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Rig Véda ou Livre des hymnes/Section 7/Lecture 4

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Traduction par Alexandre Langlois.
Bibliothèque Internationale Universelle (p. 497-504).

LECTURE QUATRIÈME.
HYMNE I.
À Soma, par Casyapa, fils de Maritchi.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Le sage et premier ministre (du sacrifice) est lancé avec bruit comme sur un char de bataille. Les dix frères dirigent et sur le filtre de laine et dans ses (diverses) demeures le (dieu) qui porte (nos offrandes).

2. Indou est répandu en l’honneur de la race céleste, et formé de ces trésors qui appartiennent aux enfants de Nahoucha[1]. Immortel, il est purifié par des prêtres mortels sur le filtre de laine, et (mêlé) aux ondes et au (lait) des vaches.

3. Soma pur et généreux a fait entendre sa voix à la gloire du généreux (Indra) : il brille, et va se confondre avec le lait de la vache. Loué et célébré par la prière, il arrive par mille chemins innocents, et, (brillant comme) le soleil, pénètre dans le vase (du sacrifice).

4. Ô pur Indou, brise les forteresses du Rakchasa, et revêts-toi de toute ta splendeur. Frappe d’en haut, par un coup vigoureux, le chef de ces (ennemis) qui nous menacent de loin et de près.

5. Ô (Dieu) qui réunis tous les trésors, fais que nos chants nouveaux, comme les anciens, trouvent toutes les voies faciles. Ô maître fort et glorieux, que nous obtenions de toi ces (secours) puissants contre lesquels vient échouer un ennemi.

6. Ainsi purifié, ô Soma, donne-nous les ondes, la lumière, des vaches, des enfants nombreux, et des petits-enfants. Accorde-nous de vastes champs, la jouissance des astres. Fais nous voir longtemps le soleil.


HYMNE II.
À Soma, par Casyapa.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Le brillant Soma est versé dans le vase des lustrations ; il est lancé tel qu’un char qui porte l’abondance. Il recueille la louange ; il augmente sa force et sa pureté ; il prépare la nourriture des dieux.

2. Le (dieu) sage qui surveille les hommes passe dans le vase des purifications, et vient recevoir les hommages sur le trône même d’Agni. Tel qu’un sacrificateur, il prend place dans les bassins (sacrés). En même temps s’approchent les sept Richis[2] éclairés.

3. Le pur et prudent Soma connaît la voie (du sacrifice) ; dévoué au service de tous les dieux, il vient sur son siége éternel. Qu’il se joue au milieu de toutes les œuvres des prêtres ! Il fait mouvoir dans sa sagesse les cinq espèces d’êtres.

4. Ô pur Soma, tous les trente-trois dieux sont en toi. Les dix (frères) te jettent sur le filtre de laine, au milieu des ondes des sept grands torrents, avec (le lait) des (saintes) offrandes.

5. C’est avec raison que tous les sages s’assemblent autour du siége de ce (dieu) pur. Il a fait le monde ; il a fait la lumière du jour. Qu’il sauve Manou, et arrête le Dasyou.

6. Tel qu’un sacrificateur qui visite une demeure remplie d’offrandes ; tel qu’un roi juste qui marche au combat, que le pur Soma vienne à nos vases (sacrés), et, pareil au buffle sauvage, qu’il arrive dans nos (coupes) de bois.


HYMNE III.
À Soma, par Nodhas, fils de Gotama.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Les dix frères, ouvriers diligents, travaillent ensemble à purifier le jus du sage (Soma). Le (Dieu) brillant, tel qu’un coursier rapide, traverse le domaine des filles du Soleil[3], et descend dans le vase (du sacrifice).

2. Le généreux et magnifique (Soma) s’unit avec tendresse aux ondes, comme un nourrisson s’attache à sa mère. De même que l’époux accourt vers son épouse, il vient dans la coupe, et se confond dans le vase (sacré) avec (le lait) des vaches.

3. Ainsi le sage Indou remplit la mamelle de la Vache (du sacrifice)[4]. Il est accompagné des libations. Les vaches, dans les vases (saints), mêlent leur lait au jus (de Soma), et semblent le couvrir d’un vêtement blanc.

4. Ô pur Indou, unis-toi avec les dieux pour nous accorder la richesse et de nombreux coursiers. Que ton désir généreux vienne au-devant de nous, et soit pour nous la source d’une fortune riche en chars magnifiques.

5. Ô pur Indou, donne-nous une opulence féconde en héros courageux. Que pour nous les nuages renferment tous les biens. Prolonge la vie de ton poëte. Vienne à nous dès le matin le (dieu) qui est le trésor de nos prières[5].


