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Revue des Romans/Caroline von Pichler

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Revue des Romans.
Recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers.
Contenant 1100 analyses raisonnées, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénoûment de chaque roman.
1839
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PICHLER
(Mme Caroline de), né Greinier, romancière allemande du XIXe siècle.


AGATHOCLÈS, ou Lettres écrites de Rome au commencement du IVe siècle, traduite librement de l’allemand par Mme de Montolieu, 4 vol. in-12, 1812. — C’est une époque bien digne de considération que celle où le vieux polythéisme, croulant de toute part, disputait encore l’empire du monde au christianisme prêt à s’établir sur ses ruines. Deux écrivains, dans ces derniers temps, ont imaginé de retracer cette époque : M. de Châteaubriand dans les Martyrs, et Mme de Pichler dans Agathoclès. Les deux ouvrages diffèrent absolument par le genre : l’un est une épopée en prose à la manière de Télémaque ; l’autre est un simple roman en forme épistolaire. Mais outre les rapports accessoires que l’identité d’objets a dû produire naturellement entre les deux compositions, il existe entre la fable de l’un et la fable de l’autre des ressemblances capitales. Dans les Martyrs, une païenne se convertit à la foi chrétienne qui est celle de son amant ; dans Agathoclès, un païen, amant d’une chrétienne, embrasse la religion de sa maîtresse. Dans les deux ouvrages, les deux amants sont les principaux personnages ; dans les deux ouvrages, l’amant est un des principaux appuis du christianisme, devient personnellement odieux au féroce Galérius, et, par suite de cette haine, est condamné à périr, s’il ne sacrifie aux dieux. Eudore meurt dans le cirque sous la dent d’un tigre ; Agathoclès était réservé au même supplice, mais, par une faveur spéciale, cette peine est commuée en celle de la décollation. — L’amour et la religion forment, pour ainsi dire, par moitié le sujet d’Agathoclès, s’y partagent le mérite d’intéresser, et quelquefois y sont fondus ensemble de manière à se fortifier l’un l’autre par les impressions diverses qu’ils produisent. L’amour et la religion sont mêlés dans la destinée d’Agathoclès et de Larissa ; ils règlent aussi en commun la destinée de deux autres amants, Florianus et Valérie. L’amour seul fait le sort d’un autre couple, moins touchant sans doute, mais plus brillant, le sort de Tiridate et de Sulpicie, que les sentiments de tendre amitié qu’ils professent pour Agathoclès et Larissa rattachent à l’intérêt principal. La belle et séduisante Calpurnie est un personnage fort piquant ; amie dévouée de Sulpicie, ayant pour Agathoclès dans le fond du cœur une passion qu’elle ignore ou qu’elle dissimule longtemps, faisant des folies pour prouver son amour quand elle ne peut plus se le cacher à elle-même, et, lorsqu’enfin elle apprend que cet amour ne peut être partagé, accablant des marques de sa générosité et son insensible amant et l’heureuse rivale qu’il lui a préférée. Les autres personnages secondaires sont mus par différents sentiments, tels que l’ambition, la jalousie, la haine ; et les effets de ces passions coupables ont une influence plus ou moins forte, plus ou moins directe, sur la destinée des deux principaux personnages.

Le roman d’Agathoclès est celui des ouvrages de Mme Pichler qui a le plus contribué à la gloire de l’auteur ; il parut à la même époque que les Martyrs, et quoiqu’il n’égale pas l’ouvrage de M. de Châteaubriand, il lui fut comparé ; ce qui est déjà un grand honneur pour l’auteur.

CORALIE, ou le Danger de l’exaltation chez les femmes, 4 vol. in-12, 1820. — Coralie est une femme artiste, poëte, vaporeuse et mélancolique. Au moment où l’auteur nous fait faire connaissance avec elle, elle a déjà eu trois maris, et n’a pu trouver encore un cœur qui répondît au sien. Pour donner un aliment au besoin d’émotions qui la tourmente sans cesse, elle choisit les bains de H…, où, dans la société nombreuse que l’espoir de recouvrer la santé ou le besoin de distractions y conduit chaque jour, elle compte trouver quelque adoucissement à ses bizarres chagrins. Comme Coralie est jeune et belle, une foule d’adorateurs s’empresse sur ses pas. Parmi eux elle a bientôt distingué le jeune baron Ludwig, époux d’une femme charmante. Elle en devient éprise, et pour le captiver, elle déploie toutes les ressources de la plus habile coquetterie. Le jeune baron est à peu près subjugué, lorsque la saison des eaux se termine ; le baron retourne dans sa retraite ; par les soins de Coralie, une nomination inattendue l’appelle à la cour ; l’adroite enchanteresse entoure Ludwig de tant de piéges, qu’elle parvient à s’en faire aimer ; mais une fois maîtresse de son cœur, elle l’abandonne pour un autre, qui devient infidèle à son tour. La jeunesse, la beauté, le talent de Coralie se flétrissent et se consument dans le chagrin et dans les larmes, et pour mettre fin à ses souffrances, elle se précipite de sa fenêtre sur le pavé de la cour, et expire dans un état effroyable.

LES RIVAUX, traduit de l’allemand par Mme Betsy R…, 3 vol. in-12, 1822. — Rendre deux rivaux également intéressants, malgré la différence de leurs positions, tel est le but que s’est proposé Mme Pichler et qu’elle a parfaitement rempli. Alphonse Elmval a su se faire aimer de Lucie Florsheim, fille d’un riche négociant. En même temps, il a eu le malheur d’inspirer à une princesse puissante et vindicative une passion qu’il ne peut se résoudre à partager, bien qu’on lui offre le sort le plus brillant. Cette princesse met tout en œuvre pour désunir les deux amants, et, secondée par un certain chevalier Dumesnard, elle parvient en effet à persuader à Lucie que son Elmval est infidèle, et à celui-ci que Lucie aime Édouard de Nuenbach. Édouard, trompé lui-même par les apparences, conçoit l’espoir de toucher Lucie et de la désabuser sur le compte d’Elmval, qu’il croit un vil séducteur. Mais les rivaux se rencontrent, s’expliquent, tout s’éclaircit, les amants se réconcilient et s’épousent.

