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Sapho (Vivien)/Texte entier

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Sapho ()
Sapho (Vivien)
Traduction par Renée Vivien.
Sapho : Traduction nouvelle avec le texte grecAlphonse Lemerre, éditeur (p. i-149).
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PRÉFACE




L’œuvre du divin Poète fait songer à la Victoire de Samothrace, ouvrant dans l’infini ses ailes mutilées.

Comme elles s’allient profondément avec l’ombre et le silence, ces paroles trempées dans le parfum des nuits mytiléniennes :

« Les étoiles, autour de la belle lune, voilent aussitôt leur clair visage, lorsque, dans son plein, elle illumine la terre de lueurs d’argent. »

… Voici la langueur des vergers où les fruits et les verdures s’imprègnent de soleil :

« Alentour [la brise] murmure fraîchement à travers les branches du pommier, et des feuillages frissonnants coule le sommeil. »

Mais l’enchantement est rompu par un cri de détresse :

« Car ceux à qui je fais du bien, ceux-là m’outragent le plus. »

De quelles blessures envenimées ces mots ont-ils coulé, comme de brûlantes gouttes de sang ? À quelles ingratitudes, à quelles trahisons songeait-Elle ? Et qui jamais apprendra les douleurs secrètes de ce cœur si magnifiquement humain ?

« Venez, Grâces délicates et Muses aux beaux cheveux. » Telle fut jadis l’invocation de la Tisseuse de violettes, tandis qu auprès d’elle Eranna de Télos, la plus ardente et la plus inspirée de ses disciples, la Musicienne qui mourut trop jeune pour atteindre au sommet de sa gloire, accompagnait vaguement d’une note errante du paktis[1] le chant souverain. L’air du large gonflait les cheveux nocturnes de Psappha[2], et, au loin, dans les pauses du rythme, montait le soupir de la mer. Dika tressait de ses mains souples les roses de Mytilène entrelacées de fenouil. Damophyla de Pamphylia, qui devait plus tard composer une ode sur le modèle de cette parfaite harmonie, écoutait, pareille à une statue de l’Extase ; Gorgò, un peu à l’écart, se souvenait avec mélancolie des heures fanées ; Gurinnò contemplait le « sourire de miel » que célèbrent les vers d’Alcée ; Atthis, l’ondoyante et l’incertaine, cherchait le regard d’Androméda, et, sous l’ombre des pommiers du verger, s’attardaient, ivres de musique et de souvenirs, Télésippa, Mégara, Anagora de Milet, Gongyla de Colophòn, Anactoria et Euneika de Salamine.

… En évoquant, à travers les brumes du Temps, les ardeurs sacrées de l’immortelle Amoureuse, ma pensée va vers Atthis, la moins fervente des Amies, peut-être, et la plus aimée. Car c’est pour elle que s’éleva ce divin soupir :

« Je t’aimais, Atthis, autrefois… »

Je me plais à croire qu elle fut la Beauté fugitive de l’Ode à l’Aphrodita et de l’Ode à une Femme aimée, à laquelle la tradition attache le nom d’Anactoria.

Tsappha s’éprit de toutes les magnificences de la nature : elle aima les fleurs, l’étoile du soir, l’hyacinthe meurtrie qui se fane sur la montagne, la pomme qui s’épanouit sur les plus hautes branches et que la convoitise des passants n’a pu atteindre, semblable à l’inaccessible et désirable virginité, et le duvet de l’herbe du printemps, que foulent en dansant les femmes de la Crète.

L’incomparable Amante fut aussi l’incomparable Amie. Recueillons avec piété cette larme très pure donnée au souvenir d’une petite morte virginale.

« C’est ici la poussière de Timas, que l’azur sombre du lit nuptial de Perséphoné reçut, morte avant l’hymen. Lorsqu’elle périt, toutes ses compagnes, d’un fer fraîchement aiguisé, coupèrent la force de leurs désirables

chevelures. »

BIOGRAPHIE DE PSAPPHA




De la femme qui atteignit jusqu’aux purs sommets de la gloire nous ne savons presque rien, les siècles ayant trop impénétrablement embrumé la splendeur de son lointain visage. Les vers ardents d’Alcée attestent qu’elle fut belle et qu’elle fut aimée :

« Tisseuse de violettes, chaste Psappha au sourire de miel, des paroles me montent aux lèvres, mais une pudeur me retient. »

Cet hommage lyrique fut, d’ailleurs, peu favorablement reçu de celle à qui il fut adressé. Psappha répondit :

« Si tu avais eu le désir des choses nobles et belles, et si ta langue n’avait proféré une phrase vile, la honte n’aurait point fait baisser tes yeux, mais tu aurais parlé selon la justice. »

… L’Aède de Lesbôs dut naître vers 610 avant Jésus-Christ. Hérodote nous apprend que son père se nommait Skamandronymos et sa mère Kléis. Elle eut deux frères, Larichos et Charaxos. Larichos étant l’échanson en titre des cérémonies publiques de Mytilène, et ce privilège étant réservé aux éphèbes de noble naissance, on en conclut que Psappha devait appartenir à l’opulente aristocratie de la ville. Charaxos, étant allé vendre en Egypte le vin célèbre de Lesbôs, s’éprit d’une esclave de Naucratis, Doricha, surnommée par ses amants Rhodopis. Il la libéra au prix d’un trésor et dissipa avec elle ses richesses. Elle devint ainsi l’illustre courtisane aux joues roses. Psappha, dans une de ses odes, la raille amèrement. « Une faveur publique, » dit-elle, en parlant de l’hétaïre égyptienne.

Une inscription sur un marbre de Parôs nous apprend que, pendant le règne d’Aristoclès à Athènes, Psappha s’enfuit de Mytilène et se réfugia en Sicile. Nous ignorons la cause de son exil. Ce ne fut assurément point la poursuite de Phaon, comme l’assurent certains auteurs, qui détermina la Tisseuse de violettes à quitter les musiques et les sourires de Mytilène. Car Phaon n’est qu’un mythe créé par quelques écrivains d’après la tradition populaire.

Phaon, suivant la légende, était un passeur de bac fort honoré par les habitants de l’île pour son intégrité. « La Déesse, » (comme disaient les Lesbiens en parlant de l’Aphrodita), ayant revêtu l’aspect d’une vieille mendiante, pria Phaon de la transporter sans payer l’obole. Il acquiesça immédiatement à sa demande, et l’Immortelle le récompensa par une jeunesse et une grâce renouvelées. « Ce Phaon, ajoute Phalacphatos, fut chanté par l’amoureuse Psappha. » Cette erreur grossière a été mise en crédit par plusieurs autres historiens, peu soucieux de vérifier l’exactitude de leurs affirmations. Pline écrit : « Phaon fut aimé de Psappha, parce qu’il avait su trouver la racine mâle de la plante éryngo, qui avait le pouvoir magique d’inspirer la passion. »

On voit quelles incertitudes fabuleuses entourent la tradition, aussi erronée qu’universelle, de l’amour de Psappha pour Phaon.