HYMNE IV.
À Soma, par Canwa, fils d’Angiras.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Les œuvres (saintes) s’empressent autour de Soma, et brillant comme un beau harnois sur un coursier, comme les rayons dans le soleil. Ami de nos sages, il s’enveloppe des ondes, et vient au sacrifice (pour le bonheur des dieux), comme (le pasteur vient) au pâturage pour le bien de son troupeau.

2. Il ouvre (au ciel et sur la terre) une double demeure à l’immortelle clarté. Les mondes s’étendent devant lui. Les Prières, aimées de Rita, accourent vers Indou pour le charmer, de même que les vaches entrent au pâturage.

3. Le sage (Soma) intervient dans les œuvres des sages, et, tel qu’un héros, il lance son char dans tous les mondes. Distingué par nos éloges parmi les plus nobles dieux, il comble le mortel qui l’honore, de gloire et de richesses.

4. Il naît, il coule pour former ce brillant mélange, qui est pour ses chantres une source d’abondance, qui procure l’immortalité à ses auteurs. (Dieu) juste et bon, il triomphe pour nous.

5. Donne-nous la force et l’abondance. Que nous ayons par toi des chevaux, des vaches, et la lumière du ciel. Fais le bonheur des dieux. Ô pur Soma, la victoire est facile pour toi ; tes coups abattent tes ennemis.


HYMNE V.
À Soma, par Prascanwa, fils de Canwa.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Le pur et brillant (Soma) fait entendre sa voix, et repose au sein de la coupe. Lancé par les prêtres, il se fait une forme à lui-même avec le (lait) des vaches. Offrez-lui des prières et des holocaustes.

2. Le brillant (Soma) en partant donne l’essor à la Prière, compagne de Rita ; ainsi un pilote dirige son vaisseau. Ce dieu, sur le gazon sacré, révèle au chantre les noms secrets des dieux.

3. Les sages, empressés dans leur œuvre (sainte), lancent Soma comme un torrent. Les (Hymnes) s’assemblent ; ils se présentent pour l’adorer. Et le (dieu) et les (Hymnes) se rencontrent, animés d’un désir mutuel.

4. Soma, l’enfant de la colline, descend, avec l’impétuosité du buffle, sur le filtre où il se purifie. Son lait (divin) est versé. Les Prières, qu’il aime, s’attachent à lui. Trita[6] prend dans le Samoudra[7] le (dieu surnommé) Varouna[8].

5. Ô pur Indou, élève ta voix, et sois comme le ministre qui répond à la parole du prêtre. Dénoue les liens de la Prière. Indra et toi, vous êtes ici réunis pour notre bonheur. Puissions-nous posséder une heureuse opulence, une mâle famille !


HYMNE VI.
À Soma, par le radjarchi Pratardana, fils de Divodasa.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. (Soma), tel qu’un général d’armée, va conquérir les vaches (du sacrifice) ; il marche à la tête de ses chars de bataille, et ses troupes se livrent à la joie. Ô Indra, Soma exauce nos invocations, et en faveur de ses amis il prend son vêtement de fête.

2. Les (doigts) brillants (des prêtres) purifient le jus (de Soma), qui n’a pas encore été mêlé avec les (ondes) rapides et (le lait) des offrandes. Le sage ami d’Indra monte sur son char, et se présente avec lui pour recueillir nos hommages.

3. Ô divin Soma, viens dans notre sacrifice, et sois la noble boisson d’Indra. Ô (Dieu) pur, tu formes les eaux, tu fais descendre la pluie du ciel. Du haut des airs envoie-nous tes présents.

4. Viens à notre large banquet ; (apporte-nous) le bonheur, la victoire, la perte (de nos ennemis). Tels sont les vœux de tous tes amis ici présents ; ô pur Soma, tel est mon souhait.

5. Il vient, ce Soma, qui est le père des Prières, le père du Ciel et de la Terre, le père d’Agni, du Soleil, d’Indra, et de Vichnou.

6. Pontife parmi les Dévas, il est le plus éclairé des poëtes, le plus sage des Richis. Tel est le buffle parmi les animaux sauvages, l’épervier parmi les oiseaux de proie, la hache parmi les instruments de destruction. Soma arrive en chantant au vase des lustrations.

7. Le pur Soma, ainsi que le fleuve qui précipite ses flots, donne l’essor aux prières, aux hymnes. De l’asile qu’il s’est choisi, il voit toutes les traverses qu’il doit subir, et vient généreusement s’unir (au lait) des vaches.

