Souvenirs politiques, Vol 1/Préface

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Dussault & Proulx, Imprimeurs (1p. VII-IX).


PRÉFACE



Pourquoi publier des Souvenirs Politiques me dira-t-on peut-être ? Vous êtes encore trop jeune, trop rapproché des événements pour nous apprendre des choses que nous connaissons aussi bien que vous. Il y a certainement du vrai dans cette observation ; mais voici mon excuse, voici la raison qui m’a engagé à écrire ce livre.

Je voyageais un jour avec l’un des jeunes les plus brillants de la présente génération et je lui racontais différents incidents politiques qu’il ignorait et qui l’intéressaient vivement. Il m’engagea alors à raconter ce que je savais, ajoutant que ce serait rendre un service considérable à ceux qui n’ont pas connu nos luttes d’autrefois. L’idée me parut bonne et j’ai consacré les loisirs que me laissent mes devoirs officiels à raconter ce dont j’avais été le témoin.

En publiant ces Souvenirs, je me suis proposé de rendre témoignage aux hommes politiques qui furent mes chefs ou mes compagnons d’armes. Et, devant une génération nouvelle qui ne les a pas connus, j’ai cru bon d’attester ce qu’ils étaient, ce qu’ils ont fait et ce qu’ils ont voulu.

J’étais l’un d’entre eux ; ils ont servi à guider ma conduite politique dans l’avenir. J’ai connu les desseins et les actes, les succès et les revers de ceux qui marchaient à notre tête. Ce récit sera donc celui d’un soldat posté durant l’action auprès des généraux.

Ce n’est pas sans regret que j’ai abandonné la politique au moment même où mon parti était victorieux ; je l’ai fait, pressé que j’étais par le res augusta domi dont parle le poète. Mais la retraite a fini par m’être bonne ; et, c’est surtout dans ce demi-jour de l’étude calme et sereine que je me suis consolé de la perte de mes chères illusions.

Je me suis efforcé d’être juste pour mes anciens adversaires, généreux pour mes ennemis, impartial pour tous. S’il m’est arrivé d’être injuste, je serai le premier à le regretter.

Mon œuvre est bien modeste : elle n’est qu’un simple récit des événements auxquels j’ai assisté et elle pourra peut-être servir plus tard à ceux qui écriront l’histoire de cette période : elle n’a pas d’autre ambition.

Aujourd’hui, on fouille partout pour éclaircir de plus en plus les coins de l’histoire. « L’amour de notre siècle, a dit M. Étienne Lamy dans son beau livre, Témoins des Jours Passés, pour la certitude a créé une méthode historique. Le passé s’instruit comme un procès par le témoignage de ceux qui ont vu ; le présent, comme un juge, les écoute et les confronte. Les archives publiques et privées livrent leurs mémoires, lettres, titres et jusqu’aux menus notes. Rien de ce qui porte une date ne semble superflu pour la connaissance d’une époque, tout passe à la postérité. »