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Rondeau (Corneille, I)

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Poésies diverses, Texte établi par Charles Marty-Laveaux10 (p. 79-80).

XXIII

Rondeau.

Ce rondeau a paru en 1637, d’abord seul, en un feuillet in-4o. Nous ne connaissons de cette rare édition qu’un exemplaire relié dans un recueil in-12 de la bibliothèque de l’Arsenal portant le no 9809.B.L. Ces vers furent réimprimés plus tard à la suite des deux éditions de l’Excuse à Ariste dont nous avons parlé dans la notice précédente. Ils répondent à une pièce anonyme, intitulée l’Auteur du vray Cid espagnol à son traducteur françois, qui fut attribuée à Mairet par Corneille. Claveret s’est vanté d’avoir engagé notre poëte à ne pas publier ce rondeau, que Granet regarde à tort comme dirigé contre Scudéry. Voyez les pages 21 et 22 du tome III.


Qu’il fasse mieux, ce jeune jouvencel,
À qui le Cid donne tant de martel,
Que d’entasser injure sur injure,
Rimer de rage une lourde imposture,
Et se cacher ainsi qu’un criminel. 5

Chacun connoit son jaloux naturel,
Le montre au doigt comme un fou solennel
Et ne croit pas, en sa bonne écriture,
Qu’il fasse mieux.

Paris entier, ayant lu[1] son cartel, 10
L’envoie au diable, et sa muse au bordel ;
Moi, j’ai pitié des peines qu’il endure ;
Et comme ami je le prie et conjure,

S’il veut ternir un ouvrage immortel,
Qu’il fasse mieux. 15

Omnibus invideas, livide ; nemo tibi[2].


  1. Il y a vu, au lieu de lu, dans les Œuvres diverses et dans toutes les éditions modernes.
  2. « Que tu portes, jaloux, envie à tous, et personne à toi. » C’est le second et dernier vers de la xlie épigramme du livre I de Martial. — Selon toute apparence, c’est ici à peu près que devraient se placer, suivant l’ordre chronologique, les six vers que Corneille adresse à Pellisson pour Foucquet dans la lettre xxii. Voyez ci-après les Lettres, à la suite des Poésies diverses et des Œuvres diverses en prose.