Porc-épic, ou quelque collier, ou chaiſne de Pourcelaine ; de l’autre coſté en pluſieurs endroits du Village les ieunes hommes tiroient au baſton à qui l’emporteroit. Le prix de cette victoire eſtoit vne hache, quelques couſteaux, ou meſme vne robbe de Caſtor. De iour à autre arriuoient les ames. Il y a du contentement de voir ces conuois, qui ſont quelquefois de deux & trois cens perſonnes ; chacun porte ſes ames ; c’eſt à dire, ſes oſſemens empacquetez ſur ſon dos, à la façon que i’ay dit, ſouz vne belle robbe. Quelques-vns auoient accommodé leurs pacquets en figure d’homme ornez de colliers de Pourcelaine, auec vne belle guirlande de grand poil rouge. A la ſortie de leur Village, toute la troupe crioit haéé, haé & reïteroient ce cry des ames par le chemin. Ce cry, diſent ils, les ſoulage grandement ; autrement ce fardeau, quoy que d’ames, leur peſeroit bien fort ſur le dos, & leur cauſeroit vn mal de coſté pour toute leur vie. Ils vont à petites iournées ; noſtre Village fut trois iours à faire quatre lieues, & à aller à Oſſoſſané, que nous appellons la Rochelle, où ſe deuoient faire toutes les ceremonies. Auſſi-toſt qu’ils arriuent aupres de quelque Village, ils crient encor leur haéé, haé. Tout le Village leur vient au deuant, il ſe fait encor à cette occaſion force largeſſes. Chacun à ſon rendez vous dans quelqu’vne des Cabanes, tous ſçauent où ils doiuent loger leurs ames ; cela ſe fait ſans confuſion. En meſme temps les Capitaines tiennent Conſeil pour deliberer combiẽ de temps la troupe ſeiournera dans le Village.

Toutes les ames de huict ou neuf Villages, s’eſtoient rendus à la Rochelle dés le Samedy de la Pentecoſte ; mais la crainte du mauuais temps obligea, comme i’ay dit, de remettre la ceremonie au Lundy. Nous eſtions logez à vn quart de lieue de là, au vieux Village dans vne Cabane, où il y auoit bien cent ames penduës & attachées à des perches, dont quelques vnes ſentoient vn peu plus fort que le muſq.

Le Lundy ſur le midy, on vint auertir qu’on ſe tinſt preſt, qu’on alloit commencer la ceremonie ; on détache en meſme temps ces pacquets d’ames, les parens les déueloppent derechef pour dire les derniers adieux ; les pleurs recommencerent de nouueau. I’admiray la tendreſſe d’vne femme enuers ſon pere, & ſes enfans ; elle eſt fille d’vn Capitaine, qui eſt mort fort âgé, & a eſté autrefois fort cõfiderable dãs le Pays ; elle luy peignoit ſa cheuelure elle manioit ſes os les vns apres les autres, auec la meſme affectiõ que ſi elle luy euſt voulu rendre la vie ; elle luy mit aupres de luy ſon Atſatoneȣai, c’eſt à dire ſon pacquet de buchettes de Conſeil, qui ſont tous les liures & papiers du Pays. Pour ſes petits enfans elle leur mit des braſſelets de Pourcelaine & de raſſade aux bras, & baigna leurs os de ſes larmes ; on ne l’en pouuoit quaſi ſeparer, mais on preſſoit, & il fallut incontinent partir. Celuy qui portoit le corps de ce vieux Capitaine marchoit à la teſte, les hommes ſuiuoient, & puis les femmes, ils marchoient en cet ordre, iuſques à ce qu’ils arriuerent à la foſſe.