8. Ô (Dieu) invincible, qui donnes le bonheur et le triomphe, qui coules par mille torrents, prouve ta vigueur. Ô Sage et pur Indou, en l’honneur d’Indra, précipite tes flots confondus avec le (lait) des vaches.

9. Présenté comme offrande, l’aimable Soma remplit le vase (du sacrifice), et enivre Indra. Indou coule par mille ruisseaux ; il est chargé de cent aliments, et, tel qu’un coursier vigoureux, il vole aux combats.

10. Ce (dieu) antique, possesseur de la richesse, vient de naître : broyé dans le mortier, jeté au sein des ondes, il se purifie, et ce roi du monde, ce puissant vainqueur indique la voie du sacrifice.

11. Ô pur Soma, les anciens sages, nos pères, ont avec toi accompli leurs œuvres. Généreux et invincible, déchire les voiles qui nous entourent, et sois pour nous libéral en héros et en coursiers.

12. Ô (Dieu) qui extermines tes ennemis, qui possèdes tous les biens et chéris l’holocauste, tu as jadis nourri Manou. Accorde-nous aussi tes présents. Apparais en l’honneur d’Indra, et fais briller tes armes.

13. Ô juste et doux Soma, descends sur le filtre de laine, et revêts-toi des ondes. Place-toi dans ces vases remplis d’un beurre (sacré), et que ta liqueur enivre heureusement Indra.

14. (Maître) fort et bienfaisant, qui coules par mille torrents, viens dans le sacrifice, et envoie nous ta pluie céleste. Unis-toi dans le vase (saint) aux ondes et au lait, et prolonge notre vie.

15. Soma purifié par la prière ressemble à un coursier vigoureux, et il triomphe de ses ennemis. Il est comme le lait savoureux que donne Aditi ; il est comme le cheval heureusement dressé qui nous emporte dans la plaine.

16. Paré de tes belles armes, et purifié par les prêtres, viens recevoir l’hommage mystérieux que nous t’adressons. Ô divin Soma avec la rapidité du coursier qui vient à pâture, apporte-nous l’abondance, la santé ; (donne-nous) des vaches (fécondes).

17. La troupe des Marouts purifie et pare l’aimable nourrisson qui vient de naître, et qui nous apporte (tous les biens). Le sage Soma, né par l’œuvre des sages, va en chantant te mêler dans le vase des lustrations, au (lait) de la vache.

18. Il a l’esprit d’un Richi ; il en a aussi les œuvres. Il donne le bonheur, il peut nous guider par mille chemins ; il connaît les voies des sages. Le grand Soma, voulant nous donner le troisième monde[9], touché de nos louanges, l’a tiré des ténèbres et orné de sa lumière.

19. Il siége au vase (des lustrations). Tel qu’un puissant épervier, il vole, et s’empare des vaches (du sacrifice). Il envoie son humide rosée, et agite ses armes (brillantes). Il s’étend dans le Samoudra, trésor des eaux (sacrées) ; et ce grand (dieu) honore par sa présence ce quatrième monde[10].

20. Il (vient) pour répandre ses bienfaits, pareil au (jeune) mortel brillant de beauté, au coursier plein de vitesse. Comme le taureau qui parcourt son troupeau, il arrive en frémissant dans la demeure du sacrifice, et se place sous le pressoir.

21. Ô Indou, accours avec tes purs rayons, et crie en remplissant le filtre. Entre en te jouant sous le pressoir. Que ta douce et limpide liqueur enivre Indra.

22. Ses larges torrents se précipitent. Il entre dans les vases (sacrés), où il se confond avec le lait des vaches. Le (dieu) sage fait retentir sa voix ; il excite les chants et les hymnes. Il accourt avec l’empressement d’un (homme invité) par la femme de son ami.

23. Ô pur Indou, tu détruis tes ennemis ; mais, à la voix de nos louanges, tu viens tel qu’un amant (appelé) par sa bien-aimée. Pareil à l’oiseau rapide, le pur Soma arrive dans nos (coupes) de bois, et se place dans nos vases (saints).

24. Ô pur Soma, ta splendide rosée vient à nous, aussi douce que le lait, aussi aimable que la femme. Le (dieu), brillant et magnifique, est amené au milieu des ondes ; il frémit, jeté par les prêtres dans le vase (sacré).


HYMNE VII.
À Soma, par Vasichtha.
(Mètre : Trichtoubh.)

1. Le divin (Soma) a été purifié sous la pression de l’or[11]. En l’honneur des dieux, il fait jaillir son suc. Il coule en chantant dans le vase des lustrations, comme le sacrificateur (entre) dans une demeure remplie d’offrandes.

