Stances sur le gouvernement de Jacques II

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Stances, sur le gouvernement de Jacques II


STANCES SUR LE GOUVERNEMENT DE JACQUES II.
(1686.)

Sans besoin et sans abondance,
J’oserois dire sans désirs,
Je vis ici dans l’innocence,
Et d’un sage repos je fais tous mes plaisirs.

Non qu’une triste solitude,
Le silence et l’obscurité,
L’attachement à quelque sombre étude,
Puissent faire ma volupté.

Je ne veux point cacher ma vie ;
Au monde, d’elle-même, elle se cache assez ;
Partout est la retraite, où cesse la folie
Des passions, et des soins empressés.

Au milieu de la cour, mon âme retirée
Laisse le faux éclat d’une pompe adorée,
Sans négliger les vrais appas
De la grandeur qui plaît et qui n’éblouit pas.

Là, d’un esprit sain et tranquille,
Je me fais un plaisir utile,
D’examiner et vices et vertus :
Mais par un changement notable,
Pour le mal indulgent, pour le bien équitable,
Je loue et ne censure plus.

Ici, je ne vois rien d’austère,
Dont le monde soit rebuté ;
De soi-même important, sans besoin de le faire,
On donne un air facile à son autorité.

Finesse, artifice, mystère,
Détour, vaine subtilité ;
Politique, en chose légère,
Ménagée avec gravité ;
Soit à parler, soit à se taire,
Air de suffisance affecté ;
Tout cela passe ici pour sottise, chimère,
Fausse imitation de la capacité.

Au temps que le travail se trouve nécessaire,
Il semble que jamais on n’ait connu plaisir ;
Il semble que jamais on n’ait connu d’affaire,
Quand on rentre en commerce, aux heures de loisir.
Ici, l’on ne voit rien de cet art ordinaire,
Qui tient aux autres cours notre espoir en langueur ;
Ici, l’on ne voit point le ministre en colère,
Au refus que l’on fait ajouter sa rigueur.

La parole est inviolable ;
Ce qui sert à la feinte, et compose la fable,
N’est rien que son perdu, dans le vague des airs ;
La parole est ici solide et véritable :
Parmi les vents elle passe les mers,
Et porte son crédit au bout de l’univers.

On y manque pourtant, mais c’est dans la menace,
Quand des maux annoncés demeurent sans effets ;
La promesse est fidèle, à l’égard de la grâce,
On n’y manque jamais.

On voit de l’ordre, et jamais d’avarice ;
Le bien est fait, quand il est mérité ;
Sans rien devoir à l’aveugle caprice,
Vaine grandeur, molle facilité,
On voit partout un esprit de justice,
Et nulle part de la sévérité.