En face de l’insondable nuit qui enveloppe cette mystérieuse beauté, nous ne pouvons que l’entrevoir, la deviner à travers les strophes et les vers qui nous restent d’elle. Et nous n’y trouvons point le moindre frisson tendre de son être vers un homme. Ses parfums, elle les a versés aux pieds délicats de ses Amantes, ses frémissements et ses pleurs, les vierges de Lesbôs furent seules à les recevoir. N’a-t-elle point prononcé cette parole si profondément imprégnée de ferveur et de souvenir :

« Envers vous, belles, ma pensée n’est point changeante. »

Elle traduit son mépris pour le mariage par ce vers : « Insensée, ne te glorifie point d’un anneau, » et repousse avec dédain l’offrande poétique d’Alcée. Elle a le calme des êtres immortels, à qui la contemplation de l’éternité est familière : « … j’ai l’âme sereine. »

La terre d’où jaillit une fleur sans pareille est, en vérité, la patrie de la volupté et du désir, une Ile amoureuse que berce une mer sans reflux, au fond de laquelle s’empourprent les algues.

Les Lesbiens avaient l’attrait bizarre et un peu pervers des races mêlées. La chevelure de Psappha, où l’ombre avait effeuillé ses violettes, était imprégnée du parfum tenace de l’Orient, tandis que ses yeux, bleus comme les flots, reflétaient le sourire limpide de l’Hellas. Ses poèmes sont asiatiques par la violence de la passion, et grecs par la ciselure rare et le charme sobre de la strophe.

Des vierges et des femmes, délaissant leur pays et oubliant leurs tendresses, venaient des contrées lointaines apprendre d’Elle l’art des rythmes et des pauses. Elles entendirent dans toute leur plénitude et tout leur orgueil les poèmes dont nous ne possédons que de rares fragments, pareils à des lambeaux de pourpre royale…

La vie harmonieuse, ardente et sincère de Psappha, se résume en ces vers : « J’aime la délicatesse, et pour moi la splendeur et la beauté du soleil, c’est l’amour. » Nous ne savons comment ni quand elle mourut : le saut de Leucade n’est qu’une fable : mais peut-on douter de la beauté de sa mort lorsqu’on se souvient de cette parole magnifique et solennelle : « Car il n’est pas juste que la lamentation soit dans la maison des serviteurs des Muses, cela est indigne de nous. »


PREMIÈRE PARTIE

ODES



I

ἒλθε μοι καὶ νῦν, χαλεπᾶν δἐ λῦσον
ἐκ μεριμνᾶν, ὃσσα δὲ μοι τελἐσσαί
θῦμος ἰμἐρρει, τἐλεσον` σὺ δ´ αὒτα
   σὐμμαχος ἒσσο.


Ode à l’Aphrodita


Toi dont le trône est d’arc-en-ciel, immortelle Aphrodita, fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie de ne point dompter mon âme, ô Vénérable, par les angoisses et les détresses. Mais viens, si jamais, et plus d’une fois, entendant ma voix, tu l’as écoutée, et, quittant la maison de ton père, tu es venue, ayant attelé ton char d’or. Et c’étaient de beaux passereaux rapides qui te conduisaient. Autour de la terre sombre ils battaient des ailes, descendus du ciel à travers l’éther. Ils arrivèrent aussitôt, et toi, ô Bienheureuse, ayant souri de ton visage immortel, tu me demandas ce qui m’était advenu, et quelle faveur j’ implorais, et ce que je désirais le plus dans mon âme insensée. « Quelle Persuasion veux-tu donc attirer vers ton amour ? Qui te traite injustement, Psappha ? Car celle qui te fuit promptement te poursuivra, celle qui refuse tes présents t’en offrira, celle qui ne t’aime pas t’aimera promptement et même malgré elle. » Viens vers moi encore maintenant, et délivre-moi des cruels soucis, et tout ce que mon cœur veut accomplir, accomplis-le, et sois Toi-Même mon alliée.




Accueille, immortelle Aphrodita, Déesse,
Tisseuse de ruse à l’âme d’arc-en-ciel,
Le frémissement, l’orage et la détresse
De mon long appel.

J’ai longtemps rêvé : ne brise pas mon âme
Parmi la stupeur et l’effroi de l’éveil,
Blanche Bienheureuse aux paupières de flamme,
Aux yeux de soleil.

Jadis, entendant ma triste voix lointaine,
Tu vins l’écouter dans la paix des couchants
Où songe la mer, car ta faveur hautaine
Couronne les chants.

Je vis le reflet de tes cheveux splendides
Sur l’or du nuage et la pourpre des eaux,
Ton char attelé de colombes rapides
Et de passereaux.

Et le battement lumineux de leurs ailes
Jetait des clartés sur le sombre univers
Qui resplendissait de lueurs d’asphodèles
Et de roux éclairs.

Déchaînant les pleurs et l’angoisse des rires,
Tu quittas l’aurore immuable des cieux.
Là-bas surgissait la tempête des lyres
Aux sanglots joyeux.


Et Toi, souriant de ton divin visage,
Tu me demandas : « D’où vient l’anxiété
A ton grave front, et quel désir ravage
Ton corps tourmenté ?

« Qui te fait souffrir de l’âpre convoitise ?
Et quelle Peithô, plus blonde que le jour
Aux cheveux d’argent, te trahit et méprise,
Psappha, ton amour ?

« Tu ne sauras plus les langueurs de l’attente.
Celle qui te fuit te suivra pas à pas.
Elle t’ouvrira, comme la Nuit ardente,
L’ombre de ses bras.

« Et, tremblante ainsi qu’une esclave confuse,
Offrant des parfums, des présents et des pleurs,
Elle ira vers toi, la vierge qui refuse
Tes fruits et tes fleurs.


« Par un soir brûlant de rubis et d’opales
Elle te dira des mots las et brisés,
Et tu connaîtras ses lèvres nuptiales,
Pâles de baisers. »



Saw the white implacable Aphrodite,
Saw the hair unbound and the feet unsandalled
Shine as fire of sunset on western waters ;
Saw the reluctant

Feet, the straining plumes of the doves that drew her,
Looking always, looking with necks reverted,
Back to Lesbos, back to the Hills whereunder
Shone Mitylene ;


Heard the flying feet of the Loves behind her
Make a sudden thunder upon the waters,
As the thunder flung from the strong unclosing
Wings of a great wind.

So the goddess fled from her place, with awful
Sound of feet and thunder of wings around her,
While behind a clamour of singing women
Severed the twilight.


Swinburne : Poems and Ballads, Sapphics.


II




Εὶς ᾿Ερωμἐναν.


 




Φαἰνεταἰ μοι κἠνος ἲσος θἐοισιν
ἒμμεν ὤνηρ, Ὄστις ὲναντἰος τοι
ἰζἀνει, καὶ πλασίον ἇδυ φωνεύ−
          σας ὑπακούει



καὶ γελαισας ἰμερόεν, τό μοι μάν
καρδίαν ἐν στήθεσιν ἐπτόασεν·
ὡς γὰρ εὔιδον βροχέως σε, φώνας
       οὐδὲν ἒτ᾿ εἴκει·

Ode à une Femme aimée


Il me parait l’égal des Dieux, l’homme qui est assis dans ta présence et qui entend de près ton doux langage et ton rire désirable, qui font battre mon cœur au fond de ma poitrine. Car lorsque je t’aperçois, ne fût-ce qu’un instant, je n’ai plus de paroles, ma langue est brisée, et soudain un feu subtil court sous ma peau, mes yeux ne voient plus, mes oreilles bourdonnent, la sueur m’inonde et un tremblement m’agite toute ; je suis plus pâle que l’herbe, et dans ma folie je semble presque une morte… Mais il faut oser tout…




L’homme fortuné qu’enivre ta présence
Me semble l’égal des Dieux, car il entend
Ruisseler ton rire et rêver ton silence.
Et moi, sanglotant,

Je frissonne toute, et ma langue est brisée :
Subtile, une flamme a traversé ma chair,
Et ma sueur coule ainsi que la rosée
Apre de la mer ;


Un bourdonnement remplit de bruits d’orage
Mes oreilles, car je sombre sous l’effort,
Plus pâle que l’herbe, et je vois ton visage
A travers la mort.




