San-Tseu-King - Traduction Stanislas Julien/Traduction

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Traduction par Stanislas Julien.
Georg (p. 1-46).


SAN-TSEU-KING


三字經


LE LIVRE DES PHRASES DE TROIS MOTS




1—6
Jin-tchi-thsou, Sing-pen-chen

A la naissance de l’homme, sa nature est radicalement bonne.

人之初,性本善
(Extrait du Commentaire chinois)

Dès que l’homme est né, il commence à avoir de l’intelligence. D’abord, il reconnaît sa mère. Lorsqu’il commence à apprendre a parler, il appelle d’abord son père.

Meng-tseu dit : « Il n’y a point de petit garçon qui ne sache aimer ses parents. Quand les garçons sont devenus grands, il n’y en a pas un seul qui ne sache respecter ses frères aînés. »

Tchou-hi dit : « La nature de l’homme est généralement bonne. » Il a bien raison.


7—12
Sing-siang-kin, Si-siang-youen

L’homme se rapproche de son semblable par sa nature ; il s’en éloigne par l’habitude (au bien ou au mal).

性相近,習相遠

[En mandchou : La nature (est) mutuellement proche ; l’éducation (est) mutuellement éloignée]

L’auteur veut dire que dès le moment de leur naissance, les hommes qui se trouvent dans la suite intelligents ou bornés, vertueux ou vicieux, tous ont reçu du ciel la même nature (c’est-à-dire un bon naturel). lls se rapprochent les uns des autres, sans qu’il y ait entre eiLv aucune différence. Mais quand leur esprit est une fois ouvert, chacun d’eux diffère des autres par ses dispositions naturelles. Celui qui est doué d’une vive conception est appelé intelligent ; celui qui est dépourvu de lumières est appelé stupide. Celui qui suit les principes de la raison est réputé sage, — celui qui s’abandonne à ses désirs (a ses passions) est regardé comme un homme dégénéré ou vicieux. Si certains hommes se mettent en opposition avec l’excellente nature qu’ils ont reçue du ciel, ne peut-on pas dire qu’ils s’éloignent grandement des autres ? En voici la cause : C’est l’effet de leurs habitudes ou de leurs dispositions physiques. Le sage seul peut s’appliquer à nourrir (entretenir) ses bons penchants, et empêcher que l’excellente nature de son jeune âge ne soit altérée par le vice.


13—18
Keou-pou-kiao, Sing-naï-thsien

Si un enfant n’est pas instruit, sa nature change (se gâte).

苟不教,性乃遷


19—24
Kiao-tchi-tao, Koueï-i-tchouen

Ce qu’on estime dans l’enseignement, c’est une application assidue.

教之道,貴以專

Littéralement : La méthode d’enseignement est estimable par l’application unique.

Qu’entend-on par nourrir les bons penchants ? On veut dire savoir instruire (donner l’éducation). A moins d’être un saint, personne ne peut avoir une éducation innée. Sans ses parents, un enfant ne pourrait être nourri ; si on ne l’instruisait pas (si on ne lui donnait pas de l’éducation), il ne pourrait se perfectionner. Si quelqu’un a des enfants et ne les instruit pas (ne leur donne pas l’éducation), ils laissent obscurcir (perdent) les lumières naturelles qu’ils’ont reçues du ciel, ils se révoltent contre la raison, s’abandonnent à leurs désirs, et peu à peu ils tombent dans le vice.

Qu’entend-on par l’éducation ? Dans l’antiquité, lorsqu’une femme était enceinte, elle se tenait droite sur son siège et ne se penchait pas ; elle ne dormait pas sur le côté ; étant debout, elle ne se tenait pas sur un pied ; elle ne marchait point d’un pas désordonné ; ses yeux ne regardaient pas des objets indécents ; ses oreilles n’écoutaient point des chansons impudiques ; elle ne proférait pas des paroles inconsidérées ; elle ne faisait pas usage d’aliments singuliers. Elle ne cessait de pratiquer la droiture, la piété filiale, l’amitié, l’affection, la bienveillance. Aussi, les fils atmquels elle donnait le jour étaient doués d’intelligence, de talents et de prudence, et l’emportaient sur les autres par leur sagesse et leur vertu. Cela s’appelle l’éducation qui commence dans 1e sein de la mère et précède la naissance.

Dès qu’un enfant pouvait manger, on lui apprenait à se servir de la main droite ; dès qu’il pouvait parler, on l’empêchait de balbutier ; des qu’il pouvait marcher, on lui apprenait à connaître les quatre côtés du monde, ainsi que le haut et le bas. Dès qu’il pouvait saluer, on lui enseignait la politesse, la déférence et le respect des parents. Voilà les habitudes qu’on faisait prendre aux jeunes garçons : ce genre d’éducation était le devoir des mères.

Quant à la manière d’arroser la chambre et de la balayer, de répondre à un appel ou à des questions, de s’avancer ou de se retirer, quant aux règles des rites, de la musique, du tir de l’arc, de la conduite d’un char, de l’écriture et du calcul, c’était la la première étude des jeunes garçons et l’objet de l’enseignement du père ou du maître. Ce qui donne de la valeur à l’enseignement, c’est de s’y appliquer d’une manière assidue et sans se lasser ; c’est de suivre un ordre et une gradation. Or, si l’on ne s’y applique pas d’une manière assidue, l’élève ne pourra mener ses études à bonne fin ; si l’on se lasse de l’instruire, il se relâchera de plus en plus. Ce n’est pas la bonne méthode d’enseignement.


25—30
Si-meng-mou, Tsé-lin-tch’ou

Jadis, la mère de Meng-tseu choisit un (bon) voisinage et s’y établit.

昔孟母,擇鄰處

L’enseignement de la mère a pour base l’affection, et se communique doucement. C’est par là qu’on doit commencer. Parmi les mères sages de l’antiquité, qui se sont rendues célèbres par l’éducation qu’elles ont donnée à leurs fils, celle de Meng-tseu brille au premier rang.

Meng-tseu s’appelait Kho, de son petit nom, et son nom honorifique était Tseu-yu ; il était originaire du pays de Tseou et vivait à l’époque des guerres civiles appelée Tchen-koue. Son père, Ki-kong-i, mourut de bonne heure. Comme sa mère Tchang-chi, demeurait près d’une boucherie, Meng-tseu, dans son enfance, allait jouer en cet endroit, et il étudiait la manière dont les bouchers tuent et découpent les animaux. Sa mère dit : « Je ne puis permettre que mon fils demeure ici. »

Alors, elle se transporta dans la banlieue, et alla demeurer près d’un cimetière. Meng-tseu se fit un jeu d’imiter ceux qui enterraient les morts et s’abandonnaient aux pleurs et aux lamentations. La mère de Meng-tseu dit : « Je ne puis permettre encore que mon fils demeure ici. »

Alors, elle se transporta dans 1e voisinage d’une école. Meng-tseu, du matin au soir apprenait la manière de saluer, de céder le pas aux autres, de s’avancer, de se retirer et de se conduire en société. La mère de Meng-tseu dit : « C’est ici que je puis commencer l’éducation de mon fils. » Aussitôt elle se fixa en cet endroit, et s’occupa de l’éducation de son fils. Il y a un ancien axiôme qui dit : Pour former les relatims, il est nécessaire de choisir ses voisins. Confucius disait : « Un village où règne l’humanité est celui que l’on estime le plus. Celui qui choisit son séjour en dehors de l’humanité, ne saurait passer pour un homme prudent. » Voilà la meilleure manière de choisir ses voisins.


31—36
Tseu-pou-hio Touan-ki-chou

Comme son fils n’étudiait pas, elle coupa la trame de l’étoffe qu’elle tissait.

子不學,斷機杼

Littéralement : Coupe-métier-navette. En mandchou : Tekke i sirge be laskhalakhabi, elle brisa la soie du métier.

La mère de Meng-tseu s’occupait habituellement à filer et à tisser. Quand Meng-tseu fut devenu grand, il sortait et allait recevoir des leçons au dehors. Mais, tout à coup, il se dégoûta de l’étude et revint à la maison. La mère de Meng-tseu prit un couteau et coupa elle- même la trame de l’étoffe qu’elle tissait (il y a en chinois son métier (khi-ki), et en mandchou khomso, la navette). Meng-tseu, effrayé, se jeta à genoux et lui en demanda la cause. Sa mère lui dit : L’instruction que tu reçois peut être comparée à l’étoffe que je tisse. En ajoutant des fils de soie, j’en fais un pouce ; en ajoutant des pouces, j’en fais un pied. En ajoutant sans m’arrêter des pouces et des pieds, j’en fais un tchang (dix pieds). Maintenant tu étudiais pour devenir un sage et un saint, mais, par lassitude et dégoût, tu as voulu t’en revenir : c’est comme moi qui ai coupé les fils de la trame avant d’avoir achevé mon tissage.

Meng-tseu fut touché de ces paroles et reconnut ses torts. Il alla trouver Tseu-sse et reçut ses leçons. Il continua et mit en lumière l’enseignement du saint homme (de Confucius), et se rendit célèbre parmi les princes feudataires. Tels furent les heureux effets de l’éducation que Meng-tseu reçut de sa mère.


37—42
Teou-yen-chan, Yeou-i-fang

Teou-yen-chan possédait les règles du devoir.

竇燕山,有義方

Littéralement : Les règles de la justice [en mandchou dchourgan] ; mais le mot i (vulgo justice) signifie aussi ce qui est conforme à la raison, ce qu’il convient de faire. On verra plus bas (314-315) l’expression chi-i, les dix devoirs. — Glose C : la manière, l’art de pratiquer la justice, c’est—à-dire le devoir ou les devoirs (hing-i-tchi-fang).

L’éducation que donne le père étant basée sur la vérité, on ne doit pas négliger de les instruire et de les élever suivant les bons principes. Parmi les pères des temps modernes qui se sont rendus célèbres par l’éducation sévère qu’ils ont donnée à leurs fils, Teou-chi occupe le premier rang. Teou-yu-kiun était originaire de Yeou-tcheou ; comme ce pays dépendait anciennement de la principauté de Yen, on 1e surnomma Yen-chan. Lorsqu’il instruisait ses fils, les rites domestiques étaient plus sévèrement observés qu’à 1a cour ; les précautions qu’il prenait au dedans et au dehors de sa maison étaient plus rigoureuses que dans la partie la plus secrète du palais. Les instructions qu’il donnait à ses fils étaient plus redoutables que celles d’un magistrat ou d’un maître.

On lit dans le Tso-tch’ouen : le commentaire de Tso-kieou-ming. Chi-kio disait : « Si vous aimez votre fils, enseignez-lui les règles du devoir, et ne le laissez pas tomber dans le vice. » En voyant la manière dont Yen-chan instruisait ses fils, on peut dire qu’il possédait les règles du devoir.


