Scènes de la nature dans les États-Unis et le Nord de l’Amérique/Le Canard sauvage

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LE CANARD SAUVAGE.


On croit généralement que ce Canard est très commun dans toutes les parties des États-Unis ; mais moi, j’ai des preuves positives du contraire. Si les auteurs avaient entendu ne parler ainsi que d’après le rapport des autres, ou qu’ils eussent simplement voulu dire qu’à l’état domestique cet oiseau véritablement abonde, rien de mieux, et je n’aurais pas un mot à répondre. Voici ce que je sais d’après mes propres observations, et j’ai pu les répéter en maintes circonstances des plus favorables : c’est qu’à l’état sauvage, cette précieuse espèce est extrêmement rare au voisinage de Boston, dans le Massachusetts. Pour appuyer cette assertion, j’ai le témoignage de mon savant ami M. Nuttall, lequel y a résidé pendant plusieurs années. Plus loin, vers l’est, c’est à peine si ces oiseaux sont connus ; et ni moi, ni ceux qui m’accompagnaient, nous n’en avons jamais vu un seul au delà de Portland, dans le Maine. Sur la côte ouest du Labrador, aucun des habitants que nous interrogeâmes ne connaissait le Canard sauvage ; de même à Terre-Neuve, où l’espèce est remplacée par la macreuse. À partir de New-York, vers le sud, ils commencent à se montrer plus en nombre, et l’on en voit souvent sur les marchés de Philadelphie, Baltimore, Richmond en Virginie, et dans d’autres villes. Ils sont déjà très abondants aux Carolines, aux Florides et dans la Basse-Louisiane, mais le deviennent encore beaucoup plus dans l’Ouest. La raison de cela, c’est simplement que cette espèce, à l’inverse de celles de mer, ne fréquente que par exception les eaux salées, et que sa route, pour venir des contrées où elle niche, est par l’intérieur du continent. De nos grands lacs elle se répand au long des rivières, se retire sur les étangs, les plaines humides, les savanes submergées et les marais au milieu des terres. On la trouve aussi dans les épaisses futaies, au commencement de l’automne, et avant même qu’on puisse distinguer le vert foncé qui pare la tête des mâles. Nombre d’individus sortent des limites des États-Unis.

Il serait curieux de savoir à quelle époque cette espèce fut pour la première fois domestiquée ; mais la solution de ce problème est une entreprise dans laquelle je n’ose m’aventurer, et je me borne à dire qu’en le prenant à cet état de domestication, le Canard est connu de tout le monde. Jeune, c’est un excellent manger, et plus tard il donne des œufs qu’on prise également. Un lit fait de son duvet ne laisse pas que d’être préférable à la dure, dans le camp d’un de nos Américains des bois, ou à la planche sur laquelle le milicien étend, pour la nuit, ses membres fatigués. Si vous voulez en savoir davantage à ce sujet, vous n’avez qu’à consulter par ordre chronologique tous les compilateurs, depuis Aldrovande jusqu’à nos jours.

Ne vous étonnez pas, cher lecteur, si je vous dis qu’il en est, et beaucoup, de ces Canards qui ont été élevés sur les lacs, près du Mississipi, ou même sur quelque petit étang, dans les basses terres du Kentucky, de l’Indiana et de l’Illinois ; car maintes fois il m’est arrivé de surprendre, dans ces mêmes contrées, des femelles sur leurs œufs, et de m’emparer des jeunes que la mère, inquiète et précautionneuse, conduisait, pour plus de sûreté, à quelque ruisseau ; et souvent j’en ai tué, de ces pauvres petits, encore incapables de voler, mais si dodus, si tendres et si pleins de jus, que je doute si, comme moi, vous ne leur eussiez pas donné de bien loin la préférence même sur le fameux Canard de la Valisnérie.

Regardez-le, ce beau mâle flottant sur le lac : il redresse sa tête, qui brille d’un vert d’émeraude ; son œil couleur d’ambre étincelle à la lumière ; même de cette distance il vous aperçoit, et il soupçonne que vous n’avez pas de bonnes intentions à son égard, car il voit un fusil dans vos mains, et trop souvent il en a entendu l’effrayante détonation. Aussitôt il ramène ses pieds sous son corps, en détache sur l’eau deux coups vigoureux, ouvre les ailes, pousse quelques bruyants quack, quack, et vous dit adieu.