Ille mi par esse deo videtur,
Ille, si fas est, superare divos,
Qui sedens adversus identidem te
Spectat et audit

Dulce ridentem, misero quod omnes
Eripit sensus mihi : nam simul te,
Lesbia, aspexi, nihil est super mi

· · · · · ·

Lingua sed torpet, tenuis sub artus
Flamma demanat, sonitu suopte
Tintinnant aures, gemina teguntur
Lumina nocte.

Catullus : Carmina, Ad Lesbiam.


Ἠράμαν μἑν ἔγω σέθεν, Ἃτθι, πάλαι πότα.


Je t’aimais, Atthis, autrefois…




Le soir fait fleurir les voluptés fanées,
Le reflet des yeux et l’écho de la voix…
… Je t’aimais, au long des lointaines années,
Atthis, autrefois.




And they shall know me as ye who have known me here
Last year when I loved Atthis, and this year
When I love thee...

Swinburne : Poems and Ballads, Anactoria.


… Ἔμεθεν δ'ἔχεισθα λάθαν.




Tu m’oublies…




Ἤ τιν' ἄλλον
[μαλλον] ἀνθρώπων ἔμεθεν φίλησθα.




… A moins que tu n’aimes un autre mortel plus que moi.



L’eau trouble reflète, ainsi qu’un vain miroir,
Mes yeux sans lueurs, mes paupières pâlies.
J’écoute ton rire et ta voix dans le soir...
Atthis, tu m’oublies.

Tu n’as point connu la stupeur de l’amour,
L’effroi du baiser et l’orgueil de la haine ;
Tu n’as désiré que les roses d’un jour,
Amante incertaine.




Why wilt thou follow lesser loves ? are thine
Too weak to bear these hands and lips of mine ?


Swinburne : Poems and Ballads, Anactoria.




Quelle paysanne te charme le cœur, qui ne sait pas relever sa robe sur ses chevilles ?


Athénée, parlant de l’élégance des femmes de l’antiquité

et du soin qu’elles prenaient de leurs vêtements, dit

que Psappha raille ainsi Androméda.





Atthis, ma pensée t’est haïssable, et tu fuis vers Andromêda.




Tu hais ma pensée, Atthis, et mon image.
Cet autre baiser, qui te persuada,
Te brûle, et tu fuis, haletante et sauvage,
Vers Androméda.




Pour Androméda, elle a une belle récompense.




Pour Androméda, l’éclair de tes baisers,
Tes voiles de vierge et tes langueurs d’amante
Et le lent soupir de tes seins apaisés,
Atthis inconstante !




Pour Androméda, les chants, les soirs d’or brun,
Et l’ombre des cils sur l’ombre des prunelles,
Les nuits de Lesbôs où s’exalte un parfum
De fleurs éternelles.

Pour moi, le sommeil enfièvre sous les cieux
Où meurt la Pléiade, et les graves cadences,
L’hiver de ta voix, le néant de tes yeux,
Tes pâles silences.


III




Les étoiles autour de la belle lune voilent aussitôt leur clair visage lorsque, dans son plein, elle illumine la terre de lueurs d’argent.



Tout est blanc, la lune ouvre sa plénitude,
A ses pieds gémit l’Océan tourmenté :
Sereine, elle voit fleurir la solitude
Et la chasteté.

Les astres, devant la Séléné divine,
Ont voilé leur face, et la clarté, neigeant
Du ciel virginal et candide, illumine
La terre d’argent.


IV




Voici maintenant ce que je chanterai bellement afin de plaire à mes maîtresses.




Atthis aux cheveux de crépuscule, blonde
Et lasse, Eranna, qui dans l’or des couchants,
Ranimes l’ardeur de la lyre profonde
Et des nobles chants,

Euneika trop belle et Gurinnô trop tendre,
Anactoria, qui passais autrefois,
Lorsque je mourais de te voir ou d’entendre
Ton rire et ta voix,

Dika, dont les mains souples tissent les roses,
Et qui viens offrir aux Déesses les fleurs
Neigeant du pommier, ingénument décloses,
Parfums et pâleurs,

Pour vous j’ai rythmé les sons et les paroles,
Pour vous, j’ai pleuré les larmes du désir,
J’ai vu près de vous les ardentes corolles
Du soir défleurir.

Triste, j’ai blâmé l’importune hirondelle ;
Par vous, j’ai connu l’amer et doux Erôs,
Par votre beauté je devins immortelle,
Vierges de Lesbôs.



… Saw the Lesbians kissing across their smitten
Lutes with lips more sweet than the sound of lute-strings,
Mouth to mouth and hand upon hand, her chosen,
Fairer than all men,

Only saw the beautiful lips and fingers,
Full of songs and kisses and little whispers,
Full of music; only beheld among them
Soar, as a bird soars,

Newly fledged, her visible song, a marvel,
Made of perfect sound and exceeding passion,
Sweetly shapen, terrible, full of thunders,
Clothed with the wind’s wings.


Swinburne : Poems and Ballads, Sapphics.


Car ceux à qui je fais du bien, ceux-là m’outragent le plus.



Pour moi, je n’ai pas de ressentiment, mais j’ai l’âme sereine.




Ô belle, ô gracieuse…





Pour toi je [répandrai] sur l’autel le [lait] d’une chèvre blanche… et pour toi je ferai une libation…




Vous n’êtes rien pour moi.



(Vers) moi tout récemment l’Aube aux sandales d’or…




Mes yeux ont vu fuir l’Aube aux sandales d’or :
Ses pieds ont brillé sur le mont taciturne
Et sur la forêt où se recueille encor
Le rêve nocturne.




Mon souci…



Et je regrette et je cherche…




… qui me firent glorieuse en me donnant leurs travaux.


Psappha parle ici des Muses et de leurs travaux.





Dors sur le sein de ta tendre maîtresse.




Dors entre les seins de l’amante soumise,
O vierge au regard d’éphèbe valeureux,
Et que l’Hespérôs nuptial te conduise
Vers le rêve heureux !


Ταἴς κάλαις ὔμμιν [τὸ] νόημα τὦμον
ού διάμειπτον



Envers vous, belles, ma pensée n’est point changeante.



Je ne change point, ô vierges de Lesbôs,
Lorsque je poursuis la Beauté fugitive
À travers la nuit de l’étrange chaos
Sans borne et sans rive.


Je ne trahis point l’invariable amour.
Mon cœur identique et mon âme pareille
Savent retrouver, dans la splendeur du jour,
L’ombre de la veille.

Car j’étreins Atthis sur les seins de Dika,
Et, dans le parfum que l’air d’automne emporte,
L’âme, que longtemps ma douleur invoqua,
De Timas la Morte.

Pour l’Aphrodita j’ai dédaigné l’Erôs,
Car je n’ai de joie et d’angoisse qu’en elle :
Je ne change point, ô vierges de Lesbôs,
Je suis éternelle.