43—48
Kiao-ou-tseu, Ming-kiu-yang

Quand il eut achevé l’éducation de ses cinq fils, ceux-ci devinrent célèbres.


Les cinq fils de Yen-chan étaient Teou-i, Teou-yen, Teou-kan, Teou-tching, Teou-hi. Au commencement de la dynastie des Song, ils devinrent tous des ministres célèbres et des magistrats du plus haut rang. Leurs descendants continuèrent à observer les instructions domestiques de leurs pères, et ils arrivèrent successivement aux honneurs et à la célébrité. Tels furent les heureux résultats de l’éducation et de la direction sévères qu’ils reçurent de leurs pères.


49—54
Yang-pou-kiao, Fou-tchi-kiao

Un père est coupable, s’il nourrit ses fils sans les instruire.


Il n’est pas à craindre qu’un père n’aime pas ses fils ; la seule chose à craindre, c’est qu’il manque de les instruire. Si un père a des fils et qu’il ne puisse pas les instruire, il est vraiment coupable.


55—60
Kiao-pou-yen, Sao-tchi-to

Si le maître instruit ses élèves sans se montrer sévère, c’est une preuve de paresse.

On ne craint pas que les maîtres ou les aînés n’instruisent pas leurs disciples ; on craint seulement qu’ils ne manquent de sévérité. S’ils manquent de sévérité, leurs disciples deviennent paresseux et indociles ; leur esprit se dissipe, et ils abandonnent leur devoirs. On doit en rejeter la faute sur la paresse et la négligence du maître.


61—66
Tseu-pou-hio, Feï-so-i

Si un fils n’étudie pas, il ne fait pas son devoir.

Littéralement : Ce n’est pas ce qu’il convient.


67—72
Yeou-pou-hio, Lao-ho-weï

S’il n’étudie pas dans sa jeunesse, que deviendra-t—il quand il sera vieux ?

Les anciens disaient : Si le père fait instruire son fils, si le maître se montre sévère et que l’instruction du fils reste imparfaite, c’est lui seul qui est coupable. Ne dites pas : « Aujourd’hui je n’étudie pas, mais je le ferai l’année prochaine. » Les jours s’ajouteront aux jours et les années aux années, et bientôt vous serez arrive à la vieillesse. A qui la faute ? Alors il sera trop tard de se repentir.


73—78
Yu-pou-tcho, Tou-tch’ing-khi

Si le jade n’est pas taillé, on n’en peut rien faire.

[En mandchou : Tetoun bandsinarakô, on n’en fait pas un vase] Le mot khi (vulgo vase) signifie encore « un meuble, un outil, un instrument, un ustensile, un objet d’utilité ou d’agrément. »

Glose. — Le mot i signifie ici la raison, le devoir.


79—84
Jin-pou-hio, Pou-tchi-i

Si l’homme n’étudie pas, il ne peut connaître la justice (c’est-à—dire ses devoirs).

On lit dans le Livre des Rites, chapitre Hio—ki (Mémoire sur l’étude) : Si le jade n’est pas taillé, on n’en peut faire un vase (un objet utile) ; si l’homme n’étudie pas, il ne peut connaître la droite voie. Quand on posséderait un beau morceau de jade, si on ne le taille pas, si on ne le polit pas, on n’en peut faire un objet quelconque, et il n’est bon à rien.

De même, quand un homme posséderait des qualités remarquables, s’il ne s’appliquait pas à l’étude, il ne pourrait connaître la raison, la justice, la droite voie et la vertu, et jamais il ne pourrait s’appeler un homme accompli.


85—96
Weï-jin-tseu, Fang-chao-chi — Thsin-sse-yeou Si-li-i

Un fils doit précisément dans sa jeunesse chercher un maître et un ami, et étudier les rites et la civilité.

Ou parle ici des devoirs des disciples. Quiconque est fils ou frère cadet, lorsqu’il est jeune et n’a pas d’occupation, doit chercher (litt. : s’approcher de) un maître éclairé et lier amitié avec un ami vertueux, apprendre tout ce qui se rapporte aux rites et à la civilité, aimer ses parents, respecter ses aînés, avancer dans la vertu, et étudier avec ardeur, afin d’obtenir une position dans 1e monde.


97—108
Hiang-kieou-ling, Neng-wen-si — Hiao-yu-thsin, So-tang-tchi

Hiang, à l’âge de neuf ans, pouvait réchauffer la natte (le lit de ses parents). La piété envers les parents (est une vertu) qu’il faut pratiquer.

[La version mandchoue rend le mot tchi, tenir, observer, s’attacher à, par edchembi, se souvenir, graver dans sa mémoire]

En tête de toutes les actions, il faut placer la piété filiale. C’est ce que les jeunes étudiants ne peuvent s’empêcher de savoir.

Jadis, du temps des Han, vivait Hoang-hiang, du pays de Kiang- hia. Dès l’âge de neuf ans, il savait pratiquer 1a piété filiale. En été, à l’époque des grandes chaleurs, il ventilait les rideaux de son père et de sa mère, afin de rafraîchir l’oreiller et la natte (de leur lit) et de chasser les mouches et les cousins, pour procurer un sommeil tranquille à ses parents. Dans les froids rigoureux de l’hiver, il réchauffait avec son propre corps la couverture, l’oreiller et la natte de ses parents, afin qu’ils dormissent chaudement. Quoiqu’on puisse dire que le naturel qu’il avait reçu du ciel le portait à pratiquer de si bonne heure la piété filiale, cependant, le soir, arranger le lit de ses parents[1], les visiter le matin, réchauffer leur couche en hiver, la rafraîchir en été, est un devoir prescrit aux fils par les rites.


109—120

Yong-sse-souï. Neng-jang-li — Ti-yu-tchang, I-sien-tchi

Yong, à l’âge de quatre ans, put céder des poires ; le respect envers les aînés est ce qu’il faut apprendre avant tout.

Pour fortifier les relations sociales, rien n’est plus important que l’affection fraternelle. Les jeunes étudiants doivent connaître les devoirs réciproques des frères aînés et des frères cadets.

Sous la dynastie des Han, vivait Khong-yong, du royaume de Lou. Dès l’âge de quatre ans, il connaissait déjà les principes de l’affection fraternelle, du respect et de la déférence. A cette époque, quelqu’un ayant donné à sa famille un panier de poires, ses frères aînés prirent à l’envi (les plus belles) ; mais Yong seul vint après les autres et choisit les plus petites. Comme on lui demandait la cause de ce choix, il répondit : Étant le plus petit, je dois naturellement prendre les plus petites. On peut voir là une preuve de son humilité, de son respect et de sa déférence pour ses frères aînés. Dans la suite, tous ses fières ayant été impliqués dans un complot, ils moururent à l’envi les uns des autres. C’est pourquoi leur piété filiale et leur affec— tion fraternelle brillent avec éclat depuis mille générations.


121—196 Cheou-hiao—u. Thse—kien-wen

La. première chose est (de pratiquer) la piété filiale et le respect envers les aines ; la seconde est de s’instruire.


127—132 Tchi-meou-sou, Tchi-meou—wen Apprenez certains nombres ; retenez certains caractères.

[Le mandchou rend tchi (savoir) par triche, grasjez dans votre mémoire]

133—138 I-eul-chi, chi-eul-pe De un à dix ; de dix à cent.


139—144 Pe-eul-thslen, Thsien—eul—wan De cent à mille ; de mille à dix mille.


1 45—150 San-tsal—tche, Thlen-ti-jin Les trois puissances sont le ciel, la terre et l’homme.

[Le mandchou traduit : ilan erdemou, les trois vertus] Wells Wil » Iiams : The three powers — are heaven, earth, man, who rule all

lhings. A partir du N° 121, j’ai renoncé à traduire le commentaire, toutes les fois qu’il ne contient que des idées purement chinoises, tout à fait dépourvues d’intérêt pour les Européens. L’explication chinoise relative aux trois luminaires (San—kauung — 151-156), que je donne littéralement, justifiera la suppression de ces notes inutiles. Quant aux notes historiques, je ne manquerai pas de les traduire complète ment.

151—156 San-kouang-tche. Ji-youei-sing Les trois luminaires sont le soleil, la lune et les étoiles.

Le soleil est formé de la matière subtile du principe mâle (Yang) ; il brille pendant le jour. La lune tire son origine de la substance du principe femelle (In) ; elle éclaire pendant la nuit. Les cinq planètes et les constellations sont fixées au firmament et répandent un vif éclat ; elles sont disséminées dans 1è ciel, et ressemblent au soleil et à la lune. De là. vient le nom de San-kouang (les trois luminaires).


157—168

San-kang-whe, Kiun-tchln —— I—iou-teeu—thsin. Pou-îou-chun

Les trois liens (de la société humaine) sont le respect du ministre pour le prince} l’amour du fils pour son père ; la soumission de la femme pour son mari.

Le commentaire C, voit dans le mot i (162) —— (vulgo justice) l’idée de respect (king).

Le mot kang signifie, au propre, la grosse çorde d’un filet, à laquelle se rattachent les petites cordes qui forment les mailles. F. Gouçalvez traduit san-kany par les trois chefs. Quand 1e prince, dit le commentaire, gouverne le royaume, il est la corde principale (le chef) de ses ministres ; quand le père gouverne sa famille, il est le chef du fils ; quand le mari gouverne l’intérieur, il est le chef de la femme. Des que les trois cordes principales sont droites (c’esba— dire, des que le prince, le père, le mari s’acquittent de leurs devoirs), le prince est saint et le ministre fidèle ; le père est affectueux et le fils pratique la piété filiale ; le mari est doux et la femme est soumise ; alors l’univers est pur et tranquille, et les États jouissent d’une paix profonde.

169—174

’Youe-tch’un-hia, Youe-thsieou-tong

On dit le printemps et l’été ; on dit l’automne et l’hiver.


175—180

Thseu-sse-tchi. Yun-pou—khiong ’Ces quatre saisons font éternellement leur révolution.

L’expression pou-khiong est rendue en manchon par mokhon-akâ, sans fin ; elle est expliquée dans la glose chinoise par pou-i, sans cesser, sans s’arrêter.

Les douze mots, de 169 à 180, n’ont pas beoin de commentaire.


181—186

Youe-nan—pe. Youe-si—tong

On dit le midi et le nord ; on dit l’occident et l’orient.


187—199

Thseu-sse-fang, Ing-hou-tchong

Ces quatre côtés du monde répondent au centre.