OLIVIER, traduit librement de l’allemand par Mme de Montolieu, 2 vol. in-12, 1823. — Olivier, le héros de ce roman, s’est vu, jeune encore, privé des avantages extérieurs auxquels on accorde généralement trop de prix dans le monde, par cette funeste maladie dont la vaccine est appelée à anéantir un jour entièrement les terribles effets. Parvenu à l’âge où les passions se font entendre impérieusement, il ne peut résister à celle qui sert souvent de mobile à toutes les autres ; l’amour lui fait connaître tout ce qu’il a de rigueurs. Une défiance trop naturelle dans un être accoutumé dès longtemps à n’inspirer que la compassion lui fait négliger les avantages nombreux qu’il pourrait trouver dans son esprit et ses talents ; il est le jouet d’une coquette qui s’est emparée de ses premières et de ses plus vives impressions, mais à laquelle il ne peut accorder son estime, jusqu’au moment où une femme jeune, aimable et vertueuse, digne d’apprécier le cœur et le noble caractère d’Olivier, le choisit en secret pour le but de toutes ses affections. Mais cette femme est revêtue du titre de princesse, et le malheureux Olivier se conduit avec tant de réserve et de discrétion, qu’elle ignorerait toujours ses sentiments, si, décidé à s’éloigner d’elle et à quitter la cour du prince auprès duquel il remplit les fonctions d’ambassadeur, le lendemain même d’une fête où il a été assez heureux pour sauver les jours de sa maîtresse, il ne trahissait son secret en prenant congé d’elle. Il avait été chargé de demander la main de la princesse pour l’héritier d’un duché voisin, et il apprend, en obtenant la certitude que son amour est partagé, qu’il est lui-même cet héritier. Pour comble de bonheur, il trouve dans une autre femme qui l’entourait d’une sollicitude dont il ignorait le motif, une mère aussi tendre, aussi digne d’amour qu’elle a été malheureuse. — On voit qu’il y a dans cet ouvrage un peu de merveilleux ; mais Olivier n’en est pas moins un roman plein d’intérêt, dans lequel on retrouve une partie des qualités qui distinguent l’auteur d’Agathoclès.

LE SIÉGE DE VIENNE, roman historique, traduit de l’allemand par Mme de Montolieu, 4 vol. in-12, 1826. — Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce roman, c’est la fidélité des détails historiques ; mais l’auteur n’a pas su toujours rattacher adroitement son intrigue à ces détails, souvent trop minutieux ; et son principal personnage, le comte Zrini, qui s’annonce d’abord avec pompe, et qui devrait occuper le premier plan dans l’ouvrage, est un personnage à peu près nul qui ne possède aucune des qualités indispensables dans un homme qui se met à la tête d’une vaste intrigue politique.

LES SUÉDOIS À PRAGUE, ou Épisode de la guerre de trente ans, roman historique, traduite de l’allemand par Augustin Lagrange, précédé d’une notice sur Mme Pichler, 4 vol. in-12, 1827. — Le héros de ce roman est un neveu du duc de Waldstein, qui vainquit le grand Gustave, et tomba sous les coups d’ignobles assassins. Comme son illustre oncle, le jeune Waldstein est un adepte de l’astrologie judiciaire, et l’idée de la fatalité, qui plane sur toute sa vie et l’accompagne dans toutes ses actions, est un des ressorts les plus puissants de l’ouvrage. Son caractère a quelque chose de tendre et de mélancolique ; il rêve un bonheur qu’il désespère d’atteindre, il croit avoir lu dans sa destinée, dans des astres ennemis et des constellations menaçantes ; mais un seul sentiment domine la tristesse de son cœur et le soutient encore, c’est l’amour de sa patrie, et le désir de la délivrer des Suédois, auxquels un traître nommé Odowalsky vient de livrer la moitié de la ville de Prague. Cet Odowalsky est un personnage tout historique ; il joue un grand rôle dans le drame, et fait ressortir par de vives oppo sitions la douceur et la timidité du jeune Waldstein, qui grandit aux yeux des lecteurs à mesure que les événements se déroulent, tandis qu’Odowalsky, malgré son audace et son énergie, devient de plus en plus méprisable. Deux caractères de femmes offrent des contrastes non moins remarquables. L’une, douée d’une imagination ardente et passionnée, semble devoir enchaîner tous les hommages et fixer tous les cœurs, mais elle laisse échapper celui-là seul qui aurait pu la rendre heureuse, pour s’attacher au sort d’un homme audacieux, et finit par tomber avec les débris de sa fortune ; l’autre, au contraire, placée d’abord dans une obscurité favorable à ses vertus modestes, ne paraît, au premier aspect, que comme un personnage secondaire, et excite d’autant plus l’intérêt par la générosité de son dévouement et son abnégation d’elle-même, que l’on doute encore presque au dénoûment si elle obtiendra le prix auquel elle n’osait aspirer. L’action, qui se passe à Prague, ne dure que quelques mois ; elle commence à la surprise de cette capitale, et finit par la paix de Westphalie.

On a encore de Mme Pichler : Falkenberg, ou l’Oncle, 2 vol. in-12, 1812. — Zuleima, in-18, 1825. — La Délivrance de Bude, 4 vol. in-12, 1829.