2. Le sage et grand (Soma) prend son brillant vêtement de combat. Fais résonner ta voix, ô (dieu) pur, vigilant et sage, et pour la gloire du sacrifice gémis sous le pressoir.

3. Le plus glorieux des êtres, en notre faveur, est versé sur le filtre de laine. Il siége avec honneur. Ô (Dieu) pur, élève ta voix dans les airs. Et vous, secondez-nous toujours de vos bénédictions.

4. Chantez. Adorons les dieux. Pour le bien du monde, envoyez Soma. Sa douce (liqueur) coule sur le filtre de laine. Que l’ami des dieux se place dans le vase sacré.

5. Indou, avec ses mille torrents, se présente comme l’ami des dieux, et coule pour les enivrer. Loué par les prêtres, il arrive dans la demeure antique (du sacrifice) pour plaire à Indra et faire notre félicité.

6. (Dieu) brillant et pur, viens donner la richesse à ton chantre. Que ton ivresse pénètre Indra, (et le dispose) au combat. Monte sur le même char que les dieux, et apporte-nous la fortune. Et vous, secondez-nous toujours de vos bénédictions.

7. Aussi bien qu’Ousanas[12], il chante l’hymne du poëte ; il annonce la naissance des dieux. Orné de rayons brillants, (maître) purifiant et auteur de grandes œuvres, comme le sanglier (céleste)[13], il s’annonce par le bruit de ses pas.

8. La troupe des cygnes (sacrés), les Vrichans[14] (en voyant) ce (dieu) aussi bon que terrible, s’assemblent dans la demeure (sainte) ; et ces amis (de Soma) chantent de concert ce (maître) invincible et pur, digne de tous nos éloges.

9. Heureux de ces chants, le (dieu) accourt avec rapidité. (On dirait un taureau) qui se joue. À sa vue, les vaches (du sacrifice) mugissent. Et lui, il grandit en aiguisant ses cornes. Il se dresse, et apparaît brillant le jour et la nuit.

10. Le vigoureux Indou arrive, fortifié par le (lait) de la vache. Soma prête à Indra la puissance de son ivresse. Roi de la force, il tue le Rakchasa ; il frappe ses ennemis et sème ses trésors.

11. Ainsi répandant sa douce rosée, il sort du mortier pour couler sur le filtre. Le divin Indou, honorant l’amitié du divin Indra, lui donne le bonheur de son ivresse.

12. Le pur (Soma), paré de ses rayons, arrose les dieux de son jus divin. Indou se montre fidèle aux divers devoirs que lui imposent les saisons, et les dix Doigts le conduisent sur le filtre de laine.

13. Taureau ardent, il crie en voyant les vaches (du sacrifice). Tout retentit de sa voix ; il s’élance vers la terre et le ciel. On dirait la clameur d’Indra dans le combat : tel est le bruit qu’il fait entendre.

14. Gonflé d’un lait délicieux, tu nous donnes ton suc, aussi doux que le miel. Ô pur Soma, tu coules dans nos coupes en l’honneur d’Indra.

15. Viens donc, ô Soma, inspirant une douce ivresse et courbant sous tes lois les ondes du Nuage. Prends une brillante couleur ; unis-toi au (lait) de la vache, et répands-toi (dans les vases du sacrifice).

16. Ô Indou, coule dans ce large (vase) pour notre bonheur. Ouvre-nous une voie facile vers l’opulence. Prends ton arme pour tuer le mal, et verse ton onde sur le filtre de laine.

17. Donne-nous la pluie du ciel, qui arrive avec rapidité, apportant l’abondance, le bonheur et la fertilité. Ô Indou, comme on rassemble les touffes d’une belle chevelure, (dirige) vers nous les (souffles) réunis des Vents, tes amis.

18. Ô pur Soma, délie la chaîne (du mal) qui nous retient, ô toi qui (connais) la voie droite non moins que (la voie) tortueuse. Dieu brillant, qui veux le bien des hommes, précipite tes flots comme les pas d’un coursier, et viens dans la demeure (qui t’est préparée).

19. Ô Indou, versé dans le sacrifice pour causer l’ivresse des dieux, fais passer ton onde sur le filtre de laine. (Dieu) invincible, qui as mille torrents, (mille) suaves odeurs, coule pour le combat que les prêtres doivent livrer.

20. Ces pures et divines liqueurs s’élancent, telles que des coursiers qui volent au combat sans être retenus par des rênes ou attelés à un char. Approchez-vous pour puiser à cette source.

