Revue pour les Français Février 1906/IV

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LE BON SENS, LES USAGES ET LA LOI

LES PENSIONS DE RETRAITE



Pour recruter son personnel, l’État organise des concours afin de choisir parmi les nombreux candidats qui se pressent vers le fonctionnarisme. À voir la foule des postulants, on pourrait croire que les rétributions offertes pour les places convoitées sont excellentes. Il n’en est rien. L’État paye mal.

Mais à l’appât d’un salaire, l’État ajoute la certitude d’un travail peu fatigant et surtout la prime d’une pension de retraite. Si les candidats réfléchissaient, ils s’apercevraient que cette pension de retraite est constituée par une retenue sur leurs appointements et que, par conséquent, ils se font à eux-mêmes ce cadeau. Toutefois le contrat étant librement accepté, il n’y a rien à lui objecter… en principe.

Ce que je veux signaler aujourd’hui c’est l’abus scandaleux par lequel les pensions sont différées pendant des mois, pendant des années. Combien de fois arrive-t-il qu’un instituteur soit brusquement mis à la retraite : c’est le droit du maître. Mais vous croyez peut-être que, du jour de son renvoi, il va toucher la pension qui assurera son pain quotidien ? Vous oubliez « l’administration » ; il faut des démarches sans nombre, il faut des recommandations de toutes les nuances de l’arc en ciel politique, pour que le ministère liquide la retraite ; les semaines passent, et des emprunts onéreux sont nécessaires : car des agents d’affaires font métier d’avancer, contre de gros intérêts et des commissions coûteuses, quelques petites sommes. Si bien que lorsque la pension arrive avec son arriéré, (sans intérêts naturellement !) le bénéficiaire est accablé de dettes pour longtemps, ou bien il est déjà mort et enterré ; et la famille devra renouveler les voyages lassants au pays des paperasseries, justifier de ses droits à l’héritage, accomplir quantités de formalités avant de recevoir quoi que ce soit.

Que dirait-on d’une Compagnie d’assurances qui ne paierait pas à guichet ouvert le jour de l’expiration du contrat ? Et l’État n’est rien d’autre que l’assureur de ses employés.

Fonctionnaires, que vous êtes heureux !

Henry BRÉAL.


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