En voici un autre devant vous, sur le bord de ce ruisseau murmurant. Que ses mouvements sont vifs et légers, comparés à ceux de ses frères qui se traînent si gauchement dans votre basse-cour ! combien ses formes sont plus gracieuses, quel autre lustre sur tout son plumage ! C’est que l’oiseau que vous avez chez vous descend d’une race d’esclaves, et ses facultés natives sont abâtardies ; ses ailes s’exercent si rarement, qu’elles peuvent à peine le soulever de terre ; mais celui qui naît et reste libre, sur qui la main de l’homme n’a pas pesé, le Canard des marais enfin, voyez comme son vol est puissant et avec quelle rapidité il disparaît au-dessus des bois.

En général, les Canards arrivent dans le Kentucky et les divers États de l’Ouest, depuis le milieu de septembre jusqu’au premier d’octobre, ou dès que le gland et la faîne sont mûrs. Bientôt ils se répandent sur tous les étangs couverts d’herbes ayant des graines. Quelques troupes qui paraissent conduites par un guide expérimenté s’abattent directement sur l’eau, avec un sifflement d’ailes qu’on ne peut comparer qu’au bruit que fait l’aigle en fondant sur sa proie ; tandis que d’autres, comme si elles suspectaient la sûreté de la place, passent et repassent plusieurs fois, avant de se décider à descendre. Dans l’un et l’autre cas, ils commencent par se baigner, se battent les flancs de leurs ailes, et font de courts plongeons entremêlés de telles cabrioles, qu’on les croirait entièrement fous. En réalité, cependant, toutes ces démonstrations, toute cette gaieté, semblent n’avoir pour but que de se débarrasser le corps d’insectes nuisibles ; ensuite, ils veulent exprimer le plaisir qu’ils éprouvent en se trouvant dans un climat plus doux après une journée et une nuit de fatigue ; ils se nettoient et rajustent leur plumage, avant de se mettre à manger. À leur place, tout voyageur n’en ferait-il pas autant ?

Maintenant, vers les rives ombragées, ils nagent par petits pelotons. Voyez-les sauter hors de l’eau pour courber les têtes pesantes des hautes herbes. Malheur au limaçon qui se rencontre sur leur passage ! D’autres barbotent dans la vase et font la guerre aux sangsues, grenouilles et lézards qu’ils ont à portée de leur bec. Les plus vieux courent dans les bois et se remplissent le jabot de faînes et de glands, sans dédaigner de se le garnir, chemin faisant, de quelques souris qui, effrayées de l’approche de ces maraudeurs, se hâtaient de regagner leur trou. Et pendant tout ce temps, leur caquetage vous assourdirait, si vous étiez plus près d’eux… Mais soudain il a cessé ; quelque chose d’extraordinaire les menace, et tous à la fois ils sont devenus silencieux. Les cous s’allongent, les têtes se dressent, et d’un regard inquiet ils explorent les environs. Heureusement ce n’est rien : ce n’est qu’un ours qui, non moins qu’eux, friand de glandée, laboure avec son museau les feuilles tombées nouvellement, ou qui retourne une vieille souche pourrie pour y chercher des vers ; et les Canards, de plus belle, se remettent à la besogne… Mais un autre bruit s’est fait entendre, et cette fois bien plus alarmant. L’ours lui-même se dresse sur ses pattes de derrière, renifle l’air et, avec un sourd grognement, rentre au galop dans les profondeurs de sa cannaie. Les canards battent en retraite vers l’eau, se réfugient au centre du marais et, ne hasardant plus que quelques cris à demi étouffés, ils attendent que se montre au loin l’objet de leur terreur. Cependant l’ennemi s’avance ; plein de ruse et à petits pas, il marche à couvert, d’un arbre à l’autre. Il sait qu’il a manqué la meilleure occasion : l’ours lui échappe ; mais il a faim, et un Canard, après tout, vaut bien un coup de sa carabine rouillée. C’est un Indien ; vous le reconnaissez à sa peau rouge, à ses cheveux noirs et retombants qu’il a coupés ras de chaque côté de la tête. Au milieu d’une sorte de mauvaise couverture dont l’acquisition lui a coûté bien cher, il a fait un trou par où passe sa tête nue ; et cette guenille lui sert, comme le caparaçon d’un cheval, pour chasser les derniers moustiques qui, dans cette saison, s’acharnent encore sur ses jambes et lui sucent le sang. Garde à vous, Canards ! ne perdez plus une minute, car je le vois qui met en joue ; partez, partez vite ! Non ?… eh bien ! un de vous certainement lui servira pour son dîner. Parmi la cime des arbres la fumée monte en tournoyant ; une détonation retentit, et tous les Canards s’envolent, moins deux, qui, traînant le derrière et battant en vain l’air de leurs pieds, ont été frappés par la même balle. Alors lentement il s’approche, le fils de la forêt ; d’un regard il estime la profondeur du marécage, entre résolûment dans l’eau, puis à l’aide d’un long roseau attire à lui son butin. Pour le moment, c’est assez : il regagne le bois, allume un petit feu, et bientôt les plumes volent autour de lui. De chaque aile il a soin d’arracher un tuyau pour déboucher la lumière de son fusil, dans les temps de pluie, et de mettre de côté les entrailles, qu’il destine à servir d’appât pour quelque piége. Mais déjà les Canards sont cuits, et le chasseur se livre à la joie d’un bon repas, bien qu’il ne perde guère de temps à savourer ses morceaux. C’est qu’il faut que la lune le retrouve sur pied, courant les bois à la faveur de sa pâle lumière, pour tâcher de surprendre d’autre gibier.

