Remarques autographes de Voltaire/Édition Garnier

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Garnier (tome 29p. 411-438).

REMARQUES


AUTOGRAPHES


DE VOLTAIRE


en marge d’un livre anonyme du père daniel, intitulé


OBSERVATIONS CRITIQUES SUR L’HISTOIRE DE FRANCE DE MÉZERAI[1]




AVERTISSEMENT
DU PREMIER ÉDITEUR.

La publication de ces Remarques de Voltaire est presque un petit roman. L’ouvrage anonyme du père Daniel contre Mézerai, annoté de la main de Voltaire, appartenait à M. Renouard, et il fut mis en vente à la mort de ce savant libraire en 1857[2]. Il devait naturellement tenter les éditeurs des Lettres nouvelles. M. de Cayrol et celui qui écrit ceci réunirent secrètement leur bourse pour cette acquisition. Mais le livre trouva de nombreux et surtout de riches enchérisseurs, entre autres un docte étranger, un membre de la Chambre des lords, admirateur éclairé de nos grands écrivains. Que pouvaient dans une enchère deux littérateurs, même associés, contre un pair des trois royaumes ?

Nous eûmes beau dépasser, dans la chaleur de la lutte, le maximum que nous avions fixé à notre passion littéraire ; l’enchère fut poussée bien au delà, et nous eûmes le dépit d’entendre prononcer en faveur d’un autre le mot fatal adjugé ! Nous avions poursuivi une conquête impossible. Après la vente, l’agent du noble pair nous dit, pour nous consoler, qu’il avait des pouvoirs illimités.

Il fallut donc renoncer aux Remarques inédites sur le livre du père Daniel. Toutefois on fit des démarches pour en avoir au moins communication. Mais le livre avait déjà passé la Manche, et même voyagé au loin. On ignorait le nom de l’heureux possesseur. Tout espoir était perdu, La seconde édition du recueil de 1836 allait paraître ; on eut regret de ne pouvoir y ajouter ces Remarques si intéressantes. On ne songeait même plus à les retrouver jamais, quand l’auteur de cet Avertissement rencontre un de ses amis, professeur de l’Université, qui l’aborde en lui disant : « J’ai vu hier le père d’un de mes élèves qui a lu votre recueil avec un grand plaisir ; mais il a ajouté que vous deviez lui en vouloir beaucoup sans le connaître. — Comment ? — C’est lui qui vous a enlevé, à la vente de Renouard, ce volume de Daniel annoté par Voltaire, dont vous aviez si grande envie. — C’est cet Anglais ? — Précisément. Je vais même livrer son nom à toutes vos imprécations : c’est lord Richard Tufton. — Le terrible enchérisseur ! — Eh bien ! il m’a chargé de vous dire que si vous désiriez ce livre, il le mettait à votre disposition. — Vraiment ! — Oui, dès demain. »

On suppose combien je fus surpris d’un pareil hasard et touché d’une offre aussi obligeante. J’acceptai avec une vive reconnaissance. Le lendemain, en effet, le livre était chez moi, et la durée du prêt était illimitée, comme l’avait été l’enchère.

Aussitôt je m’empressai d’acheter le livre du père Daniel, aujourd’hui très-inconnu et pourtant fort curieux, et je copiai soigneusement les notes autographes de Voltaire en regard du texte.

C’est ce travail que nous publions ici[3]. On voit quelles traverses les Remarques ont éprouvées avant d’arriver au public. Les amis de notre littérature en seront redevables au généreux procédé d’un Anglais, de M. Richard Tufton. C’est à lui que notre reconnaissance et celle du public doivent s’adresser. On sait que Voltaire faisait des notes sur la marge de tous ses livres. Celles-là n’ont assurément jamais été destinées à être imprimées[4]. Ce sont les réflexions soudaines, les saillies du lecteur jetées au courant de la plume. Mais cet abandon et les négligences de style n’ôtent rien à la clarté, à la justesse des observations, ni surtout à la verve du critique.

On verra que l’ouvrage du père Daniel est conçu dans des vues politiques très-profondes. C’est un travail sur notre histoire nationale entrepris pour la plus grande gloire d’une société puissante, longtemps maîtresse en France, par un écrivain habile, dévoué à la domination de son ordre, contre notre annaliste alors le plus répandu, le plus en crédit, contre Mézerai, dont il veut détruire l’autorité.

L’importance de cet écrit augmente singulièrement l’intérêt des réfutations de Voltaire. Il a lui-même marqué la portée du livre et sa source mystérieuse par quelques lignes tracées sur les premières pages. Nous n’avons rien à y ajouter ; nous nous félicitons seulement d’avoir pu dérober aux bibliothèques étrangères une curiosité historique et littéraire d’un pareil prix.

A. F.
NOTE DE VOLTAIRE.

Le P. Lelong a cru que ces Observations étaient de Lesconvel le Breton[5]. Bayle en fait peu d’estime. S’il avait su qu’elles étaient du P. Daniel, il les aurait trouvées très-piquantes. Le Dictionnaire historique de Liège, composé par des ex-jésuites, dit, d’après le Dictionnaire de Gaen, que Daniel avait fait précéder la publication de son histoire par un écrit de 368 pages ( il se trompe en mettant 370, à moins qu’il ne parle de l’édition de 1720), intitulée Observations, etc.

Le Dictionnaire de Caen ajoute : « L’objet de cette brochure était de rendre Mézerai suspect, odieux et méprisable aux princes, aux ministres, aux courtisans, aux gens de robe, au haut clergé, aux religieux, aux financiers, aux femmes ; et, en le décréditant auprès de tous les gens qui lisent, de le reléguer dans les antichambres. Ce projet ne réussit point ; mais il prouva aux juges impartiaux que Mézerai était souvent inexact, et se livrait quelquefois à ses préventions et à son humeur. »

L’ex-jésuite de Liège omet tout cela et dit : « Le père Daniel a fait précéder la publication de son Histoire de France par ce livre des Observations critiques, où il montre combien l’histoire de Mézerai est défectueuse et de combien de préventions cet auteur avait infecté ses récits. »

Le P. Daniel se proposait de donner son histoire de France, dont le but principal est de persuader adroitement, et comme par les faits, que plusieurs rois de France ont été illégitimes, et souvent même adultérins. Par là, il voulait plaire à Louis XIV, qui voulait faire pour ses bâtards ce qu’il n’a pu réussir à faire, c’est-à-dire à les élever tôt ou tard à la couronne. On ne lit guère l’histoire de France dans les sources ; mais on lisait Mézerai : il fallait donc arracher ce livre des mains du public[6]. Voilà l’objet de ces Observations, où le jésuite montre un grand respect pour les grands, pour les dames, etc. Voyez sur l’histoire du P. Daniel les Mémoires de Saint-Simon, et vous trouverez que ce père a confirmé ce que disait le comte de Boulainvilliers, qu’il était presque impossible qu’un jésuite écrivît bien l’histoire de France.

Ce que le P. Daniel fait, soit ici, soit dans son histoire, en faveur de Louis XIV, le P. Rapin l’a fait avec la même adresse dans ses Réflexions sur l’histoire en faveur de sa société. Il n’y dit pas un mot de M. de Thou ; mais on voit qu’il ne le perd pas de vue, et que plusieurs maximes qu’il établit sont dirigées personnellement contre ce grand historien. Qu’on lise son ouvrage, et qu’on lise celui-ci, avec la clef que nous venons de donner, et on verra combien l’un et l’autre devient piquant.