Viens, Déesse de Kuprôs, et verse délicatement dans les coupes d’or le nektar mêlé de joies.



Fille de Kuprôs, dont le regard foudroie,
Délicatement de tes mains verse encor
Le nektar mêlé d’amertume et de joie
Dans les coupes d’or.






… quant à mon sanglot : et que les vents orageux l’emportent pour les souffrances.



Que le vent du soir emporte mon sanglot
Vers l’accablement des cités et des plaines ;
Qu’il l’emporte, afin de le mêler au flot
Des douleurs lointaines.

 

Qu’il l’emporte, ainsi qu’un pitoyable appel,
Plus grave et plus doux que la vaine parole…
Que, dans l’infini, mon sanglot fraternel
Apaise et console.



Ζὰ δʹ ἐληξάμαν ὄναρ Κυπρογενἡα.




Et certes j’ai couché dans un songe avec la fille de Kuprôs.




 
Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs !
Pâle, je servis ta volupté cruelle…
Je pris, aux lueurs du flambeau d’Hesperôs,
Ton corps d’Immortelle.

Et ma chair connut le soleil de ta chair…
J’étreignis la flamme et l’ombre et la rosée,
Ton gémissement mourait comme la mer
Lascive et brisée.


Mortelle, je bus dans la coupe des Dieux,
J’écartai l’azur ondoyant de tes voiles…
Ma caresse fit agoniser tes yeux
Sur ton lit d’étoiles…

… Depuis, c’est en vain que la nuit de Lesbôs
M’appelle, et que l’or du paktis se prolonge…
Je t’ai possédée, ô fille de Kuprôs,
Dans l’ardeur d’un songe.



Autre version au fragment :

Ζὰ δ’ έλεξάμαν ὄναρ Κυπρογενἡα




Et certes j’ai parlé en songe avec la fille de Kuprôs.

Un clair souvenir se rythme et se prolonge
Comme un son de lyre indécis et voilé…
Fille de Kuprôs, je t’ai jadis parlé
À travers un songe.





La lune paraissait dans son plein, et les femmes se tinrent debout, comme autour d’un autel.




La lune parut dans son plein, et les femmes
Se tinrent debout, comme autour d’un autel :
Les rayons étaient fervents comme des flammes
Au reflet cruel.


Elles attendaient… Et, rompant le silence,
La voix d’une vierge amoureuse chanta,
Et toutes sentaient la mystique présence
De l’Aphrodita.






Telle une douce pomme rougit à l’extrémité de la branche, à l’extrémité lointaine : les cueilleurs de fruits l’ont oubliée ou, plutôt, ils ne l’ont pas oubliée, mais ils n’ont pu l’atteindre.




Ainsi qu’une pomme aux chairs d’or se balance,
Parmi la verdure et les eaux du verger,
À l’extrémité de l’arbre où se cadence
Un frisson léger,


Ainsi qu’une pomme, au gré changeant des brises,
Se balance et rit dans les soirs frémissants,
Tu t’épanouis, raillant les convoitises
Vaines des passants.

La savante ardeur de l’automne recèle
Dans ta nudité les ambres et les ors.
Tu gardes, ô vierge inaccessible et belle,
Le fruit de ton corps.







Ô soir, toi qui ramènes tout ce que le lumineux matin a dispersé, tu ramènes la brebis, tu ramènes la chèvre, tu ramènes l’enfant à sa mère.




 
Les flots du Léthé coulent sur l’ardeur vaine
Des corps et des yeux ivres de pleurs versés.
L’ombre réunit les troupeaux dispersés,
Là-bas, dans la plaine.


Dans l’Hadès lointain où dort Perséphoné,
Les vierges sans vœux, ses compagnes fidèles,
Cueillent tristement les pâles asphodèles
Au rire fané.

Ayant contemplé la mort des hyacinthes
Dont la pourpre fraîche assombrit d’un regret
La montagne, j’erre et je pleure en secret
Sur les fleurs éteintes.

Et j’appelle en vain le rythme de ta voix,
Eranna, tes yeux, Gurinnô triste et tendre,
Tes lèvres, Atthis, tes seins, Gorgô, la cendre
Des nuits d’autrefois.

Autour du foyer et de l’essor des flammes
Le Soir a versé le repos comme un vin.
Ah ! que ne peut-il, apaisant et divin,
Réunir les âmes ?


Que de souvenirs à la chute du jour !
Songeant aux sanglots assoupis vers l’aurore,
Comment ai-je su garder vivant encore
L’amour de l’amour ?






Pourquoi, fille de Pandion, aimable hirondelle, me… ?




Lasse du jardin où je me souviens d’Elle,
J’écoute mon cœur oppressé de parfum.
Pourquoi m’obséder de ton vol importun,
Divine hirondelle ?

Tu rôdes, ainsi qu’un désir obstiné,
Réveillant en moi l’éternelle amoureuse,
Douloureuse amante, épouse douloureuse,
Ô pâle Procné !


Tu fuis sans espoir vers la rive qui t’aime,
Vers la mer aux pieds d’argent, vers le soleil.
Je hais le Printemps qui vient, toujours pareil
Et jamais le même !

Ah ! me rendra-t-il les langueurs de jadis,
L’ardente douleur des trahisons apprises,
L’attente et l’espoir des caresses promises,
Les lèvres d’Atthis ?

J’évoque le pli de ses paupières closes,
La fleur de ses yeux, le sanglot de sa voix,
Et je pleure Atthis que j’aimais autrefois,
Sous l’ombre des roses.






Le messager du printemps, le rossignol à la douce voix.






Mais Arès proclame qu’il entraînera Hêphaistos par la force.




Pour moi, ni miel ni abeille………


Ce vers de Psappha passa en proverbe chez les Lesbiens
pour désigner ceux qui désirent le bien sans le mal, le
plaisir sans la douleur.






Viens, écaille divine, et pour moi deviens harmonieuse.


Cité par Hermogène. Psappha invoque ici la Lyre que la
légende disait tirée par Hermès d’une tortue.}}







L’être qui est beau à voir est bon, et l’être qui est bon, par
là même, deviendra beau.









[Je t'ai envoyé] des voiles de pourpre pour ton giron... et
tu les mépriseras : je t’ai envoyé de Phocée des présents précieux
pour ton giron.

Comparer ces vers à celui de l’Ode à l’Aphrodita : Celle
qui refuse tes présents t’en offrira...



Οὺδ' ἴαν δοκίμοιμι προσίδοισαν φάος ἀλίω
ἒσσεσθαι σοφίαν πάρθενον εἰς οὐδένα πω χρόνον
τοιαύταν.



Je crois qu’une vierge aussi sage que toi ne verra dans
aucun temps la lumière du soleil.



Jamais une vierge aussi sage que toi
Ne verra fleurir la lumière éternelle,
Contemplant sans fin la nature et la Loi
Qui pèse sur elle.

Tu sais le secret de l’accord et du chant,
Tes yeux ont sondé la mer d’or des étoiles,
Sur ton front bleuit, comme au front du couchant,
La brume des voiles.



Pallas Athénê, dont la divine loi
Règne en souriant sur l’aurore éternelle,
Ne vit point de vierge aussi sage que toi
Rêver devant elle .












Je crois avoir reçu une bonne part dans les présents des
Muses tisseuses de violettes.










