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Salut à la révolution russe/Mars 1917

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Revue Demain (p. 27-30).

MARS 1917


Aux chers camarades russes au milieu desquels j’ai vécu durant mon séjour en Suisse (1915-1917).


Jeune Russie,
tu as terrassé le noir dragon de l’oppression ;
tu as vaincu, sois saluée.

Par la faim, par la guerre, par le tsarisme, meurtrie jeune Russie,
robuste et magnifique, soudain, tu t’es dressée,
et de l’acier neuf et clair de ta force déterminée
tu fracassas la servitude.

Tes ouvriers, tes paysans,
par un jeu agile et puissant de muscles
ont descellé le formidable anneau d’airain qui te garrottait,
et tous les peuples depuis trois ans asservis, terrés, assassinés,

jeune Russie,
immensément tressaillent d’allégresse et de foi ;
et voici que les hommes écartelés par l’impérialisme,
les hommes s’entretuant, se déchiquetant, se décharnant, avec férocité, sans trêve,
les hommes vont arrêter l’énorme et hideuse machinerie.
Jeune Russie, sois saluée.

Nous les écrasés, les estropiés, les mutilés, les immolés,
nous les happés, nous les mitraillés, nous les écrabouillés,
nous resuscitons, nous renaissons,
jeune Russie.
La chair recréée et volontaire,
la force multipliée — l’esprit, le cœur transfigurés,
pour écraser le Mars guerrier,
et accueillir et couronner le rouge Mars de la Révolution,
nous surgissons.

Il fond et coule, le gel épais, compact ;
il craque et se disloque, l’engourdissement qui enlinceulait les peuples,
et partout vibre, ondule, doré, triomphal, le froment de mil neuf cent cinq.
Le ciel, si longtemps opaque et sinistre, bleuit et scintille,
et le grand soleil fécond, libérateur, disque son fluide d’or et de pourpre.

Jeune Russie,
tu as enfin perforé l’illimité et puissant blindage du capitalisme,
tu as coupé le courant suprême de la domination.
Vous les proscrits, vous les bannis,
vous les déportés, les détenus, les prisonniers,
vous tous qui avez donné votre savoir, votre énergie, la chair de votre chair,
soyez salués ici, acceptez notre étreinte.
Et vous les nombreux martyrs, les multiples victimes,
je ne puis énumérer vos courages, vos gestes, vos sacrifices,
recevez notre large couronne de reconnaissance — la plus drue, la plus verdoyante.
Votre force n’a pas péri, votre effort se fait chair ; hourrah !

Guerre à la guerre, clame la voix grave de tous les peuples, —
tyrans de tous les pays, qui jonchez l’univers du sang des hommes,
tyrans qui encagez l’humanité dans les usines, dans les casernes, dans les tranchées,
soyez maudits, disparaissez, tyrans,
et qu’unique, et suprême, et glorieuse demeure la force prolétarienne.

Peuples des tranchées, fraternisez, libérez-vous,
abandonnez tous les engins de meurtre et de carnage.
Ouvriers, désertez les fabriques, femmes, quittez vos logis,

Harcelez, arrêtez, bannissez les tyrans,
assiégez les palais où résident les grands prêtres de l’or :
banquiers, financiers, politiciens, diplomates, journalistes,
supprimez la pieuvre immonde et goulue
qui pompe, insatiable, le sang généreux et enthousiaste des peuples.
Peuples, debout,
prolétaires, formez une chaîne mondiale incassable et sans fin,
libérez l’humanité de ses tourments, de ses douleurs,
créez la vie, créez la paix, par la Révolution.

Henri Guilbeaux.
Avril 1917.