OBSERVATIONS CRITIQUES
DU P. DANIEL
SUR L’HISTOIRE DE FRANCE ÉCRITE PAR MÉZERAI
préface du p. daniel

I — Ceux qui sont les plus prévenus pour Mézerai demeurent d’accord que son style est dur, qu’il fait quelquefois des périodes mal liées, et qu’il emploie des termes barbares ou connus seulement du menu peuple.

Cette critique est juste.

II. — Ceux qui ont lu son histoire sans prévention ont trouvé qu’il est presque toujours de mauvaise humeur.

Cela est assez vrai.

III. — Qu’il ne sait pas faire le détail d’une action de guerre, et qu’il fait de mauvais raisonnements sur toute sorte de matières. Voilà ce que j’ai entrepris de faire voir.

On ne reprochera pas au P. Daniel de ne savoir pas parler de combats. Son histoire de la troisième race n’est qu’un récit de sièges, de batailles, etc. ; mais presque pas un mot de l’intrigue du cabinet, et pour cause.


observations du p. daniel sur l’histoire de mézerai

I. — Je suis persuadé, comme le public, que Mézerai est un fort bon historien, et ce n’est que par simple amusement que j’entreprends de faire voir qu’il y a quelque chose à retrancher ou à changer dans son Histoire de France.

C’est comme celui qui disait :

… Un valet de Gascogne

Gourmand, ivrogne et assuré menteur,
Pipeur, larron, jureur, blasphémateur,
Sentant la hart de cent pas à la ronde,

Au demeurant, le meilleur fils du monde.

II. — Je commence par la page 47, où il dit que Pharamond commença à régner en l’an 418, et que c’était une année remarquable par une grande éclipse de soleil, qui semblait marquer la prochaine extinction de l’empire dans les Gaules. Un homme bien sensé peut-il adhérer à des opinions si populaires, et dire qu’une éclipse, dont les causes sont connues pour être naturelles, soit le présage d’un changement considérable dans la fortune des hommes ?

Observation juste ; quoique ce défaut se trouve dans plusieurs historiens estimables d’ailleurs.

III. — On peut regarder comme une aventure peu croyable celle d’un gendarme insolent qui, pour empêcher le roi Clovis de rendre à un évêque un vase précieux qui avait été pris dans une église, le brisa d’un coup de hache. Mézerai dit que le roi dissimula pour l’heure, mais qu’un an après, dans une revue générale, il fit une querelle au gendarme sur ce que ses armes n’étaient pas en bon ordre, et lui fendit la tête de sa hache. Il dit que ce fut un coup bien hardi, qui rendit le roi redoutable aux Français. Il eût mieux parlé s’il eût dit que c’était un coup bien barbare, qui le fit haïr de ses sujets. Où est la vertu d’une telle action ? Le roi pouvait tuer sur-le-champ un soldat qui lui manquait de respect.

Décision bien singulière pour un jésuite, ou plutôt pour un prêtre.

Eh ! quoi, Nathan, etc.

IV. — Mézerai veut faire entendre que Clovis recevait souvent du ciel des grâces miraculeuses, et ailleurs il en rapporte des actions du prince le plus injuste et le plus inhumain qui ait jamais porté la couronne. Comment cela se peut-il concilier ?

Comme toutes les contrariétés de l’esprit et du cœur de l’homme.

V. — Il (Mézerai) se sert ordinairement des termes de concubine, de bâtard et d’adultère, qui blessent la délicatesse de notre siècle, et dont les hommes polis sont très-éloignés de se servir.

Le P. Daniel songe déjà à son projet de flatter Louis XIV, qui voulait élever ses bâtards jusqu’où il aurait pu.

VI. — Il dit que les Français furent, dans une occasion de guerre, un peu en désordre, parce que leurs chevaux tombaient dans des fossés recouverts de branches et de gazons[7]. Quoiqu’il ne soit pas le seul historien qui ait parlé de cette ruse grossière, il n’est pas vraisemblable qu’elle ait jamais causé de désordre à des gens de guerre.

Cela n’est cependant pas impossible.

VII. — Il dit que les rois des Visigoths, naturellement timides, transférèrent leur siège royal pour s’éloigner de leurs ennemis. Que veut-il dire par naturellement timides ? Était-ce un défaut attaché à la seule race de ces rois ? Et n’était-ce pas prudence qui les faisait agir, et non pas timidité ?

Le P. Daniel n’aime pas qu’on attribue quelque faiblesse aux rois.

VIII. — Clotilde, dit-il, répondit qu’elle aimait mieux les voir morts que tondus (ses petits-fils). Est-il vraisemblable qu’une princesse si humaine et si sage eût fait un choix si barbare ?

Où en serait l’histoire si on s’arrêtait à ces vraisemblances, et qu’on n’admit parmi les actions des hommes que ce qu’ils ont dû faire ?

IX. — Il dit que le prince Théodebert prit quelques châteaux dans la contrée de Béziers, mais qu’il se laissa prendre lui-même à la beauté de Deuterie, dame de Cabrière, qui le reçut dans son château et dans son lit. Quel rapport y a-t-il entre les châteaux pris et un homme touché de la beauté d’une femme ?

C’est une expression un peu poétique, et dont on trouvera bien des exemples. Victorem omnium vici était la devise d’une grande dame de par le monde[8].

X. — Comment peut-on entendre que ce soit la loi naturelle qui exclut les filles de la couronne ? Elle n’est donc la loi naturelle qu’en France, car les autres peuples de l’Europe ne les excluent pas.

La loi salique faisait autant de peine au P. Daniel qu’à Louis XIV.

XI. — Les admirateurs de Mézerai se désabuseront de l’opinion qu’ils ont qu’il ne fait que des narrations bien intelligibles, et ils demeureront d’accord que les mauvaises constructions ne sont pas rares dans ses ouvrages.

Cela est vrai ; mais on entend Mézerai.

XII — Il dit : Les intrigues de cour sont toujours funestes aux grands capitaines. Voilà une maxime générale qui serait bien sujette à être contredite !

Il s’agit ici d’une universalité morale, et cela suffit.

XIII — Il n’a jamais aucune modération quand il parle des grands ; serait-ce là par où il plait à tant de gens ?

Méchanceté du P. Daniel, qui veut persuader que Mézerai ne peut plaire qu’à la canaille.

XIV. — Il dit qu’un garde-chasse ayant accusé un chambellan du roi d’avoir tué un buffle, et le chambellan l’ayant nié, le roi ordonna le combat, selon la coutume en fait douteux ; il dit ensuite que le champion du chambellan et le garde s’étant tués tous deux, le chambellan, comme convaincu, fut attaché à un poteau et lapidé. Cette aventure peut être vraie, mais elle n’est pas fort vraisemblable ; et si elle est vraie, quel étrange temps était celui-là !

Oui ; mais est-ce la faute de l’historien ?

XV. — Il fait de Frédégonde une femme habile et courageuse, après l’avoir noircie un peu auparavant de toutes sortes de crimes.

Ce n’est point une contradiction. Les Cromwell, etc., ont commis des crimes, et étaient habiles et courageux.