21. Ô Indou, viens à nos cérémonies, et coule dans ces vases (qui reçoivent le jus) de ta plante ou les ondes. Ô Soma, donne-nous de larges richesses, qui excitent les désirs, causent la terreur, et enfantent les héros.

22. Aussitôt que la voix d’un serviteur fidèle commence à s’élever, que l’offrande la mieux choisie est déposée pour le sacrifice, à l’instant les Vaches (saintes) s’approchent avec empressement d’Indou, de ce noble maître, qui repose dans le vase (sacré).

23. Le sage et auguste (Soma), magnifique dans ses présents, vient vers le Rita (terrestre) en l’honneur du Rita (céleste)[15]. Roi de la force, qu’il soit notre soutien. Qu’il se laisse diriger par les dix (Doigts), qui sont pour lui comme autant de rênes.

24. Le pur Indou est le gardien des hommes ; il est le roi des dieux comme des mortels. Qu’il (remplisse) nos vases (saints). Qu’il nous donne les biens terrestres et célestes dont il est le maître. Que notre sacrifice obtienne de lui grandeur et beauté.

25. Comme le cheval qui accourt à sa pâture, viens au sacrifice célébré en l’honneur d’Indra et de Vâyou. Ô pur Soma, qui possèdes tous les biens, donne-nous une large et vaste abondance.

26. Que ces breuvages, qui font le bonheur des dieux, coulent dans notre demeure, et la rendent fameuse par la force de nos enfants. Source de tous les biens, trésor de félicité, délices du ciel, qu’ils soient tels que des sacrificateurs qui savent fléchir les dieux.

27. Ô divin Soma, viens donc dans le sacrifice pour être la noble boisson des dieux. Malgré notre force, nous sommes exposés aux chances du combat. Ô (Dieu) pur, fais que le Ciel et la Terre soient solides sur leur base.

28. Impétueux comme le coursier, terrible comme le lion, plus rapide que la pensée, tu te mêles avec bruit aux libations. Ô Indou, arrive par le chemin le plus droit, pour nous prouver ta bonté.

29. Cent torrents naissent de ce dieu ; les sages les recueillent et les répandent en mille ruisseaux limpides. Ô Indou, descends du ciel pour être notre bienfaiteur. Ta présence annonce toujours une grande largesse.

30. La rosée du sage (Soma) ressemble à la pluie du ciel. Il est comme le roi des Jours, ami de Mitra. Tel qu’un fils qui concourt aux œuvres de son père, apporte la victoire à tes serviteurs.

31. Ta liqueur s’écoule aussi douce que le miel, quand tu viens te purifier sur le filtre de laine. Ô (Dieu) saint, tu te rends dans la demeure des Vaches (sacrées). À peine né, tu remplis le soleil de tes splendeurs.

32. Siége éclatant de l’immortelle essence, tu brilles, et suis en criant la voie de Rita. Tu arrives pour faire le bonheur d’Indra, et tu mêles tes accents aux prières des sages.

33. Ô Soma, oiseau céleste, jette tes regards sur nous, et envoie ta rosée au milieu des œuvres de notre sacrifice. Ô Indou, entre dans le vase où tu places ton trésor, et va en criant t’unir au rayon du soleil.

34. Soma porte (nos holocaustes). À son signal partent les trois mots (sacrés)[16], l’œuvre de Rita, la prière du prêtre. Les Vaches (du sacrifice) s’adressant à lui comme à leur pasteur ; les Invocations le cherchent avec empressement.

35. Les vaches fécondes (du sacrifice) désirent Soma ; les sages l’appellent par leurs prières. Soma est purifié, et croît par un onctueux mélange. Vers Soma se dirigent ensemble les Hymnes et les Chants.

36. Ô Soma, heureusement purifié, remplis nos (coupes). Pénètre avec un grand bruit au (cœur) d’Indra. Engendre la prière ; agrandis sa voix.

37. Le vigilant et sage Soma, purifié au murmure des prières, siége au sein des vases (sacrés). Il est honoré par les deux mains pieusement empressées qui ornent pour lui le char du sacrifice.

38. Le pur (Soma), pareil à Agni lui-même[17] dans le soleil, remplit le Ciel et la Terre. Il éclaire (le monde). Que ses amis puissent compter sur son secours ! Qu’il comble de ses dons (l’homme) qui semble le créer !

39. Que le pur et fécond Soma augmente nos biens, et nous protége avec la lumière ! C’est Soma qui a fait trouver et les vaches et la montagne (ténébreuse) à nos anciens pères, qui connaissaient la voie du bonheur et du sacrifice.