Voicy la diſpoſition de cette place, elle eſtoit enuiron de la grandeur de la place Royale à Paris. Il y auoit au milieu vne grande foſſe d’enuiron dix pieds de profondeur, & cinq braſſes de diametre ; tout autour vn échaffaut & vne eſpece de theatre, aſſez bien fait de neuf à dix braſſes de diamettre, & de dix à neuf pieds de hauteur ; au deſſus du theatre il y auoit quantite de perches dreſſées, & bien arrangées, & d’autres en trauers pour y pendre, & attacher tous ces pacquets d’ames. Les corps entiers comme ils deuoient eſtre mis au fond de la foſſe eſtoiẽt dés le iour precedent ſouz l’échaffaut, étendus ſur des écorces, ou des nattes dreſſées ſur des pieux de la hauteur d’vn homme aux enuirons de la foſſe.

Toute la Compagnie arriua auec ſes corps enuiron à vne heure apres Midy, & ſe departirent en diuers cantons, ſelon les familles & les Villages, & déchargerent à terre leurs paquets d’ames à peu pres comme on fait les pots de terre à ces Foires de Villages : ils déployerent auſſi leurs pacquets de robbes, & tous les preſens qu’ils auoiẽt apporté, & les étendirẽt ſur des perches, qui eſtoient de 5 à 600. toiſes d’étenduë ; auſſi y auoit il iuſques à douze cens preſens qui demeurerent ainſi en parade deux bonnes heures, pour donner loiſir aux Eſtrangers de voir les richeſſes & la magnificence du Païs. Ie ne trouuay pas que la Compagnie fuſt grãde comme ie m’eſtois figuré : s’il y auoit deux mille perſonnes c’eſtoit quaſi tout. Enuiron les trois heures chacun ſerra ſes pieces, & plia ſes robbes.

Sur ces entrefaites chaque Capitaine par ordre donna le ſignal, & tout incontinent chargez de leurs paquets d’ames courans comme à l’aſſaut d’vne ville, monterent ſur ce Theatre à la faueur des échelles qui eſtoient tout autour, & les pendirent aux perches : chaque Village y auoit ſon departement. Cela fait, on oſta toutes les échelles, & quelques Capitaines y demeurerent, & paſſerent tout le reſte de l’apreſdinée iuſques à ſept heures à publier des preſens qu’ils faiſoient au nom des defuncts à quelques perſonnes particulieres.

Voila, diſoient ils, ce qu’vn tel defunct donne à vn tel ſon parent. Enuiron les cinq à ſix heures ils pauerent le fond de la foſſe, & la borderẽt de belles grãdes robes neufues de dix Caſtors, en telle façon qu’elles s’eſtendoient plus d’vn pied au dehors de la foſſe. Comme ils preparoient les robbes qui deuoient eſtre employées à cet vſage, quelques-vns deſcendirent au fond, & en apporterent leurs mains pleines de ſable : ie m’enquis que vouloit dire cette ceremonie, & appris qu’ils ont cette creance que ce ſable les rend heureux au feu. De ces douze cens preſents, qui auoient eſté étallez ſur la place, quarante-huit robbes ſeruirent à pauer & border la foſſe, & chaque corps entier, outre la robbe dont il eſtoit enueloppé, en auoit encor vne, & quelques-vns iuſques à deux, dont ils furent couuerts. Voila tout ; de ſorte que ie ne penſe pas que chaque corps euſt la ſienne, l’vn portant l’autre, qui eſt bien le moins qu’il peuſt auoir pour ſa ſepulture ; car ce que ſont les draps & les linceux en France, ſont icy les robbes de Caſtor. Mais que deuient donc le reſte, ie le diray tout maintenant.

Sur les ſept heures ils deſcendoient les corps entiers dans la foſſe : nous euſmes toutes les peines du monde d’en aborder ; iamais rien ne m’a mieux figuré la confuſion qui eſt parmy les damnez. Vous euſſiez veu décharger de tous coſtez des corps à demy pourris, & de tous coſtez on entendoit vn horrible tintamarre de voix confuſes de perſonnes qui parloient & ne s’entendoient pas : dix ou douze eſtoient en la foſſe & les arrangeoient tout autour les vns aupres les autres. Ils mirent tout au beau milieu trois grandes chaudieres qui n’eſtoient bonnes que pour les ames ; l’vne eſtoit percée, l’autre n’auoit point d’anſe, & la troiſieme ne valloit gueres mieux : i’y vis fort peu de colliers de Pourcelaine ; il eſt vray qu’ils en mettent beaucoup dans les corps. Voila tout ce qui ſe fit cette iournée.