Glose chinoise : La terre est située au centre, et les quatre côtés du monde y correspondent. [La version mandchoue présente un autre sens : Damou boikhon douin dere de kemou atohaboukhangge kai, seu- lement la terre correspond à la fois aux quatre côtés du monde.]

La plus grande partie du commentaire est sans intérêt pour nous et dépourvue de bon sens, par exemple, lorsqu’il y est dit : Au printemps, la vertu réside dans le bois et répond à l’humanité ; en été, elle réside dans le feu et répond aux rites ; en automne, elle réside dans le métal et répond à la justice ; en hiver, elle réside dans la terre et répond à la fidélité. On peut noter cependant, que, suivant les Chinois, l’empereur du printemps s’appelle Thaî-hao ; le génie qui y préside est Keou—mang ; l’empereur de l’été est Yen-ti, son génie est Talla-yang ; l’empereur de l’automne est Kin—thien, son génie est Neou—cheou ; l’empereur de l’hiver est Tchouen-hio, son génie est Youcn-ming ; l’empereur de la terre est Hoang-n’, son génie est Keou- long.

193—198

Youe—chouï-ho, Youe-king-thou

On dit l’eau et le feu ; on dit le métal et la tcl’l’e.


199—204

Thseu-ou-hing, Pen-ou-sou

Ces cinq éléments ont pour origine le nombre primordial.

Suivant le philosophe Tchou-li (Tchou—tseu-thsiouen—chou, liv. xxxr, f. 30), le nombre cinq est le père des nombres. On attribue trois nombres au ciel et deux à la terre ; trois nombres au principe mâle (Yang) et deux nombres au principe femelle (In).

De cette façon, le nombre cinq renfermerait les nombres des agents principaux auxquels les Chinois attribuent tous les phéno- mènes de la nature.

205—210

Youe-j in-i, Li-tchi-sin

On dit l’humanité et la justice, l’urbanite, la prudence et. la fidélité.


211—216

Thseu—ou-tch'ang, Pou-yong-wen Ces cinq vertus cardinales ne_doivent pas être confondues.

Le mot lchang (ordinaire, constant) veut dire que ce sont des vertus qu'il faut pratiquer constamment et tOUS les jours de la vie.

Par les mots ne doivent pas être confondues, on entend que ces vertus découlent les unes des autres, et que leur ordre ne doit pas être changé. — Glose C : Il y a eu d’abord l’humanité, ensuite la justice, la prudence, la fidélité; d’abord, il y a eu la compassion, ensuite la honte du mal, la déférence, la distinction du juste et de l’injuste. Voilà pourquoil’on dit : Elles ne doivent pas être confondues.


217—222

Tao-liang-cho, Me-chou-tsi

(On dit) le riz, le gros millet, les haricots, le blé, le chou (millet glutineux), le tsi (millet non glutineux).


223—228

Thseu-ou-ko. Jin-so-chi

Ces cinq espèces de grains servent à la nourriture de l’homme.


229—234

Ma-nieou-yang, Khi—khiouen-chi

(On dit) le cheval, le bœuf, le mouton (ou brebis), le coq, le chien, le porc.


235—240

Tseu-lou-tcho, Jin-so—se

Ces six animaux domestiques sont ceux que l’homme élève.

Le cheval peut porter des fardeaux et les transporter au loin ; le bœuf peut labourer la terre ; le chien peut garder la maison pendant la nuit et prévenir les dangers. On élève ces trois animaux pour s’en servir au besoin. On élève les poules, les moutons et les porcs, et on les fait multiplier pour s’en nourrir.


241—246

Youe—hi-nou, Youe—ngaï—kiu

On dit la joie et la colère, on dit la tristesse et la crainte.

247—252

Ngai—ou—yo, Thsi-thsing—kiu

L’amour, la haine, le désir ; alors les sept affections de l’âme sont complètes (sont complètement énumérées).

Dès que l’homme est ne, il ne tarde pas à avoir (le la connaissance ; dès qu’il a de 1a connaissance, les sept affections de l’âme naissent au fond de son âme. Les hommes prudents et les sots, les sages et les hommes vicieux y sont tous sujets ; les sages et les saints peu- vent seuls les gouverner convenablement. Celui qui les emploie d’une manière convenable, devient un sage ; celui qui les emploie dans un but personnel, devient un homme vulgaire ; celui qui les emploie dans un but coupable, devient un homme vicieux. Les hommes doivent suivre la raison et réprimer leurs désirs. Peuvent- ils manquer de veiller sur (nu—mêmes ?

253—258

P’ao-thou—ke, Mo-chi-kin

La courge, la terre, le cuir, le bois, la pierre, le métal.


259—264

Sse—yu-tchou, NaI-pa-in

La soie et le bambou donnent huit sons (différents).

Littéralement : Sont les huit sons, c’est-à-dire servent à fabriquer les huit instruments de musique. La calebasse p’ao sert à fabriquer les instruments appelés seng et yu...

Le mot thou (terre) désigne un vase ou instrument en terre (cuite). La terre (cuite) sert à fabriquer les instruments appelés yiouen et tch’i.

Le mot ke, désigne 1a peau de bœuf ; elle sert à fabriquer des tambours.

Le mot m0, désigne les instruments de musique en bois, comme le tchou et le yu.

Le mot chi, pierre, désigne les instruments en pierre de jade, comme le khing.

Le mot kin, désigne les instruments en métal fondu, tels que les cloches.

Le mot sse, désigne les cordes de soie ; on l’emploie pour les instruments appelés kin et se.

Le mot lchou, bambou, désigne les flûtes appelées kouan et yo. On emploie le bambou pour fabriquer les instruments siao (flûte de Pan) et ti. Ces huit instruments de musique (litt. : la musique de ces huit sons) ont été inventés par Yong-youen, l’un des ministres de l’empereur Hoang—ti. Les cinq empereurs ct les trois rois avaient chacun une musique particulière, dont on se servait dans les sacrifices offerts au Chang-ti (au suprême maître du ciel) et aux génies, dans les offrandes aux ancêtres, dans les repas donnés aux hôtes distingués. Les festins où les grands se portaient mutuellement des santés ou y faisaient raison, en versant le vin à flots, n’auraient pas eu d’éclat sans la musique ; on ne pouvait monter ou descendre, saluer ou céder le pas sans être guidé par la musique. Les accords alternatifs de la musique répandaient l’harmonie et la joie, inspi- raient la sincérité, pénétraient la nature et les sentiments des hommes, contribuaient a la majesté du prince et a la beauté des cérémonies. C’est ce qui fait dire que lorsque les rites et la musique sont complets, ils donnent au gouvernement toute sa perfection. On voit par ce qui précède combien était grand et important l’emploi de la musique. Aussi les anciens disaient que l’on ne peut se passer un seul instant des rites et de la musique (litt. : que les rites et la musique ne doivent pas être éloignés un seul instant de notre personne).

265—270

Kao—tseng-tsou, Fou-eul-chin

Du trisaïeul au bisaieul, à l’aïeul, au père et à moi.

271—276

Chin-eul-tseu, Tseu-eul-sun

De moi à mon fils ; de mon fils à mon petit-fils.

On parle ici de l’ordre des neuf générations. Qu’entend-on par les neuf générations ?

Kao-tsou, le trisaïeul. Le mot kao veut dire extrêmement élevé ; c’est l’aïeul de l’aïeul. Tous les descendants du trisaïeul sont regardés comme étant de la même famille ; ils se reconnaissent pour parents dans les cinq degrés du deuil.

Tseng-tsou, le bisaïeul ; c’est l’aïeul du père.

Tsou, l’aïeul, qu’on appelle tantôt Ta-fou (grand père), tantôt Wang-fou (litt. : roi-père) ; c’est le père du père.

Fou, le père, qu’on appelle tantôt Kia-kiun (le prince de la famille), tantôt Yen-kiun (le prince respectable) ; ce sont des termes de respect.

Quand le père est défunt, on l’appelle Khao. (Suivant le dictionnaire Chi—ming, « Khao » signifie celui qui a achevé, fini sa tchong-ming).

La mère défunte s’appelle Pi (semblable, comparable). On veut dire que sa vertu est comparable à la vertu parfaite du père défunt.

5° La cinquième génération, c’est « moi » ; ma compagne s’appelle Thsi, femme légitime ; les femmes de second rang s’appellent Tsic (concubines).

Tseu, le fils, né d’une femme légitime ou concubine. Le fils de la femme légitime s’appelle Ti (fils légitime) ; les fils nés d’une femme de second rang s’appellent Chou-tseu (en mandchou : Dalbaï dchoui, fils d’une branche latérale).

Sun, le petit-fils, c’est 1e fils du fils.

Suivant le dictionnaire Choue-wen, le mot Sun se compose du mot tseu fils, et du mot hi, continuer. On veut dire par là que le petit-fils continue la descendance du chef de la famille.

277-282

Tsen-tseu-sun, Tchi-hiouen-seng

Du fils au fils, jusqu’à l’arrière-petit-fils et à son fils[2].

283-288

Naï-khieou-tso, Jin-tchi-lun

Ceux qui descendent de moi, sont mon fils et mon petit-fils ; les descendants de mon fils et de mon petit-fils, sont mon arrière-petit-fils et le fils de ce dernier.

8° La huitième génération s’appelle Tseng-sun, l’arrière-petit-fils ou le fils du petit-fils.

9° La neuvième génération s’appelle Hiouen-sun, c’est le petit-fils du petit-fils.

Depuis le Kao-tsou, le trisaïeul, jusqu’au Hiouen-sun (le fils du petit-fils), on compte neuf générations. Les personnes, issues de ces neuf générations, s’appellent Khieou-tso. Le mot tso veut dire « multitude » (tchong). Les enfants qui naissent dans l’intervalle de ces neuf générations étant fort nombreux, se distinguent entre eux par la proximité ou l’éloignement de la parenté.

Le mot lun signifie ordre, rang. Les rangs des personnes nobles ou de basse condition sont nettement déterminés et ne peuvent être confondus. Comme tous les proches parents, les frères aînés et cadets, du père (les oncles), les neveux, les fils, les petits-fils, procèdent tous, comme d’une même source, de l’ordre social établi par le ciel ; on doit estimer, fortifier (cet ordre social) et point le laisser s’affaiblir.

289-294

Fou-tseu-yen, Fou-fou-thsong

L’affection du père pour le fils, la soumission de la femme à son mari.

295-300

Hiong-tse-yeou, Ti-tse-kong L’amitié de l’aîné pour le cadet, le respect du cadet pour l’aine.

301-306

Tchang-yeou-siu, Yeou-yu-pong

La subordination des jeunes aux personnes plus âgées, (l’affection) des amis pour les camarades.

