Statistique historique et monumentale du canton de Maure (arrondissement de Redon, Ille-et-Vilaine)

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STATISTIQUE

HISTORIQUE ET MONUMENTALE

CANTON DE eMAURE

(ARRONDISSEMENT DE REDON, ILLE-ET-VILAINE).


Le canton de Maure renferme huit communes composant neuf paroisses, savoir :

1o Commune de Maure. Paroisse de Maure,
Paroisse de Bovel ;


2o Commune et paroisse de Campel ;

3o Commune et paroisse de hlernel ;

4o Commune et paroisse de Comblessac ;

5o Commune et paroisse des Brûlais ;

6o Commune et paroisse de Loutehel ;

7o Commune et paroisse de Saint-Séglin ;

8o Commune et paroisse de la Chapelle-Bouexic.


PREMIÈRE PARTIE

TEMPS PRIMITIFS


Le canton de Maure, quoique voisin du canton de Pipriac, si riche en monuments primitifs dits mégalithiques, ne possède toutefois qu’un très-petit nombre de pierres druidiques.

Je n’y ai rencontré que trois menhirs : le premier, appelé la Pierre droite, se trouve sur la limite des paroisses de Maure et de Maxent, sur le bord de la route qui conduit de cette dernière localité à Loutehel ; c’est un bloc très-considérable, malheureusement aujourd’hui renversé.

La commune de Campel renferme sur la lande du Rocher, près du moulin de ce nom, deux autres menhirs, dont l’un a environ 5 mètres et l’autre 6 mètres de hauteur. Ce dernier a été stupidement renversé et brisé depuis peu d’années.

D’autres blocs moins considérables apparaissent aussi, en forme de carneillou, sur cette même lande de Campel ; on m’a dit que des monnaies antiques avaient été naguère trouvées dans ce lieu, mais je n’ai pu m’en procurer.


DEUXIÈME PARTIE

ÉPOQUE GALLO-ROMAINE


Les Gallo-Romains ont laissé d’assez nombreuses traces de leur séjour dans le territoire actuel du canton de Maure.

Ce sont d’abord des chemins pavés, au nombre de trois :

1o La grande voie d’Ahès, traversant les communes de Maure et de Comblessac, passant l’Aff au pont de Marsac, et venant aboutir au manoir du Mur, en Carentoir. On croit que ce chemin est l’ancienne voie d’Angers à Carhaix. Nous Pavons précédemment signalée dans les cantons de Bain et de Pipriac.

2o Un autre chemin pavé, qui traverse les landes de Campel, et que les habitants appellent le vieux chemin de Redon à Dinan ; il passe au village du Perray et au bourg de Campel. C’est peut-être la continuation du chemin de Redon que nous avons signalé sur les landes de Sixt, dans le canton de Pipriac.

3o Une voie qui passe entre les bourgs de Comblessac et de Saint-Séglin, non loin du château de la Lardais.

Cette voie, qui semble venir du Morbiban, du côté de Missiriac, devait se rejoindre à la grande voie d’Ahès, aux environs de Lohéac, après avoir traversé les communes de Comblessac et de Saint-Séglin. M. Toulmouche croit même que c’est cette voie, plutôt que celle d’Ahès, qui passe au pont de Marsac ; selon cet archéologue, la voie d’Ahès traverserait la commune des Brûlais et franchirait plus haut la rivière d’Aff.

On trouve, en outre, quelques vestiges de constructions gallo-romaines dans les communes de Maure, de Mernel, de Comblessac, de Saint-Séglin, de Campel et des Brûlais :

1o En Maure, on retrouve plusieurs camps romains, dit M. Toulmouche, et de nombreux débris de même origine. Dans la section de Bovel est le châlel de la Roche, qui pourrait bien être d’origine gallo-romaine. Au village de la Gilardaye, on trouva en 1864 plusieurs monnaies, romaines, et près du village de la Couture on découvrit vers la même époque une quantité énorme de matars ou hachettes celtiques.

2o En Mernel, on a découvert de nos jours des traces d’habitation romaine au village de la Bouexière, non loin du ruisseau de Combs. C’était des fondements de murailles en petit appareil et une grande quantité de briques.

Il faut aussi signaler, près du bourg de Mernel, les curieuses mottes de sable rouge qui dépendent de l’ancien manoir de la Châteigneraye ; ces mottes sont au nombre de deux et offrent la plus grande analogie avec les buttes de Lohéac, où l’on a trouvé des débris gallo-romains. À côté de ces buttes, faites certainement de main d’hommes et entourées de douves profondes, est une enceinte circulaire dont un moulin occupait jadis le centre ; cette enceinte est entourée de talus et de douves ; elle offre tout l’aspect d’un camp ou d’un travail militaire de ce genre.

3o En Comblessac est le camp du Mur, voisin du manoir de ce nom. Ce manoir est en Carentoir, mais le camp est en Comblessac, et la voie romaine, limite des paroisses, traversant la cour du manoir, met par là même la métairie de la Porte en Comblessac. Ce camp, ayant la forme d’un parallélogramme de 600 mètres de tour environ, est défendu du côté des terres par de larges fossés avec talus énormes, tandis que la rivière d’Aff le protège du côté du Levant. La voie romaine le contourne de l’Est au Nord, après avoir franchi l’Aff sur le pont de Marsac. On prétend que ce pont existait du temps des Romains, aussi bien que le camp voisin ; ce qui semble le prouver, c’est que la très-ancienne Vie de saint Melaine, publiée par Bollandus, parle du camp de Marsac existant au ve siècle en Comblessac. « Rex pervertie ad parochiam quœ vocatur Combliciacus, ubi castrum situm est qui vocatur Marciacus. »

Au-dessous du camp du Mur sont deux ouvrages avancés on mottes circulaires entourées de douves qui se trouvent encore beaucoup au-dessus du cours de l’Aff. Ce camp fut fouillé en 1845, et l’on y trouva des cendres, des fragments de vases et quelques débris d’ossements.

4o En Saint-Séglin, non loin du vieux manoir du Jarossay, on retrouve encore des briques en grand nombre et des vestiges d’antiques habitations.

5o En Campel sont les quatre forts qui occupent la lande d’Anast, et dont nous parlerons plus loin ; quoique rien ne prouve précisément leur origine gallo-romaine, il n’en est pas moins certain que ces travaux militaires sont d’un âge bien reculé, et qu’ils sont voisins d’une voie romaine.

6o Enfin, en Les Brulais se trouvent, près de l’ancien manoir de la Motte-Québriac, les vestiges d’une enceinte gallo romaine.


TROISIÈME PARTIE

MOYEN AGE ET TEMPS MODERNES


§ 1. — MAURE.

I. — Origines paroissiales.

Les Cartulaires des abbayes de Redon et de Saint-Maur-sur-Loire renferment plusieurs actes intéressants relatifs à l’ancienne paroisse de Maure, appelée au ixo siècle Anast. Nous ne pouvons pas malheureusement analyser ici ces nombreuses chartes qu’ont publiées MM. de Courson et Marchegay, mais nous devons au moins résumer les conséquences qui découlent de l’examen de ces vieux titres [1].

À cette époque reculée (843), la paroisse d’Anast était limitée par les paroisses ou vicaires de Guipry, Pipriac, Bruc, Carentoir, Comblessac, Guer, Plélan, Baignon et Guignen ; elle était, par conséquent, beaucoup plus étendue que n’est la paroisse actuelle de Maure. Une population bretonne l’habitait, composée d’un chef nommé Anowareth, de nobles, de prêtres et de colons.

Cet Anowareth, seigneur d’Anast, embrassa la vie religieuse, au monastère de Saint-Maur-sur-Loire, dans des circonstances assez singulières, et donna a cette abbaye toute sa terre d’Anast, avec son église dédiée à saint Pierre et les sept chapelles (sauf une, celle de Mernel) qui dépendaient de cette église (843) [2].

Les autres hommes nobles d’Anast paraissent être, dans le même siècle, Gédéon, Sider, Hidrie, Gurloeu, Gurdiern, Worien, Cunwal, Jouwoion, etc. ; à côté (Yeux l’on voit des juges appelés boni viri, s’assemblent dans le bourg d’Anast en 832 pour prononcer une sentence, et des prêtres nommés Woreomin, Wetenmonoc, Sulcnnnan, Haelobrit, Arbidoe, Borie, Gundrie et Eudon, qui se fit religieux à Redon en 867.

En 871, des colons nommés Vudrieon et Worandor furent donnés aux moines de Redon avec leur postérité, en même temps que le domaine de Ran-Roedlon, qu’ils habitaient.

