Revue pour les Français Février 1906/V

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FRANÇAIS ET ROMAINS EN AFRIQUE



L’établissement de la domination française dans l’Afrique du Nord a eu pour résultat imprévu de faire connaître jusque dans ses moindres détails l’œuvre accomplie en ces mêmes lieux par les Romains voici dix-huit siècles. On était déjà renseigné à ce sujet par ce qu’en ont dit les auteurs anciens mais on ne l’était que d’une manière assez vague ; la découverte de ruines innombrables, l’exhumation de milliers d’inscriptions du plus haut intérêt ont projeté sur cette portion de l’histoire la précieuse lumière des faits. Aussi est-il permis désormais d’établir une comparaison entre la façon dont Romains et Français, à tant d’années d’intervalle, s’y sont pris pour conquérir, puis pour organiser et faire prospérer leur colonie africaine. Une telle comparaison est doublement instructive en ce qu’elle aide à comprendre, à la fois, en quoi diffèrent et en quoi se ressemblent des besognes identiques conduites successivement par des peuples placés dans des conditions très dissemblables quant à l’époque et aux circonstances.

Avant tout, il convient de se rappeler que l’Afrique romaine a duré près de sept cents ans tandis que l’Afrique française entre dans sa soixante seizième année. Cette disproportion ne doit jamais être perdue de vue dans l’examen des points de rapprochement qui s’imposent. Quant à l’étendue des deux empires, elle fut sensiblement la même. Celui des Romains s’allongea davantage le long des côtes puisqu’il engloba, en fin de compte, la Tripolitaine à l’Est et, à l’Ouest, une bonne partie du Maroc mais il manqua de profondeur et ses limites restèrent bien en deçà non de celles que nous nous sommes réservés d’atteindre mais de celles que nous avions atteintes effectivement il y a déjà vingt-cinq ans.

Il paraît tout simple, au premier abord, de considérer les progrès de la civilisation comme ayant largement facilité les choses à la France mais cette manière de voir ne résiste pas à la réflexion. Si l’on fait exception pour les transports de troupes par mer, rendus beaucoup plus aisés sur de grands navires à vapeur — et, peut-être, pour certaines améliorations des services de ravitaillement et d’intendance, il est évident que nous n’avons pas beaucoup bénéficié de la supériorité de notre outillage général sur celui des Romains. Et, par contre, ceux-ci ont eu sur nous de notables avantages dont voici les principaux.