307-312

Kiun-tse-king, Tch’in-tse-tchong

La gravite imposante du prince, la droiture du ministre.

313-318

Thse-chi-i, Jin-so-thong

Voilà les dix devoirs qui obligent tous les hommes.

Les cinq paragraphes ci-dessus ne présentent aucune difficulté ; je m’abstiendrai de traduire les gloses chinoises qui s’y rapportent, Je ferai observer qu’il n’y a ici que huit devoirs ; l’auteur a omis la piété filiale et le bon accord du mari avec sa femme.

Le Livre des Rites, au chapitre Li-yun, donne exactement les dix devoirs, mais en termes quelquefois différents : 1° L’affection du père pour son fils ; 2° la piété filiale du fils ; 3° l’amitié du frère aîné pour 1e frère cadet ; 4° le respect du frère cadet pour le frère aîné ; la justice du mari ; 5° l’obéissance de l’épouse ; 7° la bonté des personnes âgées pour les jeunes ; 8° la soumission des jeunes aux personnes âgées ; 9° l’humanité du prince ; 10° la droiture du ministre.

Le mot « King » vulgo respect (309) pouvait laisser des doutes. J’en ai tiré 1e sens de cette phrase du commentaire : Le prince doit siéger sur son trône d’un air grave, sévère, imposant et redoutable (en mandchou : Senggouwe tchouke).

Dans le paragraphe (304-306), litt. : « Amis avec camarades, » l’auteur a omis le sentiment qui unit les amis à leurs camarades. La traduction mandchoue a suppléé le mot sain, qui, comme le mot chen, par lequel on le traduit, signifie ici, attachement, bon accord. Nous voyons dans 1e dictionnaire King-tsie-tsouan-kou, liv. 46, f. 1, que chen (vulgo bonus) signifie aussi ho, vivre en bonne harmonie avec quelqu’un, et thsin, aimer quelqu’un.

319-394

Fan-hiun-mong, Siu-kiang-kieou

Tous ceux qui instruisent les enfants doivent expliquer les caractères et en approfondir le sens.

325-330

Thsiang-hiun-kon, Ming-keou-teou

Examiner l’étymologie des mots expliqués, et marquer clairement les membres de phrases et la ponctuation.

331-336

Weï-hio-tche, Pi-yeou-thsou

Ceux qui étudient doivent avoir un commencement.

C’est-à-dire un premier objet d’étude. Ils doivent commencer par un livre facile, pour arriver plus tard à comprendre les livres plus difficiles et plus profonds. Ce premier livre est le Siao-hio, le livre de la petite école (litt. : la petite école ; en mandchou, adsige tatchikô).

337-349

Siao-hio-tchong, Tchi-sse-chou

Quand le Siao-hio (le livre de la petite école) est fini, ils arrivent (passent) aux Sse—chou (les Quatre livres classiques.)

Dans l’antiquité, quand un garçon avait huit ans, il entrait alors dans la petite école (Siao-hio) ; on lui enseignait la manière d’arroser la chambre et de la balayer, de répondre, de s’avancer et de se retirer, les rites, la musique, le tir de l’arc, la conduite d’un char, l’écriture et le calcul, on leur expliquait le sens (des textes qui se rapportaient à ces six arts), afin qu’ils le gravassent dans leur mémoire. C’est pourquoi lorsque Tchou-hi a composé le livre appelé Siao-hio, son objet principal a été de poser les fondements de l’éducation.

L’exposition lucide des relations sociales et le respect de soi-même forment la partie principale de l’ouvrage ; l’examen des belles actions des anciens en sont la partie accessoire.

Dès que les jeunes étudiants ont expliqué clairement le livre siao-hio de Tchou-hi, ils peuvent aborder sans difficulté les Sse—chou, (les Quatre livres classiques). Les Sse-chou sont le Lun-yu (le livre des entretiens), l’ouvrage du philosophe Meng-tseu, le Ta-hio (la grande étude) et 1e Tchong-yong (l’invariabilité dans le milieu). Ces livres existent depuis l’antiquité ; Tchou-tseu a réuni des commentaires et a formé l’édition des Sse-chou.

Depuis la dynastie des Thang et des Song, le Lun-yu et le Meng-tseu, le dictionnaire Eul-ya, les deux commentaires historiques de Kong-yang et de Kou-liang (sur le Tchun-thsieou, de Confucius), le Tcheou-li (le Rituel des Tcheou), le Li-ki (le livre des Rites) avec « les cinq King » ou les King furent réunis ensemble sous le titre de Chi-san-king (les Treize King). A cette époque, il y avait peu de personnes qui fissent une étude spéciale du Lun-yu et du Meng-tseu. Le Tchong-yong et 1e Ta-hio avaient été insérés dans le Li-ki[3]. C’est la que Tchou-hi les a pris ; il les a divisés en chapitres, et les a expliqués phrase à phrase. Il les joints au Lun-yu et au Meng-tseu, et a donné à ces quatre ouvrages le nom général de Sse-chou, les Quatre livres. Depuis qu’ils ont reçu 1e nom de Sse-chou, les étudiants ont commencé à les étudier d’une manière spéciale, et à connaître la source des principes transmis par les quatre saints hommes Khong-tseu, Yen-tseu, Tsen-sse et Meng-tseu.

343-348

Lun-yu-tche, Eul-chi-pien

Le Lun-yu (le Livre des Entretiens) contient vingt chapitres.

Le Lun-yu est un ouvrage dans lequel ont été transmis les principes de l’école de Confucius. Il y avait le Lun-yu de la principauté de Thsi (Thsi-lun) et celui de la principauté de Lou (Lou-lun). Le premier n’est pas parvenu jusqu’à nous. Celui dont l’on fait usage aujourd’hui (litt. : qu’on fait circuler ; en mandchou, yaboubourengge) est le Lun-yu de Lou. Il se compose de deux parties qui renferment ensemble vingt chapitres.

349-354

Kiun-ti-tseu, Ki-chen-yen

Les disciples (de Confucius) y ont rapporté ses excellentes paroles.

Le Lun-yu est un ouvrage où les principaux disciples de Confucius, Tseu-hia, Tseu-tchang, Tseu-yeou, Tseng-tseu, Min-tseu, ont rapporté les paroles et les actions de ce saint homme, ses instructions et ses réponses.

Tchou-tse a fait un commentaire sur cet ouvrage qu’il a placé en tête des Quatre livres classiques[4].


355-360

Meng-tseu-tche, Thsi-pien-tchi

L’ouvrage de Meng-tseu n’a que sept chapitres.

Mot à mot : Sept — chapitres — s’arrête ; c’est-à-dire : « Est fini après le septième chapitre. »

361-366

Kiang-tao-te, Choue-jin-i

Il raisonne sur la (droite) voie et la vertu ; il parle de l’humanité et de la justice.

Meng-tseu, à l’époque appelée Tchen-koue (l’époque où les différentes principautés étaient en guerre), voyagea dans les royaumes de Thsi et de Liang, pour donner des conseils aux princes feudataires[5]. Comme ses principes n’étaient point mis en pratique, il se retira et alla s’établir dans le royaume de Tseou. Ses disciples Kong-sun-tch’eou et Wan-tchang ont publié l’ouvrage de Meng-tseu, dont la première et la seconde partie se composent ensemble de sept chapitres.

Le mot tao (la voie) désigne la grande voie (de la morale) que tout l’empire a suivie depuis l’antiquité jusqu’à nos jours.

Le mot te (vertu) signifie la vertu du cœur que pratiquent les sages et les saints.

L’humanité voit l’empire se soumettre, sans qu’elle s’en attribue le mérite.

La justice voit l’empire accourir vers elle, sans chercher à en profiter personnellement. Meng-tseu respecte les rois et méprise les chefs des princes feudataires ; il conserve la raison qui émane du ciel, et étouffe les passions humaines ; il honore les dignités établies par le ciel, et il méprise les grands. Il ne propose aux princes que les exemples des empereurs Yao et Chun ; dans ses discussions, il n’admet que les paroles qui ont trait à l’humanité et à 1a justice.

367-372

Tso-tchong-yong, Naï-khong-ki

L’auteur du Tchong-yong (l’Invariabilite dans le milieu) se nommait Khong-ki.

373-378

Tchong-pou-pien, Yong-pou-i

Ce qui est au milieu n’incline d’aucun côté ; ce qui est invariable ne change pas.

Khong-ki était le petit-fils de Confucius : il était fils de Pe-yu, et était surnommé Tseu-sse. Les lettrés de notre époque l’honorent comme étant successeur du saint homme (de Confucius). Il a composé l’ouvrage appelé Tchong-yong (l’invariabilité dans le milieu), qui se compose de trente-trois chapitres.

Observer le juste milieu, c’est ne pécher ni par excès ni par défaut.

Le mot yong signifie ce qui est constant, invariable. L’auteur enseigne la conduite morale que l’homme doit observer tous les jours de sa vie, et dont il ne doit pas s’écarter un seul instant. Sa doctrine est vaste et ses principes sont très-subtils. C’est ce qui a fait dire : La voie du sage est à la fois large et cachée[6].

379-384

Tso-ta-hio, Naï-tseng-tseu

L’auteur du Ta-hio s’appelait Tseng-tseu.

385-390

Tseu-sieou-thsi, Tchi-p’ing-tchi

Partant de notre amélioration personnelle et du bon ordre a établir (dans la famille), il arrive aux moyens de pacifier et bien gouverner l’empire.

Tseng-tseu, nommé Sen et surnommé Tseu-yu, était un disciple de Confucius. Il nous a transmis d’un bout a l’autre la doctrine de Confucius. Les étudiants, pour lui faire honneur, l’appellent Trong-ching, 1e successeur du saint homme, c’est-à-dire de Confucius[7]. C’est lui qui a composé le Ta-hio. Par Ta-hio, on entend l’Étude des hommes faits.

Ce livre est le premier et 1e plus importants dont les étudiants doivent s’occuper. Tchou-tseu l’a divisé en dix parties. C’est ce qui l’a fait appeler la porte par laquelle les jeunes étudiants arrivent à la vertu. Pour ce qui regarde la doctrine de Confucius, Tseng-tseu est le seul qui en ait obtenu les principes fondamentaux. Tseu-sse a puisé son instruction dans les enseignements de Tseng-tseu, et Meng-tseu a étudié sous la direction de Tseu-sse[8].

Dans cet ouvrage, l’auteur parle d’abord de Confucius et de Meng-tseu, et passe ensuite à Tseu-sse. Pourquoi a-t-il mis Tseng-tseu à la dernière place? Peut-être que dans ce livre on a uniquement suivi la classification qui était établie de son temps.