Outre le bourg d’Anast, « vicus Anast, » et son église, où se tenaient les assemblées du peuple, les chartes mentionnent encore le village de Mernel, le domaine de Péron, que donna Woreomin à Redon en 832, le village de Sedeca et les terres de Ranmillier, de Bronboiat et de Ranloitan, que tienne en partie Eudon à Saint-Sauveur de Redon en 867, tous biens dépendant du territoire de Caton, en Anast, et enfin le domaine de Ran-Roedlon, donné aussi à Redon en 871 par Mouric.

La donation de la terre et de l’église d’Anast à Saint-Maursur-Loire par Anowareth se trouve relatée : 1o dans un acte écrit sur un dernier feuillet d’un manuscrit du ixe siècle, conservé à la Bibliothèque impériale sous le nom de Bible d’Anowareth ; cet acte porte pour titre : Carta de Anast in Britannia, anno 843 ; 2o dans le Cartulaire de l’abbaye de Saint-Maur, sous la rubrique suivante : Carta de ecclesia Sancti Petri que vocatur Maure. Il n’est donc pas possible de douter un instant de l’identité des deux paroisses d’Anast et de Maure ; mais comment ce changement de nom s’est-il opéré ? Je crois que les moines de Saint-Maur, devenus maîtres d’Anast, y fondèrent un monastère qui prit naturellement le nom de leur abbaye. Le prieuré de Saint-Maur, — dont le manoir du même nom, voisin de Maure, semble être un dernier vestige, — donna, parait-il, son nom à la paroisse d’Anast, et ce nom fut lui-même abrégé plus tard, comme dans d’autres lieux, et devint simplement Maure. Quant au nom d’Anast, nous le retrouvons encore dans plusieurs endroits environnant Maure.

II. — Les seigneurs d’Anast et de Maure.

Nous venons de voirie breton Anowareth, seigneur d’Anast, donner la terre de ce nom à l’abbaye de Saint-Maur-Sur-Loire. Toutefois il semble qu’à la renaissance de la Bretagne, au xie siècle, la seigneurie d’Anast retomba entre les mains des laïques, probablement par suite des désastres éprouvés par les moines de Saint-Maur [3]. Nous voyons, en effet, paraître avec éclat au xiiie siècle une famille d’Anast, à laquelle appartinrent Thomas d’Anast, marié à Péronne Lespine, et père de Gellroy d’Anast, chevalier, et d’autre Thomas d’Auast, mort évêque de Quimper. Nous verrons plus loin que cette famille d’Anast possédait le manoir du Bois-Basset, et peut-être même celui du Bois-Denast ou Bois-d’Anast. Enfin, — fait significatif, — nous savons qu’en 1294 « Monsour Jehan de Maure reconnut qu’il devait (à l’ost du duc) demy chevalier et les hers Monsour Gefirey Denart doivent l’autre moitié et les hers Monsour Guillaume d’Anast demy chevalier. » [4] Voilà donc, au xiiie siècle, la seigneurie d’Anast ou de Maure partagée entre deux sires d’Anast qui en ont les deux tiers, et un sire de Maure qui ne possède que l’autre tiers. Remarquons encore que les sires de Maure n’apparaissent guère avant cette époque. J’en conclus donc que la seigneurie d’Anast subsista après le ixe siècle jusqu’à la fin du xiiie, qu’elle fut très-longtemps prédominante dans la paroisse de Maure, qu’elle se trouva plus tard divisée en deux sections, Anast et Maure, et qu’elle fut absorbée à la fin par cette dernière.

Les commencements des sires de Maure sont pleins d’obscurité, le P. du Paz ayant dressé leur généalogie, je me bornerai à la résumer ici. Jean I, seigneur de Maure, vivait en 1240. 4 Jean II, son fils, épousa Raymonde de Bonaban ; il mourut en 1306, et fut inhumé dans l’abbaye de Paimpont près de sa mère, de sa femme et de son fils Robert, décédés avant lui. — Jean III épousa Hilaire de Mareil. — Jean IV et Aliette de Rochefort, sa femme, furent enterrés dans l’église des Frères Prêcheurs de Nantes. — Jean V fut a un chevalier de mérite, de grande valeur et réputation. » — Jean VI mourut sans postérité. — Pierre I de Maure, son neveu, lui succéda en 1413. — Pierre II mourut au château de Maure en 1465. — Jean VII épousa Jeanne de la Chapelle, héritière des Brieux. — Jean VIII se maria avec Marie Anger, dame du Plessix-Anger. — François, né au Plessix-Anger et élevé au château de Maure, fit de riches alliances et acheta la seigneurie de Lohéac ; il fit ériger Maure eu comté, et fut inhumé dans l’église de Maure en 1557. — Claude épousa Françoise de Pompadour. — Charles, marié à Diane des Cars, fut tué en duel en 1575, à l’age de 20 ans.

Ce dernier seigneur ne laissait qu’une fille, Louise de Maure, qui s’unit 1o à Odet de Matignon, dont elle n’eut pas d’enfants ; 2o à Gaspart de Rochechouart, seigneur de Morte-mart. — Louis I de Rocheehouart, fils des précédents, épousa Donne d’Attichy, et mourut en 1669. — Louis II de Rochechouart, duc de Morlemart, petit-fils du précédent, épousa Marie-Aune Colbert, et mourut en 1688 ; sa veuve rendit aveu pour la seigneurie de Maure en 1695. — Jean-Baptiste de Rochechouart, comte de Maure, épousa Aune Colhert, sa cousine, et fut le dernier seigneur de Maure du nom de Rocheehouart.

Jean Piquet, seigneur de la Motte, greffier en chef au Parlement de Bretagne, et marié à Marie-Josèphe Le Clavier, acheta, paraît-il, le comté de Maure, et donna en dot 50,000 livres assises sur cette seigneurie à sa fille Judith-Gabrielle Piquet, lorsque cette dernière épousa, vers 1710, Jean-Baptiste de Rosnyvinen, marquis de Piré. Celui-ci étant mort fort jeune, en 1749, sa veuve demeura comtesse de Maure et conserva cette seigneurie jusqu’à sa mort, arrivée en 1778, au château des Champs, près Lohéac. — Guillaume de Rosnyvinen, marquis de Pire, fut le dernier seigneur de-Maure.

III. — La seigneurie de Maure.

La seigneurie de Maure, ancienne bannière, selon dom Morice, fut érigée en comté, le 8 novembre 1553, par le roi Henri II, avec annexion des terres de Lohéac, du Plessix-Anger et des Brieux, en faveur de François de Maure, seigneur dudit lieu.

Un aveu rendu au roi, le février 1695, par Marie-Aune. Colbert, duchesse de Mortemart et comtesse de lllaure, nous fait connaître cette dernière seigneurie a cette époque[5].

La seigneurie de Maure s’étendait dans les paroisses de Maure, Loutehel, Guer, Mernel, Saint-Séglin, Lieuron, Guichen, Campel, Guignen, Plélan, Baulon et Maxent. Les maisons nobles de Penhoët, la Guérivaye, les Cambaras, la Lambardaye, Tréhert, Chucçville, la Barbouinaye, l’Abbaye-Jarno, le Bois-Denast, la Roche-Cotterel, la Tremblaye, Poussehart, le Jarossay, Truquehaire, le Vidouet, la Ville, la Chesnaye, Lohingat, le Plessix-Hndelor, le Gay-Lieu, la Cohinière, etc., relevaient proche ment du comté de Maure aux devoirs de foi, hommage, rachapt et chambellenage.

Le château de Maure était le chef-lieu du comté, et la bourgade qui l’avoisinait portait le titre de ville.

La dame de Maure avait le droit de tenir foires et marchés : « Scavoir, le marché Ordinaire, le jour de lundi de chaque semaine, et quatre foires par chacun an ; la première, le quinzième jour de janvier, jour de saint Maur ; la deuxième, le jour de l’Ascension de Notre-Seigneur ; la troisième, le jour de saint Claude, le 6 juin, et la quatrième le lendemain de la Notre-Dame de septembre, laquelle foire se tient près de la chapelle de Bovel. »[6]

L’aveu mentionne ensuite les divers droits féodaux de la dame de Maure. Il parle des a halles et étaux dans la ville de Maure, » du « four a ban prohibitif, des prisons et basses-fosses ; » il relate les droits de « coutumes, de police, de mesurage, d’aulnage, de bouteillage, » ce dernier appartenant « à ladite dame de Maure en toute la ville et paroisse de Maure, et aux paroisses et bourgades de Lieuron, Saint-Séglin, Campel et Bovel. »

Viennent ensuite les droits de « création d’officiers, juridiction avec haute, moyenne et basse justice, droit de sceaux, droit de cep et collier en ladite ville de Maure, punition de blasphémateurs du nom de Dieu, droit de haute justice. patibulaire à double étage, droit de chasse prohibitive a toutes sortes de hestes tant fauves, noires qu’outres, etc. »

Enfin, la comtesse de Maure finit par déclarer qu’elle est dame « fondatrice et supérieure des églises paroissiales de Maure, Campel, Saint-Séglin, Lieuron et Loutehel, » et qu’elle possède la présentation des chapellenies des Cadets, à Maure, et de la Haultière, à Saint-Séglin.

