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Revue des Romans/Madame de La Fayette

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Revue des romans.
Recueil d’analyses raisonnées des productions remarquables des plus célèbres romanciers français et étrangers.
Contenant 1100 analyses raisonnées, faisant connaître avec assez d’étendue pour en donner une idée exacte, le sujet, les personnages, l’intrigue et le dénoûment de chaque roman.
1839
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LAFAYETTE (Mar. Mad. PIOCHE DE LA VERGNE, comtesse de),
née en 1633, morte en mai 1693


ZAÏDE, histoire espagnole, petit in-12, avec un traité sur l’origine des romans, par Huet. Hollande, Elzevier, 1671. — Zaïde est le premier roman français qui offrit des aventures raisonnables, écrites avec intérêt et élégance. Il était juste que l’on dût ce premier modèle au tact naturel et prompt qui distingue les femmes dont l’esprit a été cultivé. Dans ce charmant roman, l’imagination est riche sans être prodigue, l’intérêt croît naturellement, le plan en est sage et le dénoûment heureux. Rien n’est plus attachant ni plus original que la situation de Gonzalve et de Zaïde, s’aimant tous les deux dans un désert, ignorant la langue l’un de l’autre, et craignant tous les deux de s’être vus trop tard. Les incidents que cette situation fait naître sont une peinture heureuse et vraie des mouvements de la passion. Quoique le reste de l’ouvrage ne soit pas tout à fait aussi intéressant que le commencement, quoique le caractère d’Alphonse, jaloux d’un homme mort, au point de se brouiller avec sa maîtresse, soit peut-être trop bizarre, cependant la marche de ce roman est soutenue jusqu’au bout, et on le lira toujours avec plaisir.

LA PRINCESSE DE CLÈVES, ou les Amours du duc de Nemours avec cette princesse, in-12. Hollande, Elzevier, 1678. — La Princesse de Clèves, dit Voltaire, dans son Siècle de Louis XIV, fut le premier roman où l’on vit les mœurs des honnêtes gens et des aventures naturelles, décrites avec grâce. Avant Mme de la Fayette, on écrivait d’un style ampoulé des choses peu vraisemblables. Cette autre production de Mme de la Fayette est encore plus aimable et plus touchante que Zaïde. Jamais l’amour, combattu par le devoir, n’a été peint avec plus de délicatesse : il n’a été donné qu’à une autre femme de peindre, un siècle après, avec un succès égal, l’amour luttant contre les obstacles et la vertu : le Comte de Comminges de Mme de Tencin peut être regardé comme le pendant de la princesse de Clèves. — Mle de Chartres est représentée à la cour de Henri II. Ses attraits lui attirent les regards et bientôt les attentions du chevalier de Guise et du prince de Clèves. Flattée de la recherche du chevalier, elle l’aurait vraisemblablement épousé, sans l’empêchement que mit à ce mariage le cardinal de Lorraine. Le prince de Clèves lui offrit sa main ; voyant en lui un gentilhomme de haute naissance, bien venu du roi, estimé à la cour, elle répondit à ses avances et l’épousa. M. de Nemours fait la rencontre de Mme de Clèves dans un bal, et s’éprend violemment de ses charmes et de ses qualités. Ici commence la lutte du devoir contre l’amour. Frappée de la bonne mine du duc de Nemours, la princesse ne résiste pas à l’envie de l’aimer avec passion. Toutefois, elle dissimule sa flamme, et plus le duc de Nemours la presse et l’assiége, plus elle lui témoigne de froideur et d’indifférence. M. de Clèves a soupçonné et bientôt deviné l’amour de sa femme. Dévoré de jalousie et de mordantes inquiétudes, il succombe au mal qui le ronge. Guise va oublier sous les remparts de Rhodes les dédains de Mme de Clèves. Le champ reste donc libre à l’amour du duc de Nemours ; mais le devoir l’emporte dans le cœur de son amante ; elle le fuit, et va chercher dans la solitude d’un cloître un refuge contre sa faiblesse. — Le fond de la Princesse de Clèves est historique, et tient au règne de Henri II ; mais on ne connaît que là un M. de Clèves qui épouse une demoiselle de Chartres, et le portrait que l’auteur trace du grand prieur de France n’est plus celui du duc de Nemours, tel qu’il nous a été conservé par Brantôme. Dans ce roman, Mme de la Fayette a donné à ses personnages les caractères qui convenaient à ses desseins, et son ouvrage est devenu un chef-d’œuvre de sentiment. Les aventures extraordinaires, les fictions trop recherchées en sont bannies ; les mœurs y sont douces et simples, les mouvements des passions bien décrits, parce que l’auteur les avait bien observées. Fontenelle nous apprend qu’il avait lu quatre fois cet ouvrage, et que c’est le seul écrit de ce genre qu’il ait jamais été tenté de relire. Quel moment que celui où la princesse de Clèves, effrayée de sa tendresse pour le duc de Nemours, vient en tremblant tomber aux genoux de son époux pour lui avouer un amour qu’elle n’a pas la force de vaincre ! Où trouver ailleurs plus d’émotion, plus de générosité, une jalousie plus délicate que dans ce roman ? Une sensibilité douce, un abandon attendrissant, un intérêt qui s’accroît à chaque page, sont les principales beautés qui le distinguent. La fin remplit l’âme d’une tristesse profonde, mais qui a ses charmes. Peut-on, en effet, rester froid et insensible sur le sort du sexe tant idolâtré et si malheureux, dont la beauté n’assure souvent que l’infortune, qui ne vit que pour l’amour et pour le combattre, et qui, victime tout à la fois et de ses penchants et de ses devoirs, recueille si peu de plaisirs et tant de regrets ?