Les canards qui restent avec nous durant toute l’année, et qui nichent sur les rives du Mississipi, du lac Michigan, ou dans les plaines bordant çà et là le Schuylkil, en Pensylvanie, commencent à s’accoupler au cœur même de l’hiver : et bien qu’on ne puisse dire, en aucune façon, que ces oiseaux soient doués de la faculté du chant, cependant ils ne laissent pas que de se montrer galants à leur manière. Les mâles, en brillants séducteurs, font tout d’abord la cour à la première belle qu’ils jugent digne de leur attention ; ils lui promettent une fidélité inviolable, une affection à toute épreuve : ce qui ne les empêche pas de renouveler ailleurs leurs protestations, dès qu’il s’en rencontre une autre à leur goût. Regardez celui-ci : comme il étale avec complaisance, et dans toute sa beauté, le plumage soyeux qui lui orne la tête ! comme il fait jouer la lumière sur les miroirs de ses ailes, tandis que son babil doucereux exprime l’extrême ardeur de sa tendresse ! Tantôt à l’une, tantôt à l’autre il adresse son admiration et ses flatteries, jusqu’à ce que s’enflamment de jalousie entre les rivales ; et de là, des querelles, des raccommodements, que suivent bientôt de nouveaux dédains. Enfin, pour mettre un terme à ces manœuvres amoureuses, les femelles s’éloignent et cherchent une place sûre où déposer leurs œufs et élever leur couvée. Elles amassent autour d’elles une grande quantité d’herbe sèche assez négligemment arrangée en forme de nid, dans lequel sont déposés de sept à dix œufs ; puis elles s’arrachent elles-mêmes leur duvet le plus moelleux, l’étendent sous les œufs, et commencent la longue tâche de l’incubation, pour ne l’interrompre qu’à de courts intervalles, lorsque le besoin de nourriture se fait trop impérieusement sentir.

