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Souvenirs d’un enfant de Paris, vol. 1/Avertissement de la nouvelle édition

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AVERTISSEMENT
DE LA NOUVELLE ÉDITION





Déférant à des scrupules de famille auxquels je suis plus sensible que personne, j’ai volontiers retranché de cette nouvelle édition deux chapitres des premières. Il ne m’était point d’ailleurs malaisé de les remplacer, au gré des lecteurs, par deux autres inédits, d’intérêt équivalent au moins, s’il en est dans ces « Souvenirs » d’un homme qui n’a jamais été et voulu être qu’un artiste.

Il est peut-être impossible, au plus optimiste même, d’écrire ses Mémoires, non seulement sans mentir, mais en mentant, et le genre se condamne, par l’erreur philosophique de sa recherche. Il met le réel dans la convention de l’histoire, il extrait l’homme de la figure reçue, il le « déconsacre » pour ainsi dire, de telle sorte que plus le mémorialiste est sincère, plus il nuit à cette sainte illusion de la vie sans laquelle le plus courageux ne resterait pas une heure sur la terre.

Reste cette lâcheté de ne causer que d’outre-tombe, avec la voix posthume des revenants, auxquels il n’y a plus qu’amen à répondre. Je n’aime guère ce bruit de chaînes au fond du corridor. Il n’a jamais guidé personne dans la recherche du trésor de la vérité, d’abord parce qu’il n’y a pas de trésor de la vérité, et ensuite, parce que la langue que parlent ces fantômes n’est déjà plus entendue par les nouveaux coureurs de torches.

Alors ?

Alors le mieux est, je crois, de suivre le convoi de son temps en sonnant sa sonnette, le moins mélancoliquement possible et son vieux bouquet à la boutonnière.

Émile Bergerat.