Le premier a été le point de départ de la conquête. Prenez une carte de la Méditerranée et considérez les positions respectives de Carthage et d’Alger. La pointe avancée sur laquelle est située Carthage ne la rapproche pas seulement de la Sicile et de l’Italie ; elle dessine une espèce de poussée du continent africain dont les rivages, à droite et à gauche, semblent s’enfuir comme pour laisser plus d’indépendance et de sécurité aux occupants de ce poste dominateur. Sûrement les marchands phéniciens qui l’avaient choisi pour y installer un de leurs comptoirs s’étaient avisés d’une configuration si favorable. L’effort que dut accomplir la république romaine pour en déloger les Carthaginois fut, sans doute, très supérieur à celui qui nous rendit maîtres d’Alger ; mais une fois cet effort accompli elle posséda une base d’opérations sans pareille. Tandis que ses troupes, s’étendant en éventail à travers la Tunisie puis à travers notre province actuelle de Constantine, refoulaient les tribus berbères et maintenaient aux confins une sorte de paix armée, derrière cette vaste ligne de défense se créait un État dont rien n’allait plus troubler le repos ni menacer l’incroyable richesse. Ce fut l’Afrique proconsulaire appelée ainsi du nom du proconsul désigné par le Sénat romain pour la gouverner et par opposition aux royaumes indigènes protégés et aux territoires militaires qui l’environnaient. Ainsi il y eut, dès le principe, une partie de la conquête qui se trouva à l’abri des incursions et des coups de main, adossée à la mer et n’ayant qu’une frontière territoriale de faible développement. Comment en eût-il été de même avec Alger en place de Carthage comme base d’opérations ? Alger n’est qu’un point quelconque de la côte exposé à se trouver presque complètement enveloppé par l’ennemi. Ce fut le sort qui créa cette inégalité. Ni les Romains ni les Français n’avaient songé à entreprendre une conquête méthodique en terre africaine. Rome fut incitée à poursuivre la destruction de Carthage parce que cette ville puissante paralysait son essor, ruinait son commerce et menaçait sa sécurité. La France, en réduisant Alger, vengeait la grave insulte faite à son honneur et mettait fin aux intolérables exploits d’une piraterie dont elle n’avait pas été seule à souffrir. Carthage incendiée, Alger occupé, les mêmes hésitations et les mêmes répugnances se manifestèrent à Rome et à Paris relativement à un avenir d’extension africaine. M. Gaston Boissier a fait remarquer avec beaucoup d’à-propos combien les débats sénatoriaux du Capitole et ceux du parlement de Louis-Philippe présentent d’analogie à cet égard. Ici et là, il se trouvait des coloniaux avides de tout annexer et des anti-coloniaux soucieux de ne rien entreprendre. Le juste milieu triompha mais il fut impossible de s’y tenir dans aucun des deux cas. Les protectorats eux-mêmes s’écroulèrent. Faute de trouver des beys de bonne volonté pour régner en son nom à Constantine et à Oran la France dut se résigner à gouverner directement comme Rome s’y était trouvée amenée après des essais infructueux pour se constituer des monarchies tributaires. Force fut d’aller de l’avant, de soumettre d’année en année des territoires supplémentaires, d’occuper des points nouveaux. Mais, dans cette progression fatale, les anciens eurent constamment sur les modernes l’avantage d’avoir derrière eux un établissement solide et sûr dont la prospérité put se développer régulièrement pendant qu’on guerroyait aux avant-postes.

En second lieu, ils ne rencontrèrent point devant eux le fanatisme musulman. Et ce fut là — c’est encore et ce sera toujours — pour nous la cause d’une terrible infériorité par rapport à eux. On peut juger, grâce à Salluste notamment, combien les populations berbères ont maintenu leurs coutumes. Ce qu’il en raconte équivaut tout à fait à ce qui s’est passé de nos jours et la manière dont Jugurtha faisait la guerre aux Romains rappelle à s’y méprendre les procédés d’Abdel-Kader. Autour d’un petit nombre de réguliers, péniblement assemblés et formés, apparaissent et disparaissent les « goums » capricieux, emportés par un élan aussi énergique que passager, incapables de se plier aux nécessités de la tactique et aux rigueurs de la discipline. Tels sont les Arabes d’aujourd’hui ; loin d’avoir modifié les Berbères en leur imposant de nouvelles conditions d’existence, ce sont bien ces derniers qui ont fait adopter leurs mœurs par leurs vainqueurs. Par contre les dieux berbères ne ressemblaient guère à celui de Mahomet et ainsi faisait défaut le seul principe d’union qui existe sur la terre d’Afrique où les tribus éparpillées, plus ou moins nomades et toujours promptes aux querelles intestines, ne sont susceptibles d’un effort commun que lorsque la haine religieuse, caractéristique de l’Islam, leur est prêchée. La déesse Tanit et le dieu Baal Ammon, pour sanguinaires qu’ils fussent, n’exigeaient pas l’extermination des étrangers et leurs sectateurs ne demandaient pas mieux que de les associer de bon cœur avec Junon et Saturne : ce qui permit aux Romains de les introduire dans l’hospitalier panthéon conçu par eux. Nulle question religieuse ne vint de la sorte compliquer la conquête et rendre précaire l’occupation ; il n’y eut pas surtout ce fossé haineux dont, quoiqu’on dise et quoiqu’on fasse, la mentalité arabe demeure encerclée, même aux heures de paix, à l’égard de la France et des Européens en général. C’est en vain que de naïfs théoriciens s’imaginent désarmer les Musulmans en construisant des mosquées et en honorant Mahomet ; rien ne saurait apprendre la tolérance à des hommes dont la doctrine repose d’aplomb sur une base d’intolérance obligatoire : car la première condition pour être un bon Musulman ne consiste-t-elle pas à mépriser et à détester ceux qui ne le sont pas ?