XVI. — Landry fit avancer, dit-il, quelques troupes portant des branches d’arbres, qu’elles plantèrent, et laissèrent dans ce terrain quelques vaches qui portaient des clairons, de sorte que les ennemis crurent que c’était un bois taillis. Quelle impertinence !

Le P. Daniel ne se ressouvient plus qu’Annibal a employé le même stratagème avec un égal succès.

XVII. — Childebert et sa femme furent emportés de maladie l’un près de l’autre. Et aussitôt le bon Mézerai ajoute qu’ils moururent peut-être de poison, et qu’il venait de la boutique de Frédégonde, leur ennemie, ou de celle de Brunehaut. C’est accuser bien légèrement des crimes les plus énormes des personnes élevées.

Pourquoi des personnes élevées ? Il ne faut accuser légèrement de crimes énormes qui que ce soit.

XVIII. — Il parle de Frédégonde triomphante, mais plus illustre encore par ses crimes que par ses bons succès. Est-on illustre par ses crimes ? Je crois qu’on peut être célèbre et fameux, mais non pas illustre.

Illustre ne signifiait alors que fameux, et ne se prenait pas toujours en bonne part.

XIX. — Les Austrasiens menèrent de force Brunehaut sur les frontières du royaume, où ils la laissèrent seule, et n’ayant qu’un méchant habit qu’ils lui firent prendre. Quoi ! ils prirent le soin de lui changer ses habits ! Voilà bien du sang-froid pour des sujets insolents, et une plaisante vengeance.

Le P. Daniel ne se serait pas contenté de cette punition.

XX. — Il dit : Brunehaut, chassée de la cour d’Austrasie, y laissa une de ses servantes, fille fort sage et fort belle, achetée à prix d’argent. Qu’entend-il par une servante achetée à prix d’argent ? Les filles qui sont auprès des reines sont-elles nommées servantes ?

Elles pouvaient l’être alors ; il y avait des esclaves dans ce temps-là.

XXI. — Par une prévention ridicule contre les femmes, il dit que Dagobert se laissa porter au luxe que la vanité de ce sexe inspire.

Le P. Daniel fait ici sa cour aux dames, à Mme de Maintenon, etc., et par contre-coup à Louis XIV.

XXII. — À la page 284 il dit qu’on soupçonne le roi Dagobert d’avoir contribué à la mort d’un enfant pour se saisir de ses États. Il dit dans la page suivante que ce roi fit bâtir en l’honneur de saint Denis une belle église, et l’accompagna d’une riche abbaye. Un prince qui a de pareils sentiments de piété peut-il être soupçonné d’un crime énorme ?

On peut bâtir une église, et commettre des crimes.

XXIII. — Vamba, roi des Visigoths, avait donné ordre de prendre dans ses troupes tous ceux qui avaient commis des désordres avec des femmes, et leur avait fait couper la partie avec laquelle ils avaient péché. Il est facile de connaître ce qui y est de répréhensible dans le fait et dans l’expression.

L’expression peut être répréhensible sans que le fait le soit.

XXIV. — Deux évêques, dit-il, voulant tromper un prince, lui donnèrent leurs serments sur les châsses de quelques saints qu’ils portaient avec eux, mais dont ils avaient ôté les reliques. Est-il possible que les hommes de ce siècle-là fussent méchants et scrupuleux en même temps ? Comment concilier ces deux contraires ?

On en a des exemples de tout temps.

XXV. — Il dit, en parlant d’un prince querelleux et faible, et par conséquent soupçonneux et cruel, qu’il avait un courage de femme.

Mézerai n’est ici qu’un impoli.

XXVI. — Il met un discours de fanfaron à la bouche de Pépin, tuant un lion.

Il y a toujours eu un peu de grossièreté dans ces siècles héroïques.

XXVII. — Mézerai commence son second volume par une maxime bien vague : il dit que la race du prince qui cesse de régner est toujours ennemie de celle qui doit succéder.

Les exceptions sont si rares que la maxime pouvait subsister.

XXVIII. — Il dit que Louis le Débonnaire voulut mettre la réforme parmi les évêques, et que cela lui attira la haine des gens d’église, parmi lesquels le nombre des méchants, quoiqu’il ne fût pas le plus grand, se trouva le plus fort, parce qu’il était le plus remuant. Où est la preuve qu’il fut le plus fort ?

Il est certain que la minorité, quand elle est composée des méchants, est souvent la plus forte.

XXIX. — Il dit : L’envie ayant pris à l’empereur, nonobstant sa dévotion, de goûter encore les douceurs du lit nuptial, il choisit une princesse d’autant plus funeste à son repos qu’elle était belle et spirituelle. La dévotion est-elle incompatible avec le mariage, qui est un sacrement ?

Cela pouvait être appliqué à Louis XIV et à Mme de Maintenon ; il faut donc le détruire.

XXX. — Et comment Mézerai sait-il que l’empereur ne cherchait dans son mariage que les douceurs du lit ? Et quelle expression est celle-là ? Comment prétend-il prouver qu’une femme est funeste au repos de son mari quand elle est belle et spirituelle ? il ne faudrait donc épouser que les laides et les stupides.

Réflexions très-plaisantes pour un prêtre.

XXXI. — Il dit que l’impératrice, autant pour avoir lieu de gouverner son mari que par affection, lui persuada de donner sa confiance au comte de Barcelone, qu’elle aimait. Que veut dire par affection ?

On entend bien Mézerai ; mais il s’explique mal.

XXXII. — J’ose dire qu’il n est pas vraisemblable qu’un évêque[9] puisse être surpris et massacré en disant la messe.

Le P. Daniel aurait sûrement pris la fuite.

XXXIII. — Il dit que le roi Hugues d’Italie épousa l’impudique Marozie, laquelle gouvernait alors la ville de Rome et le siège pontifical. Il aime à dire des injures aux personnes élevées en dignité.

Si c’est un fait, il n’y a point d’injures. L’histoire juge et ne flatte pas.

XXXIV. — Il nous laisse deviner, si nous pouvons, pourquoi il traite cette princesse d’impudique, et comment elle gouvernait le siège pontifical : car il ne l’explique en aucune manière.

Cela n’était pas nécessaire.

XXXV. — Un gentilhomme lui avait fait voir des preuves que la maison de Savoie descendait de mâle en mâle de Charles-Constantin, fils de Louis l’Aveugle, roi de Provence ; dont il tire la conséquence qu’elle a droit de prendre le titre de royale. Quand ce qu’il dit serait vrai, je ne sais si ce serait un droit de prendre ce titre. Mais bien plus, ce gentilhomme si savant et lui se sont trompés assurément, car les ducs de Savoie prétendent tirer leur origine de la maison de Saxe.

Ce gentilhomme a fait voir des preuves ; mais il se trompe, car les ducs de Savoie prétendent, etc. Ce raisonnement est peu concluant.

XXXVI. — La page 282 et la suivante sont pleines d’événements qui peuvent être vrais ; mais ils ne sont pas vraisemblables.

L’histoire rapporte ce qui est, et non ce qui peut être.

XXXVII. — Il dit que, le roi se moquant du comte d’Anjou, qui allait chanter au chœur, le prince lui répondit : « Sachez, sire, qu’un prince non lettré est un âne couronné. » Est-ce qu’on prétend que chanter au chœur et être lettré ce soit la même chose ?