Comme l’on voit, la seigneurie de Maure avait de l’importance ; toutefois, elle ne jouissait d’aucun droit particulier et original comme il s’en trouvait dans les seigneuries voisines, à Lohéac, par exemple.

IV. — Le château de Maure.

Si les sires de Maure apparaissent souvent dans l’histoire de Bretagne, à la Cour ou dans les armées de nos ducs, il n’en est pas de même de leur château, dont il n’est presque pas fait mention.

Nous savons toutefois que les seigneurs de Maure, de la maison de ce nom, habitèrent ordinairement cette forteresse, où mourut Pierre II, où Jean VIII lit son testament et où fut élevé François.

Il reste bien peu de choses de ce château, qui devait remonter au xiiie siècle. Un vaste rectangle, entouré d’un double talus et d’une large douve, en montre seul l’emplacement ; çà et la apparaissent à fleur de terre les derniers débris des fondations de cette demeure seigneuriale ; des bâtiments de ferme, relativement modernes, occupent une partie de cette enceinte ; un chemin pavé reliait jadis le château a la ville de Maure. Plus bas, au-dessous de la forteresse, on retrouve les ruines de la chapelle de Roz, dont nous parlerons plus loin, et de deux autres sanctuaires, dont l’un passe pour avoir été un temple protestant et l’autre pour avoir été un monument expiatoire voisin du gibet seigneurial. Il est certain que le protestantisme essaya de s’implanter à Maure, car le synode protestant de Ploërmel, tenu en 1562, mentionne les prédications que le huguenot Étienne Layet faisait « en la maison de M. le comte de Maure. » Ce dernier était alors Claude de Maure, oncle du trop fameux Charles du Quellenec, massacré à la Saint-Barthélemy [7].

Le protestantisme ne porta pas bonheur aux sires de Maure, qui disparurent peu d’années après. Lorsque la Ligue se fut formée en Bretagne, un fait d’armes assez éclatant se passa non loin de leur château. Jean d’Avaugour, seigneur de Saint-Laurent, et Gabriel de Montbourcher, seigneur de Trémerreuc, son frère utérin, vaillants capitaines du duc de Mercœur, furent poursuivis et atteints près de Maure par le capitaine huguenot de la Tremblaye ; celui-ci écrasa ses ennemis, qui perdirent trois de leurs chefs, de la Pommeraye, de la Vieuville et Hiregisaint-Laurent lui-même n’échappa qu’a grand peine aux royalistes. Quant à la Tremblaye, il entra vainqueur à Maure, le 24 juillet 1597[8].

Il est probable qu’après la pacification, le château de Maure se trouva compris dans la liste des forteresses dont les États de Bretagne demandèrent le démantèlement au bon roi Henri IV, et que sa destruction date de cette époque. Aussi moins d’un siècle plus tard, en 1695, la comtesse de Maure ne parle-t-elle de cette antique demeure que comme d’un « ancien chasteau et maison ruinez. »[9]

Il ne faut pas quitter les derniers débris du château de Maure sans visiterons motte féodale entourée d’une douve assez considérable qui avoisine la chapelle de Roz.

V. — Église paroissiale.

Dans son testament daté de 1338, Jean V, seigneur de Maure, légua « a l’œuvre de Maure 10 livres monnaie une fois payées. » Il est à croire qu’on s’occupait alors de la reconstruction de l’église de Maure, dont une grande partie date des xive et xve siècles. Deux écussons aux armes de Maure ; ci de gueules au croissant de vair, » rappellent encore dans cet édifice le souvenir des seigneurs ses premiers bienfaiteurs.

Plusieurs seigneurs et plusieurs dames de Maure choisirent, en effet, leur sépulture dans cette églises et y firent des fondations. Marquise de Fresnay, dame de Maure, y fonda une chapellenie pour laquelle elle donna « 60 livres de bonne monnaie courante a être converties en rente. » Jean III, Jean IV et Jean V y fondèrent successivement deux messes par semaine ; Pierre I y fonda « une chapellenie de trois messes par semaine, de 15 livres de rente, » et Jean VIII ordonna par testament « douze cents messes être célébrées pour son âme. »

Le testament de Pierre I contient de curieux détails sur les obsèques que désirait avoir ce seigneur : « Il ordonne treize torches estre portées à ses obsèques et enterrement par treize pauvres revestus de noir ; cinq deniers estre donnés par charité a touts pauvres qui se trouveront a son dit enterrement ; et que tout autant de chapelains qu’on pourra trouver pour célébrer la sainte messe et assister à son dit enterrement aient chacun deux sols ; ordonne, outre les messes de son enterrement et obsèques, cinq cents messes être dites pour son âme. » [10]

Si nous voulons maintenant connaître les droits que les sires de Maure avaient dans l’église de leur paroisse, consultons la déclaration de la comtesse de Maure, en 1695. « Ladite dame, y est-il dit, a droits honorifiques, prééminences d’églize, ceinture hors et dedans l’églize paroi chiale dudit lllaure, bancs, accoudoirs, escabeaux dedans le chœur prohibitif d’icelle églizc, tombe enlevée, droit de faire une églize collégiale et y mettre chanoines dont la nomination et présentation appartient a ladite dame. Au costé droit d’icelle églize est une, ch appelle vulgairement appelée la ch appelle des Cadets de Maure, en laquelle les puisnez de Maure avaient de coustume d’estre inhumés et ensépulturés ; droit de pourvoir de ségretain et de maistre-d’école pour siége et exercice d’estrades tel que bon semblera a ladite dame fondatrice de ladite églize de Maure, sans qu’il y ait autres personnes qui y puissent avoir.ny qui aient droit de bancs, escabeaux, accoudoirs, ny armoiries en icelle églize, et n’y a personne qui ait le droit de se faire enterrer au chœur de ladite églize, ny en ladite chapelle. »

C’est donc dans le sanctuaire de l’église de Maure que choisirent leur sépulture Jean V et sa femme, Marquise de Fresnay, Jean VII et Jean VIII, Pierre I, Pierre II et Francois, tous sires de Maure ; mais leurs tombeaux ont malheureusement disparu.

Outre la chapelle des Cadets de Maure, dédiée à sainte Catherine, il y avait encore deux autres chapelles seigneuriales « joignant le chanceau, du côté nord ; » elles appartenaient aux seigneurs du Bois-Basset et du Bois-Denast, qui y avaient « bancs et prééminences ; » mais en 1690 elles étaient « en ruine depuis trente ans » [11]. Ces trois chapelles n’existent plus aujourd’hui.

Sous le rapport architectural, l’église de Maure n’offre aucun intérêt ; une porte romane, dernier vestige de l’édifice primitif, existe toutefois sous la tour, qui appartient, comme le chœur, au style ogival flamboyant ; mais on doit remarquer dans cette église diverses choses assez curieuses.

C’est d’abord une pierre tombale, malheureusement foulée aux pieds, à l’entrée de la chapelle méridionale, qui me semble être la dalle funéraire de Thomas d’Anast, évêque de Quimper. Ce prélat, successivement clerc de la chapelle des ducs de Bretagne, juge à Limoges, doyen du chapitre d’Angers, et enfin évêque de Quimper, était fils de Thomas d’Anast et de Péronne Lespine ; né très-probablement à Maure, où sa famille possédait la seigneurie d’Anast, il mourut en cette paroisse, et fut inhumé dans l’église [12]. La Gallia Christiania nous a conservé son épitaphe.

C’est ensuite l’horloge à carillon faite par un paysan de Maure, Pierre Anquetil, en 1735, et célèbre dans tous les environs [13].

C’est enfin une garniture d’autel, composée de six chandeliers et d’une croix, le tout d’argent massif.

Je signale aussi la croix du cimetière, qui date du commencement du xvie siècle ; parmi les figurines qui la décorent se trouvent, outre le Christ, la Vierge et saint Jean, deux anges balançant l’encensoir, saint Pierre, patron de la paroisse des 843, et saint Denis. Cette dernière statuette me donne à penser que ce monument a pu être élevé par Denise de la Ville-Aubert, femme de Jean VIII, seigneur de Maure, et mère de François de Maure, protonotaires apostolique, recteur de Maure et de Goven, et chapelain de Notre-Dame de Guipry.

C’est ce dernier qui baptise à Maure, en 1524, sa nièce Françoise, fille : de François, seigneur de Maure, et d’Hélène de Rohan, peu de temps auparavant, le vénérable Yves Mahyeuc, évêque de Rennes, était venu baptiser lui-même, dans l’église de Maure, Claude, fils des mêmes sire et dame de Maure (1517).