Si Kupros ou Paphos ou Panormos te...









Pour moi, ce qu’on désire, je...








Et ceci, j'en ai moi-même conscience.






Pendant que vous le voulez...


Inscription à la base d’une statue.


Vierges, quoique muette, je réponds à qui m’interroge par ces inlassables paroles déposées à mes pieds : « A Aithopia, fille de Latô, je fus consacrée par Arista, fille d’Hermokleidès, fils de Saonaïs, Arista, ta servante, ô souveraine des femmes ! Daigne lui sourire, et, bienveillante, donne la gloire à notre race. »


À qui m’interroge, ô vierges ! je réponds
D’une voix de pierre à l’accent inlassable :
« Mon éternité, sous les astres profonds,
« M’attriste et m’accable.

« Sereine, je vois ce qui change et qui fuit.
« Je fus consacrée à la vierge brûlante,
« Aithopia, sœur de l’amoureuse nuit,
« Par sa tendre amante,

« Arista. J’ouïs l’ardeur de leur soupir,
« Par les nuits d’été dont le souffle m’effleure
« De regrets... Je suis l’immortel souvenir
« Des baisers d’une heure. »





Latô et Nioba étaient de très tendres compagnes.






Puissé-je, Aphrodita couronnée d’or, atteindre cette récompense !




Ses pieds étaient cachés par une bandelette [brodée] de mille couleurs, d’un beau travail de Lydie.




...Toi et l’Erôs, mon serviteur...

Cité par Maxime de Tyr, pour prouver que Psappha partageait l’avis de Diotime, lorsque celle-ci dit à Socrate [Platon : Banquet] que l'Erôs n’est pas le fils, mais le serviteur de l’Aphrodita.



O toi dont le trône aux lueurs d’arc-en-ciel
Brille sur l'Hadès et sur la Terre sombre,
Aphrodita pâle au sourire cruel,
Resplendis sur l’ombre.

L’Erôs qui t’implore et te suit pas à pas
Élève vers toi son regard doux et grave :
Il pleure en t’ouvrant vainement ses deux bras,
L’Erôs, ton esclave.





Je n’espère point toucher le ciel de mes deux bras étendus.






Je n’espère point toucher de mes deux bras
Étendus le ciel où s’amassent des voiles ;
La nuit pourpre vient et je n’espère pas
Cueillir les étoiles.









Au-dessus (de la tombe) du pêcheur Pélagôn, son père Mêniskos plaça la nasse et la rame, en souvenir d’une vie infortunée.




Placez le filet et la rame et les voiles,
Pêcheurs, au-dessus de ce tombeau marin
Où dort Pélagôn, fils errant des étoiles
Et fils du Destin.

Ce Mort a connu les hasards de l’orage,
Le tourment des flots, les monstres de la mer,
La faim qui déchire et la soif qui ravage
Et le pain amer.


Mais le vent du large a gonflé sa poitrine
D’un souffle pareil à l’haleine des Dieux,
Et les pieds d’argent de Téthys la Divine
Ont ravi ses yeux.


Il a bu l’odeur et la couleur des vagues,
Le baiser du sel qui ranime et qui mord,
Il a vu flotter, ondoyantes et vagues,
Les brumes du Nord.


Placez le filet et la rame et les voiles,
Pêcheurs, au-dessus de ce tombeau marin
Où dort Pélagôn, fils errant des étoiles
Et fils du Destin.



Psappha, pourquoi la bienheureuse Aphrodita...?


L’automne est pareil aux étés où ta lyre
S’éveilla, tremblante, et frémit, et chanta...
O Psappha, dis-nous pourquoi jaillit le rire
De l’Aphrodita.


Quel sombre dessein réjouit la Déesse
A qui plaît l’effroi des cris inapaisés,
Qui répand sur nous la farouche détresse,
L’horreur des baisers ?

Les rayons maudits d’une fatale aurore
Virent autrefois l’implacable Beauté
Fleurir dans sa force inexorable, éclore
Dans sa cruauté.


 
Ô Psappha, voici que s’éteint la Pléiade.
Le vent clame, ainsi qu’une lyre de fer,
Un chant prophétique et sinistre, et Leucade
Assombrit la mer.







Venez maintenant, Grâces délicates et Muses aux beaux cheveux.







Tu me semblais une enfant petite et sans grâce.




Quand, pendant toute la nuit, il s’empare d’eux...
Bergk pense qu’il s’agit ici du sommeil.







Leur cœur devint froid et leurs ailes retombèrent.

Une Pythique de Pindare nous montre l’aigle de Zeus charmé par la musique et s’arrêtant dans son essor. Le Scholiaste cite ce fragment pour démontrer que Psappha applique la même image aux colombes de l’Aphrodita.







Et les pois d’or fleurissaient sur les rives.




Il expire, Kuthéréa, le délicat Adônis : que pouvons-nous faire ? Frappez votre sein, vierges, et déchirez vos tuniques.








Ô l’Adônis !

’Refrain de l'Ôde à l'Adônis."







Morte, un jour tu demeureras couchée [dans la tombe], et nul souvenir de toi ne persistera ni alors ni plus tard : car tu ne cueilles point les roses de Piéria, mais, obscure, tu erreras dans la maison de l’Hadès, inconnue parmi les Morts aveugles.




Demain tu mourras d’une mort sans étoiles.
La nuit cachera ton rire d’autrefois
Sous l’azur et sous la pourpre de ses voiles,
Sous les linceuls froids.
 
Tu n’as point cueilli les roses immortelles
De Piéria, Gorgô, charme d’un jour !
Jamais ne brûla dans tes pâles prunelles
L’éclair de l’amour.
 
L’Hadès te prendra dans sa vague demeure,
Le chant de ta voix ne persistera pas,
Ni le souvenir de ton parfum d’une heure.
— Demain, tu mourras.

Et tu passeras, ombre parmi les ombres,
— Tu ne sauras point l’orgueil des lendemains,
Sans rayons de gloire à tes paupières sombres,
Sans fleurs dans tes mains.


Tes pas erreront faiblement sur la rive
Des femmes sans fards et des passants obscurs,
La Maison des Morts sur ta forme plaintive
Fermera ses murs.
 
Sous l’azur et sous la pourpre de ses voiles,
La Nuit cachera ton rire d’autrefois…
Demain tu mourras d’une mort sans étoiles
Sous les linceuls froids.




… Thee too the years shall cover; thou shalt be
As the rose born of one same blood with thee,
As a song sung, as a word said, and fall
Flower-wise, and not be any more at all,
Nor any memory of thee anywhere;
For never Muse has bound above thine hair
The high Pierian flower whose graft outgrows
All summer kinship of the mortal rose
And colour of deciduous days, nor shed
Reflex and flush of heaven about thine head,

Nor reddend brows made pale by floral grief
With splendid shadow from that lordlier leaf.




… As a shed tear shalt thou be shed; but I —
Lo, earth may labour, men live long and die,
Years change and stars, and the High God devise
New things, and old things wane before his eyes
Who wields and wrecks them, being more strong than they.
But, having made me, me he shall not slay.

Swinburne: Poems and Ballads, Anactoria.






ainsi que, sur les montagnes, les pâtres foulent aux pieds
l’hyacinthe, et la fleur s’empourpre sur la terre.