Rome eut un troisième avantage, celui de ne devoir tenir compte d’aucune rivalité étrangère. Il n’y avait pas d’Europe autour d’elle, donc pas d’équilibre européen à ménager. Une fois Carthage détruite, sa domination devenait incontestée dans la Méditerranée ; les peuples soumis à ses armes en d’autres portions du monde ancien pouvaient lui causer du dommage ou du souci par leurs révoltes. Aucune puissance n’avait le moyen d’intervenir pour l’obliger à renoncer à s’agrandir en Afrique ou réclamer une compensation pour lesdits agrandissements. Nombreuses, au contraire, furent les susceptibilités dont le gouvernement français, sous Charles x et surtout sous Louis-Philippe, eut à tenir compte. L’expédition de 1830, avant même quelle fut en route, avait provoqué de la part du cabinet de Londres des observations peu encourageantes et il ne s’en fallut pas de beaucoup que la monarchie de Juillet, à qui l’alliance anglaise importait fort, n’évacuât Alger. Il est certain que l’Europe toute entière aurait témoigné à maintes reprises sa mauvaise humeur et sa jalousie de cette entreprise si les difficultés auxquelles nous nous heurtions et les sacrifices que la conquête algérienne exigeait ne lui avaient paru constituer, somme toute, une charge durable et un embarras permanent qu’il ne lui déplaisait point de voir peser sur la France.

Enfin, dernière supériorité (tout au moins relative), Rome n’hésitait pas sur son droit, sur la légitimité de son action. Par là même qu’elle n’avait pas de rivales, l’internationalisme pour elle ne répondait à aucune réalité ; comme la notion moderne de la liberté n’existait pas davantage, d’où fussent venus aux Romains les scrupules qui plus tard ont souvent ému les Français, les ont fait réfléchir, hésiter, reculer même et de façon imprudente ? Le respect de l’indépendance d’autrui ne les retenait pas et, si même ils l’avaient ressenti, se sentant de race supérieure, ils auraient cru de bon cœur assurer le progrès et le bonheur des races inférieures en les asservissant. C’est là une croyance qui est, chez nous, à l’état intermittent et que nous professons, comme d’ailleurs toutes les grandes nations civilisées, mais sans oser aller jusqu’au bout des conséquences qui en découlent.

Si donc on tient compte : 1° du fait que la comparaison s’établit entre deux œuvres d’une durée très inégale puisque, comme nous l’avons déjà dit en commençant, les Romains ont occupé l’Afrique pendant plusieurs siècles alors que les Français y sont arrivés en 1830 seulement ; 2° des avantages considérables que les premiers eurent sur les seconds par suite des circonstances que nous venons de rappeler, il est impossible de ne pas reconnaître que, finalement, la conquête moderne a marché beaucoup plus vite que l’ancienne et que la France, à cet égard, l’emporte sur Rome. Quiconque circule en Algérie actuellement est frappé de l’ordre qui y règne et de la façon dont y fonctionnent des rouages gouvernementaux rendus très complexes par le fait qu’aucune pénétration Européenne ne peut s’exercer dans le bloc arabe et que, par conséquent, les deux sociétés vivent l’une près de l’autre, sans se mêler. Les statistiques indiquent tout ce que la France a fait pour développer les services publics, l’hygiène, la voierie, l’instruction, le commerce. La sécurité paraît complète, et nulle part on ne rencontre de ces entraves de police à la liberté individuelle qui existent fréquemment dans les colonies.