Quelques autres membres du clergé de Maure méritent aussi d’être signalés : tels sont MM. de la Chasteigneraye et de Becdelièvre, prêtres appartenant a de nobles familles de la paroisse, — M. Rozy, vicaire-général, — M. Gougeon, successivement vicaire à Maure, sa paroisse, et recteur de Guipry, qui a laissé de très-curieux manuscrits généalogiques sur les familles de Maure et de Guipry, — et enfin M. Barre, prêtre martyrisé pendant la Révolution, à Maure même, avec le plus horrible raffinement de cruauté.

VI. — Monastères et chapelles.

Je parlerai d’abord des prieurés de Maure, puis des chapelles fraitriennes, et enfin des chapelles de manoirs.

1o Le plus ancien prieuré de Maure a dû être Saint-Maur, devenu plus tard un manoir dans la paroisse de Mernel. Il me parait évident que, par suite de la donation d’Anowareth à l’abbaye de Sajnt-Mauiæsur-Loire, les Bénédictins de ce monastère se trouvèrent forcés de construire un prieuré pour pouvoir administrer l’immense paroisse qui leur était confiée. Or, le nom du manoir de Saint-Maur, situé originairement dans la paroisse d’Anast ou de Maure, est le seul vestige qui nous reste du passage des moines de Saint-Maur dans notre contrée. Toutefois, ce prieurélde Saint-Maur n’eut probablement pas une très-longue durée à cause de la ruine de la maison-mère, l’abbaye de Glannefeuille ou de Saint-Maur-sur-Loire, complètement dépouillée et détruite par les Normands.

2o Les Bénédictins de Saint-Melaine de Rennes avaient aussi un prieuré en Maure ; c’était une chapelle dédiée à saint Mathurin et un « petit fief situés au village dit de Saint-Melaine, où sont hommes et sujets qui doivent de rente à ladite abbaye de SainbMelaine 6 livres, 9 sols, 2 deniers, et 2 boisseaux de froment qui ont été alienez et usurpez, n (1) Une autre déclaration nous apprend qu’en 1690 cette chapelle de Saint-Melaine n’était plus régulièrement desservie, et qu’on ignorait sa fondation.

3o Enfin, les chanoines réguliers de Paimpont possédaient « le prieuré de Saint-Barthelemy de Boussac en la paroisse de Maure, avec son annexe Croixialan en la paroisse de Sixt.

On célébrait autrefois dans cette chapelle trois messes par semaine, et une métairie, un fief et une dîme y étaient joints. Les ruines de ce sanctuaire annoncent une haute antiquité.

(1) Déclarat. de l’abbaye de Saint-Melaine de Rennes, faite au roi, en 1679, par l’abbé Jean d’Estrades.

(2) Déclarat. de l’abbaye de Paimpont, faite au roi, en 1679, par l’abbé François Robert.

Il y avait jadis en Maure quatre chapelles draisiennes : Notre-Dame de Banal, devenue récemment- paroissiale, "-Sainte-Amie de Roppenart, bénite vers 1626 et but de pèlerinages fréquents ; — Sainte-Reine des Domaines, bénite en 1756, desservie régulièrement encore, comme la précédente, — et Saint-Aitbioz, desservie en 1690 les (li manches et fêtes, mais abandonnée maintenant.

Outre ces chapelles appartenant aux paroissiens, divers seigneurs possédaient en Maure des chapelles construites près de leurs manoirs. C’étaient celles : 1o du Bois-Basset, jadis régulièrement desservie ; — 2o de la Lardaye, bâtie et dotée au xvn“ siècle par Clément (le Bégasson, seigneur de la Lardaye ; — 3o du Bois-au-Voyez, proprement tenue de nos jours comme les deux précédentes, quoique, comme elles, non desservie ; —.- 4o du Raz, qui renferme la pierre tombale d’un seigneur de Maure (1) ; — 5o des Cambaras, bâtie au xvn” siècle par Jean Fournier, sieur du Val-Harnon ; — 6o de Penhoët, construite vers la même époque par René Becdelièvre, seigneur de Saint-Maur ; — 7o de la Guérivaye, dotée et desservie jadis, — et 8o de Brambéac. Toutes ces dernières chapelles sont maintenant abandonnées.

Enfin, la tradition signale encore deux autres chapelles disparues depuis fort longtemps, l’une (lédiée 11 sainte Hermine, située dans le bourg de lliaure, et l’antre bâtie au village de la Couture, dont le nom (culture) indique une grande antiquité.

VII. — Manoirs et terres nobles.

Le Bois-Basset. — Cette seigneurie est fort ancienne et

[14] avait droit de menée aux plaids généraux de la juridiction de Ploërmel. La famille (YAnast, dont nous avons déjà parlé, possédait jadis le Bois-Basset, car du Paz nous dit que Thomas d’Anast fut marié à Perronne Lespine, dont il eut un fils nommé Gefïroy d’Anast, — qui fut père lui-‘niême de Denise dhänast, femme de Guillaume du Breil, (1283). Ces derniers furent seigneur et dame du Bois-Basset, et donnèrent le jour à Amice du Breil, dame du Bois-Basset, qui apporta cette seigneurie dans la maison de Montanban, en épousant Renaud I de Montaubau, fils d’olivier III, seigneur de Montauban. — Renaud II de Montauban, leur fils, seigneur du Bois-Basset, fut un vaillant capitaine au service de Charles de Blois ; il épousa Jeanne de Montfort et mourut après aroir ordonné par testament, daté de 1386, qu’on donnât 50 sols une fois payés à la paroisse de Martre.

Rolland de la Planche, dit de Saint-Denonal, hérita du Bois-Basset du chef de sa mère Jeanne de Montauhan, sœur des derniers seigneurs du Bois-Basset, et mourut en 1398.

Sa fille, Marie de la Planche, épousa son parent Robert de Montauhan, seigneur de Grenonville en Normandie, et en eut une fille, nommée Marie de Montauban, qui s’unit en 1434 ä Philippe de Vierville, seigneur de Creuilly, et eut en mariage deux cents livres de rentes assises sur la seigneurie du Bois-Basset. Philippe de Vierville, seigneur du Bois-Basset, eut un fils nommé Adrien de Vierville, et mourut en 1456.

En 1513, le Bois-Basset appartenait a t : maître Louis Becdeliëvre. »

Guillaume Becdelièvre, dit M. de Courcy, fils de Thomas, originaire de Lohéac, secrétaire du duc Jean V, anobli en M42, laissa de sa femme Jeanne Sorel, Pierre Becdelièvre, trésorier de Bretagne, procureur des bourgeois de Rennes en 1490 et auteur de la branche du Bois-Basset (Nobiliaire de Bret.). — En 1631, Pierre Becdelièvre du Bois-Basset épousa Louise de la Rue.

La famille Henry posséda ensuite le Bois-Basset, car nous rencontrons à Maure, en 1712, René Henry, seigneur du Bois-Basset.

Les du Bouexic, seigneurs de Pinieux, eurent plus tard le Bois-Basset, dont ils possédaient la haute-justice vers 1780.

e Le château du Bois-Basset existe encore, et appartient‘. aujourd’hui à Mm Le Chaufi”.

La Laanavn ; — Ce manoir appartint d’abord à la famille

Guillou, mentionnée en 1479, et dont un membre, François Guillou, possédait en 1513 le manoir et les deux métairies de la Lardaye. a - z

Au commencement du xvn“ siècle, Jeanne de Guillou ayant épousé Jean de Bégasson, seigneur de Bégasson, apporta la Lardaye dans la maison de Bégasson, qui la conserva jusqu ?) la Révolution. — Clément de Bégasson, seigneur de la Lar-

îdaye, épousa lrlarie Guido et mourut vers 1668. — Julien :

Jean de Bégasson, seigneur de la Lardaye, vivait en 1676 et

épousa Marquise Gabart. — Julien-René de Bégasson, sei-

gneur de la Lardaye, marié a Élisabeth de Langle, vivait en 1706.- — Julien-René de Bégasson et Jeanne du Bois-Adam,

d seigneur et dame de la Lardaye, en 1744.

Vers.1780, de Bégasson possédait le château de la Lardaye avec la haute-justice de ce nom :, de nos jours, cette terre a appartenu à MW’de Chàteauloger, et elle est mainte ? nant à Mm“ de Perrien. ’ -

PENHOUET..— La Réformation de 14126 mentionne

« Jean du Houx, à l’l1ostel de Penhoët, et Jeanldu Mans, au

Petit-Penhoët. n» Quant à la Réformation de 1513, elle nous

dit que le manoir de Penhouët appartenait alors à François

du Houx, sieur du Bodel.

Les Becdelièvre du Bois-Basset vinrent ensuite à Penhouët, et en 1639 vivait RenéBeetlelièvre, seigneur de Penhouët. — Guillaume Becdelièvre, seigneur de Penhouët, épousa Julienne "du Mur et vécut en 1647.