40. Soma, roi du monde, sous la forme de vapeur humide, descend d’abord au sein de sa plante, et produit des rameaux. Son onde généreuse va s’accroître ensuite, en coulant et sur le filtre de laine et dans le vase des lustrations.

41. C’est une grande œuvre du grand Soma, de venir, enfant des Ondes, honorer les dieux. Le pur Indou donne de la force à Indra, et enfante la Lumière dans le Soleil.

42. Ô pur et divin Soma, à notre gré et pour notre bonheur, enivre Vâyou ; enivre Mitra et Varouna. Enivre la troupe des Marouts et les dieux. Enivre le Ciel et la Terre.

43. Sois toujours droit, ennemi du (mal) tortueux, vainqueur de la maladie et des méchants. Mêle ton lait à celui des vaches ; tu es l’ami d’Indra, comme nous sommes tes amis.

44. Fais couler pour nous un ruisseau de miel, une source de trésors. Donne-nous la fortune ; (accorde-nous) pour fils un héros. Ô pur Indou, sois doux pour Indra ; et que du Samoudra descende sur nous la richesse.

45. Que le flot de Soma se précipite comme un coursier. Qu’il vienne avec la rapidité de l’eau qui coule dans un fond. Que le pur Indou se place dans les vases de bois[18] ; qu’il se confonde avec les eaux, et le (lait) des vaches.

46. Ô Indra, voilà que Soma vient à toi. Sage et prompt à remplir ton désir, il coule dans les vases (du sacrifice). Puissant avec justice, porté sur un char (brillant), lançant un regard lumineux, il est le désiré des serviteurs des dieux.

47. Extrait (du mortier) et purifié avec l’antique offrande, il donne des formes à sa fille[19]. Il se revêt au sein des ondes d’une triple substance[20], et, tel qu’un sacrificateur, il arrive en chantant dans nos assemblées.

48. Ô pur et pieux Soma, transporté sur un char (brillant), sors du pressoir et remplis (nos coupes). Suave et juste, et, comme le divin Savitri, honoré par la sainte prière, répands tes douceurs au sein des ondes.

49. Purifié dans le sacrifice, chanté (par nos hymnes), approche-toi de Vâyou, de Mitra et de Varouna. Approche-toi de ce héros[21], monté sur un char et rapide comme la pensée. Approche-toi du généreux Indra, dont la main est armée de la foudre.

50. Pur et divin Soma, apporte-nous de superbes vêtements, de magnifiques ornements d’or ; amène-nous des vaches fécondes, et des chevaux pour nos chars.

51. (Dieu) pur, donne-nous tous les biens du ciel et de la terre. Puissé-je, ainsi que Djamadagni (autrefois), obtenir pour nous (aujourd’hui) la richesse !

52. Viens avec ton (onde) purifiant nous apporter tous tes trésors. Ô Indou, accours à nos hymnes et à nos libations. Que le mortier[22] entouré des honneurs du sacrifice, avec l’agitation du vent, donne le noble (Soma) au sacrificateur empressé.

53. Viens donc, avec ton (onde) purifiant, dans cette fête où nous célébrons ta gloire. Comme on secoue un arbre dont les fruits sont mûrs, fais aussi tomber parmi nous les soixante mille trésors du vil Asoura.

54. Nos hymnes et nos libations sont deux sources puissantes où se retrempent la force et le courage du généreux (Soma). Ô toi, qui, tel qu’un cavalier superbe, abats et terrasse tes ennemis, éloigne d’ici les impies.

55. Tu passes constamment dans trois vases purifiants[23]. Il en est (ici) un autre où nous t’appelons (aujourd’hui). Tu es Bhaga, tu es le bienfaiteur (des hommes), ô Indou ; tu es Maghavan pour les (mortels) généreux.

56. Il vient, le sage Soma qui possède tous les biens et qui est roi du monde. Indou lance ses flots dans les sacrifices, et arrive sur le filtre de laine.

57. Les nobles et invincibles (serviteurs) d’Indou le caressent sur le trône. Les sages font entendre leurs voix, pareilles à celle du vautour. Les prêtres pressent (Soma) avec leurs dix doigts, et enveloppent ses formes du suc des ondes.

58. Ô pur Soma, puissions-nous toujours avec toi recueillir les fruits de la victoire ! Qu’ils nous protégent également, Mitra, Varouna, Aditi, la Mer, la Terre et le Ciel[24] !


HYMNE VIII.
À Soma, par Ambaricha, fils du roi Vrihagiri, et Ridjiswan, fils de Bharadwadja.
(Mètres : Anouchtoubh et Vrihatî.)