MADEMOISELLE DE MONTPENSIER, in-12, fig., 1804. — La première édition parut à Paris en 1660. — On a quelquefois inséré mal à propos ce roman dans le recueil des œuvres de Mme la comtesse de la Suze. Mademoiselle de Montpensier n’est pas, à proprement parler, un roman, c’est une nouvelle, et une nouvelle charmante, délicieuse de nobles sentiments. Il est difficile de rassembler avec plus d’art, dans un seul petit volume, une foule d’événements plus naturels et mieux conduits. On voit, on plaint la beauté malheureuse et sensible, qui, reconnaissant en elle-même une passion cachée et funeste, fait de vains efforts pour la surmonter, et meurt de désespoir, après avoir perdu sans crime le cœur de celui qu’elle aima et l’estime de son époux. — Le personnage le plus remarquable de ce roman est celui du comte de Chabannes. Quoique déjà vieux, il devient amoureux de la princesse de Montpensier ; malheureusement la princesse est amoureuse elle-même du duc de Guise, qui aime aussi Mme de Noirmoutier. Tel est cependant l’excès de la passion que Chabannes a conçue pour elle, tel est l’ascendant qu’elle a pris sur son esprit, que pour lui plaire il consent à servir son rival ; c’est lui qui apporte les lettres du duc de Guise, et quand il n’en apporte pas, il faut voir comme il est reçu ! Bien plus, il pousse la complaisance jusqu’à favoriser les rendez-vous du duc et de la princesse. Tandis qu’il joue ce triste rôle, il est surpris par le duc de Montpensier qui le croit l’amant de sa femme ; il s’enfuit à Paris et périt dans le massacre de la Saint-Barthélemi. Le duc de Guise poursuit le cours de ses aventures amoureuses près de Mme de Noirmoutier. La princesse de Montpensier meurt de chagrin de se voir abandonnée d’un homme auquel elle avait sacrifié un époux tel que le prince et un ami tel que le comte de Chabannes.

MÉMOIRES DE LA COUR DE FRANCE pour les années 1688 et 1689, in-12, 1731. (Ouvrage posthume.) — Les Mémoires de la cour de France ne sont, pour ainsi dire, que des fragments de ceux que Mme de la Fayette composa ; ils s’égarèrent par la grande facilité avec laquelle l’abbé de la Fayette communiquait les manuscrits de son illustre mère. On trouve, dans ce qui reste de cette production, dont la diction est toujours vive, élégante et pure, des anecdotes curieuses que l’auteur a eu l’art d’unir aux réflexions les plus judicieuses et les plus rapides, et des portraits bien frappés. Toutefois, à la lecture de ces documents historiques, on éprouve un sentiment pénible ; au lieu de l’aimable auteur de Mle de Montpensier et de la princesse de Clèves, on ne retrouve plus qu’une dame de la cour du XVIIe siècle, spirituelle jusqu’à l’épigramme, dédaigneuse jusqu’à la méchanceté ; traitant avec une condamnable légèreté les hommes et les événements, critiquant tout du haut de son mépris pour les petites gens, et de son admiration exclusive pour son grand roi.

HISTOIRE D’HENRIETTE D’ANGLETERRE (ouvrage posthume), in-8, 1720. — Cette histoire est écrite avec une aimable simplicité et remplie de ces détails précieux qui attachent, font connaître les hommes, et surtout ceux qui habitent les cours. Elle est curieuse, parce que Mme de la Fayette l’écrivit sous la dictée de la princesse, et par le touchant récit de la mort de cette femme infortunée.

LA COMTESSE DE TENDE. — Cette nouvelle a été insérée dans les œuvres complètes de l’auteur, publiées en 5 vol. in-8, 1804 et 1825. C’est la contre-partie de la princesse de Clèves. La princesse de Clèves cause la mort de son mari en lui apprenant sa passion pour le duc de Nemours quand elle va y succomber : la comtesse de Tende meurt en révélant au sien son amour pour le prince de Navarre.