Cela suppose qu’on savait lire, et la littérature ne s’étendait pas bien loin alors.

XXXVIII. — À propos de la reine Ogine, qui se maria à quatre-vingt-cinq ans, il dit que ce fut par vengeance ou par incontinence. Est-ce que les lois ne permettent pas le mariage en quelque âge que ce soit ?

Ceci est clairement en faveur de Louis XIV.

XXXIX. — Othon, dit-il, épousa la reine Adélaïde, parce qu’il n’en put jouir autrement. Ne pouvait-il se servir d’un terme mieux séant ?

Le P. Daniel connaissait mieux tous les synonymes de jouir.

XL. — Il dit qu’Othon était, ajuste titre, surnommé le Grand, parce qu’il ne rapportait pas les bons succès à sa propre gloire et vanité, mais à relever l’empire d’Occident. Entend-on ce qu’il veut dire ?

Il serait d’ailleurs à craindre que cette réflexion ne fût appliquée à Louis XIV.

XLI. — Il accuse une reine de galanterie ; il ne garde aucune mesure dans ses accusations.

Il s’agit de savoir si le fait est vrai, et voilà tout.

XLII. — Il dit que les rois de France portaient le titre d’empereur, et se sont contentés, par quelque considération qu’on ne sait pas, de celui de roi, qui est en effet plus doux et plus auguste. Sur quoi fonde-t-il cette décision que le titre de roi soit plus doux ou plus auguste que celui d’empereur ?

Le P. Daniel aurait bien voulu que Louis XIV eût pris le titre d’empereur.

XLIII. — Il dit que Louis VIII fut le premier qui, sur les remontrances de Pierre Lombard, évêque de Paris, rasa sa barbe. Porter la barbe ne dépend que de la coutume.

Or la coutume était qu’on en faisait alors une affaire ecclésiastique.

XLIV. — Il parle d’un prince qui avait épousé une femme jeune, belle et coquette, de qui les appétits ne s’accommodaient pas avec la vieillesse de son mari, et encore goutteux. Ne pouvait-il pas narrer le divorce qui se fit sans se servir de termes si licencieux ?

Mézerai était un franc Gaulois, qui appelait un chat un chat.

XLV. — Il n’observe aucune bienséance à l’égard d’une princesse qui se remaria avec Henri, duc de Normandie. Son mariage n’était-il pas un sacrement, et par conséquent autorisé par toutes les lois ?

Le P. Daniel est toujours empressé de justifier les rois qui se marient et se remarient.

XLVI. — Il dit que Louis VII entreprenait quelquefois contre la justice ; et, un moment après, il le dit bon et équitable : ce qui se contredit.

Il pouvait l’être ordinairement ; mais on n’est pas toujours justum et tenacem[10].

XLVII. — Il dit que le titre de roi de Jérusalem, après avoir passé ambitieusement dans plusieurs maisons, fait aujourd’hui partie des titres du roi catholique. Que veut-il dire par avoir passé ambitieusement dans diverses maisons ?

Cela n’avait pas besoin d’explication.

XLVIII. — Il dit d’une princesse qu’elle est peu honnête, fort voluptueuse, et encore plus maligne et vindicative. Et cette princesse, qu’il traite si injurieusement, est recherchée par plusieurs princes !

Voilà une preuve sans réplique ! J’ai peine à croire que le P. Daniel parlât sérieusement.

XLIX. — Le mal (la continence) dont il entend parler[11] est-il quelquefois assez violent pour faire mourir ?

Il y a apparence que le P. Daniel n’est jamais mort de continence.

L. — Il dit que les grands font facilement céder à leur intérêt, honneur, parenté, alliance et conscience. Les grands ne sont pas tous si absolument gouvernés par leur intérêt.

Le mot facilement était une restriction suffisante.

LI. — Il dit que l’empereur Frédéric II mourut peut-être étouffé ou empoisonné par Mainfroy, l’un de ses fils bâtards. Il ne compte pour rien d’accuser un fils d’avoir empoisonné son père.

Et surtout un bâtard ! Il faut rejeter bien loin cette idée.

LII. — Il dit qu’il faut que les rois de Sicile avouent qu’ils tiennent leurs droits d’un bâtard et d’un excommunié. Toujours des injures !

Le P. Daniel aurait couru plus vite sur un semblable fait, et ne l’eût pas présenté en mauvaise part.

LIII. — En parlant de la disgrâce de Pierre de La Brosse, favori du roi, il dit que c’est un vol public à un particulier de tenir et posséder seul celui qui appartient à tous ses peuples. Quel raisonnement !

En général, ces sortes de favoris font tort aux peuples.

LIV. — Il dit que le séjour de la cour de Rome en France y a introduit la simonie, la chicane, exercice de gratte-papier, et la débauche. Il eût été bon de retrancher cet article tout entier.

Le P. Daniel a pour principe que toute vérité n’est pas bonne à dire.

LV. — Il rapporte que, sur la foi du peuple, l’empereur fut empoisonné, en communiant, par un moine dominicain.

On ne peut blâmer un historien qui rapporte les faits certains comme certains, et les bruits publics comme des ouï-dire.

LVI. — Il dit : On conte que le grand maître des Templiers ajourna le pape à comparoir devant Dieu dans les quarante jours, et le roi dans l’année. On conte ! quelle légèreté pour des faits si graves !

Tous les historiens rapportent la même chose.

LVII. — Il est toujours disposé à parler mal des grands, des femmes et des moines.

Ne dire jamais de mal de monsieur le prieur, voilà la devise du P. Daniel, en bon jésuite.

LVIII. — Il est surprenant comment Mézerai a pu prévenir tant de gens en sa faveur.

Mézerai n’offusquerait pas tant le P. Daniel s’il n’avait pas un si grand nombre de partisans et de lecteurs.

LIX. — C’est un historien violent, de qui l’on peut dire qu’il ne conserve de modération en aucune occasion.

Et le P. Daniel commence cet ouvrage par dire que c’est un fort bon historien !

LX. — Il dit qu’un favori du roi d’Angleterre avait été nourri auprès de lui dans une familiarité peu honnête. De quoi veut-il accuser par là ce roi ?

Tantôt le P. Daniel veut qu’on parle clairement, tantôt que ce que l’on dit soit gazé.

LXI. — Mézerai dit que la force de la coutume salique, très-conforme aux lois de la nature, entraîna le suffrage des Français. En quoi est-elle conforme aux lois de la nature ?

La réflexion de Mézerai était juste ; mais une loi qui exclut en même temps les bâtards faisait de la peine au P. Daniel et à Louis XIV.

LXII. — Au sujet de la royauté, il tombe dans des raisonnements usés, qui n’ont presque jamais été faits que par ceux qui ne connaissent ni les agréments ni les maux qui l’accompagnent.

Ces agréments sont achetés bien cher.

LXIII. — Il dit : Quand les services d’un sujet sont si grands, ils tiennent lieu d’offense envers le souverain. Cette maxime est trop étendue.

Cela n’est malheureusement que trop vrai en général.

LXIV. — Il dit que le roi s’abstint de donner bataille sur une prédication d’un astrologue. En ce temps-là, croyait-on qu’une bataille dépendît des astres ?

On le croyait alors, et ce n’est plus la faute de l’historien.