1. Ô Indou, apporte-nous l’opulence qui donne la force, que tous envient, qui renferme tous les biens, qui amène l’abondance, qui triomphe des puissants.

2. Porté comme sur un char, Indou va se répandre sur le filtre de laine. Il fait couler ses flots dans (les vases de bois).

3. Indou versé sur le (filtre) de laine arrive avec son ivresse. Il se lève dans le sacrifice avec son onde, et vient tout brillant se mêler au lait de la vache.

4. Ô divin Indou, tu envoies par milliers des biens de toute espèce au mortel qui te sert constamment.

5. Ô (Dieu) invincible et fort, vainqueur de Vritra, fais que nous connaissions la fortune et ta désirable abondance.

6. Les dix frères prennent ce glorieux ami d’Indra, le broient dans le mortier et le plongent dans les ondes.

7. Maître aimable et brillant, il est purifié sur le filtre. Il remplit tous les dieux de son ivresse.

8. Vous buvez sa (liqueur) pour augmenter vos forces et obtenir sa protection. Beau comme le soleil, il répand parmi ses serviteurs une large abondance.

9. Dieu enfant de la colline, Indou vous a, dans les sacrifices, engendrés, ô Ciel et Terre, ô Dieux qui devez le jour à Manou[25] ! Les (prêtres) ont répandu (Soma) au milieu du bruit (des hymnes.)

10. Ô Soma, tu es versé en l’honneur d’Indra, vainqueur de Vritra, dieu magnanime, entouré de nos offrandes, et siégeant dans la demeure (des sacrifices).

11. Au point du jour ton antique breuvage coule dans le vase des lustrations, éloignant le matin, par son influence mystérieuse, les brigands insensés.

12. Amis, vous et nous maîtres (du sacrifice), honorons ce (dieu) puissant, qui répand devant nous ses clartés et ses suaves parfums. Que nous obtenions de lui d’opulentes moissons !


HYMNE IX.
À Soma, par Rébha et Sounou, fils de Casyapa.
(Mètres : Anouchtoubh et Vrihatî.)

1. Les (Doigts) pieusement empressés tendent l’arc vigoureux de l’aimable et victorieux Asoura. En présence des sages, ils tissent pour lui un pur vêtement.

2. Ainsi paré au commencement du jour, le (dieu) brillant s’approche des offrandes, et les prières du sacrificateur précipitent sa marche.

3. Nous versons le jus enivrant de Soma, qui est destiné à Indra, que les Vaches de la louange, comme les maîtres du sacrifice, ont de tout temps préparé avec soin.

4. Célébrez par d’antiques chants ce (dieu) pur, que vous présentent les Œuvres (saintes), chargées d’honorer les dieux.

5. Il coule sur le filtre de laine, où il est purifié. Soutien (du monde), les sages le louent comme le messager de la prière du matin.

6. Soma, source de pureté et de bonheur, siége dans les vases (du sacrifice). Le taureau répand sa fécondité dans le troupeau ; et lui, il semble semer la prière.

7. Descendu du ciel pour les dieux, il est versé par les (prêtres) pieux. Quand il se montre au sein des grandes Eaux, c’est pour répandre avec elles ses bienfaits.

8. Ô Indou, lancé par les prêtres, tu entres dans le vase des purifications. Pour le plaisir d’Indra, tu siéges dans nos coupes.


HYMNE X.
À Soma, par Rébha et Sounou.
(Mètre : Anouchtoubh.)

1. Les (Ondes) innocentes accourent vers le désiré d’Indra. Ce sont des mères qui le traitent comme leur fils, de même que les vaches lèchent leur tendre nourrisson.

2. Ô pur Indou, ô Soma, apporte-nous tes richesses, qui appartiennent à deux mondes. Tu fais fleurir tous les biens qui ornent la maison de ton serviteur.

3. Lance ton flot aussi rapide que la pensée, comme la nue (lance) la pluie. Ô Soma, tu fais fleurir les biens du ciel et de la terre.

4. Ton onde s’avance de même que (le char) d’un triomphateur. Avec la rapidité du coursier, tu précipites sur le filtre de laine la (rosée) bienfaisante.

5. Ô sage Soma, viens avec ton onde pour nous donner la force et la puissance. Tu es la boisson d’Indra, de Mitra et de Varouna.

6. Ô Soma, qui apportes l’abondance, répands toi avec ton onde dans le vase des purifications. Coule avec douceur pour Indra, Soma, Vichnou et les dieux.