Tout le monde paſſa la nuit ſur la place, ils allumerent force feux, & firent chaudiere. Nous autres nous nous retiraſmes au vieux Village auec reſolution de retourner le lendemain au poinct du iour qu’ils deuoient ietter les os dans la foſſe ; mais nous ne peuſmes quaſi arriuer aſſez à temps, nonobſtant toute la diligence que nous apportaſmes, à raiſon d’vn accident qui arriua. Vne de ces ames qui n’eſtoit pas bien attachée, ou peut eſtre trop peſante pour la corde qui la portoit, tomba d’elle meſme en la foſſe : ce bruit éueilla la Compagnie, qui courut & monta incontinent à la ſoule ſur l’echaffaut, & vuida ſans ordre chaque paquet dans la foſſe, reſeruant neantmoins les robbes deſquelles elles eſtoient enueloppées. Nous ſortions pour lors du Village, mais le bruit eſtoit ſi grand, qu’il nous ſembloit quaſi que nous y eſtions. Approchans nous viſmes tout à fait vne image de l’Enſer : cette grande place eſtoit toute remplie de feux & de flammes, & l’air retentiſſoit de toutes parts des voix confuſes de ces Barbares : ce bruit neantmoins ceſſa pour quelque temps, & ſe mirent à chanter, mais d’vn ton ſi lamentable & ſi lugubre, qu’il nous repreſentoit l’horrible triſteſſe & l’abyſme du deſeſpoir, dans lequel ſont plongées pour iamais ces ames malheureuſes.

Tout eſtoit preſque ietté quand nous arriuaſmes, car cela ſe fit quaſi en vn tour de main ; chacun s’eſtoit preſſé, croyant qu’il n’y euſt pas aſſez de place pour toutes ces ames ; nous en viſmes neantmoins encore aſſez pour iuger du reſte. Ils eſtoient cinq ou ſix dans la foſſe auec des perches à arrãger ces os. La foſſe fut pleine à deux pieds prés : ils renuerferent par deſſus les robbes qui la débordoient tout autour, & couurirent tout le reſte de nattes, & d’écorces. Pour la foſſe ils la comblerent de ſable, de perches, & de pieux de bois qu’ils y ietterent ſans ordre. Quelques femmes y apporterẽt quelques plats de bled, & le meſme iour & les ſuiuants pluſieurs Cabanes du Village en fournirent des manes toutes pleines qui furent iettées ſur la foſſe.

Nous auons quinze ou vingt Chreſtiens enterrez auec ces Infideles, nous diſmes pour leurs ames vn De profundis : auec vne ferme eſperance, que ſi la diuine bonté n’arreſte le cours de ſes benedictions ſur ces Peuples, cette feſte ne ſe fera plus, ou ne fera que pour les Chreſtiens, & ſe fera auec des ceremonies auſſi ſainctes, que celles-là ſont ſottes & inutiles ; auſſi commencent-elles à leur eſtre à charge, pour les excez & dépenſes ſuperflues qui s’y font.

Toute la matinée ſe paſſa en largeſſes ; & la pluſ-part des robbes, dans leſquelles auoient eſté toutes ces ames, furent coupées par pieces, & iettées du haut du Theatre au milieu de l’aſſemblée à qui les emporteroit : c’eſtoit vn plaiſir quand ils ſe trouuoient deux ou trois ſur vne peau de Caſtor ; car pour s’accorder il falloit la couper en autant de pieces ; & ainſi ils ſe trouuoient quaſi les mains vuides, car ce lambeau ne valloit pas quaſi le ramaſſer. I’admiray icy l’induſtrie d’vn Sauuage, il ne ſe preſſoit pas bien fort pour courir apres ces pieces volantes ; mais comme il n’y a rien eu de ſi precieux cette année dans le Pays que le Petun, il en tenoit quelque morceau dans ſes mains, qu’il preſentoit incontinent à ceux qui diſputoient à qui auroit la peau, & en conuenoit ainſi à ſon profit.