LXV. — Il dit que les Anglais, réduits à la faim, et les Français, incommodés par les pluies, furent bien aises, les uns comme les autres, de sortir de ce mauvais pas par une trêve. Voilà une narration où la vraisemblance n’est pas observée.

Il n’y a rien contre la vraisemblance.

LXVI. — Il dit que les princes recommandent de belles choses à leurs successeurs plus souvent en mourant qu’ils ne les exécutent pendant leur vie. Est-ce là un défaut qui n’est que des princes ?

Mais ce défaut a des suites bien plus terribles de la part des princes.

LXVII. — Il dit : Le roi Philippe n’avait point d’inclination pour les lettres et pour les gens lettrés, parce qu’il connaissait peut-être qu’il n’était pas assez heureux pour avoir des louanges et pour exercer les belles plumes. N’est-ce pas un beau raisonnement ?

Ce n’est point un raisonnement ; c’est une réflexion caustique.

LXVIII. — Il dit : Le roi vendit sa fille au comte de Milan. Est-ce parler raisonnablement ?

La réflexion de Mézerai était juste.

LXIX. — Il parle des impôts comme d’un fléau égal à la peste et à la famine.

Il parlait des impôts exorbitants et établis sans nécessité.

LXX. — Il plait aux gens qui blâment toujours la politique des princes.

Avec le P, Daniel, le gouvernement n’a jamais tort.

LXXI. — Quelle vraisemblance y a-t-il qu’un roi sage (le roi Jean) eût recherché en mariage Jeanne de Naples, une princesse diffamée ?

La politique l’emporte quelquefois sur la sagesse, qui, d’ailleurs, se dément quelquefois.

LXXII. — Il dit que le gain des batailles est plus souvent un effet des sages dispositions du cabinet des rois que de la valeur de ceux qui les donnent. Il s’explique mal là-dessus, car on sait fort bien que les dispositions du cabinet ne peuvent causer le gain des batailles que pour la précaution d’avoir bien discipliné les troupes, et pourvu aux armes et munitions.

On l’entendait bien ainsi.

LXXIII. — Il dit toujours en parlant des potentats, l’Anglais, le Flamand, le Breton, etc. Il y aurait plus de politesse à parler respectueusement des personnes si élevées.

L’histoire n’est pas assez polie, selon le P. Daniel.

LXXIV. — Il dit : Le Louvre, tout grand qu’il puisse être, le sera toujours beaucoup moins que le roi qui l’a entrepris. Ce raisonnement n’est-il pas très-faux ? Quel rapport peut-on trouver d’un superbe édifice avec la gloire d’un roi ?

Réflexion de flatteur. Mais ce n’est pas le défaut de Mézerai, et ce n’était pas à un jésuite à la trouver mauvaise.

LXXV. — Quel faux raisonnement que celui-ci : Le roi amassa des trésors considérables. Il n’est pas juste de faire des milliers de malheureux pour enrichir un seul homme !

Ou du moins ses courtisans.

LXXVI. — Il dit : Les trésors des rois ne sont bien assurés que dans les coffres de leurs sujets. Voilà parler en docteur !

Pourquoi bâmer Mézerai ? Il ne dit que la vérité.

LXXVII. — Il blâme toutes les impositions.

Mézerai aime un peu trop à blâmer les impôts, et le P. Daniel à les justifier.

LXXVIII. — Il dit : Les richesses immenses ne s’acquièrent jamais sans crimes.

C’est en effet l’ordinaire, surtout quand elles s’acquièrent promptement.

LXXIX. — Il parle de sanglants combats d’oiseaux qui procédaient de certains petits corps répandus en l’air. Voilà un historien bien admirable !

Ce n’est point pour cela qu’on l’admire.

LXXX. — L’impuissance de l’âge irritant les désirs de ce roi trop voluptueux, il se mit à entretenir grand nombre de belles filles, au moins pour le plaisir des yeux. Qu’entend-il par l’impuissance de l’âge ? Tout ce discours-là n’est-il pas contre la bienséance ?

Contre la bienséance, soit ; mais le discours est clair.

LXXXI. — Voilà comme des juges aussi inconsidérés que Mézerai blâment, dans les questions de paix et de guerre, la conduite des potentats !

C’est qu’il y a bien des guerres injustes ou peu nécessaires.

LXXXII. — Il dit : Comme s’il y avait de la religion dans la guerre ! Quoi ! il n’y a jamais de religion parmi les gens de guerre !

La réflexion était trop générale.

LXXXIII. — Il établit cette maxime que, dans les troubles, les plus riches sont les plus coupables.

Cela n’est malheureusement que trop vrai dans la guerre.

LXXXIV. — Il n’y a pas sorte de gouvernement qu’il n’ait résolu de blâmer, toujours pour flatter le peuple.

Méchanceté du P. Daniel. Mézerai ne sonne pas le tocsin ; mais il fait des réflexions dont ceux qui gouvernent devraient profiter.

LXXXV. — Il dit : Les rois eussent été injustes d’employer la force pour soutenir leur dignité.

Le P. Daniel aurait dit, avec les flatteurs dans Athalie, que le peuple

… D’un sceptre de fer doit être gouverné.

LXXXVI. — Il nomme deux ministres[12] coquins.

L’expression est forte ; mais elle dit tout.

LXXXVII. — Il dit : Les paroisses étaient abandonnées ; on courait aux friandises spirituelles des couvents. Entend-on ces expressions ?

On ne les entend que trop.

LXXXVIII. — Quand les cordeliers surent qu’ils avaient un pape de leur ordre, on les vit transportés et comme hors de sens courir par les rues. Voilà ses exagérations ordinaires !

J’ai vu la même chose arriver lors de l’exaltation de Clément XIV[13].

LXXXIX. — Il dit : En matière de princes et d’États, le voisin étant toujours ennemi, le plus puissant est le plus dangereux.

Il ne dit point que cela doit être, mais que cela est.

XC. — Ce perfide bâtard (César Borgia) ! Ne pouvait-il pas le blâmer sans dire deux injures pour une ?

Le P. Daniel respecte jusqu’aux bâtards des princes.

XCI. — Il censure les grivelées des commissaires aux armées.

Le P. Daniel justifie la conduite du moindre préposé.

XCII. — Des généraux imbéciles. Cela ne se trouve jamais.

Jamais est bien universel.

XCIII. — Il dit : Maximilien écrivait dans un livre rouge toutes les injures des Français, semblable à ceux qui arrêtent assez de parties, et qui n’ont pas de quoi les payer. N’est-ce pas là une belle comparaison ?

La réflexion était plaisante.

XCIV. — Il dit : Les excommunications font une grande impression, quand elles sont fortifiées par la terreur des armes. Comprend-on ce qu’il a voulu dire ?

On voit bien que c’est une plaisanterie.

XCV. — Le pape Jules avait gagné les Anglais avec des vins délicieux, des saucissons et des épiceries. Peut-on parler ainsi !

Le P. Daniel ignorait que, selon Ovide,

Placatur donis Juppiter ipse datis[14].

XCVI. — Il avance qu’on disait qu’un homme avait éventré des femmes grosses, et fait manger l’avoine à ses chevaux dans leur ventre.

Ce trait n’est pas vraisemblable, parce que le cheval renifle sitôt qu’il sent un corps mort, et s’en détourne lorsqu’il en aperçoit un, sans vouloir passer auprès.