Enfin, au bout de trois semaines, la vie s’annonce par de faibles cris sous la coquille, et la nouvelle famille, faisant un violent effort, paraît au jour. Qu’ils sont gentils, pendant que de leur bec si tendre encore ils démêlent et assèchent leur léger duvet ! Mais déjà, s’alignant l’un après l’autre, voyez-les suivre leur heureuse mère, qui les conduit à l’eau où ils se baignent et plongent aussitôt, comme pour exprimer toute leur joie d’avoir reçu le jour. Bien loin de là, sur un autre marais, se tient à l’écart le mâle fatigué et amaigri ; père dénaturé, jamais il n’eut souci de sa progéniture ; sans regrets, il a pu délaisser sa femelle, qu’autrefois il semblait tant aimer ! Que lui importent ses cruelles inquiétudes et la peine qu’elle a dû ressentir en se voyant si complétement abandonnée ? À elle seule, d’abord la lourde charge des œufs, et maintenant les soins et les anxiétés pour cette nombreuse et innocente couvée, qu’elle voudrait défendre et faire prospérer aux dépens de sa propre vie ! Elle les guide, ces chers petits, le long des rives couvertes d’herbe, dans les endroits peu profonds, et leur apprend à saisir les insectes qui voltigent en abondance, les mouches, les moustiques et les scarabées étourdis, qui tournoient ou serpentent à la surface. À la moindre apparence de danger, ils prennent leur élan, se dirigent vers le bord, ou plongent et disparaissent. Au bout de six semaines, ceux qui ont échappé à la gueule vorace des poissons et des tortues, commencent à être passablement gros ; les tuyaux leur poussent aux ailes, le corps se revêt de plumes ; mais aucun n’est encore en état de voler. Ils savent déjà se procurer la nourriture, en enfonçant la tête et le cou dans l’eau, ainsi qu’ils continueront de le faire par la suite ; à ce moment aussi, ils sont devenus bons pour la table, et leur chair est non moins délicate que savoureuse. Enfin, quand les feuilles commencent à changer de couleur, les jeunes Canards prennent librement l’essor, et c’est alors que les vieux mâles rejoignent le reste de la troupe.

Les pionniers du Mississipi en élèvent un grand nombre qu’ils prennent très jeunes, et qu’une année suffit pour apprivoiser entièrement. Les couvées qu’on en obtient sont supérieures même à celles des Canards sauvages, mais seulement pour la première ou la seconde année ; après quoi, elles dégénèrent et ne donnent plus que des Canards ordinaires. Les hybrides provenant de l’espèce sauvage et du Canard de Moscovie sont de grande taille et fournissent un manger excellent. Quelques-uns de ces métis restent plus ou moins vagabonds, ou même redeviennent tout à fait sauvages. Certaines personnes les regardent comme formant une espèce distincte. À l’état domestique, ils produisent aussi avec la macreuse et le chipeau[1] ; et ce dernier accouplement donne naissance à un très beau métis, qui retient les pieds jaunes ainsi que le plumage bigarré de l’un des parents, et le vert de la tête de l’autre.

J’ai vu des nids de Canards sur de grosses souches brisées, à trois pieds de terre et dans le milieu d’une cannaie, à plus d’un mille de l’eau. Une fois je trouvai, dans les bois, une femelle à la tête de sa jeune couvée, que sans doute elle acheminait vers l’Ohio ; mais elle m’avait aperçu la première, et s’était cachée parmi les herbes, ayant autour d’elle toute sa famille. Quand je voulus approcher, ses plumes se hérissèrent, et elle se mit à siffler en me menaçant, comme aurait pu faire une oie ; pendant ce temps, les petits décampaient dans toutes les directions. J’avais un chien de première qualité, et parfaitement dressé à prendre les jeunes oiseaux sans leur faire aucun mal. Je le lançai sur leurs traces ; aussitôt la mère s’envola, mais en affectant de se soutenir à peine, et semblant prête à tomber à chaque instant. Elle passait et repassait devant le chien, comme pour le troubler dans ses recherches et en épier le résultat ; et quand les canetons, l’un après l’autre, m’eurent été rapportés et que je les eus mis dans ma gibecière, où ils criaient et se débattaient, elle vint d’un air si malheureux se poser tout près de moi, par terre, roulant et culbutant presque sous mes pieds, que je ne pus résister à son désespoir. Je fis coucher mon chien, et avec une satisfaction que comprendront ceux-là seulement qui sont pères, je lui rendis son innocente famille, et m’éloignai. En me retournant pour l’observer, je crus réellement apercevoir dans ses yeux une expression de gratitude ; et cet instant me procura l’une des plus vives jouissances que j’aie de ma vie éprouvées, en cherchant à surprendre les secrets de la nature au milieu des bois.