Sur trois points pourtant, les Romains paraissent surpasser les Français de telle façon qu’il n’y a pas seulement retard mais infériorité de principe entre eux. D’abord le prestige que revêt la puissance française aux yeux des indigènes est loin d’égaler celui qu’exerçait la puissance romaine. On serait tenté d’expliquer ce fait par le caractère peu prestigieux de la civilisation moderne comparée à l’ancienne. Les progrès innombrables dont elle se compose sont des progrès de détail qui, incontestablement, enlèvent de la majesté à l’ensemble et en rendent les grandes lignes moins nettes et plus confuses ; de plus ce sont des progrès d’ordre pratique, peu artistiques par conséquent et de silhouettes peu impressionnantes. Tout cela est exact sans doute mais les Romains employaient pour rehausser l’éclat de leur civilisation un procédé qui aurait pu être avantageusement renouvelé par les Français ; ils créaient des villes, soit de toutes pièces dans un lieu jusque-là solitaire, soit en agrandissant d’humbles bourgades dont les quelques masures disparaissaient promptement devant les constructions nouvelles. Moralement et matériellement, ces cités étaient de monumentales leçons de choses à l’adresse des indigènes lesquels n’y pouvaient pénétrer sans apercevoir, en une sorte de raccourcis, la puissance romaine en action. En s’installant dans les villes arabes et en y opérant des travaux d’assainissement et d’agrandissement très considérables, les Français les ont embellies au sens européen du mot mais il est peu probable qu’ils les aient embellies au sens arabe. Effectivement Kairouan malgré la tristesse qui pèse sur elle et l’aridité qui l’environne doit réjouir les regards indigènes — en dehors de son caractère de ville sainte — bien plus que Sousse, sa voisine, qui est riante et animée. Les quais d’Alger avec leurs jolies arcades et leurs squares, l’avenue Jules Ferry à Tunis ou la grande place de Constantine ont-ils de quoi rivaliser avec une ville comme Timgad dont les ruines pénètrent encore les touristes d’admiration ? Non certes car ce sont là des apports d’Europe plus ou moins adroitement accolés à l’œuvre indigène. Ce n’est pas uniquement affaire de portiques et de statues ; évidemment nous délaissons beaucoup trop ces éléments primordiaux et inégalables de beauté architecturale mais, dans un autre ordre d’idées, nous savons également créer de l’impressionnant. On a dit et non sans vraisemblance que le fameux pont Doumer à Hanoï avait beaucoup consolidé l’influence française au Tonkin. C’est que cette merveille cyclopéenne, jetée sur l’énorme Fleuve rouge, se dresse isolément devant les yeux stupéfaits des indigènes ; et comment leur stupéfaction n’engenderait-elle pas de l’admiration pour le peuple capable de concevoir et d’exécuter de pareils tours de force ? Le pont Doumer produit sur les Tonkinois d’aujourd’hui un effet analogue à celui que dut produire naguère l’amphithéâtre de Thysdrus (El-Djem) sur les Berbères.

La ville romaine n’était pas seulement autonome dans son cadre mais aussi dans son existence. « On n’est jamais un grand homme pour son domestique », disait un ironiste. Cela est vrai des collectivités comme des individus : à se voir de trop près on perd du prestige. Les Arabes perdent beaucoup du leur en vivant avec les Européens ; nous en perdons peut-être plus encore, à leurs yeux, en nous mêlant à eux, en adossant nos églises à leurs mosquées et nos forums à leurs marchés. Rien ne subsiste de cet ordre magnifique par lequel Rome se révélait aux peuples subjugués. Rien ne saurait remplacer la triomphale autonomie de la cité romaine.