XCVII. — Il dit : La conduite de l’empereur ressentait une vengeance de femme. Par quelles expériences connaît-on que les femmes sont plus sujettes à la vengeance que les hommes ?

Parce que tout ce qui est faible est plus cruel, même parmi les animaux. L’aigle et le lion sont moins cruels que le vautour et le loup, etc. Les femmes ont leurs défauts ; les hommes en ont d’autres, dérivés de leur nature et de leur constitution.

XCVIII — Mézerai devait user avec son prochain de l’indulgence dont en a soi-même besoin.

Cela est vrai en morale pour la conduite de la vie ; mais l’histoire doit dire ce qui est.

XCIX. — Anne de Boulen savait trop bien chanter et trop bien danser pour être sage. Comment Mézerai prétend-il qu’une fille de qualité ne puisse être sage si elle danse et chante bien ?

Salluste dit la même chose de Sempronia[15]. Le mot trop, omis par le P. Daniel, est essentiel dans cette réflexion, qu’il rend fort juste.

C. — Il dit que François Ier n’avait appris que bien peu de latin au collège. Est-ce la langue latine qui donne du goût pour les sciences ? Il ne fait pas réflexion que les Grecs étaient savants avant qu’on eût écrit en latin.

Cela est vrai en général : mais Mézerai parle d’un temps où le latin était la seule langue en usage dans les collèges.

CI — Les hommes n’ont-ils pas aussi ces mêmes imperfections que Mézerai nomme les faibles du sexe ?

Encore une fois, le P. Daniel ne comprend pas que chaque sexe, outre les défauts communs, en a de particuliers.

CII. — À l’occasion de Calvin et de Luther, peut-on dire qu’en renversant les cérémonies d’une religion on aille plus loin qu’en attaquant la croyance intérieure ?

Oui, parce qu’alors on détruit la religion, même du peuple.

CIII. — Il dit que le vin gelait tellement dans les tonneaux qu’on était contraint de le couper à coups de hache, et qu’on en vendait les pièces à la livre.

On prétend que cela est arrivé dans de grands froids.

CIV. — Le roi Henri vint à la couronne le même jour qu’il était venu au monde. Que prétend-il prouver par une pareille observation ?

Tacite et d’autres historiens font des remarques semblables. Mézerai a eu tort néanmoins de les imiter.

CV. — Il traite Diane de Poitiers d’impudique ! Belle occasion de dire une injure atroce à une personne qu’un grand roi considérait.

Le P. Daniel n’aime pas qu’on dise du mal des maîtresses des rois ; et tout cela pour flatter Louis XIV.

CVI. — Mézerai est persuadé qu’il faudrait appeler le cordonnier au conseil du roi pour apprendre les raisons de la moindre petite contribution qu’on lui demande.

Mézerai prend le parti du peuple, et le P. Daniel celui des rois. Cependant

Quidquid délirant reges plectuntur Achivi[16].

CVII. — Il parle des mouches de cour, qui s’attachent toujours à la corruption et qui en vivent. J’avoue que je n’entends pas qui il veut désigner par mouches de cour.

Ce sont les intrigants.

CVIII. — Il dit que Marie Stuart quitta avec grand regret le royaume de France, qui est un séjour fort agréable pour les dames qui veulent être aimées. Voilà comme il a coutume de parler.

Il ne rapporte que ce qui a été dit de tout le monde.

CIX. — Il y avait du danger que les états ne voulussent donner des entraves à cette femme étrangère. Voilà une manière de parler d’une reine qui me semble bien dure.

Dura, sed vera.

CX. — Lâcher la bride à la victoire. N’est-ce pas là une expression toute nouvelle ?

La critique est juste.

CXI — Le roi de Navarre, dit-il, fut blessé à la tranchée en lâchant de l’eau. Circonstance bien digne de la curiosité du lecteur !

Mézerai n’en parle qu’à cause des plaisanteries qui en furent faites.

CXII — Il ne sait pas qu’il est plus honorable de faire une sage retraite que de se faire faire prisonnier en s’opiniâtrant.

Chicane.

CXIII. — Il dit : Le duc de Guise n’avait presque aucun vice ni de prince, ni de courtisan. Les princes et les courtisans ont-ils une autre origine ou d’autres passions que les autres hommes ?

Le prince de Clermont[17] le prétendait en plaisantant. Mais, s’ils ont la même origine, leurs passions sont plus violentes et plus dangereuses.

CXIV. — Il dit sur la mort du gouverneur d’Orléans, qui avait nom Sipierre, que les trois cailloux qui sont les armes d’Orléans avaient vu la fin de Sipierre.

Mauvais calembour en effet.

CXV. — La reine voulut enchaîner le prince à la cour par les appas d’une de ses filles d’honneur. Est-ce la première fois que les filles ont été touchées de tendresse ?

Non, sûrement ; mais il est certain que la reine avait employé cet artifice.

CXVI. — N’est-ce pas partout la faiblesse des hommes et des femmes d’être sensibles ?

Le P. Daniel, qui se plaint des propositions universelles, en fait là une contre tout le genre humain.

CXVII. — À l’occasion des jugements des consuls, il dit : La chicane meurt d’envie de mettre la griffe sur un morceau si gras qu’est celui du commerce. Ne pouvait-il parler en termes plus doux et plus polis ?

On convient donc du fond.

CXVIII. — Le connétable était sage cunctateur, terme qui n’est pas encore à l’usage de la langue française.

Il devrait l’être ; cunctator Fabius. Mais il n’appartient à personne de faire des mots.

CXIX. — Il dit : Le connétable répondit qu’il n’avait pas vécu quatre-vingts ans sans avoir appris à mourir un quart d’heure. Entend-on bien le sens de cette parole ?

L’histoire lui attribue cette parole, que Mézerai se contente de rapporter.

CXX. — La paix de Biron et de de Mesme est appelée la boiteuse et la mal assise, faisant allusion à Biron, qui était boiteux, et à de Mesme, qui était seigneur de Mal-Assise. Voilà sans doute une fine remarque !

Non ; mais on la fit alors, et cela suffit.

CXXI. — Dans la journée de la Saint-Barthélémy, quantité de catholiques furent dépêchés par l’ordre des puissances souveraines, ou par l’instigation de quelques particuliers. Voilà comme il accuse les souverains et les particuliers !

Il est certain que ce massacre couvrit bien des vengeances particulières.

CXXII. — Le garde des sceaux Biragues, le comte de Rais, confidents de la reine, appréhendaient fort la guerre, parce que les intrigues étaient plutôt leur jeu que les armes. Ne demeura-t-on pas d’accord qu’il n’y a que le peuple qui parle de la sorte ?

Le P. Daniel s’attache trop à la critique des expressions.

CXXIII. — Il dit : Le duc d’Anjou méprisait sa sœur Marguerite, après l’avoir trop chérie. Voilà comme il veut donner l’idée de quelque grand crime.

Le dit-il d’après l’histoire ? Voilà la question.

CXXIV. — En parlant des desseins de la reine (Catherine de Medicis), il dit les fantaisies d’une femme. Manière de parler peu convenable.

Expression peu galante ; mais Mézerai ne faisait sa cour à personne.