… Et blessée ainsi qu’une frêle hyacinthe,
Douloureuse Atthis, tu te souviens encor.
Tes tristes cheveux pleurent, dans l’ombre éteinte,
Une cendre d’or.

Les pâtres, chantant sur le mont solitaire,
Jettent vers le soir leurs rythmes frémissants,
Et la pourpre fleur ensanglante la terre,
Aux pieds des passants.





Tu nous brûles.



Mes lèvres ont soif de ton baiser amer,
Et la sombre ardeur qu’en vain tu dissimules
Déchire mon âme et ravage ma chair :
Érôs, tu nous brûles…


I would the sea had hidden us, the fire
(Wilt thou fear that, and fear not my désire ?)
Severed the bones that bleach, the flesh that cleaves,
And let our sifted ashes drop like leaves.

Swinburne : Poems and Ballads, Anactoria.


C'est ici la poussière de Timas que l’azur sombre du lit nuptial
de Perséphona reçut, morte avant l’hymen. Lorsqu’elle
périt, toutes ses compagnes, d’un fer fraîchement aiguisé, coupèrent
la force de leurs désirables chevelures.


La vierge Timas au printemps sans été
Mourut dans l’orgueil de sa blancheur première.
Parfumons de fleurs, de chants, de piété,
Sa douce poussière.

Oh ! le souvenir de ce corps lilial
Que Perséphona, voluptueuse et sombre,
Reçut dans l’azur de son lit nuptial
Paré de fleurs d’ombre !
 
Lorsqu’elle périt, ses compagnes d’hier
Coupèrent là-bas leurs cheveux désirables,
Bleus comme la nuit et blonds comme l’hiver,
Roux comme les sables.



De tous les astres le plus beau...

Selon Himerius, ce fragment est détaché de l’Ode à l’étoile

du soir, à Hespéros.


O toi le plus beau des astres, Hespéros,
Fleur nocturne éclose au verger des étoiles,
Tu viens ranimer les ardeurs de Lesbôs
Sous l’azur des voiles.


Tu jettes le trouble aux espaces sereins,
Le Désir renaît aux yeux las des Amantes,
Il meurtrit leurs flancs, il ravage leurs seins,
Leurs lèvres brûlantes.

Verse tes lueurs sur l’ombre des baisers...
Par les longs étés, l’âme de Mytilène
Exhale vers toi ses cris inapaisés,
Sa fervente haleine.

Dans la pourpre et l’or sombres du firmament,
Écoute la mer amoureuse et stérile
Qui, le soir, endort de son gémissement
La langueur de l’Ile.





Mnasidika est plus belle que la tendre Gurinnô.



Gurinnô qui pleure à l’ombre de mon seuil
N’a point tes accents où l’Érôs passe et chante,
O Mnasidika ! ni le splendide orgueil
De tes seins d’amante.

Elle n’a point l’or fondu de ton regard,
Ni la pourpre fteur de tes paupières closes,
Ni ta chair où l’ambre et la myrrhe et le nard
Parfument les roses.

Mais elle a connu la grave volupté,
L’effroi de l’amour et l’effort des chimères.
Une nuit, j’ai bu, d’un baiser irrité,
Ses lèvres amères.



Jamais je n’ai vu plus orgueilleuse que toi, ô Èranna.


Erannâ est proprement un adjectif qui signifie aimable.


Et toi, ô Dika! ceins de guirlandes ta chevelure aimable, tresse les tiges du fenouil de tes tendres mains, car les [vierges] aux belles fleurs sont de beaucoup les premières dans la faveur des Bienheureuses : celles-ci se détournent des [jeunes filles] qui ne sont point couronnées.



Va jusqu’au jardin clair où tu te reposes,
Pare tes cheveux de verdure et de fleurs,
Choisis les parfums, Dika, tisse les roses,
Mêle les couleurs.

Et, si tu veux plaire aux sereines Déesses,
Entoure l’autel des souffles de l’été...
Elles souriront, ainsi que leurs prêtresses,
A ta piété.

Porte à l’Artémis les sombres violettes,
A l'Aphrodita la pourpre des iris,
A Perséphona, vierge aux lèvres muettes,
La langueur des lys.


’Kfw Si 9t).r t u* àpsca-jvxv, xaî act tô Xâurpiv
fjc ; », àeXicrt xaî tô xaXcv XsX’.-f/ev.


J’aime la délicatesse, et pour moi l’éclat et la beauté du soleil, c’est l’amour.


Oùx cî^ 3 rn 8iw £ûo u.ct rà vcxuara.

Je ne sais que faire : j’ai deux pensées.


Je ne sais pas ce qui me manque : mes pensées sont

doubles.

Trad. André Lebey.


Insensée, ne t’enorgueillis point d’un anneau.




Et moi sur une couche molle je dispose mes membres.



Lorsque la colère se répand dans ta poitrine, garde ta langue d’aboyer vainement.


Et, comme une enfant vers sa mère, je tremble.




Une faveur publique...

Cette épithète provient sans doute d’une ode satirique où
Psappha attaquait Doricha, surnommée Rhodopis.




Le bois de Scythie, avec lequel elles donnent aux toisons trempées la couleur du coing et dont elles blondissent leurs cheveux...





Si tu avais eu le désir des choses nobles ou belles, et si ta
langue n’avait proféré une phrase vile, la pudeur n’aurait point
fait baisser tes yeux, mais tu aurais parlé selon la justice.



Ces vers sont la réponse de Psappha aux vers suivants
d’Alcée :


 
Tisseuse de violettes, chaste Psappha au sourire de miel, des
paroles me montent aux lèvres, mais une pudeur me retient.




Quelqu’un, je crois, se souviendra dans l’avenir de nous.


Dans les lendemains que le sort file et tresse,
Les êtres futurs ne nous oublieront pas...
Nous ne craignons point, Atthis, ô ma Maîtresse !
L’ombre du trépas.

Car ceux qui naîtront après nous dans ce monde
Où râlent les chants, jetteront leur soupir
Vers moi, qui t’aimais d’une angoisse profonde,
Vers toi, mon Désir.


Les jours ondoyants que la clarté nuance,
Les nuits de parfums viendront éterniser
Nos frémissements, notre ardente souffrance
Et notre baiser.


Clear air and wind, and under in clamorous vales
Fierce noises of the fiery nightingales,
Buds burning in the sudden spring like fire,
The wan waste sand and the waves' vain desire,
Sails seen like blown white flowers at sea, and words
That bring tears swiftest, and long notes of birds
Violently singing till the whole world sings —
I Sappho shall be one with all these things,
With all high things for ever ; and my face
Seen once, my songs once heard in a strange place
Cleave to men’s lives, and waste the days thereof
With gladness and much sadness and long love.
SWINBURNE : Poems and Ballads, Anactoria.




L’Erôs qui délie mes membres aujourd’hui me dompte, être
fatal, amer et doux.



Aujourd’hui l’Erôs fatal, amer et doux,
L'Erôs qui ressemble à la Mort, me tourmente,
Maîtrise mes flancs et brise mes genoux
Dans l’angoisse ardente.




L'or est fils de Zeus, ni la mite ni le ver ne le peuvent détruire.



L’or est fils de Zeus, cruel comme les Dieux.
Il épanouit sa puissance fatale,
Frère du soleil qui dévore les cieux
De gloire brutale.




L’Aurore Vénérable...