En 1690, ce manoir appartenait à demoiselle Mathurine de la Motte, clame de la Vallée-Plumautlan, petite-fille de René Becdelièvre.

En 1695, M. Ferron, ä cause de sa femme, devait au ; comté de Maure « foy, hommage, rachapt et chamhellcnage ; n. pour sa maison et seigneurie de Penhouët. »

Vers 1726, vivaient René Becdelièvre et Hélène Le Noir, seigneur et dame de Penhouët. Leur famille continua de posséder ce manoir, dont la haute-justice appartenait, en 1780, à M. Becdelièvre de hSaint-Maur.

Dans notre siècle, Fabhë de Becdelièvre habita son château de Penhouët, qui appartient maintenant à M. Barbotin.

Le Bois-au-Voyer. - Ce château tire probablement son nom de l’ancienne famille Le Voyez, mais il appartenait en 1513 à Louis de la Fouaye, fils de Jean.

Le Bois-au-Voye-r appartint au. siècle suivant à l’illustre

maison-i de Tournemine, et René de Tournemine, baron de Campzillotn, l.e possédait en 164.5‘. Ce seigneur avait épousé Renée Peschart, (Pane famille richement possession née dans notre ttays, et il eut de cette union un fils unique, Jean-Joseph de Tournemine, baptisé à Pipriac. en 4-645 et m tarié plus tard à Marie de Coëtlogon.

Le 8 février 1680, à Jean-Joseph de Tournemine, baron de Campzillon, seigneur dusBois-ail-Voyez et de la : Eottelerayo, demeurant dans son château de Campzillong, paroisse : de Pipriac, évêché de Nantes, n rendit aveu au roi pour sa seigneurie du Bois-au-Voyez.

J’extrais ce qui suit de ce document assez intéressant pour nous : «a La maisonct manoir du Bois-au-Voyez consistant en un grand corps-de-logis couvert d’ardoises, avec un pavillon au derrière et deux dômes aux deux bouts-, ladite maison marée et cernée de douves avec trois ponts-levis pour y entrer. .. Le fond desdites maisons, cour au devenu-jardin, bois de haute futaye, chapelle, fùie, vignes, etc., contenant…

Du Bois-au-Voyez relevaient alors a devoir de a rentes et obéissances par deniers deues annuellement au rolle et baillage d’outre-l’eau, au dimanche après FAngevine, au tablier du bourg de Saint-Germain, après vespres, sons peine d’amonde, » les maisons nobles du Pont-Rouaud et de Pellan en Iliaure ; de Trégarret, de Boifour et de la Chesnaye en Sixt, et le presbytère de Lieuron.

Enfin, — à cause de ses maisons et seigneuries du Bois-au-Voyez et de la Bolteleraye situées aux paroisses de Maure, Mernel, Guiguen, Lieuron, Sixt, Pipriac et autres ledit seigneur baron’de Campzillon (avait) droit de haute, moyenne et basse justice qui s’exerce au jeudy de chaque semaine dans l’auditoire basti a cet effet et lui appartenant dans ledit bourg de Lieuron, par Sénéchal, alloué et autres officiers….. avec droit de menée et justice patibulaire a quatre paux, en dénotation de haute seigneurie, élevés dans la lande de la Bon-i

laye. » (Archiv. de l’une. Chambre des Comptes de B«ret.) Jean de Tournemine, baron de Campzillon et seigneur du

Bois-au-Voyez, mourut en 17H, après avoir donné le jour au

célèbre jésuite le Père de Tournemine. La famille Fournier de la Chàteigneraye devint ensuite

propriétaire de la seigneurie du Bois-au-Voyez, et Émile-

Casimir Fournier de la Châteigneraye, capitaine au régiment des dragons de la reine, habitait ce château avant la Révolution. En 1820 mourut au Bois-au-Voyez M. Fournier de la Châteigueraye, époux de dame A. Chanu de Limur.

La terre du Bois-au-Voyez fut peu après divisée entre plusieurs cousins, héritiers du défunt, et M. Georges de Ferrou du Quengo cutlen partage le Bois-au-Voyez, où il mourut le 20 novembre 1858. — Son fils, M. Olivier de Ferron, posséda après lui ce château, qu’il légùa en mourant, le 13 avril 1867, à son neveu, M. Alain Hersart du Buron, qui en est maintenant le propriétaire.

Il existeras Bois-au-Voyez une fondation de resière, faite au siècle dernier par remembre de. la famille Fournier de la Châteigneraye ; il la fonda pour les paroisses de Maure, Mernel, Guignen et Saint-Germain, où s’étendait sa seigneurie du Bois-au-Voycr.

Bnaamfiar. — Ce très-ancien manoir, — aujourd’hui maison de ferme, — donna son nom à une noble famille qui le posséda longtemps. Jean de Brambéat figure parmi les nobles de la paroisse de Maure en 1426.

Au xvie siècle, Jeanne de Brambéat, dame dudit lieu, apporta cette terre aux sires de la Marzelière, en épousant Renaud de la Marzelière, seigneur dudit lieu et de Brambéat en 1513. — En 1541 vivait Pierre de la Marzelière, seigneur de Brambéal.

La famille de marnières vint ensuite à Brambéat, et vers 1637 vivaient Julien de Marnières et Marie Maingard, seigneur et dame de Brambéat. — Ce manoir était habité en 1642 par Guillaume de lllarnières et Françoise de Lestourbillon, seigneur et dame de la Bouère. — Enfin, en 1780, M. de Marnières, marquis de Guer, possédait la seigneurie de Brambéat.

LE Cnssun. — Guillaume Levesque possédait ce manoir en g 1426. — En 1437 vivait Guillaume du Puy, qui épousa Jeanne Levesque. 7- La maison noble du Chesne appartenait en 1513.31 Bertrand du Puy.

Nous trouvons encore au xvn“ siècle Claude du Puy et Jeanue de Condest, seigneur et dame du Chesue, habitant ce manoir en 1648, et Claude du Puy, seigneur du Chesne, et Geneviève de Vaunolse, sa femme, vivant en 1671.

En 1681, Jean de Vaunoise épousa à Maure lliarie-Thérèse du Puy du Chesne. — « En 1722, Joseph-Guy TIIOIIIÆIS de la Caulnelaye se maria ä Maureavec Gilonne-Thérèse de Vaunoise, également du manoir du Chesne.

Le Bois-au-Fut. — En 1513, Guillaume Garzel possédait la maison noble du Bois-au-Fût.

Au xvn“ siècle, la famille Rozy, d’origine italienne, établie en Bretagne et alliée aux Robelot de la Voltais, vint au Boisau-Fût, où demeuraient en 1687 François Rozy et Géfline du Chesne, sa femme. — En 1726, Léonard Rozy, seigneur du Bois-au-Fût, épousa Françoise de Cérisay et habitat le BoisauÏFût avec elle.

De nos jours, la famille Le Breton est devenue propriétaire de ce manoir, par suite d’une alliance avec la famille Rozy.

La Lambardaye. — Ce manoir, — habité maintenant par M. Sévère de Talhouët, — n’était en 1513 qu’un a hébergement roturier qu’avait acheté Louis Mouraud, et que possédait alors Jean Mouraud, seigneur de la Peesuère. »

La famille lliouraud de la Satwagère posséda pendant plusieurs siècles la Lambardaye, qu’avaient Alain Monraud et lliarie de la Bourdonnaye, seigneur et dame du Jarossay, et plus tard, en 1680, Guillaume Mourautl, leur fils, seigneur de la Sauvagère et de la Lambardaye.

En 1695, Josephdtlarie Mouraud, seigneur de la Sauvagère, devait au comté de Maure « foy, hommage, raehapt et chambellenage ä cause de sa maison emnétairie de la Lambardaye.

François de Visdeloup habitait eu 1792 le manoir de la Lambardaye, à côté duquel se trouve une vaste prairie appelée la Bataille.

La Barbouinaye. — En 1426, Éon de Pellan possédait ce manoir, appelé de son nom la Barbouinaye de Pellan ; mais, en 1513, les deux terres nobles de la Barbouinaye et de Pellan appartenaient à François du Pont-Romand, seigneur du Pont-Rouaud.

Au milieu du xvne siècle, Jean Le Chanff et Jeanne Préau, seigneur et dame de la Barrière, habitaient la Barbouinaye, où cette dame mourut en 1682.