Quant au Lun-yu et au Rang-mu, il y en avait déjà des éditions dont le texte était invariablement arrêté.

Le Tchong-yong et le Ta-hio ont été extraits du milieu des chapitres du Li-ki. Le Tchong-yong forme le trente-unième chapitre du Li-ki et le Ta-hio le quarante-deuxième.

Tchou-tseu, après les avoir pris dans le Livre des Rites, les a divisés en chapitres et en phrases, et les a mis au nombre des Sse-chou (des Quatre livres). Ainsi s‘explique le classement qu’on a adopté.

391—402

Hiao-king-thong, Sse-chou-cho — Jou-lou-king. Ghi-kho-to

Quand on a bien compris le Hiao-King (le livre de la Piéte filiale), et appris par cœur les Quatres livres classiques, on commence à être en état de lire les Cinq king (livres canoniques).

On indique ici l'ordre qu’on doit suivre dans ses lectures. Le Hiao-king est un des anciens livres appelés Chi-san-king, les Treize King. Tseng-tseu, en rapportant les demandes et les réponses de Confucius, a composé en vingt chapitres le Hiao-king, pour mettre en lumière les principes de la piété filiale.

Dès que les étudiants ont appris par cœur les Quatre livres classiques, ils doivent d’abord lire le Hiao-king, pour apprendre les devoirs imposés aux fils. Après cela, procédant par ordre, ils doivent lire les Six livres canoniques (Lou-king).

403—408

Ghi-chou-i. Li-tch’un-thsieou

Le Livre des Vers (Chi-king), le Livre des Annales impériales Chou-king, le Livre des Changements (I-king), les Rituels (Li—ki et Tcheou-li), et la Chronique nommée « le Printemps et l’Automne » (Tch’un-thsieou) .

409—414

Hao-lou-king, Tang-kiang-khieou

S’appellent les Six king, ou Livres canoniques qu’il faut expliquer et approfondir.

Anciennement[9], le Tcheou-li, ou Rituel des Tcheou, avait été mis au nombre des Six king. Maintenant qu’on en a retiré le Tcheou-li, il ne reste plus que Cinq king (Ou-king).

415—420

Yeou-lien-chan, Yeou-koueï-thsang

Il y a le Lien-chan, le Koueï-thsang.

421—466

Yeou-tcheou-i, San-i-thsiang

Et le Tcheou-i. Ces trois genres de I-king doivent être étudiés avec soin.

[On lit en mandchou : Étudiez minutieusement ces trois genres de I-king. Litt. : le I-king des trois espèces: Ilan khatzin i i ging be narkhâcha.]

Il est singulier qu’on recommande ici l’étude approfondie de ces trois genres de I-king, puisque, suivant le commentaire, les deux premiers ont été brûlés par ordre de Thin-chi-hoang-ti.

L’étude du I-king ou livre des Changements s’applique à trois ouvrages différents. Le premier s’appelle Lieu-chan ; c’est le I-king de l’empereur Fo-hi. Il commence par le mot (le koua kouen, qui est l’image des montagnes.

Le deuxième s’appelle Kouei-thsang ; c’est le I-king de l’empereur Yen-ti. Il commence par kouen (le koua kouen), qui est l’image de la terre.

Le troisième s’appelle Tcheou-i ; c’est le I-king de Wen-wang. Il commence par khien (le koua khien), qui est l’image du ciel. Les deux I-king appelés Lien-chan et Kouei-thsang ont été brûlés par l’ordre de Thsin-chi-hoang-ti, de sorte qu’on n’a plus le moyen de les examiner.

Le I-king dont on fait usage aujourd’hui est le Tcheou-i ou le I-king des Tcheou. Les images des soixante-quatre (figures symboliques) appelées koua, addition, datent du règne de Fo-hi. Les parties appelées Koua-thse, Tchouen-thse, ont été composées par l’empereur Wen-wang.

La partie intitulée Hao-thse a été composée par Tcheou-kong.

Les parties appelées Koua-siang (images des Koua), Hiao-siang (images des Lignes croisées), Wen-yen (paroles littéraires) et les deux livres de la section Hi-thse (explications attachées au texte), ont été composés par Confucius.

Après avoir passé par les mains de ces quatre saints hommes, le I-king a eu toute la perfection désirable. Les lettres qui ont commenté le I-king sont trop nombreux pour qu’on puisse les citer tous. Les éditions dont on fait usage aujourd’hui sont Tching-tseu-i-tch’ouen (le Commentaire de Tching-tseu sur le I-king) et Tchou-tseu-pen-i (le Sens fondamental du I-king, par Tchou-tseu)..

Les Thsin ont brûlé le Chi-king et le Chou-king, mais le I-king a échappé à 1a destruction générale parce qu’il servait à consulter les figures symboliques appelées koua.

427—432

Yeou-tien-mo, Yeou-hiun-kao

Les lois et les conseils, les instructions et les proclamations.

433—438

Yeou-chi-ming, Chou-tchi-ngao

Les serments solennels et les décrets sont les parties les plus profondes du Chou-king.

Il y avait quatre sortes de Chou-king : c’étaient les livres historiques des quatre dynasties des Yu, des Ha, des Chang et des Tcheou.

Les mots tien, mo, hiun, kao, chi, ming, sont tous des noms de chapitres du Chou-king.

Le mot tien, signifie constant, immuable. Il désigne ici un écrit qui renferme les ordres donnés aux empereurs et aux rois ; tels sont le Yao-tien et le Chun-tien (Ier et IIme chapitres).

Le mot mo, veut dire conseils. Dans certains chapitres, de grands ministres donnent des conseils au souverain, pour l’aider à bien gouverner ; tels sont les chapitres Fa-yu-mo (conseils du grand Yu), I-tsi-mo (conseils de I-tsi).

Le mot hiun, signifie instruire, instructions. De grands ministres instruisent et dirigent leur prince dans les circonstances difficiles ; telles sont les instructions de I-in (I-hiun).

Le mot kao, signifie avertissement. L’empereur publie ses ordres et ses édits et les fait connaître à tout l’empire, pour répandre les nouvelles mesures de l’administration ; tels sont les chapitres Tchong-hoeî-tchi-kao (les Avertissements de Tchong-hoeï) ; Ta-kao (les grands Avertissements) ; Khang-kao (Avertissements donnés à Khang-cho) ; Tchao-kao (Avis donnés par Tchao-kong) ; Thsieou-kao (Avis sur l’usage du vin).

Le mot chi, veut dire sin, fidélité a tenir sa parole (sic). Le prince des hommes voulant infliger avec respect les châtiments prescrits par le ciel, ordonne aux généraux de jurer devant l’armée qu’ils distribueront fidèlement les récompenses et les peines. Tels sont les chapitres Kan-chi, Thang-chi, Thai-chi, Mi-chi, Thsin-chi.

Le mot ming, signifie ordres. Le prince donne ses ordres à ses grands ministres ; tels sont les chapitres intitulés Fou-youe-ming, Wei-tseu-tchi-ming, Kou-miny, Wen-heou tchi-ming.

Dans l’antiquité, l’historiographe de la gauche notait les faits ou les événements, et celui de la droite notait les paroles ; par exemple les événements racontés dans le Tch’un-thsieou (la Chronique du royaume de Lou), les discours rapportés dans le Chou-king. Ces livres étaient conservés dans le palais. C’est pourquoi on l’appelait encore Chang-chou.

Cette explication du mot Chang-chou n’est pas d’accord avec celle que donne l’ancienne préface du Chou-king : Chang, veut dire ancien. On veut dire que ce livre vient des générations anciennes (Chang-tai), c’est-à-dire de la haute antiquité ; voilà pourquoi on l’appelle Chang-chou (Dictionnaire de Khang-hi).

Confucius abrégea les livres de quatre dynasties, et en forma cent chapitres, mais il nous en reste à peine la moitié. Dans la suite des temps, l’empereur des Thsin fit brûler les livres sacrés (King-chou). Sous le règne de l’empereur Wen-ti, de la dynastie des Han, on ordonna, par un décret impérial, de chercher les livres (qui avaient échappé à l’incendie). Un vieux lettré nommé Fou-seng, qui était âgé de quatre-vingt-dix îans, récite. de mémoire. cinquante-huit chapitres du Chou-king.

Sous le règne de Wou-ti, Kong-wang, prince de Lou, de la famille impériale, ayant démoli un vieux mur de la maison de Confucius, y trouva 1e Chang-chou qu’y avait caché ce philosophe. Ce texte ne différait pas de celui qu’avait fourni Fou-seng. Thsaî-tch’in, l’un des disciples de Tchou-tseu, a composé un grand commentaire sur le Chou-king, et, comme on avait extrait ce livre d’un mur de Confucius, on l’appelle aussi Pi-king (le livre du mur).

439—444

Ngo-Tcheou-kong, Tso-tcheou-li

Notre Tcheou-kong a composé le Rituel des Tcheou.

445—450

Tchou-lou-kouan, Tsun-tch’i-thi

Il a établi six magistrats et a conservé dans ce livre les principes essentiels de l’administration.

Le Tcheou-li, ou Rituel des Tcheou, a eu pour auteur Tcheou- kong. Sou nom de famille était Ki ; c’est pourquoi on l’appelle aussi Ki-kong. Il était fils de Wen-wang. Le Tcheou-li renferme les règlements établis sous la dynastie des Tcheou, pour constituer les magistratures et distribuer les emplois. Il y avait le Thien-kouan, magistrat du ciel, qu’on appelait aussi Tchong-tsaï, ou gouverneur suprême ; le Ti-kouan (magistrat de la terre) ou Sse-tou (aujourd’hui ministre des finances) ; le Tch’un-kouan, magistrat du printemps, ou Tsong-pe, c’était le ministre des Rites ; le Hia-kouan, magistrat de l’été, ou Sse-ma, c’était le ministre de la guerre ; le Thsieou-kouan, magistrat de l’automne, ou SSe-keou, c’était le ministre de la justice ; le Tong-kouan, le magistrat de l’hiver, ou Sse-khon, c’était le ministre des ouvrages publics. C’est pourquoi on les a appelés Lou-kouan, les six magistrats (suprêmes) ; c’était comme six Khing (ministres). L’empereur gouvernait les bras croisés[10] ; les six Khing (ministres) distribuaient les emplois aux inférieurs, et les lois se répandaient en tous lieux. Quand tous les règlements eurent été classés et établis, les affaires publiques furent bien ordonnées, l’administration prit un cours régulier, et l’empire put jouir de la paix.