Vois se rapprocher l’Aurore Vénérable,
Apportant l’effroi, la souffrance et l’effort,
Et le souvenir dont la langueur accable,
La vie et la mort.



Et de tendres guirlandes tressées autour d’un tendre col...




Alentour, [la brise] murmure fraîchement à travers les
branches des pommiers, et des feuillages frissonnants coule le
sommeil.


La fraîcheur se glisse à travers les pommiers,
Le ruisseau bourdonne au profond des verdures,
Tel le chant confus qui remplit les guêpiers
Aux légers murmures.

L’herbe de l’été pâlit sous le soleil.
La rose, expirant sous les âpres ravages
Des chaleurs, languit vers l’ombre, et le sommeil
Coule des feuillages.

Μάλα δὴ ϰεϰορημένας
Γόργως.
  
...de Gorgô pleinement rassasiée. . .

Telle une Bacchante aux lendemains d’orgie,
Gorgô, je suis lasse à la lueur du jour,
Je cherche l’ombre où l’âme se réfugie,
Sans désir d’amour.

 


Γέλλως παιδοφιλωτέρα



Plus amoureuse de vierges que Gellô…

Gellô était une vierge qui mourut très jeune. Les Lesbiens croyaient que son fantôme poursuivait les adolescents et les enlevait vers la demeure de l’Hadès.


Δέδυκε μὲν ὰ σελάννα
καὶ Πληῖαδες, μέσαι δέ
νύκτες, πάρα δ ἔρχετ ὤρα,
ἔγω δὲ μόνα κατεύδω.


La lune s’est couchée, ainsi que les Pléiades ; il est minuit, l’heure passe, et je dors solitaire.


Le rossignol râle et frémit par saccades,
Et l’ombre engloutit la lune et les Pléiades :
L’heure sans espoir et sans extase fuit
Au sein de la nuit.

Parmi les parfums glorieux de la terre,
Je rêve d’amour et je dors solitaire,
O vierge au beau front pétri d’ivoire et d’or
Que je pleure encor…


Κρησσαί νύ ποτ' ὦδ' ὲμμελέως πόδεσσιν
ὼρχεῡντ' ὰπάλοις ὰμφ' ὲρὂεντα βωμον
πόας τέρεν ἄνθος μάλακον μάτεισαι



Les femmes de la Crète dansent en rythme, de leurs pieds délicats, autour du glorieux autel, foulant la fine et tendre fleur de l’herbe.



De leurs tendres pieds les femmes de la Crète
Ont pressé la fleur de l’herbe du printemps...
Je les vis livrer à la brise inquiète
Leurs cheveux flottants.

Leurs robes avaient l’ondoiement des marées.
Elles ont mêlé leurs chants de clairs appels
En rythmant le rire et les danses sacrées
Autour des autels.




Et le sommeil aux yeux noirs, [enfant] de la nuit...


Le grave couchant éteint l’or des lumières...
Le Sommeil aux yeux noirs, enfant de la Nuit,
De la verte Nuit pitoyable aux paupières,
Apaise le bruit.

Et l’âme des lys erre dans son haleine...
Mais il ne sait point contenter le soupir
De l’ardente mer aux pieds de Mytilène,
Lasse de désir.





..: la servante de l’Aphrodita, lumineuse comme l’or,

Philodème (vers 60 avant J.-C.) dit que Psappha invoque
ici Peithô, la Persuasion.



Persuasion, Peithô, blonde suivante
De l’Aphrodita, viens dans le pâle essor
Des colombes, viens, lascive et suppliante,
Claire comme l’or.

Ta voix éloquente a l’accent d’une lyre
Implorant en vain l’ardeur et le retour
D’un fiévreux Passé… Ta voix qui pleure attire
Vers le grave Amour.


 


… que la fille de Poluanax se réjouit beaucoup.

Selon plusieurs commentateurs, Psappha parle ici d’Androméda.



Elle s’enveloppa soigneusement de toiles délicates.

Douce mère, je ne puis tisser la trame, domptée [comme je le
suis] par l’amour pour une enfant, selon la volonté de la tendre
Aphrodita.



Mélée couleurs de toutes sortes…

D’après quelques commentateurs, ce vers s’applique à Iris,
divinité de l'Arc-en-Ciel.

Une … douce comme le miel se répand sur l’aimable visage.
 
Je possède une belle enfant[3] dont la forme est pareille à des
fleurs d’or, Klêis la bien-aimée, que je [préfère] à la Lydie tout
entière et à l’aimable...
 


pures Kharites aux bras de rose, venez, filles de Zeus.



O filles de Zeus, Grâces aux bras de rose,
Venez, apportant les parfums de jadis,
Le frisson des voix, du rythme et de la pause,
Et l’or du paktis.

Vous dont la langueur divine se repose
Dans l'éclair de l’aube et la flamme du jour,
Venez en dansant, Grâces aux bras de rose,
Riant à l’amour.


Πάρθενον ὰδύφωνον



…une vierge à la voix douce.



J’écoute en rêvant… La fraîcheur de ta voix
Coule, comme l’eau du verger sur la mousse,
Et vient apaiser mes douleurs d’autrefois,
Vierge à la voix douce.

Ἔρος δαὖτ' ὲτίναξεν ἔμοι φρένας,
ἄνεμος κατ’ὄρος δρύσιν ὲμπέσων.



L’Erôs aujourd’hui a déchiré mon âme, vent qui dans la montagne
s’abat sur les chênes.



L’Erôs a ployé mon âme, comme un vent
Des montagnes tord et brise les grands chênes…
Et je vois périr, dans le flambeau mouvant,
L’essor des phalènes.


Ήρων ὲξεδίδαξ' ὲϰ Γυάρων τὰν τανυσίδρομον



J’instruisis Hérô de Guara, la [vierge] légère à la course.



J’enseignai les chants à la vierge aux pieds d’or
Dont la voix ressemble à la voix de la source,
Et dont les beaux pieds semblent prendre l’essor,
Légers à la course.

J’enseignai les chants où brûlent les parfums,
Où pleurent l’angoisse et l’effroi des attentes,
Quand le crépuscule assombrit les ors bruns
Des rives ardentes.

J’enseignai les chants qui montent vers l’autel
D’où l’Aphrodita tourmente l’amoureuse
Et qui font pâlir le sourire cruel
De la Bienheureuse.




D'un palais parfumé (ou : orgueilleux, ou : fleuri).



L’opulence sans toi, Vertu, n’est point une voisine sans danger.





… une vierge très délicate cueillant des fleurs[4]



Je te vis cueillir le fenouil et le thym
Et la fleur du vent, la légère anémone,
O vierge ! et je vis ton sourire enfantin
Où l’aube frissonne.
 

Mon corps vigoureux comme un jeune arbrisseau
Frôla longuement ta chair tendre et brisée...
Tu levas sur moi tes yeux plus frais que l’eau
Et que la rosée.

Le fatal Erôs et l’amoureux Destin
Et l'Aphrodita dont je suis la prêtresse,
Nous virent cueillir le fenouil et le thym,
Atthis, ma Maîtresse.




On dit qu’autrefois Léda trouva un œuf caché sous les iris.



Et toi-même, Kalliope...



Venez, aujourd'hui, ô Muses, abandonnant le ... d'or...




Je serai toujours vierge.


Je demeurerai vierge comme la neige
Sereine, qui dort là-bas d’un blanc sommeil,
Qui dort pâlement, et que l’hiver protège
Du brutal soleil.