Auant que de ſortir de la place, nous apprimes que la nuict qu’on auoit fait des preſens aux Nations eſtrangeres de la part du maiſtre du feſtin, on nous auoit auſſi nommez ; & de fait comme nous nous en allions Anenkhiondic, nous vint preſenter vne robbe neufue de dix Caſtors, en conſideration du collier, dont ie leur auois fait preſent en plain Conſeil, pour leur faire le chemin du ciel. Ils s’eſtoient trouuez ſi fort obligez de ce preſent, qu’ils en auoient voulu témoigner quelque recognoiſſance en vne ſi belle aſſemblée. Ie ne l’acceptay pas neantmoins, luy diſant, que comme nous ne leur auions fait ce preſent, que pour les porter à embraſſer noſtre foy, ils ne nous pouuoient obliger dauantage qu’en nous écoutant volontiers, & en croyant en celuy qui a tout fait. Il me demãda ce que ie deſirois donc qu’il fiſt de la robbe ; le luy repondis qu’il en diſpoſaſt comme bon luy ſembleroit, dequoy il demeura parfaitement ſatisfaict.

Pour le reſte des douze cens preſens, quarante huict robbes furent employées à parer la foſſe. Chaque corps entier emporta ſa robbe, & quelques-vns deux & trois. On en donna vingt au maiſtre du feſtin pour remercier les Nations qui auoient aſſiſté à la feſte. Les defuncts en diſtribuerent quantité, par les mains des Capitaines, à leurs amis viuans. Vne partie ne ſeruit que de parade, & fut retiré de ceux qui les auoient expoſées. Les Anciens, & les groſſes teſtes du Pays, qui en auoient l’adminiſtration & le maniment, en tirerent auſſi ſouz-main vne aſſez bonne quantité, & le reſte fut coupé en pieces, comme i’ay dit, & ietté par magnificence au milieu de l’aſſemblée. Cependant il n’y a que les riches qui ne perdent rien, ou fort peu, à cette feſte. Les medions, & les pauures y apportent, & y laiſſent ce qu’ils auoient de plus precieux, & ſouffrent beaucoup pour ne point paroiſtre moins que les autres en cette celebrité. Tout le monde ſe picque d’honneur.

Au reſte il ne s’en eſt preſque rien fallu, que nous n’ayons auſſi eſté de la feſte : des cet Hyuer le Capitaine Acnons, dont i’ay parlé cy-deuant, nous en vint faire ouuerture de la part des Anciens de tout le Païs. Pour lors la chaudiere n’eſtoit pas encor diuiſée. Il nous propoſa donc, ſi nous ſerions contens de leuer les corps des deux François, qui ſont morts en ce Pays, ſçauoir eſt de Guillaume Chaudron, & Eſtiéne Bruſlé, qui fut tué il y a quatre ans, & que leurs os fuſſent mis dãs la foſſe commune de leurs morts. Nous luy repondiſmes d’abord, que cela ne ſe pouuoit faire ; que cela nous eſtoit defendu, que comme ils auoient eſté baptiſez, & eſtoiẽt comme nous eſperions dans le ciel, nous reſpections trop leurs os pour permettre qu’ils fuſſent menez auec les os de ceux qui n’ont point eſte baptiſez ; & puis que ce n’eſtoit pas noſtre couſtume de releuer les corps.