Les Thsin ayant détruit le Chi-king (livre des vers) et le Chou-king (le livre des Annales impériales), on ne fit plus usage du Rituel des Tcheou. Quand Wen-ti, de la dynastie des Han, eut ordonné de faire chercher les livres, cet ouvrage commença a revoir le jour ; mais, comme le chapitre intitulé Tong-kouan (le magistrat de l’hiver) était perdu, les lettrés des Han l’ont remplacé par le chapitre Khao-kong-ki (Mémoire où l’on examine les différents travaux). Sous la dynastie des Song, on se servit du Tcheou-li dans les concours établis pour choisir les lettrés ; mais, aujourd’hui, on n’en fait plus usage.

451—456

Ta-siao-taï, Tchou-li-ki

Tal l’aîné et Taï le jeune ont commenté le Livre des Rites.

457—462

Chou-ching-yen, Li-yo-pi

Quand on y eut rapporté les paroles des Saints (des Sages), les rites et la musique[11] se trouvèrent complets.

Si le Li-ki n’est pas appelé King (livre canonique), c’est que les cinq King (les cinq livres canoniques) ont tous été rédigés par de saints hommes eux-mêmes. Ce sont des lettrés des siècles suivants qui ont composé cet ouvrage en y rapportant les paroles des premiers saints, c’est-à-dire des sages les plus éminents de l’antiquité. Voilà pourquoi on l’appelle Ki (mémoire) et non King (livre canonique). Taï l’aîné était un lettré du temps des Han, nommé Taï-te ; Taï le jeune, ou Taï-ching, était le fils du frère aîné de Taï-te. Taï-te ayant rassemblé les anciens livres sur les rites et la musique, qui formaient cent quatre-vingt chapitres, les abrégea et réduisit à quatre-vingt-cinq chapitres. C’est ce qu’on nomme aujourd’hui Ta-taï-li-ki, le Livre des Rites de Taï l’aîné. Taï le jeune les réduisit encore à. quarante-neuf chapitres. Le Ta-hio (le livre de la grande école) et le Tchong-yong (l’invariabilité dans le milieu), ont été joints aux chapitres du Li-ki. Tch’in-hao, lettré du siècle des Youen (empereurs mongols de la Chine), a fait sur le Li-ki un grand commentaire intitulé Li-ki-zsi-zchou-e. Le Li-ki, de Taï l’aîné n’est plus en usage aujourd’hui ; on ne se sert que du Li-ki de Taï le jeune, que l’on a mis au nombre des cinq King, ou des cinq livres canoniques.

463—474

Youe-koue-fong, Youe-ya-song. — Hao-sse-chi, Tang-fong-yong

Les mœurs des royaumes (la grande et la petite), Excellence, ainsi que les chants solennels, s’appellent les quatre sortes de poésies qu’il faut lire et chanter.

Le Chi-king se compose de quatre parties. La première s’appelle Koue-fong ; c’étaient les vers que le peuple chantait habituellement. Les princes feudataires les recueillaient et les présentaient à l’empereur. L’empereur, après les avoir reçus, les confiait au chef de la musique, pour juger par là de la pureté ou de la corruption des mœurs du peuple, et connaître aussi les mérites et les défauts de l’administration.

La deuxième partie s’appelle Siao-ya (ce qui est droit ou excellent dans l’ordre inférieur). Ces poésies se chantaient lorsque les Khing (ministres) et les Ta fou venaient faire leur cour à l’empereur, et lorsque les princes des différents royaumes envoyaient des ambassadeurs au-devant des officiers de l’empereur qui avaient rendu des services à l’État.

La troisième partie s’appelle Ta-ya (ce qui est droit ou excellent dans l’ordre supérieur). Ces poésies se chantaient quand l’empereur traitait les princes feudataires, les Khing (ministres), ainsi que les magistrats ; on les chantait aussi quand l’empereur réunissait dans son palais les King (princes), les Khing (ministres) et leur donnait un festin. On appelle ces poésies du nom de ya (droit, excellent), parce que le style en est correct, sévère, gracieux, élégant, et, par la, elles diflërent essentiellement des chansons populaires appelées Koue-fong.

La quatrième partie s’appelle Song. Ce sont des morceaux de musique que l’en chantait lorsque l’empereur offrait des sacrifices dans le temple des ancêtres, pour louer et exalter les anciens princes. On y a ajouté les chants solennels du royaume de Lou et ceux de la dynastie des Chang.

Le tout s’appelle du nom général de Sse-chi ou les quatre sortes de poésies que les étudiants doivent lire et chanter.

Sous la dynastie des Han, un lettré, nommé Mao-tchang, les a réunies en un seul ouvrage. C’est pour cela que quelques personnes les appellent Mao-chi (les poésies de Mao, c’est-à-dire les poésies publiées par Mao-tchang). Tchou—tseu en a donné un commentaire.

475—480

Chi-ki-wang, Tch’un-thsieou-tso

Le Tch’un-thsieou fut composé dès que les poésies eurent péri (eurent cessé d’être en usage).

Le commentaire de ce passage commence par cette phrase de Meng-tseu : Quand les traces des empereurs furent éteintes, les vers périrent ; quand les vers périrent, la chronique appelée Tch’un thsieou (le Printemps et l’Automne) fut composée.

On lit dans l’édition Sse-chou-pou-tchou-pi-tchi : Quand l’empereur faisait sa tournée annuelle, les princes feudataires lui présentaient des vers. L’action du gouvernement se faisait sentir par des instructions administratives, des ordres, des décrets. Mais quand la dynastie des Tcheou commença à tomber en décadence, l’empereur ne visita plus les princes feudataires ou cessa de punir les coupables et de destituer les magistrats prévaricateurs. Dès le moment que l’empereur P’ing-wang se fut transporté dans l’Est, ses ordres ne parvenaient plus dans les difi’éreutes parties de l’empire. Voilà. pour- quoi Meng-tseu a dit « même quand les traces des empereurs furent éteintes. »

Suivant le même commentaire, les mots Chi-wang (litt. : Les vers périrent) signifient « que l’on ne composait plus de poésies du genre de celles qu’on appelle Siao-ya et Ta-ya ; on ne veut pas dire par là que ces anciennes poésies eussent péri. »

[Le docteur Legge a adopté ce même sens dans sa traduction de Meng-tseu, pag. 203, chap. xxi : Mencius said : « the traces of imperial rule were extinguished, and the imperial odes ceased to be made. When these odes ceased to be made, then the Ch’un ts’en war produced. » — Le même savant ajoute en note que le mot wan (vulgo périr) ne signifie pas were lost.)

A l’époque appelée Tchen-koue, où les différents princes feudataires se faisaient la guerre, les poésies des sections Siao-ya et Ta-ya cessèrent d’être en usage. Les festins solennels, les sacrifices aux ancêtres, dont il est parlé plus haut (463—474), n’avaient plus lieu, et l’on n’avait plus l’occasion de les chanter.

Par « les traces des empereurs, » on entend l’administration de Wen—wang et de Wou-wang, les plans habiles de Wen-wang, les actions brillantes de Wou-wang, l’époque florissante de Tch’ing-wang et de Khang-wang, les grands exploits de Tcheou-kong et de Chao-kong, jusqu’à la fondation de l’empire, qui commence avec la section appelée Pin-fong (Mœurs de la principauté de Pin), et l’élévation de Siouen-wang au trône impérial, tous ces événements sont exposés dans les quatre parties du Chi-king ou Livre des vers. Ces traces (actions) des empereurs ont été conservées au moyen des vers. Dès le moment que l’empereur (P’ing-wang) se fut transporté dans la partie orientale de la Chine, les intendants de la musique ne présentèrent plus de poésies au souverain, et l’on vit disparaître les chants populaires qui dépeignaient les mœurs des royaumes (Koue-fang)[12]. Les princes feudataires ne venaient plus rendre hommage à. l’empereur. Alors les poésies appelées Siao-ya périrent (cessèrent d’être en usage) ; les princes feudataires ne secondaient plus l’empereur dans les sacrifices, et alors les chants appelés Sang périrent (furent mis en oubli).

Quand les vers eurent péri (eurent cessé d’être en usage), les traces des empereurs s’efi’acèrent.

Confucius, qui était né sur la fin des Tcheou orientaux, s’affligeait de voir que l’administration des empereurs ne s’exerçait plus et que les princes feudataires n’écoutaient que leur volonté. Alors il quitta le royaume de Weï et retourna dans celui de Lou, et composa le Tch’un-thsieou (le Printemps et l’Automne) pour rétablir l’influence des empereurs. Les mots Tch’un-thsieou sont l’ancien nom de la chronique du royaume de Lou. Elle comprend les faits qui se sont passés dans les quatre saisons (de chaque année).

Le Tch’un-thsieou commence a la première année de In-kong, roi de Lou. Cette année correspond à la fin du règne de l’empereur P’ing-wang et à l’époque où les Tcheou ont commencé a s’établir dans l’orient de la Chine. Dans cette chronique, Confucius a parcouru les règnes de In-kong, Hoan-kong, Tchoang-wang, Min-kong, Hi-kong, Wen-kong, Siouen-kong, Tch’ing-kong, Siang-kong, Tchao-kong, Ting-kong, Aï-kong, et, arrivé a la prise du Ki-lin[13], il a cessé d’écrire. Le Tch’un-thsieou embrasse les événements qui se sont passés dans l’espace de deux cent cinquante-deux ans. Là, un seul mot d’éloge est plus pompeux qu’un vêtement impérial ; un mot de blâme est plus terrible qu’un coup de hache.

Meng-tseu a dit : Quand Confucius eut composé le Tchun-thsieou, les sujets turbulents et les brigands furent remplis de crainte. On veut dire que lorsque les récompenses et les châtiments eurent été exposés au grand jour, et que le bien et le mal eurent été mis en lumière, les sujets turbulents et les brigands n’eurent plus aucun moyen d’échapper aux peines qu’ils avaient méritées.

487—498

San-tch’ouen-tche, Yeou-kong-yang. — Yeou—tso chi, Yeou-kou-liang.

Les trois commentaires (de cet ouvrage) sont. ceux de Kong—yang, de Tso-chi et de Kou-liang.

Ces commentaires sont destinés à. expliquer le sens du Tch’un-thsieou. Cet ouvrage a eu de nombreux commentaires. Les plus célèbres commentaires sont :

1° Celui de Tso-chï ou Tso-khieou—ming était un savant lettré du royaume de Lou. En commentant le Tch’un-thsieou, il a adopté la forme des annales disposées dans l’ordre chronologique, et a raconté soigneusement tous les faits à la suite de chaque année. On y voit les faits et gestes des empereurs et des princes feudataires, les guerres, les alliances, les causes de la splendeur ou de la décadence des États, de leur conservation ou de leur ruine. Sans l’ouvrage de Tso-khieou-ming, il serait impossible de distinguer clairement les sages des fourbes, et les bons des méchants.