En 1700, vivaient Isaac Le Chauff et Marie-Anne de Révol, seigneur des Aulnays et de la Barbouinaye ; ce seigneur devait en 1695, au comte de Maure, a foy, hommage, rachapt et chambellenage à cause de sa maison noble de la Barbouinaye. »

La paroisse de Miaure renfermait encore les autres terres nobles qui suivent :

Les Cambaras, en 1426 à Jean Chasteaulou ; en 1513 à Yvon de la Motte ; en 1695 à Joseph Mouraud, seigneur de la Sauvagère ; puis aux Fournier de Trélo, dont Charles Fournier, seigneur des Cambaras, décédé à Allérac en 1715, et Charles-Louis Fournier, seigneur de Trélo et des Cambaras, vivant en 1741. Cropeneuc, jadis aux sires de Maure, comme le prouvent le testament de Pierre Ier en 1417 et la Réformation de 1426. — La Bouexière, en 1513 à Guillemette Mouraud, mère de Pierre de la Fouaye, et, au siècle suivant, aux seigneurs de Bégasson de la Lardaye. — Pellan, longtemps à la famille du même nom, dont Eudes de Pellan, croisé en 1238, et Éon de Pellan, seigneur de la Barhouinaye en 1426 ; en 1513 à François du Pont-Ronaumaet en 1680 au sieur du Val-Hamon Fournier. — Vidouet, en 1513 à Guillemette Mouraud. — La Tremblaye, en 1426 à Pierre de la Juardaye, en 1513 à Guillau-me Piel, et en 1695 ; aux de Bégasson de la Lardaye. — La Guérivaye, en 1695 à M. Ferron, seigneur de Penhouët, et en 1780 à M. de Becdelièvre de Saint-Maur. — LA Launnmrn, en 1513 à Pierre Marcadé, seigneur de la Pacaudaye, et en 1695 à M. Ferron, seigneur de Penhouët. — LA BlLLlAYE, en 1426 à Guillaume de Lescannet, et en 1513 à Jean de la Corchière et sa. compagne, fille de Jacques de Lassy. — LA BARRE-LIMOGES, pendant les xviie et xviiie siècles à la famille de Limoges, dont Jean de Limoges et Magdeleine de Loumeau, sa femme, habitant la Barre en 1666. — TRÉBERT, à la famille de ce nom, dont Guéthenoc de Trébert, vivant en 1144 ; Jean de Trébert, qui prêta serment au duc en 1437, et Thuriau de Trébert, marié en 1513 à la fille de Guillaume de la llïotte ; puis à Jean du Bézit, et, enfin, à André du Bé et Guillemette Apuril, sa femme, vivant en 1649. — LAUNAY, en 1426 à Robert de Montauban, seigneur du Bois-Basset, et en 1513 à Louis Becdelièvre, également seigneur du Bois-Basset. — Le Moulin-Hamon, en 1426 à Guillaume du Masle, et en 1513 à Jean du Masle, seigneur du Masle. — Le Plessix, en 1426 à Olivier Niel, et en 1513 à François de Treczac, seigneur du Bois-Denast. — Treffeleuc, en 1426 à Pierre de la Boche, et en 1513 à Jeanne de la Roche, dame de la Roche-Cotterel. — LA Cuoix, en 1513 à Pierre Marcadé, seigneur de la Pacaudaye. — LA CHESNAYE et LA GOURMAYE, en 1513 à Jacques du Bois-Denast. — Bepihan, en 1513 au sieur de Pellan. - Treman, en 1513 à Pierre de la Bouère. — La Fosse-Gouffiere siècle, en 1513 à Pierre de la Tourneraye, — et Trecatuez, en 1513 à Jean Herbert.

La plupart de ces dernières terres n’étaient que des métairies nobles. La paroisse de Maure renfermait- en outre, jadis, quelques autres terres nobles qui se trouvent maintenant dans les paroisses voisines, telles que Chuceville, Le Meslouet et la Barrre-des-Féages, aujourd’hui en Lieuron ; Poussehart, maintenant en Mernel, etc.

§ II. — BOVEL.

I. — Origines, — église et chapelle.

Nous avons dit que la paroisse de Maure renfermait jadis la chapelle de Notre-Dame de Bovel ; c’est cette chapelle qui a donné naissance de nos jours à la paroisse du même nom, distraite de celle de Maure.

La déclaration des fabriques de Maure, en 1690, parle de Bovel comme il suit : « Est une chapelle fort ancienne à Bovel où il y a assemblée le jour de la Nativité et foire le lendemain appartenant aux seigneurs de Maure ; auquel jour de la Nativité de la Sainte Vierge le recteur de Maure reçoit le tiers des oblations, le chapelain en reçoit l’autre tiers et l’autre demeure a l’augmentation de ladite chapelle ; et n’avoir pu apprendre qu’elle ait été fondée ni dotée, sinon que la messe y est desservie, festes et dimanches, par missire Geffray Hédreul, à la prière des habitants voisins d’icelle chapelle, ce qui a été de tout temps immémorial. » [15]

Les seigneurs de Maure, « fondateurs de Bovel, » y avaient, comme l’on voit, établi une foire qui s’y tient encore ; aussi la duchesse de Mortemart, comtesse de Maure, déclare-belle, en 1695, qu’elle a a droit de faire prendre et lever aux jours de testes et assemblées, par chacun an, à ladite. chapelle de Bovelyde tous vendants vin par menu et détail deux pots, au choix de ladite dame duchesse, pour droit de bousillage. Droit de coustume et estalage de tous vendants marchandises près et à l’environ de ladite chapelle, et pouvoir d’étalonner pintes, quarts et pichiers, mettre le vin à prix par les officiers de ladite dame, par information qui sommairement en sera faite auxdits jours de feste et assemblée dudit Bovel. » [16]

C’est le culte rendu à Bovel à une vieille statue de la, Sainte Vierge qui donna naissance a l’assemblée et à la foire qui s’y tiennent a l’époque de la fête de la Nativité. D’après une naïve légende, cette statue, placée maintenant dans l’église, aurait été trouvée sur les landes d’Anast et apportée dans une charrette traînée par des bœufs là où s’élève maintenant le sanctuaire de Bovel. Non loin de cette église, reconstruite depuis peu avec goût, et ornée d’un beau portail de la renaissance qu’on a eu le bon esprit de conserver, — se trouve une fontaine fréquentée par les pèlerins et surmontée d’une autre antique statue de la Vierge.

Il n’y a point maintenant de chapelles dans la paroisse de Bovel ; mais dans son territoire s’élevait autrefois la chapelle du manoir de la Roche-Cotterel, que dota en 1626 François Fournier, seigneur de Launay-Saint-Pern, et qui était encore régulièrement desservie en 1690.

II. — Manoirs et terres nobles.

La Roche-Cotterel. - Ce manoir est d’une grande ancienneté ; non loin de l’habitation moderne on voit encore sur une lande, dit M. de la Bigne Villeneuve, une enceinte circulaire avec trace de fossés, portant le nom de Châtel de la Roche. (Bretagne Contemporaine.)

D’après la déclaration du comté de Maure, en 1695, la Roche-Cotterel relevait de cette seigneurie « à devoir de foy, hommage, rachapt et chamhellenage, » et devait de plus, au sire de Maure, 6 deniers de rente annuelle.

La maison noble de la Roche donna son nom à une famille a laquelle appartenait Pierre de lalïoche, sieur de Trelfeleuc, et noble de Maure, en M26. La Boche était, en 1513, a Jeann-e de la Boche, femme de Pierre Buynart.

La famille de la Roche s’étant fondue dans celle des Fournier de Trélo, nous voyons, en 1598, Guillaume Fournier prendre le titre de seigneur de la Roehe-Cotterel, et en 1626, François Fournier, seigneur de Launay-Saint-Pern, fonder une chapellenie en sa maison seigneuriale de la Roche-Cotterel.

En 1690, Gilles des Hayes, seigneur de la Ménuraye, était devenu « acquéreur judiciel de la maison noble de la Boche-Cotlerel. »

La famille Le Bel possède plus tard ce manoir, par suite du mariage de Bonabes Le Bel avec Françoise des Hayes, qui habitaient la Roehe-Cotterel en 1705.

En 1738, Achille du Guiny ayant épousé lllélanie Le Bel, la Boche-Cotterel passa aux du Guiny, qui la possédèrent jusqu’à la Révolution, car Ogée nous dit que de son temps M. du Guiny de Kerhos avait la moyenne-justice de la Boche-Cotterel.

La Roche est aujourd’hui un château construit dans un site très-pittoresque, et appartenant à M. Bouessel, qu-i y demeure.

Le BOIS-DENAST. — Ce manoir, reconstruit au commencement de notre siècle, occupe, selon M. de la Bigne Villeneuve, l’emplacement de Pancien château seigneurial d’Anast., (Voy. La Bretagne Contemporaine.)

Nous avons dit précédemment que la famille d’Anast était représentée, au xm“ siècle, par Gelïroy et Guillaume d’Anast, qui devaient chacun un demi-chevalier h l’ost du. duc de Bretagne, et qui habitaient le pays de Maure. Gelfroy possédait, avons-nous dit, le Bois-Basset ; il se pourrait bien que le Bois-d’Anast ou Bois-Denast fut la seigneurie tenue par Guillaume d’Anast.