Nous adiouſtaſmes neantmoins apres tout cela, que comme ils eſtoient enterrez dans les bois, & puis qu’ils le deſiroiet ſi fort, nous ſerions contens de leuer leurs os, à condition qu’ils nous accordaſſent de les mettre en vne foſſe particuliere auec les os de tous ceux que nous auions baptiſez dans le Pays.

Quatre raiſons principales nous porterent à leur faire cette réponſe. 1. Comme c’eſt le plus grand témoignage d’amité & d’alliance qu’ils ayent dans le Païs, nous leur accordions déja en ce point ce qu’ils ſouhaittoient, & faiſions paroiſtre par là, que nous deſirions les aymer comme nos freres, & viure & mourir auec eux. 2. Nous eſperions que Dieu en ſeroit glorifié, principalement, en ce que ſeparant par l’aueu de tout le Païs les corps des Chreſtiens, d’auec les corps des Infideles, il n’euſt pas eſté difficile par apres d’obtenir des particuliers que leurs Chreſtiens fuſſent enterrez en vn Cimetiere à part, que nous benirions pour cét effect. 3. Nous pretendions les enterrer auec toutes les ceremonies de l’Egliſe. 4. Les Anciens de leur propre mouuement deſiroient que nous y fiſſions dreſſer vne belle & magnifique Croix, comme ils nous témoignerent par apres plus particulierement. Ainſi la Croix euſſ eſté authoriſée de tout le Pays, & honorée en cette Barbarie, & ils n’euſſent eu garde par apres de luy imputer, comme ils ont fait par le paſſe, les malheurs qui leur arriueroient.

Ce Capitaine trouua noſtre propoſition fort raiſonnable, & les Anciens du Païs en demeurerent fort contens. Quelque temps apres la chaudiere fut diuiſée, & comme i’ay dit, cinq Villages de cette pointe où nous ſommes, ſe reſolurent de faire leur feſte à part.

Au Printemps il ſe fit vne Aſſemblée generale des Notables de tout le Païs, pour aduiſer à tout ce qui concernoit cette feſte, & pour taſcher d’oſter ce ſchiſme, & reünir la chaudiere. Ces eſprits mécontens s’y trouuerent : i’y fus auſſi inuité ; on me fit la meſme propoſition : ie reſpondis que nous en ſerions tres-contents, pourueu que cela ſe fiſt auec les conditions que nous auions demandé. On me fit inſtance ſur la diuiſion de la chaudiere, & me demanderent, puisqu’il y auoit deux chaudieres, c’eſt à dire deux foſſes, de quel coſé ie deſirois que fuſt noſtre foſſe particuliere. A cela ie leur fis reſponſe, pour n’offenſer perſonne, que ie remettois la choſe à leur iugement, qu’ils eſtoient bons & ſages, qu’ils y aduiſaſſent entre eux. Le Maiſtre du feſtin de la Rochelle dit la deſſus par condeſcendance, que pour luy il n’y pretendoit rien, & qu’il eſtoit content que l’autre, qui eſt le Chef de cette pointe, euſt de ſon coſté les corps de nos deux Francois. Celli-cy reſpondit qu’il ne pretendoit rien à celuy qui auoit eſré enterré à la Rochelle ; mais que pour le corps d’Eſtienne Bruſlé il luy appartenoit, que c’eiloit luy qui l’auoit embarqué & emmené en ce Païs : ainſi voila les corps diuiſez l’vn d’vn coſté, l’autre de l’autre. La deſſus quelqu’vn dit ſous main, qu’en effet il auoit droit de demander le corps d’Eſtienne Bruſlé, & qu’il eſtoit bien raiſonnable qu’ils rendiſſent quelque honneur à ſes os, puisqu’ils l’auoient tué. Cecy ne ſe peût dire ſi ſecrettement, que ce Capitaine n’en euſt le vent ; il diſſimula neantmoins ſur l’heure ſes ſentimens. Apres le Conſeil, comme nous eſtions deja ſortis, il releua cette reproche, & ſe prit bien fort de parole auec le Capitaine de la Rochelle ; & en fin ſe deporta entierement du corps de Bruſlé, pour ne point aigrir & enſanglanter dauantage cette playe, de laquelle ceux de cette pointe n’ont peu encor ſe purger.

