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Second éclaircissement du système de la communication des substances

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Œuvres philosophiques de Leibniz, Texte établi par Paul JanetFélix Alcantome premier (p. 654-655).

Second éclaircissement du système
de la
communication des substances

Histoire des Ouvrages des Savants, février 1696

Je vois bien, Monsieur, par vos réflexions, que ma pensée qu’un de mes amis a fait mettre dans le Journal de Paris a besoin d’éclaircissement.

Vous ne comprenez pas, dites-vous, comment je pourrais prouver ce que j’ai avancé touchant la communication, ou l’harmonie de deux substances aussi différentes que l’âme et le corps. Il est vrai que je crois en avoir trouvé le moyen : et voici comment je prétends vous satisfaire. Figurez-vous deux horloges ou montres qui s’accordent parfaitement. Or, cela se peut faire de trois manières : La première consiste dans une influence mutuelle ; la deuxième est d’y attacher un ouvrier habile qui les redresse et les mette d’accord à tous moments ; la troisième est de fabriquer ces deux pendules avec tant d’art et de justesse, qu’on se puisse assurer de leur accord dans la suite. Mettez maintenant l’âme et le corps à la place de ces deux pendules ; leur accord peut arriver par l’une de ces trois manières. La voie d’influence est celle de la philosophie vulgaire ; mais, comme l’on ne saurait concevoir des particules matérielles qui puissent passer d’une de ces substances dans l’autre, il faut abandonner ce sentiment. La voie de l’assistance continuelle du Créateur est celle du système des causes occasionnelles ; mais je tiens que c’est faire intervenir Deus ex machina, dans une chose naturelle et ordinaire, où, selon la raison, il ne doit concourir que de la manière qu’il concourt à toutes les autres choses naturelles. Ainsi il ne reste que mon hypothèse, c’est-à-dire que la voie de l’harmonie. Dieu a fait dès le commencement chacune de ces deux substances de telle nature, qu’en ne suivant que ses propres lois, qu’elle a reçues avec son être, elle s’accorde pourtant avec l’autre, tout connue s’il y avait une influence mutuelle, ou comme si Dieu y mettait toujours la main au delà de son concours général. Après cela, je n’ai pas besoin de rien prouver, à moins qu’on ne veuille exiger que je prouve que Dieu est assez habile pour se servir de cet artifice prévenant, dont nous voyons même des échantillons parmi les hommes. Or, supposé qu’il le puisse, vous voyez bien que cette voie est la plus belle et la plus digne de lui. Vous avez soupçonné que mon explication serait opposée à l’idée si différente que nous avons de l’esprit et du corps ; mais vous voyez bien présentement que personne n’a mieux établi leur indépendance. Car, tandis qu’on a été obligé d’expliquer leur communication par une manière de miracle, on a toujours donné lieu à bien des gens de craindre que la distinction entre le corps et l’âme ne fût pas aussi réelle qu’on le croit, puisque pour la soutenir il faut aller si loin. Je ne serai point fâché de sonder les personnes éclairées, sur les pensées que je viens de vous expliquer.