Et j’ignorerai la souillure et l’empreinte
Comme l’eau du fleuve et l’haleine du nord.
Je fuirai l’horreur sanglante de l’étreinte,
Du baiser qui mord.

 
Je demeurerai vierge comme la lune
Qui se réfléchit dans le miroir du flot,
Et que le désir de la mer importune
De son long sanglot.



My love, that had no part in man’s,
Was sweeter than all shape of sweet.

Swinburne: Poems and Ballads.


Dominant, comme lorsque l’aède de Lesbôs domine les étrangers...


Dominant la Terre où résonne ta lyre,
Dresse-toi, splendide, Aède de Lesbôs
Qui seule as connu la lumière et le rire
Divins de Paphôs.

Psappha, verse-nous au profond de l’espace,
Dédaignant le sort des êtres passagers,
Le frémissement de ton chant qui surpasse
Les chants étrangers.



... Car il n’est pas juste que la lamentation soit dans la maison des serviteurs des Muses : cela est indigne de nous.


Compagnes, voici la Maison du Poète
Où la Mort se tait, où le deuil n’entre pas ;
Ne gémissez plus dans l’angoisse inquiète
Du commun trépas.


Parsemez de fleurs aux haleines légères
Le seuil où pleuraient les chants graves et doux ;
Arrêtez le flot des larmes passagères
Indignes de nous.


DEUXIÈME PARTIE

ÉPITHALAMES



Chantez hyménée !

Refrain des odes nuptiales de Psappha.




Car aucune autre vierge n’était son égale, ô toi son époux.



L’Épouse est réjouie : que l’Époux se réjouisse.




A. — Virginité, virginité, où t’enfuis-tu m’ayant quittée ?
B. — Jamais plus je ne te reviendrai, jamais plus je ne reviendrai.




A quoi, ô cher époux, puis-je te comparer bien ?
Je te comparerai très bien à un souple arbrisseau.


Mais, si tu es notre ami,… choisis une couche plus jeune, car je ne supporterai pas d’habiter avec un jeune homme, femme plus âgée.




Élevez, ô charpentiers,

Hyménée !

Très haut la poutre du toit,
Hyménée !
L’Époux s’avance, pareil à l’Arès,
Hyménée !
Beaucoup plus grand qu’un homme grand,
Hyménée !




Celui qui garde la porte a des pieds longs de sept brasses, et des sandales formées de cinq peaux de bœufs, et que dix savetiers façonnèrent.

« Psappha raille autre part les époux rustiques et le veilleur qui garde les portes. Pour ces noces sans beauté, elle emploie des phrases prosaïques, comme si elle discourait plus qu’elle ne chantait. Et les mots qu’elle emploie ne sont plus en harmonie avec la danse et le chant. »

Démétrius.


Nous donnerons, dit le père…




Est-ce que je regrette encore ma virginité ?




Réjouis-toi, Épousée ! Noble Époux, réjouis-toi pleinement !



Bienheureux époux, voici que l’hymen de ton désir s’est accompli, et que tu possèdes la vierge de ton désir.




Demeure mon ami, debout et face à face… et dévoile la bienveillance qui est dans tes yeux.

Selon A. Schœne, ces vers s’adressent au frère de Psappha.


TROISIÈME PARTIE

FRAGMENTS
CONSERVÉS PAR LES AUTEURS ANCIENS

La lumière… qui ne détruit point la vue… pareille à une fleur d’hyacinthe…

Attribué par Aristide à Psappha.

Nuit de pourpre, ainsi qu’une fleur d’hyacinthe,
Ta lumière éclot dans le verger des cieux.
Ton parfum est chaste, et ta douceur éteinte
Console les yeux.

Beaucoup plus mélodieuse que le paktis, plus dorée que l’or…


Un commentateur d’Hermogène le rhéteur dit : « De pareilles phrases flattent bassement l’oreille, comme les phrases amoureuses dont se servent Anacréon et Psappha : plus blanche que le lait, plus délicate que l’eau, plus mélodieuse que les paktis, plus vive qu’un coursier, plus tendre que les roses, plus douce qu’une robe de lin, plus précieuse que l’or. »

« Psappha est éloquente et douce lorsqu’elle chante la beauté, l’amour, le printemps et le martin-pêcheur, et

toutes les métaphores gracieuses sont tissées dans sa poésie, avec ses propres imaginations. »
Démétrius.


Le Lexicon Seguerianum cite ἄϰαϰος[illisible], qui ignore le mal, comme employé par Psappha.




« Diotime dit que l’Amour fleurit dans la prospérité, mais qu’il s’enfuit devant l’infortune, et Psappha partage ce sentiment lorsqu’elle appelle l’Amour γλυκύπικρος, doux et amer, et ὰλγεσίδωρος, qui donne la douleur. Socrate appelle l’Amour « le magicien. » Psappha le nomme μυθοπλόκος, le tisseur de chimères. »

Maxime de Tyr.


Erôs, de tes mains prodigues de douleurs
Tu répands l’angoisse, et tes lèvres amères
Ont le goût du sel et le parfum des fleurs,
Tisseur de chimères.


« Psappha aimait la Rose, et la louait sans cesse, et la comparait à la beauté des vierges. »

Philostrate.

« Ainsi luttent [les vierges] aux bras de rose, aux regards étincelants, aux belles joues, à la voix de miel, (ῥοδοπήχεις καὶ ἑλικώπιδες καὶ καλλιπάρῃοι καὶ μελίφωνοι) : ceci est véritablement la douce salutation de Psappha. »

Idem.

« Anacréon dit que l’on se couronnait de fenouil, d’après Psappha et Alcée : ces derniers cependant disent aussi : (de persil). »

Pollux.

Libanius écrit : « S’il fut permis à Psappha de Lesbôs de demander dans ses prières « que la nuit fût doublée pour elle, » qu’à mon tour j’ose implorer une faveur pareille… »



Prolonge la nuit, Déesse qui nous brûles !
Éloigne de nous l’Aube aux sandales d’or…
Déjà, sur l’étang, les fraîches libellules
Ont pris leur essor.

Tes cheveux, flambant sous l’ombre de tes voiles,
Atthis, ont gardé le feu rouge du jour,
Et le vin des fleurs et le vin des étoiles
M’accablent d’amour.

Nous ne savons pas quelle aurore se lève
Là-bas, apportant l’inconnu dans ses mains,
Nous tremblons devant l’avenir, notre rêve
Craint les lendemains.


Je vois la clarté sous mes paupières closes,
Étreignant en vain la douceur qui me fuit…
Déesse à qui plaît la ruine des roses,
Prolonge la nuit.


Table


Vivien - Études et Préludes, 1901-165.png


——


Première partie : Odes 
 1
Ode à l’Aphrodita 
 3
Ode à une Femme aimée 
 11
Deuxième partie : Épithalames 
 131
Troisième partie : Fragments 
 139

——
  1. Harpe inventée par Psappha, instrument dont la forme nous est peu connue, mais qui était très différent de la lyre et ne comportait pas l’emploi de l’archet.
  2. Forme dorienne et exacte du nom de Sapho.
  3. Πάἵς doit très probablement être pris ici dans le sens de
    jeune esclave.
  4. Athénée, qui nous a conservé ce fragment, dit que l’on représente
    toujours les compagnes de Perséphona cueillant des fleurs.