CXXV. — Quelle petite remarque ! On prit, dit-il, à mauvais augure que les hérauts du roi de Pologne (Henri III) eussent mal blasonné les armes du nouveau royaume. Ce qui ne pouvait être regardé que comme une marque de leur négligence à s’instruire.

Cela ne détruit pas le fait.

CXXVI. — Où eût-il pu prendre la preuve de ce qu’il dit sur Charles IX ? Était-il appelé dans les affaires les plus secrètes des rois ?

On peut n’y être pas appelé, et être cependant instruit par des mémoires du temps, dont on aura fait un choix judicieux.

CXXVII. — On jugera, comme moi, que Mézerai était un écrivain quelquefois hardi jusqu’à l’insolence.

Il n’y a pas d’insolence à un historien de rapporter des faits. Tacite, Suétone, Guichardin, M. de Thou sont donc de grands insolents.

CXXVIII. — Il dit que les Vénitiens menèrent le roi Henri III dans l’île Moron (Murano), célèbre pour sa belle verrerie. Quel rapport a cette belle verrerie avec la réception qu’on fit au roi ?

Chicane toute pure.

CXXIX. — Mezerai dit que le roi contracta à Venise une terrible maladie. Pour moi, je ne saurais croire qu’un grand roi se livre sans précaution dans toutes sortes de désordres.

Le P. Daniel connaît donc les précautions que ce grand roi aurait dû prendre.

CXXX. — Les rois ont-ils auprès de leurs personnes des gens qui disent tout ce qu’ils savent ?

Tout se sait, ou presque tout.

CXXXI. — Quelle nécessité y aurait-il de donner connaissance au public d’un pareil malheur arrivé à un prince ?

Suivant ce beau principe, l’histoire ne devrait être qu’un éloge des princes sur tout.

CXXXII. — Il écrit comme il avait toute sa vie ouï parler dans les tabagies, où je juge qu’il allait ordinairement chercher les bonnes compagnies.

Ne jugez point ! (Eccl.)

CXXXIII — Je ne veux en aucune manière noircir sa mémoire ; je veux seulement faire remarquer qu’il parle quelquefois avec une hardiesse dont on ne peut avoir pris l’habitude que dans les lieux que je dis.

De quoi cependant ne l’a-t-il pas accusé ?

CXXXIV. — Le gouverneur de la Charité, qui n’avait que cent cinquante hommes pour défendre sa place, capitula après avoir soutenu deux assauts. Cela n’est pas vraisemblable ; on ne soutient pas deux assauts d’une armée royale avec cent cinquante hommes.

Le fait peut être vrai, et cette armée royale était peu considérable.

CXXXV. — Le duc d’Anjou venait renforcer le siège de la Rochelle avec ses troupes, altérées de sang et de carnage. Ce sont là termes qui ne conviennent pas aux armées, et qu’on n’y entend jamais dire.

Si une armée les mérite, qu’importe qu’on les y entende dire ?

CXXXVI. — La reine mère avait plaisir et intérêt à tricoter toujours avec les uns et les autres. Où peut-il avoir appris tricoter ?

Expression pittoresque, mais peu noble.

CXXXVII. — Il dit que la reine Marguerite, comme sa mère, instruisait les dames de sa suite à envelopper les braves dans ses filets, et que le roi lui-même se prit aux appas de la belle Fosseuse. Ne pouvait-on pas traiter de pareilles matières avec plus de modération et en d’autres termes ?

Mézerai n’avait pas été à l’école des jésuites, et n’avait pas appris l’art d’adoucir ses expressions ; mais ne les affaiblit-on pas alors ?

CXXXVIII. — Il dit qu’Henri III n’avait plus d’attachement pour les femmes. Voilà une terrible idée qu’il veut donner des mœurs du roi.

Ce n’est pas lui qui la donne, ce sont tous les mémoires du temps.

CXXXIX. — La reine conçut du mépris pour son mari, et le planta là. Voilà un beau discours, et comme il parle toujours des grands sans circonstances convaincantes de ce qu’il avance !

L’expression était familière ; mais à coup sûr le P. Daniel l’entendait bien. Il semble que ce n’est que quand on rapporte du mal des grands qu’il faut des preuves.

CXL. — Les mouvements de l’armée du duc de Parme et de celle du duc d’Anjou sont mal expliqués. C’est ici une matière que Mézerai n’entendait pas.

On dirait que c’est un général d’armée qui parle, et non un jésuite.

CXLI — Le roi envoya sur le chemin de la reine Marguerite, sa sœur, un capitaine de ses gardes qui fouilla jusque dans sa litière, et lui ôta le masque de dessus le nez. Cela est-il vraisemblable ?

Le cardinal de Richelieu fit bien fouiller plus scrupuleusement encore la reine femme de Louis XIII.

CXLIL — Il dit que le duc de Guise voulait empêcher le duc de Mayenne d’aller à Paris, de peur qu’il ne le débusquât de cet empire volontaire qu’il s’était acquis sur cette grande ville. Il veut dire apparemment l’empire qu’on lui avait volontairement accordé.

Ce n’était donc pas si difficile à entendre.

CXLIII. — Il rapporte que le roi avait découvert les défauts secrets d’une princesse. Et quel droit prétend-il avoir de faire des observations injurieuses à toutes les femmes ?

Les Tacite, etc., en font de semblables ; mais le P. Daniel croit que l’histoire ne doit être qu’une gazette éloquente.

CXLIV. — Après la retraite du roi, la reine mère demeura à Paris, non pour pacifier les affaires, mais pour les tenir en tel état qu’on eût toujours besoin de son entremise. Ne dirait-on pas qu’il était le confident des pensées les plus secrètes de cette princesse ?

Encore une fois, il ne faut pas avoir été confident ; il faut être instruit par les mémoires contemporains.

CXLV. — À défaut d’aliments (pendant la Ligue), on repaissait les Parisiens, assiégés et affamés, de processions, de vœux, etc. Peut-on parler de la sorte ?

C’était vrai cependant.

CXLVI. — Il dit, sans nécessité et sans preuve, que François d’O, surintendant des finances, acheva de vivre ayant l’âme et le corps également gâtés de toutes sortes de vilenies.

Expression énergique.

CXLVII. — Les ordres qui se donnent dans les assemblées des états ou des notables du royaume pour le bien public s’en vont toujours en fumée… Voilà une décision bien hardie.

Il n’a dit que la vérité.

CXLVII. — Il dit que le roi de France et le roi d’Espagne étaient résolus de procéder aux négociations de la paix avec plus de sincérité qu’on n’a coutume d’apporter en pareille occasion. Où a-t-il trouvé qu’on a coutume de négocier sans dessein du conclure ?

Parce que souvent ce ne sont que des feintes.

CXLIX. — Les princes qui veulent tous régner à leur fantaisie n’en croient pas leurs prédécesseurs. Voilà une accusation bien générale.

Cela est ordinairement vrai.

CL. — Le roi se prit aux appas d’Henriette de Balzac, qui était de race à faire l’amour. Voilà les véritables conversations des tabagies et de tous les lieux où s’assemblent les hardis parleurs comme Mézerai. Je demande s’il n’est pas vrai.

Non ; critique injtuste.

CLI. — Il dit qu’on avait vu des croix de sang dans la pâte à faire du pain. Il l’attribue au mauvais blé qui croit parmi le bon. Quelles observations dignes de l’histoire !