2° Le commentaire de Kong-yang ou Kong-yang-kao, qui était originaire du royaume de Lou.

3° Le commentaire de Kou-liang ou Kou-liang-tch’i, qui était un lettré du temps des Han. (Ces deux derniers commentaires ont leurs qualités et leurs défauts, et tantôt ils se ressemblent, tantôt ils diffèrent.) Les deux auteurs examinent et jugent l’esprit général du Tch’un-thsieou, et mettent en lumière les nuances les plus délicates du bien et du mal. Le Tso-tch’ouen a été expliqué par Thou-yu qui vivait sous les Tsin ; Kong-yang a été commenté par Ho-hieou, du temps des Han, et Kou-liang par Fan-ing, lettré de la dynastie (les Tsin. Le style du Tch’un-thsieou est concis, et les pensées en sont profondes. Il manquerait de clarté sans ces trois commentaires ; c’est pourquoi on les a conservés tous et on les a mis au nombre des treize King. Maintenant, lorsqu’il s’agit d’examiner les temps, et de noter les faits, on se décide d’après les trois commentaires ; mais pour prendre une décision et suivre un modèle, on doit faire usage du commentaire de Hou-’an-koue, qui était un lettré de la dynastie des Song.

499—504

King-ki-ming, lPang-to-tseu

Quand les King ont été bien compris, il faut alors lire les philosophes.

475—480

Thso-khy-yao, Ki-khi-sse

Recueillez ce qu’ils ont d’important, et gravez dans votre mémoire les faits qui s’y trouvent.

Par le mot King, on entend ici les quatre livres classiques et les six livres canoniques. Il faut les lire avec soin et en examiner les idées subtiles et profondes. Quand on a bien compris les King, il faut se procurer les livres des philosophes et les lire. Seulement, comme on y remarque du bon et du mauvais, il est nécessaire d’en extraire le résumé, pour compléter ses études, et de graver dans sa mémoire les faits qui y sont rapportés, pour acquérir de l’érudition. Alors notre instruction se développe et s’étend de jour en jour, et l’on n’est pas exposé à faire fausse route.

511—599

Ou-tseu-tse, Yeou-sun-yang. — Wen-tchong-tseu, Ki-lao-tchoang

Les cinq philosophes sont Sun-tseu, Yang-tseu, Wen-tchong—tseu avec Lao-tseu et Tchoang-tsen.

Le nombre des philosophes est fort considérable et il serait impossible do les citer ici tous. Il faut choisir les plus renommés et les lire. Nous en nommerons cinq, savoir : Lao-tseu, dont le nom de famille était Li, le petit nom Eul et le nom honorifique Pe-yang. Il était né dans la ville de Po, dont la fondation remontait aux premiers des Tcheou. Sous la dynastie des Tcheou orientaux, il avait la charge d’historiographe. Il est l’auteur du Tao-te-king (le Livre de la Voie et de la Vertu) qui se compose de cinq mille mots.

Tchoang-tseu, dont le petit nom était Tcheou et le nom honorifique Tseu-hieou ; il était originaire de la ville de Mong, dans le royaume de Thsou. Il était le gardien des jardins d’arbres à vernis. Il a composé le Wan-hoa-king (le Livre sacré de la montagne Wan-hoa-chan).

Le troisième est Sun-mu, dont le petit nom était Khing ; il était né à Lan-ling, dans le royaume de Thsou. Il a composé l’ouvrage intitulé Sun-mu, en deux livres.

Le quatrième est Yang-tseu, dont le petit nom était Hiong ; il était né dans le pays de Tch’ing-tou, qui fit partie de l’empire des Han (ce fut la résidence des Han de Chou). Il a composé deux ouvrages, le Tha’i-hiouen-king et le Fa-yen.

Le cinquième est Wen-tchong-tseu, dont le nom de famille était Wang, le petit nom Thong et le nom honorifique Tchong-yen ; il était originaire de Long-men, qui faisait partie de l’empire des Souï. Il acomposé deux ouvrages, le Youen-king et le Tchong-choue ; son nom posthume était Wen-tchong-tseu. — Voici l’idée dominante des cinq philosophes : Lao-tseu méprise la gloire et ne se vante pas de sa vertu. Il place au premier rang le calme, le repos, le non-agir.

Tchoang-tseu, dans un style figuré, méprise le siècle et met au-dessus de tout la retraite et l’abandon du monde.

Sun-tseu étudie la nature de l’homme et sa destinée. Son style est soigné, mais il manque de profondeur.

Yang-tseu imite le I-king ; son style est excellent, mais il n’est pas exempt de défauts.

Wen-tchong-tseu, dans son livre intitulé Tchong-choue, imite le Lun-yu, mais on juge qu’il est loin d’en approcher. On compare au Tch’un-thsieou son ouvrage appelé Youen-king, mais l’auteur y exalte les Weï du nord qui ont usurpé le trône des Tsin, ce qui est contraire à l’esprit du Tch’un-thsieou. Les étudiants doivent en examiner le style et en emprunter les idées, mais il ne faut pas qu’ils s’attachent aux expressions.

593—598

King-tseu-thong, To-tchou-chi

Quand vous connaissez à fond les livres canoniques et les philosophes, lisez les historiens.

599—534

Khao-chi-hi, Tchi-tchong-chi

Examinez la suite des générations ; apprenez à connaître leur commencement et leur fin.

Quand on connaît a fond les King (les Livres classiques et canoniques) et les philosophes, on peut lire les historiens. Les livres d’histoire racontent la paix et les désordres d’un royaume, sa splendeur et sa décadence. C’est la qu’on peut voir la prudence ou la folie des princes, le tableau des dynasties successives, les dates de leur commencement et de leur fin.

Les histoires sont de deux genres. Tantôt elles sont générales, tantôt particulières. Les histoires particulières racontent les faits qui se rapportent à une seule dynastie, comme l’histoire des Han, des Tsin, etc. Les histoires générales rapportent les événements anciens et modernes, comme le Thong-kien-kang-mou, etc.

Dans les histoires particulières, on trouve la biographie des princes et des notices historiques sur les personnages remarquables. Pour ce qui regarde l’administration, on y voit des mémoires (tchi) et des tables (piao). Le Thong-kien (le Miroir général de l’Histoire) rapporte les faits dans un ordre chronologique, et il puise les événements dans les histoires particulières.

535—546

Tseu-i-nong, Tchi-hoang-ti. — Hao-san-hoang, Kiu-chang-chi

Fo-hi, Chin-nong et Hoang-ti s’appellent les trois Hoang ou les trois rois-honorables ; ils ont vécu dans la haute antiquité.

Littéralement : Depuis Hi, Nong, jusqu’à Hoang-ti, s’appellent les trois Hoang.

Quoiqu’il y eût déjà des princes et des chefs dans les premiers âges du monde, il n’est pas possible de les faire connaître en détail. C’est pourquoi Sse-ma-thsien, lorsqu’il a composé le Sse-ki (ses Mémoires historiques), a commencé par Fo-hi. Thaï-hao, surnommé Fo-hi, inventa les caractères, et commença par tracer les huit figures symboliques appelées les Koua. On le regarde comme le père des connaissances humaines.

Yen-ti, surnommé Chin-nong, inventa la houe et la herse ; il apprit aux hommes a cultiver les cinq espèces de grains, et leur fournit les moyens de se nourrir.

Hoang-ti, surnommé Yeou-hiong-chi, fabriqua des vêtements et forma les hommes aux rites et à 1a politesse ; la civilisation fit des progrès remarquables, et il y eut une grande abondance de toutes choses. Ils sont considérés comme les modèles de tous les âges. Les générations suivantes les ont honorés par-dessus tous, et, dans les règlements qui concernent les sacrifices, on donne à Fo-hi, à Chinnong et à Hoang-ti le nom de San-hoang (les trois augustes souverains). Sse-ma-thsien les a placés dans la première partie de ses mémoires, et ils figurent ainsi en tête des empereurs et des rois de la haute antiquité.

547—558

Thang-yeou-yu, Hao-eul-ti. — Siang-i-sun, Tching-ching-chi

Thang (Yao) et Yeou-yu (Chun) sont appelés les deux Ti ou les deux empereurs. L’un céda l’empire à l’autre en le saluant ; on les a qualifiés d’illustre génération.

[En mandchou : Wesikhoun-dchalan seme toukiekhebi : On les loue en disant que c’était une illustre génération.]

Le fils de Hoang-ti, Chao-hao, surnommé Kin-thien-chi, régna quatre-vingt-quatre ans.

Le petit-fils de Hoang-ti, Tehouen-hio, surnommé Kao-yang-chi, régna soixante-quinze ans.

Ti-ko, surnommé Kao-sin-chi, régna soixante-dix ans. En les joignant à Yao et Chun, on les appelle Ou-ti (les cinq empereurs). Si l’auteur ne nomme ici que Yao et Chun, c’est qu’ils l’ont emporté sur les autres par leurs mérites et leur vertu. L’empereur Yao, surnommé Thaovthang-chi, dont le nom honorifique était Fang-hiun (l’homme aux mérites immenses), était le fils cadet de Kao-sin. Comme Ti-tch’i, son frère aîné, était un homme sans principes, les princes feudataires le destituèrent et mirent sur le trône Yao. Il devint empereur après avoir été prince du Thang. Dans l’origine, il avait obtenu la principauté de Thao ; c’est pour cette raison qu’on le surnomma Thao-thang-chi. Yao était un prince humain comme le ciel et intelligent comme les Esprits. Il avait un mérite si éminent, si sublime que le peuple ne put lui donner un nom digne de lui. Il régna soixante-douze ans. Gemme il avait un fils dégénéré, il chercha un sage et céda l’empire a Yu-chi, connu sous le nom de Ti-chun (l’empereur Chun). Yeou-yu-chi, nommé Tchong-hoa, descendait de l’empereur Hoang-ti. Quoique son père fut stupide et sa mère acariatre, par sa piété filiale, il put les amener à la concorde. Il se livra à l’agriculture, à la fabrication de la poterie et à la pêche. Sa vertu étant devenue plus brillante de jour en jour, le Sse-yo (l’intendant des quatre montagnes sacrées) le présenta à Yao qui lui donna ses deux filles en mariage et le mit à la tète de tous les magistrats ; ensuite, il lui céda son trône. Il choisit des sages qu’il éleva aux emplois, sous les titres de Kieou-kouan (les neuf magistrats), Chi-eul-mou (les douze surintendants), Pa-youen (les huit chefs), Pa-khaî (les huit hommes d’un caractère doux). Il mit à mort quatre grands criminels[14]. Il ordonna à Yu de régler le cours des eaux et mit le comble à ses mérites. Après avoir régné soixante et un ans, i1 céda l’empire à Yu. Sous le règne de Thang et de Yu (de Yao et de Chun), tout le peuple vécut dans la paix et la bonne harmonie. L’un céda l’empire a l’autre, en le saluant. On peut les qualifier d’illustre génération.

