Revue Musicale de Lyon 1903-11-17/Correspondance de Paris

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correspondance de paris

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Pour continuer la série des ouvertures de Berlioz, M. Pierné qui, pour la deuxième fois, remplaçait M. Colonne, a exhumé le Roi Lear, qui, pas plus que les Francs-Juges ne m’a paru un chef-d’œuvre : il ne me semble pas d’ailleurs que M. Pierné l’ait dirigé Con amore, aussi l’exécution en fut-elle sinon mauvaise, du moins assez terne et peu faite pour en exalter le peu d’intérêt.

Stenka-Razine, un poème symphonique de Glazounow est vraiment séduisant par la clarté de son plan, l’originalité de ses thèmes, ses harmonies recherchées et surtout son orchestration éblouissante.

Je ne me hasarderai pas à l’analyser après une première audition, cela a été fait magistralement d’ailleurs par M. Malherbe dans sa notice distribuée au concert. Je voudrais dire cependant la langueur orientale de la phrase musicale qui dépeint la princesse persane, captive du terrible Ataman Stenka, et que chante tendrement la clarinette sous une batterie extrêmement douce des flûtes. Par un contraste habile, deux fois le charme et la mollesse des thèmes font place à un débordement furieux et sauvage de sonorités, décrivant l’irruption des hordes barbares de Stenka. Peut-être tout cela est-il un peu superficiel, en tout cas, pas un seul moment l’intérêt ne faiblit tant l’esprit est éveillé par le pittoresque des timbres et des harmonies. Je n’en peux pas dire autant du concerto de Gernsheim, le Théodore Dubois de Berlin : un petit monsieur sec, qui déjà était venu nous ennuyer l’an passé avec une symphonie de sa composition, bien supérieure cependant à ce concerto. M. Capet, qui le jouait, possède une justesse et une pureté de sons admirables, mais manque un peu trop de chaleur et de charme.

Les galeries supérieures ont réclamé, très justement à mon avis ; on finira bien un jour ou l’autre par placer les concertos, quels qu’ils soient, à la fin des programmes de concerts, de telle façon, que pleine liberté sera accordée à chacun de s’adonner ou non au charme soporifique qui émane d’un nombre respectable d’œuvres de virtuosité pure.

Vous pensez si, venant après ce mauvais Mendelssohn, comme le stigmatisait très justement le compositeur George Hüe placé à côté de moi, vous pensez si le Prélude à l’après-midi d’un Faune de Claude Debussy a été acclamé. On a dû le bisser, et vraiment ceux mêmes que l’intransigeance des debussystes commence à agacer, n’ont pu qu’applaudir chaleureusement à cette exécution merveilleuse bien faite pour mettre en lumière cette musique qui au fond n’en est peut-être pas, mais dont la séduction et le chatouillement voluptueux échappent difficilement à nos névropathies avides de sensations rares et subtiles.

Heureusement la saine musique du bon et doux César Franck nous ramenait dans le droit chemin, et vraiment sa si belle et si ardente symphonie, fort bien conduite par M. Pierné, démontrait une fois de plus qu’il n’y a de vrai et de durable dans tous les arts que ce qui émane du cœur, à plus forte raison du cœur d’un homme comme le fut le musicien angélique.

Edouard Millioz.

Le concert d’inauguration de la saison de la Schola Cantorum a eu lieu le 5 novembre ; il était précédé d’une intéressante conférence de M. Maurice Emmanuel qui parla de « la musique française et du culte qu’on lui doit ». Parmi les œuvres exécutées, il faut signaler particulièrement une très belle Histoire sacrée (inédite) de Marc-Antoine Charpentier, la Peste de Milan ; des Chansons de Claudin de Sermizy, admirablement interprétées par les Chanteurs de Saint-Gervais, de belles pièces d’orgue de Gigoult, F. Couperin, de Grigny, exécutées par M. Guilmant et les dernières scènes d’Armide, de Gluck, chantées par Mme de Nuovina avec une passion vibrante et une intensité dramatique des plus poignantes.

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