Toutefois, les Réformations ne parlent point du Bois-Denast avant 1513. À cette époque apparaissent François de Reczac, possesseur de la maison noble du. Bois-Denast, et Jacques du Bois-Denast, seigneur de la Chesnaye ; mais nous n’avons point de documents sur ces personnages ni sur leurs familles.

Un siècle-plus tard, le Bois-Denast appartenait aux Grat- a

temy, dits du Bois-Hamon. Pierre du Bois-Hamon et Renée d’Andigné, sa femme, seigneur et dame du Bois-Hamon et du Bois-Denast, vivaient en 1604. — René du Bois-Hamon, seigneur du Bois-Hamon et du Bois-Denast, reçut des aveux rendus à sa seigneurie du Bois-Denast en 1624. — Séhasticn du Bois-Hamon, seigneur du Bois-Hamon et du Bois-Deuast, reçut également des aveux en 1648. Ce seigneur possédait encore le Bois-Denast en 1690.

Maisen 1695 la seigneurie du Bois-Denast appartenait a N. Gentil, sieur des Hayes, qui la tenait} à devoir de foy, hommage, rachapt et chamhellenage deub à la dame comtesse de Maure. »

La famille de la Noë vint peu de temps après au Bois- Denast, par suite du mariage de Pierre de la Noë, seigneur p. de Coëtpeur, avec Marie-Aune Gentil ; ces deux époux habitaient le Bois-Denast en 1724. -.- Jean-Baptiste de la Noë de Coëlpeur et Louise-Émilie du Bot demeuraient, au milieu du siècle dernier, au Bois-Denast, dont la moyenne-justice appartenait, au temps d’Ogée, à M ? de Coëtpeur.

Cette famille continua jusqu’à nos jours de posséder et d’habiter le château duïlois-Denast, qui appartient maintenant à M“ Briot de la Crochais, née de la Noë de Coëlpeur.

LE CORMIER. — Ce château, récemment construit par M. Brénugat, appartient maintenant ä M. Alfred de Bréhièr, qui y demeure.

Le territoire de Bovel renferme encore quelques anciennes a maisons jadis d’une certaine importance, c’était :

LE FLECIIAY, très-ancienne construction dont on ne voit plus que remplacement, et sur le compte de laquelle je n’ai rien trouvé jusqu ?) présent. — LA HARELAYE, en 1513 à Jean Harel. — LA GRAND-MAISON ou LE CHATEAU DE BovEL, appartenant en 1648 à Jean La Perche, sieur de la Rousselyc. Ce dernier rendit aveu à Sébastien du Bois-Hamon, seigneur du Bois-Denast, le 9 septembre 1648, « pour la Grand’maison de Bovel size près la chapelle dudit Bovel, n et confessa devoir a par chacun an audit seigneur une paire de gants blancs à estre mis a la croix de Bovel ou a l’espine blanche estant au devant de ladite chapelle. » (Archiv. d’Ille-et-Vilaine.) M. Le Normand posséda plus tard ce manoir, aujourd’hui rasé.

§ III. — CAMPEL.

l. — Anciens forts militaires.

Le 29 août 868, Salomon, roi de Bretagne, data une charte de son palais de Campel « Factum est in pago nuncupante traits silvam, in aula que vocatur Campel. » [17]

Une véritable série de fortifications antiques existe dans la paroisse de Campel ; la lande d’Anast, qui s’étend de Campel à Bovel, en est littéralement couverte sur lÎespace de plusd’t’ 1ne liene ; peut-être ces anciens forts ont-ils remplacé ou défendu la demeure royale de Salomon, mais on ne peut le savoir au juste ; contentons-nous donc de les signaler. Il faut distinguer sur les landes d’Anast quatre principaux ouvrages d’art militaire : 1o Le fort de l’Arbre-Derrien, situé près de lfétang de Livry, non loin du manoir du Val, est cir culaire, a environ 25 mètres de diamètre et est entouré de douves peu considérables. À côté se trouvait jadis le manoir du Chêne-Derrien, habité, disent les paysans, par un évêque qui devait être Thomas d’Anast, évêque de Cornouailles au xiv” siècle. — 2o Le fort de la Bigotaye, voisin du village de ce nom ; il est également circulaire, mais beaucoup plus considérable que le précédent ; son diamètre est de 56 mètres, sa douve a 7 mètres de largeur, et le talus qui le forme a une largeur de 6 mètres. — 3o La, Com du Chàtel. Ce nom semble rappeler la demeure de Salomon aula Campel. Non loin du fort de la Bigotaye est un grand talus ayant G mètres osa base, 3 mètres de hauteur et environ E00 mètres de longueur ; je crois que ce travail reliait le fort de la Bigotaye au fort des Forêts qui suit ; les paysans appellent les prai» ries qu’il traverse les Noës du Châtel, la Cour du Ciiâtel, ou simplement le Chàtel de la Bigotaye. —‘lr" Le fort des Forêts n’est pas éloigné du manoir du Bois-Denast, en Bovel ; il est carré et d’une vaste étendue ; son hayle intérieur a environ 40 mètres sur chaque côté, mais ses talus ont à peine 3 mètres (le haut et ses douves ne sont pas profondes ; à côté se trouve un puits aujourd’hui ruiné.

Remarquons aussi que toutes ces fortifications antiques occupent les sommets d’une longue chaîne de collines, aspectées toutes au Nord ; elles sont accompagnées d’un autre singulier travail : ce sont de petites fosses d’environ 2 mètres de longueur, accostées doutant de petits talus et tournées également vers le Nord ; dest-ä-dire vers la plaine qui s’étend au pied des collines. Les villageois d’alentour disent que ces fosses servaient à cacher les soldats}, que protégeaient les petits remparts de terre qui s’élèvent a côté. Signalons aussi le chemin pavé, dont nous avons précédemment parlé, qui traverse cette curieuse lande d’Anast, couverte d’anciens forts, et avouons que si une grande obscurité règne encore sur l’origine de ces travaux d’un autre âge, il n’est pas moins intéressant de retrouver dans ces vieux débris militaires les noms de la Cour du Chàtel et d’Anast, qui nous rappellent ; l’un la Cour du roi Salomon à Campel, l’autre l’antique seigneurie d’Anast.

Il. — Églises et chapelles.

Campel ne fut qu’une trêve de Itlaurejusquñ la Révolution ; toutefois, les registres paroissiaux de cette trêve remontent à 1643 ; nous y voyons qu’on y faisait autrefois une procession autour de la paroisse le mardi de la Pentecôte.

On vient de construire une nouvelle église à Campel, dans le genre ogival ; mais l’ancienne existe encore, et comme elle va probablement disparaître bientôt, je veux en dire ici quelques mots.

Cette vieille église appartient presque tout entière aux xv” et xvt° siècles ; elle se termine par un chevet droit où apparaissent encore les écussons des sires de Bellouan, seigneurs du Val de Campel ; deux belles fenêtres flamboyantes, un sacraire et des crédences en pierre sculptée, quelques débris, de belles verrières, des tombes armoriées, une chapelle seigneuriale ouvrant sur le sanctuaire, mais complètement isolée de l’église et appelée la chapelle des Cadets, montrent le soin que les seigneurs du lieu mirent à ornementer l’église de leur paroisse.

Dans les derniers siècles, les seigneurs de Campel étaient les du Bouexic, seigneurs du Val-Campel ; mais il semble que, primitivement, ce devait être les comtes de Maure ; aussi voyons-nous d’un côté Alexandre du Bouexic, seigneur du Val-Campel, confesser en 1678 « tenir et relever proche ment du roi touts droits, prééminences et prérogatives en l’église paroissiale de Campel, » [18] et d’un autre côté la comtesse de Maure déclarer au roi, en 1695, a être à cause dudit comté de Maure, dame fondatrice et supérieure de l’église de Campel, et lui appartenir tous les droits, privilèges, prérogatives, dignités, préséances et prééminences à Campel. » Il était facile, au reste, aux seigneurs du Val-Campel, d’usurper ces prééminences, car les absents ont toujours tort, et la comtesse de Maure, duchesse de Mortemart et fille du grand Colhert, ne devait guère s’occuper, à Versailles, de sa petite et champêtre église de Campel. Ifienfeu des sires de Bellouan, seigneurs du VaL-placé encore maintenant dans la nel’et non point dans le chœur, et la dénomination de la chapelle des Cadets, qui semble une singerie de ce qui existait à Maure, prouvent d’ailleurs, je crois, en faveur des comtes de Maure, qui durent, dans l’origine, être les vrais seigneurs de Campel.

Il n’existe plus de chapelle dans la paroisse de Campel, mais on y voyait jadis celle du manoir du Val, dont les débris annoncent le xvie siècle.