Dans les lieux peu fréquentés, les Canards volent, pour chercher leur nourriture, le jour comme la nuit ; mais quand ils sont troublés par des coups de fusil, ils ne sortent guère que la nuit ou vers le soir et au lever du soleil. Dans les temps très froids, ils remontent les cours d’eau, et se retirent même aux petites sources où on les rencontre en compagnie de la bécasse. Souvent, après de fortes pluies, on les voit chercher des vers sur les champs de blé ; et quand arrive la fin de l’automne, ils aiment à pâturer sur les rizières de la Géorgie et des Carolines. J’ai lieu de croire que ces oiseaux accomplissent alors une seconde migration, car c’est par milliers qu’ils viennent, de l’intérieur, fondre sur les plantations de riz. Dans les Florides, il y en a parfois de telles multitudes, que l’air en est obscurci ; et le bruit qu’ils font en s’enlevant des vastes savanes ressemble au roulement du tonnerre. Lors de mon séjour chez le général Hernandez, dans la Floride orientale, ces Canards étaient si nombreux, qu’un nègre que ce gentleman avait pris à son service comme chasseur en tuait à lui seul de cinquante à cent vingt par jour, et en entretenait ainsi toute la plantation.

Le vol du Canard sauvage est rapide, fort et bien soutenu. D’un seul coup d’aile il s’enlève de terre, aussi bien que de l’eau, et monte perpendiculairement pendant dix ou quinze mètres, ou même, quand il part du milieu d’un bois, jusqu’à ce qu’il soit au-dessus de la cime des plus grands arbres ; après quoi, il prend son essor et se dirige horizontalement. En cas d’alarme, il ne manque jamais de pousser plusieurs quack, quack ; mais, si rien ne l’épouvante, il reste silencieux en s’envolant. Quand il passe en l’air, pour quelque destination lointaine, le sifflement de ses ailes s’entend d’une distance considérable, particulièrement pendant le calme des nuits. Son vol peut, je pense, être estimé à raison d’un mille et demi par minute ; et s’il veut en déployer toute la puissance, et qu’il s’agisse d’un long voyage, je crois fermement qu’il peut faire cent vingt milles à l’heure.

Ce Canard est omnivore dans la véritable acception du mot. Tout lui est bon pour satisfaire son excessive voracité ; propre ou non, il engloutit ce qui se rencontre : vieux rebuts, tripailles, poisson pourri, aussi bien que reptiles et petits quadrupèdes. Les noix et les fruits de toute espèce lui sont un régal, et on l’engraisse promptement avec du riz, du blé ou d’autre grain. Il est en général si goulu, que souvent j’en ai vu deux tiraillant et se disputant pendant plus d’une heure la peau d’une anguille que l’un avait déjà en partie avalée, tandis que le camarade tenait ferme à l’autre bout. Ils gobent aussi très adroitement les mouches, et ont l’habitude de piétiner la terre humide pour en faire sortir les vers.

Outre l’homme, le Canard a pour ennemis l’aigle à tête blanche, le hibou de neige, le grand duc de Virginie, le raton, le lynx et la tortue. On le prend facilement au filet et au piége amorcé avec du blé ; mais, comme aux États-Unis nous ne savons ce que c’est que la chasse à l’appeau, je ne veux pas vous ennuyer en vous donnant une nouvelle édition de tout ce qui a été dit et redit, dans tous les traités d’ornithologie, relativement à ce procédé, qui n’est, hélas ! que trop destructif.

Les œufs, dans cette espèce, ont 2 pouces 1/4 de long sur un pouce 5/8 de large. Ils sont moins gros que dans l’espèce domestique, et rarement aussi nombreux. La coquille est lisse, d’un vert légèrement foncé. Aussitôt que l’incubation commence, les mâles se réunissent entre eux par troupes, jusqu’à ce que les jeunes soient capables de les suivre dans leurs migrations. Ils n’élèvent qu’une couvée par saison ; et jamais, en automne, je n’ai trouvé d’œufs dans leur nid. La femelle a soin de les couvrir avant de s’éloigner pour chercher de la nourriture ; et de cette manière, elle les maintient suffisamment chauds jusqu’à son retour.





  1. Anas strepera.