A partir du règne de Hoang-ti, on commença à pouvoir compter les années. Depuis Hoang-ti jusqu’à l’empereur Chun, il y a eu six générations dont la durée embrasse un espace de quatre cent quatre-vingts ans.

559—570

Hia-yeou-yu, Chang-yeou-thang, Tcheou-wen-wang, Tch’ing-sang-wang

Yu, de la dynastie des Hia ; Thang, de la dynastie des Chang ; Wen et Wou[15], de la dynastie des Tcheou, sont appelés les Trois Wang (rois).

Les deux Ti (les deux empereurs Yao et Chun) régnèrent avec gloire et furent les modèles des souverains. Ceux qui continuèrent leur règne glorieux furent les Trois rois.

Yu fut 1e premier prince des Hia à qui l’on décerna le titre de Wang (roi). Le mot Yu veut dire « celui qui a reçu la cession du trône et qui a accompli de grandes choses.»

Les Hia eurent pour successeurs les Chang, dont le premier roi fut Thang (Tch’ing-thang). Le mot Thang veut dire « celui qui a expulsé tous les criminels et fait cesser la tyrannie. »

Les Chang eurent pour successeurs les Tcheou, qui eurent deux grands rois Wen et Wou (Wen-wang[16] et Wou-wang). Wen était le père de Wou. Celui qui a pénétré la nature s’appelle Wen[17]. Wen wang était le fils de Wen-wang. Celui qui attaque les hommes cruels et délivre le peuple s’appelle Wou. Ces trois hommes ont été les fondateurs de trois maisons régnantes; c’est pourquoi on les appelle (par excellence) les Trois rois (San-wang) Yao et Chun, Yu, Thang, Wen et Wou, ces deux Ti (empereurs) et ces trois Wang (rois) out. succédé au Ciel, et ont fondé le pouvoir suprême. Aussi sont-ils considérés comme les précepteurs des princes de toutes les générations.

571—576

Hia-tch’ouen-tseu, Kia-thien-hia

Les Hia transmirent (le trône) à leurs fils, et considèrèrent l’empire comme un bien de famille.

577—582

Sse-pe-tsai, Thsien-hia-sse

An bout de quatre cents ans, l’empire des Hia changea de maître.

Littéralement : On transporta ailleurs l’autel de l'Esprit de la terre[18]. Toutes les fois qu'un royaume était renversé, cet autel était transporté dans la capitale du roi vainqueur. La translation de cet autel annonçait un changement de règne ou de dynastie.

Plus haut, il a été parlé en général des trois Wang (rois); ici, il est question du commencement et de la fin (de la durée) de chaque dynastie. Les trois Hoang (Fo-hi, Chin-nong, Hoang-ti) et les cinq Ti regarderent l’empire comme une chose publique; ils le transmirent a des sages et leur donnèrent le trône; on a dit d’eux qu’ils rendirent la souveraineté accessible à tous[19]. Ce sont les princes des Hia qui ont commencé à regarder l'empire comme un bien de famille (qu’ils ne devaient transmettre qu‘à leurs héritiers légitimes).

Le roi Yu, de la dynastie des Hia, avait pour nom de famille Sse et pour nom prOpre Wen-ming; il descendait de Tchouen-hio. Il régla le cours des eaux débordées. Ses vertus saintes, ses travaux admirables s‘étendirent au loin et occupèrent longtemps l’attention du peuple. Il eut un fils nommé Ki, qui était doué de prudence et put marcher avec respect sur les traces de son père. Quand il se vit sur le point de mourir, il céda le trône à son ministre Pe-i. Mais tout le peuple de l’empire refusa de se soumettre à lui; ils reconnurent Ki pour roi en disant: « C’est le fils de notre souverain. »

Depuis que Yu eut cédé l’empire à son fils, les princes suivants rendirent, à son exemple, l’empire héréditaire; c’est pourquoi on a dit qu’il regarda l’empire comme un bien de famille.

La dynastie des Hia compte dix-sept générations de princes. Quand on fut arrivé à Kie, prince adonné au vice et à la débauche, qui était sans principes et tyrannisait 1e peuple, l’empire fut détruit après avoir duré quatre cent cinquante-huit ans.

583—588

Thang-fa-hia, Koue-hao-chang

Thang ayant détruit les Hia, son empire prit le nom de Chang.

589—594

Lou-pe-tsaï, Tchi-tcheou-wang

Il dura six cents ans, et fut détruit sous le règne de Tcheou.

Ce furent les Chang qui succédèrent aux Hia et montèrent sur le trône. Thang, premier roi des Chang, dont le nom était Li, le nom honorifique Thien-i et le nom de famille Tseu, descendait de Sic, fils de Kao-sin. Après avoir régné par droit d‘hérédité, dans la principauté de Chang, il fit la guerre à Kie et devint le maître de l’empire. Il eut vingt-huit successeurs qui régnèrent six cent quarante-quatre ans. Tcheou, qui était un homme sans principes, n’arriva pas plus tôt au pouvoir qu’il perdit aussitôt son trône.

595—600

Tcheou-wou-wang, Chi-tchou-tcheou

Wou-wang, de la dynastie des Tcheou, commença par exterminer Tcheou-sin.

Tcheou, fils de l’empereur Ti-i, fut un roi de la dynastie des Chang. Il était assez disert pour réfuter les représentations, assez intelligent pour pallier ses fautes. Pour plaire a sa favorite Tan-ki, il torturait par le feu les officiers du palais[20] ; il fendit le ventre d’une femme enceinte, pour voir le sexe qu’elle portait ; il coupa les os des jambes d’un homme, pour s’assurer si la moelle les remplissait ou y manquait, et il ouvrit le cœur de Pi-kan, son oncle. Le régent de l’Ouest, Wou-wang, de 1a dynastie des Tcl1eou, leva des troupes, attaqua Tcheou-sin, et transporta ailleurs les autels du Génie de la terre et de l’Esprit des grains, de la dynastie In[21].

601—606

Pa-pe-tsaï, Tsouï-tch’ang-kh’ieou

(Les Tcheou) régnèrent huit cents ans ; c’est une immense durée.

Le mot khieou (longtemps) se prend ici verbalement : (La dynastie) dura longtemps ; en mandchou : Goidakha.

Dès que Wen-wang et Wou-waug eurent fondé leur puissance, les Tcheou établirent leur cour à Fong-kao. Ils eurent pour successeur Tch’ing-wang et Khang-wang, et tout l’empire jouit d’une paix


Texte incomplet, en cours de correction
  1. Li-ki, chap. Khio-li : « Hoang-ting, » c’est-à-dire lecti stoream componat.
  2. Dans le texte (281-282), on a placé par erreur hiouen avant tseng. En effet, le tseng-sun (le fils du petit—fils) devait précéder le hi’ouen-sun (le petit—fils du petit-fils) qui descend de lui.
  3. Le Tchong-yong occupe les livres 66-67, et le Ta-hio, le livre 73 de l’édition impériale du Li—ki, intitulée Khing-ting-li-ki-i-Sou, en 82 livres.
  4. Aujourd’hui, le Lun-yu est placé au troisième rang des Quatre livres classiques.
  5. Le sens littéral est : Parlait, dissertait en voyageant ; le mandchou traduit : Parler en circulant, chourdame gisourere.
  6. Le dictionnaire Thsing-han-wen-haï traduit autrement les mots de notre texte : Hetou bime somiskhôn, elle est à la fois manifeste et cachée.
  7. En mandchou : Songgolokho endouringge, le saint qui a suivi.
  8. De cette façon, la doctrine de Meng-tseu remonte à Tseu-sse ; de celui-ci à Tseng-tseu ct de Tseng-sse à Confucius.
  9. Le Commentaire dit : Tang-ki, dans ce temps-là, sans indiquer l‘époque.
  10. C’est-à—dire : Sans se donner aucune peine. Litt. : L’empereur laissait retomber (ses vêtements) et croisait les mains.
  11. Le Livre des Rites renferme un livre intitulé Yo—ki (Mémoire sur la musique). C’est le dix-huitième livre.
  12. Il y a en chinois fong-wang, les mœurs périrent, disparurent. J’ai été obligé de développer ce passage pour le rendre intelligible.
  13. Le Ki-lin est un animal fabuleux qui, suivant les Chinois, n’apparaît que lorsque l’empereur est doué d’humanité. (Dict. P’in-tseu-thsien.)
  14. C’étaient : Kong-kong, Houan-teou, San-miao et Kouen.
  15. Wen-wang et son fils Wou-wang, sont comptés pour un, parce que le second acheva les travaux entrepris par le premier.
  16. Wen—wang, surnommé Si-pe (le chef des princes feudataires de l'ouest), ne régna pas. La mort qui le prévint laissa ses droits à son fils. (De Guignes, Hist. des Huns, tom. 1, part. l, page 14.)
  17. Littéralement: Celui qui traverse le ciel comme la chaîne d’un tissu et la terre comme la trame; comme si l‘on disait : Celui qui a pénétré le monde en long et en large.
  18. Ceci est en opposition avec le passage suivant que vous cite le dictionnaire P'in-tseu-thsien : Quand un royaume était détruit, on transportait l‘autel de l'Esprit de la terre. Cela est conforme aux rites. Tch’ing-thang le conserva pour servir d'exemple à ses descendants. C’est pour-quoi, lorsque Thang eut vaincu le prince de Hia (Tcheou—sin), on voulut transporter l’autel de l’Esprit de la terre que possédait cette dynastie, mais il n‘y consentit pas. On lit dans le Tch’un-thsieou : Dans la ville de P0, l'autel de l'Esprit de la terre fut brûlé par le feu du ciel. Cela vient de ce que Thang ne transporta point l'autel de l'Esprit de la terre.
  19. Il y a en chinois kouan (vulgo, magistrat). Mais, ici, ce mot a le sens de public, général, comme lorsqu'on dit kouan-koa, non la langue mandarine, mais 1a langue commune, générale. Il faut seulement remarquer que dans cet endroit, kouan est employé verbalement (rendre commun, général).
  20. Il faisait attacher ses victimes à une colonne de bronze creux dont l’intérieur était rempli de charbons ardents.
  21. C’est-à-dire, qu’il transporta le siège du gouvernement. Ces autels étaient une sorte de Palladium, dont le déplacement ou l’enlèvement entraînait la ruine d’un royaume ou d’une dynastie.