7. Ô (Dieu) pur et brillant, tes mères innocentes te caressent dans le vase des lustrations, comme les vaches (lèchent) leur veau (étendu) sur l’herbe.

8. Ô (Dieu) pur, tes beaux rayons se répandent glorieusement. Tu t’empresses de repousser les ténèbres loin de la maison de ton serviteur.

9. Ô (Dieu) pur et puissant, tu soutiens le ciel et la terre. C’est comme une (vaste) cuirasse que tu t’es attachée.

  1. Le commentateur, suivant son habitude, pense que les Nahouchas ne sont que les mortels, enfants de Manou (Manouchia). Voir page 493, col. 2, note 1, où j’ai exposé mon opinion. Nahoucha habite l’air, d’où descend Soma.
  2. Le commentaire les nomme : Bharadwâdja, Casyapa, Gotama, Atri, Viswâmitra, Djamadagni, Vasichtha. Suivant moi, ce sont les sept personnages par lesquels on représente les sept mètres des hymnes, ou les sept offrandes.
  3. Suivant le commentaire, il s’agit des Disas ou régions célestes. Je croirais plutôt que ce sont les Ondes, auxquelles Soma vient se mêler.
  4. Cette vache est la flamme du sacrifice, que nourrit la libation.
  5. Refrain final de quelques hymnes. Voy, section I, lecture iv, hymne xiv, stance 5, et alibi ; section iv, lecture iv, hymne xxvi, stance 13.
  6. C’est-à-dire Agni honoré trois fois par les libations.
  7. Le bassin qui est comme la mer des libations.
  8. Le nom de Varouna doit ici s’appliquer à Soma. Le commentaire explique ce mot, comme signifiant celui qui repousse les ennemis. Je pense que Varouna, étant le Soleil de nuit, préside aux vapeurs et à l’humidité, et qu’en cette qualité il est identique avec Soma qui s’enveloppe des Ondes. Voy. page 487, col. 1, note 4.
  9. Nous avons déjà vu plus haut, lect. ii, hymne x, st. 6, cette expression de troisième monde que nous avons négligé d’expliquer, quoique nous soyons du même avis que le commentaire sur le sens qu’on doit lui donner. Le commentaire croit ici que c’est le Ciel (Dyouloka). Je pense que c’est la terre, et même, dans une signification restreinte, la terre du sacrifice, où vient briller Soma jeté en libation sur le foyer. Le ciel me semble être le premier monde, l’air le deuxième, et la terre le troisième. Il va tout à l’heure être question d’un quatrième monde.
  10. Le commentaire comprend que ce quatrième monde, ou cette quatrième demeure de Soma, c’est l’air (Samoudra, antarikcha), supposant que Soma y va habiter la lune, Tchandramas. J’ai pensé que Samoudra était ici le nom du bassin des libations que vient occuper Soma. L’onde devient le quatrième monde, le quatrième élément où il fait sa résidence. Il descend du ciel, il traverse l’air, il siége sur le foyer de terre, il se mêle à l’eau du Samoudra, habitant ainsi successivement quatre mondes.
  11. Voy. page 494, col. 2, note 2.
  12. Je fais remarquer que le nominatif de ce mot est ici Ousâna.
  13. J’ai pensé que Varâha était le nuage.
  14. Suivant les commentaires, les Vrichaganas sont des Richis. Je crois que ce sont les libations personnifiées.
  15. Cette répétition de Rita se trouve expliquée par le commentaire, qui pense que ce mot est employé la seconde fois pour désigner Indra.
  16. Voy. page 225, col. 2, note 1.
  17. Le texte lui donne le nom de Dhâtri.
  18. Stevenson, dans sa préface, page 6, dit que les vaisseaux, les coupes, les cuillers sont de bois de catechou (Mimosa catechou).
  19. Le commentaire dit que la fille de Soma, c’est la terre.
  20. Nous avons vu que le soma est particulièrement composé du jus de la plante, d’eau et de lait.
  21. Je suppose que c’est Agni.
  22. Le commentaire donne un tout autre sens. Mais j’ai déjà trouvé le mot bradhna avec la signification de mortier, qui me paraît ici plus convenable que celle de grand, épithète d’Indra ou de tout autre.
  23. Suivant le commentaire, ces trois vases (pavitra) seraient Agni, Vâyou, Soûrya, considérés comme dieux essentiellement purifiants.
  24. Refrain final de certains hymnes. Voy. section I, lecture vi, hymne xiv, stance 16, et alibi.
  25. Le texte porte le mot Mânava, qui veut dire issu de Manou.