La question se pose aussitôt : pouvait-on en agir ainsi au xixe siècle et la fondation de grandes villes modernes en Afrique n’aurait-elle pas excédé les ressources des budgets ? Il est évident qu’il eût fallu recourir au moyen adopté par les anciens qui n’étaient pas plus désireux que nous d’obérer inutilement leurs finances. Ce moyen c’était la main-d’œuvre militaire — et ici s’accuse une deuxième infériorité. Les Français n’ont point su tirer des 60.000 hommes qu’ils entretiennent en Afrique un parti équivalent à ce que les Romains obtinrent de leurs 30.000 soldats ; car c’est aux environs de ce chiffre que, d’après le savant historien Mommsen, la critique se tient. La légion a constitué non pas seulement l’une des plus durables mais aussi des plus audacieuses institutions du monde romain. Elle a poussé la permanence aussi loin qu’elle peut être poussée puisque la profession a fini par devenir héréditaire et que les enfants des légionnaires ont succédé à leurs pères ; son patriotisme, sa fidélité et son ardeur au travail n’en ont point souffert. Elle a atteint aux extrêmes limites du libéralisme puisque les soldats ont eu permission d’avoir leur foyer aux portes de la caserne et d’y vivre en famille hors des heures de service ; la discipline pourtant est demeurée saine et stricte. Enfin elle a étendu le cercle de ses travaux au delà de tout ce qui fut jamais demandé à une troupe armée ; et sa valeur militaire n’en a pas été diminuée. C’est ce dernier point qui mérite de retenir l’attention. La légion romaine se suffisait à elle-même et pouvait, à elle toute seule, construire une ville ; elle possédait des terrassiers, des maçons, des peintres ; elle possédait aussi des architectes, des ingénieurs et des sculpteurs. La pratique de n’importe quel métier s’accommodait avec le métier militaire : tout soldat se doublait d’un ouvrier. Sans examiner s’il n’y aurait pas là les éléments d’une solution des divers problèmes que soulève le militarisme contemporain, on peut dire que l’Afrique romaine a été en majeure partie l’œuvre des légions qui, non seulement, en ont conquis le sol mais en ont construit les routes, les aqueducs, les édifices. Les Français et les Européens en général n’osent pas demander à leurs soldats des efforts analogues, hormis lorsqu’il s’agit de fonder quelque poste avancé dans une région encore inconnue ou insoumise. Pourquoi ?…

Parmi les travaux auxquels s’employaient si utilement les légionnaires, il convient de citer en première ligne l’irrigation et la sylviculture. On demeure stupéfait en constatant tout ce que les Romains avaient su faire à cet égard. Les témoignages en ce qui concerne l’irrigation sont irrécusables. Des endroits aujourd’hui déserts ont été surpeuplés ; des contrées aujourd’hui arides ont produit du blé en abondance. Là où règne de nos jours une sécheresse irrémédiable, l’eau amenée ou trouvée par les Romains circulait copieusement. Nous possédons sur ces points les renseignements les plus circonstanciés et, d’ailleurs, des ruines de digues et de barrages permettent de suivre, pour ainsi dire à la piste, le travail des ingénieurs d’autrefois dont il arrive fréquemment à leurs successeurs d’admirer la science et l’habileté. Bien entendu nous ne pouvons être aussi bien renseignés sur les forêts et, à première vue, l’Afrique que nous avons sous les yeux rappelle absolument celle que Salluste a décrite et envers laquelle il usa d’un esprit critique très aiguisé. Il jugeait notamment que son sol était inapte à produire des arbres et les apparences présentes lui donnent de nouveau raison. Dans l’intervalle, pourtant, d’immenses forêts se sont étendues sur ce sol ; tout en faisant la part de l’exagération, force est bien de tenir quelque compte des assertions des historiens arabes décrivant les « voûtes ininterrompues de feuillages » sous lesquelles passèrent leurs coreligionnaires en pénétrant pour la première fois en Afrique.

Le régime des eaux et forêts a été, de la part des Français, l’objet d’un tardif effort et l’insuffisance des résultats provient du rattachement de ces services aux pesantes et routinières administrations de la métropole. Il eût fallu des ingénieurs ardents, des décisions promptes, des plans économiques et, au besoin, un grain d’audace et de modernisme dans la façon d’exécuter les travaux et d’organiser l’exploitation.

Tels sont les points sur lesquels la supériorité romaine s’accuse. Mais ils n’atténuent pas les éloges que, d’autre part, comme nous l’avons expliqué, les Français méritent — même lorsqu’on établit une comparaison sévère entre leur œuvre et celle de leurs illustres devanciers.