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Savoir aimer/Les Mains

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Savoir aimerPubliés par les amis de l’auteur (p. 19-21).


LES MAINS



Aimez vos mains afin qu’un jour vos mains soient belles,

Il n’est pas de parfum trop précieux pour elles.

Soignez-les. Taillez bien les ongles douloureux
Il n’est pas d’instruments trop délicats pour eux.

C’est Dieu qui fit les mains fécondes en merveilles,
Elles ont pris leur neige aux lys des Séraphins
Au jardin de la chair, ce sont deux fleurs pareilles,
Et le sang de la rose est sous leurs ongles fins.

Il circule un printemps mystique dans les veines
Où court la violette, où le bluet sourit,
Aux lignes de la paume ont dormi les verveines :
Les mains disent aux yeux les secrets de l’esprit.

Les peintres les plus grands furent amoureux d’elles,
Et les peintres des mains sont les peintres modèles.


Comme deux cygnes blancs l’un vers l’autre nageant,
Deux voiles sur la mer fondant leurs pâleurs mates,
Livrez vos mains à l’eau dans les bassins d’argent,
Préparez-leur le linge avec les aromates.

Les mains sont l’homme ainsi que les ailes, l’oiseau ;
Les mains chez les méchants sont des terres arides ;
Celles de l’humble vieille où tourne un blond fuseau
Font lire une sagesse écrite dans leurs rides.

Les mains des laboureurs, les mains des matelots
Montrent le haie d’or des Cieux sous leur peau brune.
L’aile des goélands garde l’odeur des flots,
Et les mains de la Vierge un baiser de la lune.

Les plus belles parfois font le plus noir métier,
Les plus saintes étaient les mains d’un charpentier.

Les mains sont vos enfants et sont deux sœurs jumelles
Les dix doigts sont leurs fils également bénis,

Veillez bien sur leurs jeux, sur leurs moindres querelles,

Sur toute leur conduite aux détails infinis.

Les doigts font les filets et d’eux sortent les villes,
Les doigts ont révélé la lyre aux temps anciens,
Ils travaillent pliés aux tâches les plus viles,
Ce sont des ouvriers et des musiciens.

Lâchés dans la forêt des orgues le dimanche,
Les doigts sont des oiseaux, et c’est au bout des doigts
Que, rappelant, le vol des geais de branche en branche,
Rit l’essaim familier des Signes de la Croix.


Le pouce, dur avec sa taille courte et grasse
A la force. Il a l’air d’Hercule triomphant.
Le plus faible de tous, le plus doux à la grâce,
Et c’est le petit doigt qui sut rester enfant.

Servez vos mains, ce sont vos servantes fidèles,
Donnez à leur repos un lit tout en dentelles.

Ce sont vos mains qui font la caresse ici-bas,
Croyez qu’elles sont sœurs des lys et sœurs des ailes
Ne les méprisez pas. Ne les négligez pas,
Et laissez-les fleurir comme des asphodèles.

Portez à Dieu le doux trésor de vos parfums,
Le soir à la prière, éclose sur les lèvres,
Ô mains, et joignez-vous pour les pauvres défunts.

Pour que Dieu dans les mains rafraîchissent nos fièvres.


Pour que le mois des fruits vous charge de ses dons,
Mains, ouvrez-vous toujours sur un nid de pardons.

Et vous dites, ô vous, qui détestant les armes,
Mirez votre tristesse au fleuve de nos larmes,
Vieillard dont les cheveux sont tout blancs vers le jour,
Jeune homme, aux yeux divins où se lève l’amour,
Douce femme mêlant ta rêverie aux anges ;
Le cœur gonflé parfois au fond des soirs étranges,
Sans songer qu’en vos mains fleurit la volonté,
Tous vous dites : « Où donc est-il, en vérité,
Le Remède, ô Seigneur, car nos maux sont extrêmes ? »

Mais il est dans vos mains, mais il est vos mains mêmes.