Ce qui nous fit auſſi reſoudre à faire trouuer bon à ceux de la Rochelle, que nous ne touchaſſions ny à l’vn, ny à l’autre. Veritablement il ya dequoy admirer icy les ſecrets iugemens de Dieu ; car cét infame auſſi bien ne meritoit pas cet honneur ; & pour dire le vray nous euſſions eu aſſez de peine à nous reſoudre de faire à ſon occaſion vn Cimetiere particulier, & de tranſporter en Terre ſaincte vn corps qui a mené vne vie ſi ſcandaleuſe dans le Pays, & donné aux Sauuages vne ſi mauuaiſe impreſſion des mceurs des François. D’abord quelques-vns trouuerent mauuais que nous en demeuraſſions là, & s’en offenſerent, nous alleguant que cela eſtant, ils ne pourroient pas ſe vanter, comme ils eſperoient, aupres des Peuples eſtrangers d’eſtre parens des François ; autrement qu’on leur pourroit dire qu’il n’y auoit gueres d’apparence, puis que nous n’auons voulu mettre les os des noſtres auec les leurs ; par apres neantmoins ayant ouy toutes nos raiſons, ils iugerent que nous faiſions prudemment, & que c’eſtoit le vray moyen de nous maintenir en amitié les vns auec les autres.

Finiray-ie la preſente par cette ceremonie funebre ? Ouy, puis qu’elle eſt vne marque aſſez claire de l’eſperance d’vne vie future, que la nature ſemble nous fournir dans l’eſprit de ces Peuples, comme vn moyen tres-propre à leur faire gouſter les promeſſes de Ieſus-Chriſt. N’y a-t’il pas occaſion d’eſperer qu’ils le feront & au pluſtoſt. Certes i’oſeray bien aſſeurer que eû égard à ce qui paroiſt, nous auons dequoy fortifier nos courages, & dire ſur nos Hurons ce que ſainct Paul eſcriuoit aux Philippiens : Confidens hoc ipſum, quia qui cœpit in vobis opus bonum, perſiciet vſque in diem Chriſti Ieſu. Ces pauures gens ouurent les oreilles à ce que nous leur diſons du Royaume du Ciel, ils le trouuent fort raiſonnable, & n’oſent y contredire : ils apprehendent les iugemens de Dieu en l’autre vie, ils commencent à auoir recours auec nous à ſa bonté en leurs neceſſitez ; & Noſtre Seigneur ſemble les y fauoriſer par fois de quelque aſſiſtance particuliere. Ils procurent le Bapteſme à ceux qu’ils voyent en danger de mort : ils nous donnent leurs enfans pour eſtre inſtruits, iuſques à permettre qu’ils faſſent les trois cens lieues à cet effet, nonobſtant les tendres aſſections qu’ils ont pour eux ; ils ſe promettent de les ſuiure vn iour, & nous témoignent qu’ils ne nous donneroient pas des gages ſi precieux, s’ils n’auoient enuie de nous tenir parole. Vous diriez qu’ils ne s’attendent qu’à en voir vn d’entre eux qui franchiſſe le premier ce pas redoutable, & qui oſe aller contre la couſtume du Pays. C’eſt au reſte vn Peuple qui a ſa demeure arreſtée, iudicieux, capable de raiſon, & aſſez multiplié.

Ie fis mention l’an paſſé de douze Nations toutes ſedentaires & nombreuſes, qui entendent la langue de nos Hurons : & nos Hurons ſont en vingt Villages enuiron trente mille ames ; ſi le reſte eſt à proportion, en voila plus de trois cens mille de la ſeule langue Huronne. Dieu nous donne du credit parmy eux, nous y met en eſtime, & fait que nous y ſoyons aimez iuſques là, que nous ne ſçauons à qui entendre, tant vn chacun eſt aſpre à nous auoir. En verité nous ſerions bien ingrats à la grace de Dieu, ſi nous perdions courage parmy tout cela, & ne luy donnions le loiſir de porter ſon fruit en ſa ſaiſon.

