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Revue météorologique

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REVUE MÉTÉOROLOGIQUE

Le père Denza, directeur de l’observatoire de Moncalieri, a attaqué, dans une lettre que publient la plupart des journaux italiens, les prédictions faites par les astronomes de Paris sur les pluies et les chaleurs de l’été. Le savant astronome a eu la bonne idée de donner un tableau du maximum des températures de toutes les stations en communication scientifique avec l’établissement qu’il dirige. On reconnaît que tous ces maximas se sont produits dans le cours du mois de juillet, et qu’on peut les séparer en deux groupes, ceux qui ont atteint leur maximum dans la première décade et ceux qui ne l’ont atteint que dans la troisième. Le milieu du mois ayant été troublé par des orages qui ont cette année coïncidé avec la pleine lune, la température a partout été moindre du 10 au 20 que du 1er au 10 ou du 20 au 31. Nulle part le maximum ne s’est produit après le 31 juillet. C’est à peu de chose près ce qui s’est passé dans nos régions avec cette différence que, le maximum de température, s’est plutôt produit à la fin de juillet qu’au commencement, contrairement à ce qui a eu lieu en Italie.

Maxima du commencement de juillet.
Alexandrie 35°2 Palanza 30°6
Serravalle 35°2 Ivrée 32°2
Bra 35° Mondovi 31°9
Vercelli 34°9 Biella 31°5
Lodi 34°6 Vasallo 29°
Moncalieri 34°2 Castelfino 27°8
Vigevano 33°7 Sacra-Saint-Michel 26°1
Saluces 33°3 Aoste 21°0
Plaisance 32°7 Simplon 19°6
Volpeglino 32°7 Grand-Saint-Bern. 16°8
Maxima de la fin de juillet.
Domo d’Ossola 33°4 Coni 24°5
Suse 32°9 Petit-Saint-Bern. 19°2
Casale 32°8 Col-de-Valdenoble 16°

Nous ne citons pas seulement cet instructif tableau pour mettre en évidence les oscillations dont la température est susceptible dans un district météorologique de faible étendue ; nous tenons surtout à faire comprendre combien les influences locales sont susceptibles de modifier l’état du temps. En effet, nous voyons figurer des chiffres différant de 15°. Quoique le soleil luise pour tout le monde, ses rayons n’agissent point de la même manière, même dans tout pays. C’est une vérité dont le père Denza ne paraît que médiocrement se douter.

Les raisonnements que nous avons faits pour la France septentrionale n’ont aucune valeur pour le district alpestre, dont nous ne nous occupons point. En France, nous dépendons plus du courant polaire que du courant tropical, car le voisinage des résidus de la débâcle annuelle produit des effets toujours très-énergiques et dont les Italiens n’ont point à tenir compte, au moins de la même manière que nous. Au commencement de juillet, d’après le rapport du lieutenant Parent et du capitaine Pahlander, la banquise se rencontrait déjà par le 80°,48. Elle permettait à peine d’approcher de l’île Ross. Un soleil très-énergique n’a pas manqué de la démembrer. Les dernières nouvelles reçues de la Diana ne laissent aucun doute à ce sujet.

Il n’est pas impossible que le hardi yacht ait pu franchir les débris accumulés sur la côte septentrionale du Spitzberg, et s’avancer plus loin que les autres navigateurs arctiques ne l’ont fait. Mais ces débris ont-ils tous disparu sous l’action des rayons solaires ? La chose est infiniment peu probable, car des glaçons énormes ont été récemment rencontrés dans les parages de Terre-Neuve. Il est à présumer que ces glaces, échouées le long d’une multitude de baies et de rivages, ne vont point tarder à se ressouder. Suivant toute probabilité, elles deviendront la racine de nouvelles banquises qui seront pour nous la cause d’un automne pluvieux et d’un hiver rude prématuré.

L’été exceptionnellement chaud pour nous de 1873 semble devoir être suivi, comme en 1773 et en 1793, par un automne désagréable et un hiver rigoureux, n’en déplaise au père Denza. Peut-être en sera-t-il autrement en Italie : c’est une question que nous n’examinons point aujourd’hui, nous ne parlons que pour la France, et encore uniquement pour la partie de la France qui fait partie du bassin océanique. Certains astronomes, qui trouvent tout naturel qu’on s’occupe du nombre des taches solaires et de leurs périodicités, seront sans doute surpris qu’on fasse entrer des phénomènes terrestres en ligne de compte dans la prévision rationnelle du temps. Mais, même dans le cas où nous nous tromperions dans l’usage que nous faisons de ces données, il ne nous resterait pas moins la satisfaction d’avoir été un des premiers à en signaler l’utilité. Qu’il nous soit permis d’ajouter que notre manière de voir est partagée par M. John Colwells, de la marine royale d’Angleterre, habile navigateur qui connaît très-bien les mers arctiques, où il faisait campagne l’an dernier et dont nous préférons l’autorité à celle du célèbre jésuite italien. Nous prendrons la liberté de faire remarquer que l’influence du voisinage des glaciers se fait sentir d’une façon très-remarquable dans les chiffres recueillis par le père Denza, quoique les glaciers des Alpes soient bien peu de chose en présence des masses de glace qui flottent sur l’Océan !

L’altitude est un élément important dans le décroissement de la température. Ainsi le Simplon n’offre que 19°,6 dans son maximum de 1873, année très-chaude, parce qu’il est à un niveau de 2 005 mètres. Le petit Saint-Bernard, qui est à 185 mètres plus haut, n’a atteint que 19°,2. Enfin le grand Saint-Bernard, qui est à 465 mètres au-dessus, ne donne plus que 16°,8. La décroissance est beaucoup plus rapide dans ce cas, parce que le pic est environné par les glaciers, grâce auxquels le district alpestre se trouve singulièrement refroidi.

W. de Fonvielle.