L’explication est vraie, et un historien fait bien de donner les raisons physiques de ce qui peut effrayer les âmes faibles.

CLII. — Il en veut principalement aux financiers. Il y comprend aussi leurs juges, tous ceux qui étaient auprès du roi, les seigneurs, les belles dames, les ministres de ses plaisirs. Voilà comme il parle !

Voilà un article qui devait bien déplaire au P. Daniel. Dire du mal des financiers, de ceux qui épousent leurs filles, des ministres des plaisirs des princes, etc. Quel crime abominable !

CLIII. — Il dit que des impôts, quoiqu’on les abolisse, il en reste toujours quelque cicatrice, comme des plaies. Quels raisonnements !

Cela n’est malheureusement que trop vrai.

CLIV. — Il ne veut jamais souffrir d’impositions sur les peuples. Comme si la grandeur et la tranquillité des États pouvaient être conservées sans argent.

Justification de Louis XIV.

CLV. — Il condamne les amusements les plus innocents de la cour (la danse).

Louis XIV aimait les ballets, surtout dans sa jeunesse. Il ne faut pas en dire de mal.

CLVI. — Mézerai ne songe pas, en blâmant les ouvrages de luxe, qu’ils font vivre le pauvre peuple aux dépens des riches.

Oui, mais la raison de morale subsiste toujours.

CLVII — Il dit que La Varenne s’était élevé par des complaisances et par ces ministères de volupté, qui sont les plus agréables aux grands. Voila comme il en veut toujours aux grands.

Le P. Daniel avait des raisons pour justifier cet infâme proxénète.

CLVIII. — Les petits, comme eux, ne sont-ils pas quelquefois touchés des attraits de la volupté, et tous les grands le sont-ils, et le sont-ils toujours ?

Qu’est-ce que cela prouve, et qu’est-ce que cela détruit ?

CLIX. — La Varenne employa sa faveur pour l’établissement des pères jésuites à la Flèche, dont le public lui doit de la reconnaissance.

Voilà la raison qui efface tous les crimes de La Varenne, qui avait d’abord été aide de cuisine de la sœur de Henri IV, qui disait « qu’il avait moins gagné à larder ses poulets qu’à porter ceux de son frère ».

CLX. — Il dit qu’un seigneur avait le courage fort élevé et d’éminentes qualités, mais non pas de celles qu’il faut dans un État monarchique. Que veut-il dire ? Ne faut-il pas de la subordination et du respect pour les lois et les magistrats dans toutes sortes de gouvernements ?

Voilà une grande vérité. Oui ; mais à quoi servirait dans une monarchie la vertu de Brutus ?

CLXI — Ne parle-t-il pas trop hardiment d’une princesse (la reine Marguerite) qui touchait de si près à tant de rois ?

Avant de rapporter quelque défaut de quelqu’un, Mézerai aurait dû auparavant examiner sa généalogie.

CLXII — Quelle idée veut-il donner des questions de la grâce, qui n’ont, dit-il, ni fond ni rive ?

C’est-à-dire hors de la portée de l’homme. Les mahométans, les païens, les catholiques et les chrétiens de toutes les sectes, ont tous disputé sur la grâce sans trop s’entendre.

CLXIII. — Il rapporte que les fondements d’une nouvelle ligue contre le roi avaient été jetés à la Flèche en Anjou. Une femme avait vu, dans une maison où on tenait des écoliers, de certains registres dans lesquels il y avait plusieurs signatures écrites avec du sang. Voilà une ligue bien prouvée ! Une femme en a vu les registres chez des écoliers !

Oui, mais ces écoliers avaient pour maîtres des jésuites, et pouvaient avoir copié ce qu’on leur dictait. Le fait néanmoins peut n’être pas vrai ; mais il importait au P. Daniel plus qu’à un autre de le relever.

CLXIV. — Il fait un long tissu des contes qui présageaient la mort du roi. Et il veut qu’on croie qu’il n’y ajoute pas de foi ! Pourquoi les fait-il donc ?

Parce qu’on les fit alors, et que tout ce qui regardait Henri IV était intéressant. Un jésuite aurait sauté légèrement sur les circonstances de sa mort.

CLXV. — La vanité et les passions dont il parle n’ont-elles de crédit qu’à la cour ?

Mais ces passions, je le répète, y sont d’une tout autre importance. D’ailleurs, les grands sont les principaux acteurs de l’histoire, et il est rare qu’on soit obligé d’y parler, du moins en détail, des simples particuliers.

CLXVI. — Mais il avait résolu d’attaquer les grands pour plaire à la multitude.

Dire la vérité est-ce attaquer les grands ? Est-ce chercher à plaire à la multitude ?

Son style est dur.

Cela est vrai.

Il fait des périodes mal liées.

On l’avoue.

Il emploie des termes barbares, ou connus seulement du menu peuple.

Cela est vrai encore.

CLXVII. — Ceux qui l’ont lu sans prévention ont trouvé qu’il est partout de mauvaise humeur.

Partout, c’est trop ; ce sont les faits qui l’y mettent.

CLXVIII. — Qu’il ne sait pas faire le détail d’une action de guerre.

Le P. Daniel parle mieux de la guerre ; il s’étend dessus avec complaisance ; il ne se compromet point par là.

CLXIX. — Et qu’il fait de mauvais raisonnements sur toutes sortes de matières.

Toutes sortes de matières est une injustice.

CLXX. — Voilà ce que j’ai entrepris de faire voir. Sur quoi je suis sûr que je serai souvent contredit.

Il a raison.

CLXXI. — C’est ce que je ne puis ni ne veux empêcher ; je promets même de n’en point murmurer.

Père Daniel, vous promettez plus que vous ne pouvez tenir.


find des remarques autographes, etc.

  1. Paris, 1700, in-12, chez Jean Musier.
  2. On lit sur le frontispice : Ce livre est à M. Goury, lieutenant particulier ; et plus loin : Exemplaire très-précieux, chargé de notes manuscrites de Voltaire. Ch. Nodier.
  3. Voltaire à Ferney, Paris, librairie académique Didier et Cie ; 1860, in-8° ».
  4. Ces remarques ont dû être écrites vers 1775.
  5. Historien et, romancier, né vers 1650, mort à Paris en 1722.
  6. Le livre anonyme du père Daniel parut entre la première partie de son histoire et la seconde. Un long intervalle sépara ces deux publications. La première avait médiocrement réussi ; il était bon de mieux préparer le succès de l’autre en détruisant ses devanciers. ( A. F.)
  7. Bataille contre les Thuringiens, sous Thierry, en 531.
  8. Mme de Maintenon.
  9. Il s’agit de l’évêque de Nantes, lors de l’invasion des Normands. (A. F.)
  10. Horace, livre III, ode iii.
  11. À l’occasion de Louis VIII.
  12. De La Brosse et Enguerrand de Marigny.
  13. Élu pape en 1769, mort en 1774.
  14. l’Art d’aimer, l. III, v. 654.
  15. Psallere et saltare élégantius quam necesse est probœ. (Sal., Catil, cap. xxv.)Cette femme licencieuse et hardie est un des principaux personnages de la conjuration de Catilina. (A. F.)
  16. Horace, liv. I, ép. ii, y, 14.
  17. Louis de Bourbon-Condé, abbé, académicien, général d’armée, mort en 1770.