Il eſt vray que i’ay quelque peu d’apprehenſion pour le temps auquel il faudra leur tenir vn langage nouueau ſur leurs mœurs, & leur apprendre à clouer leurs chairs, & les retenir dans l’honneſteté du Mariage, en retranchant les diſſolutions par la crainte des iugemens de Dieu ſur les luxurieux ; lors qu’il ſera question de leur dire en tout plein d’occaſions, Quoniam qui talia agunt regnum Dei non poßidebunt. I’ay peur qu’ils faſſent les retifs, quand on leur parlera de ſe reueſtir de Ieſus-Chriſt, de porter ſa liurée, & ſe diſtinguer en qualité de Chreſtiens d’auec ce qu’ils auront eſté auparauant, par vne vertu dont à peine cognoiſſent-ils le nom, quand on leur criera auec l’Apoſtre, C’eſt là la volonté de Dieu, voſtre ſanctification, qu’vn chacun ſçache conſeruer ſon corps comme un vaſe precieux en ſanctification & en honneur, & non en le laiſſant aller aux paßions de ſes deſirs comme les Gentils qui ne cognoiſſent point Dieu. Il eſt, dis-ie, bien à craindre qu’ils ne s’eſſrayent ſur le propos de la pureté & chaſteté, & qu’ils ne ſe rebutent à ſon occaſion de la doctrine du Fils de Dieu, diſans auec les Capharnaïtes ſur vn autre ſuiet, Durus eſt hic fermo, & quis potest eum audire ? Toutefois puis qu’auec la grace de Dieu nous auons deia obtenu d’eux par la profeſſion ouuerte que nous auons fait de cette vertu qu’ils n’oſent ny faire, ny dire en noſtre preſence choſe aucune qui luy ſoit contraire, iuſques à menacer les Eſtrangers quand ils s’echappent deuant nous, & les aduertir que les François & ſur tout les Robbes noires deteſtent ces priuautez. N’eſt-il pas plus croyable que ſi le ſainct Eſprit les entreprend vne fois, il leur imprimera ſi auant en tout lieu & en tout temps le reſpect qu’ils doiuent à ſa diuine preſence & immenſité, qu’ils ſeront bien aiſes d’eſtre chaſtes pour eſtre Chreſtiens, & demanderont auec inſtance d’eſtre Chreſtiens pour pouuoir eſtre chaſtes. Ie me figure que c’eſt pour ce deſſein particulier que Noſtre Seigneur nous a inſpireé de les mettre en la protection de ſainct Ioſeph : Ce grand Sainct qui a eſté donné autresfois pour Eſpoux à la glorieuſe Vierge, & pour cacher aux yeux du monde, & du Diable vne virginité que Dieu honora de ſon Incarnation, a tant de pouuoir enuers cette Saincte Dame, entre les mains de laquelle ſon Fils a mis comme en depoſt nommément toutes les graces qui concourent à cette vertu celeſte, qu’il n’y a preſque rien à craindre dans le vice contraire pour ceux qui luy ſont deuots ſolidement, tels que nous deſirons eſtre nos Hurons & nous. C’eſt à cet effet, & pour la conuerſion entiere de tous ces Peuples, que nous nous recommandons cordialement aux prieres de tous ceux qui aiment, ou veulent aimer Dieu, & en particulier de tous nos Peres & Freres.



De la Reſidence de S. Ioſeph, aux Hurons, au Village nommé Ihonatiria, ce 16. de Iuillet, 1636.



Voſtre tres-humble, & tres-obeiſſant ſeruiteur en noſtre Seigneur,
Iean de Brebevf.