III. — Manoirs.

LE VAL. — Les anciennes Réformations de la noblesse ne mentionnent point cette seigneurie, qui appartenait, au XVI° siècle, à la famille de Bellouan. Mais le P. du Paz nous parle d’Éon de Bellouan, seigneur dudit lieu et du Val, fils de Jean et père de Michel. — Ce Michel de Bellouan, seigneur de Bellouan et du Val, ’ épousa Guyonne de Coëtquen, dame du Bois de la Motte. — Bonne de Bellouan, leur fille, épousa successivement : 1o Robert d’Avaugour, dont elle eut le fameux capitaine ligueur Saint-Laurent ; 2o Guy de Trémigon, et 3o François de Montbourcher. Cette dame possédait le Val et mourut vers la fin du xvi“ siècle.

Peu d’années après, en 1626, nous trouvons François du Bouexic, seigneur du Val, nommant un enfant à Campel ; ce seigneur avait épousé Marguerite Fabron, et ils habitaient ensemble leur manoir dut Val, qu’on appelait alors le Val-Bellouan, en souvenir des sires de Bellouan. —’— En 1661, vivaient Alexandre du Bouexic et Marie Saulnier, sa femme, seigneur et dame du Val et de Campel.

Le 26 avril 1678, « messire Alexandre du Bouexic, chevalier, sieur de Campel, demeurant dans son manoir du Val, paroisse de Campel, » rendit aveu au roi pour sa seigneurie du Val de Campel. Nous extrayons de cet intéressant document ce qui suit :

« La maison et manoir noble du Val de Campel consistant en plusieurs grands corps-de-logis étant en les première, seconde, et troisième cours toutes fermées de murailles, le grand jardin fermé de pareilles murailles, au dedans duquel est située la fuie ou colombier construite de pierre ;… tous et chacuns les grands bois de décoration et haute futaye. .. la Vigne joignant le grand jardin, etc… »

« Ledit sieur de Campel à droit de haute, moyenne et basse justice sur ses hommes et sujets avec tous droits de juridiction contentieuse… droit de béhourd payable à peine d’amende par le dernier épousé en ladite église de Campel au jour de Noël de chaque année, a l’issue de la grand’messe… droit de tenir trois foires par an audit bourg de Campel, etc… »[19]

Alexandra du Bouexic fut remplacé au Val par son parent, Louis du Bouexic, seigneur de Pinieux, qui épousa Suzanne Grout, et que nous trouvons en 1695 seigneur du Val et de Campel. Les descendants de ce dernier possédèrent le Val pendant le siècle dernier.

De nos jours, cette terre a successivement passé entre les mains de MM. Le Levrcur, Petitot, Rogier et de Charette ; celui-ci vient de construire un fort joli château sur la colline qui domine l’ancien Val.

Quant à cette antique demeure des seigneurs de Bellouan et du Bouexie, il n’en reste plus que des ruines insignifiantes ; mais la position du vieux Val reste toujours pleine dîntérét. Ravissant de fraîclieura entouré de nombreux étangs et ombragé de grands bois, ce château devait offrir jadis un aspect de la plus grande distinction ; au moyen des eaux qui l’entouraient, il se trouvait même à Fabri d’un coup de main, et sans être fortifié, il pouvait résister quelque temps à l’ennemi par suite de sa position exceptionnelle.

La soraye. — Il ne reste plus du manoir de la Soraye que quelques pans de murailles sans intérêt, et une ferme appartenant a la famille Briot de la Crochais.

La Soraye donna son nom à une noble famille, dont l’héritière ; Olive de la Soraye, dame dudit lieu, épousa Jean de Lambilly, grand-chambellan du duc Jean V.

La famille de Lambiliy fut remplacée a la Soraye par celle de Quéhéon, a laquelle appartenaient Louis de Quehéon et Renée de Rollon, seigneur et dame de la Soraye, vivant en 1642.

Au siècle dernier, René Fouquet, seigneur de la Bouche-Follière, épousa Bonne Gentil du Bois-Denast, et devint scigneur de la Soraye ; il mourut en 1731 et fut inhumé dans l’enfeu de la Soraye, dans l’église de Campel. — La famille de la Noë de Coëtpeur, alliée aux Gentil du Bois-Denast, posséda ensuite la Soraye, qui formait une moyenne justice en 1778. C’est ainsi que, depuis fort longtemps, cette terre se trouve unie à celle du Bois-Denast.

LA TOUCHE. — Cette maison noble de peu d’importance appartenait en 1678 au seigneur du Val-Campel. — Nunc ferme à M. Salmon.

§ IV. — MERNEL.

I. — Origines.

Lorsqu’en 843 Anowareth donna à l’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire ou de Glanfeuil la paroisse d’Anast, avec son église et ses sept chapelles, il excepta de ce don la chapelle de Saint-Martin de Mernel : « Ego Anowureth trado ad Glandifolium terram que dicitur Anast culn ecclesia Sancti Petri nomine fundata et septem capellas subjectifs, excepte, ecclesia que est sita in villa, que dicitur Mirhenella sacrata in honore Sancti Martini. » [20]

Ainsi, dès le ixe siècle, Mernel était une bourgade « villa Mirhenella » ayant une église dédiée à saint Martin et relevant alors de l’église-mère d’Anast.

Pourquoi Anoyvareth se réservait-il ce sanctuaire ? Nul ne le saura jamais au juste ; mais les antiques constructions qui avoisinent le bourg de Mernel à la Châteigneraye, les ruines gallo-romaines de la Bouexière et de la butte du moulin du bourg, nous autorisent à supposer que Mernel pouvait bien être l’habitation d’Anowareth et de sa famille. Quoi qu’il en fût, par suite de cette séparation de l’église de Mernel de celle d’Anast, la paroisse de Mernel dut se former de bonne heure distincte de celle de Maure, et la seigneurie du lieu devint indépendante elle-même du comté de Maure.

L’on voit en effet, au moyen âge, la cure de Mernel a la présentation des évêques de Saint-Malo, qui étaient en même temps seigneurs de la paroisse.

Dans sa Déclaration du mois de juillet 1682, messire Sébastien du Guémadeuc, évêque de Saint-Malo, dit qu’il possède un fief et bailliage en la paroisse de Mernel, à raison duquel il est « seigneur supérieur et fondateur de l’église d’icelle paroisse. » On voit ensuite dans ce titre que le sieur de la Châteigneraye « est tenu et obligé de recueillir et recevoir les rentes dudit fief de Mernel, en qualité de provost féodé dudit évêque, pour les luy payer et dellivrer ou à ses receveurs, fermiers ou procureurs en leur déduisant et rabattant la septième partye qu’il a droit de retenir pour droit de recette destitues rentes. » Enfin, la déclaration porte qu’il « lui est deub (audit évêque) obéissance, foy et hommage, sans debvoir de rachapt, par les sieurs du Courouet, du Pont-Rouault, de Pelan, du Bois-Basset, de la Paeaudais, de la Billiais, de la Lambardais, de la Chasteignerais et plusieurs autres, à cause des fiefs qu’ils tiennent dudit évesque. » [21]

Mais au siècle dernier, les seigneurs de la Châteigneraye se disaient seigneurs fondateurs et supérieurs de Mernelçen dépit des évêques de Saint-Malo, dont ils n’étaient, dans l’origine, que les officiers.

II. — Église et chapelles.

L’ancienne église paroissiale de Mernel était, dit-on, d’une haute antiquité, et renfermait deux chapelles seigneuriales dépendant, l’une du manoir du Pont-Rouaud, et l’autre du manoir de la Vieuville. Cette chapelle du Pont-Rouaud avait été construite en 1454 par les seigneurs de ce nom, avec beaucoup de goût. On a conservé fort heureusement les colonnes et l’arcade qui la séparaient du sanctuaire, et l’on en a fait un fort joli portail dans la nouvelle église.

Quanta la chapelle de la Vieuville, elle existe encore en partie avec ses murailles couvertes d’écussons, mais elle n’offrit jamais l’intérêt de la précédente. Les seigneurs du Pont-Rouaud et de la Vieuville avaient leurs enjeux dans ces chapelles ; quant à ceux de la Châteigneraye, ils se faisaient enterrer, aux derniers siècles, dans le sanctuaire ; la pierre tombale de l’un d’entre eux existe encore.

La nouvelle église de Mernel est propre et bien tenue, mais elle n’offre de remarquable que le portail que je viens de signaler.

Il y avait en Mernel plusieurs chapelles autrefois :

1o La plus intéressante est celle de Notre-Dame-de-Joie, dont j’ai raconté la légende ailleurs [22] ; on y voit l’inscription suivante, qui rappelle sa réédification par les seigneur et dame du Bois-au-Voyez, manoir voisin situé en Maure :

AVE MARIA. NEUL N’ENTRE ICI QUI NE SALUE MARIE.

Ferdinand de Neuville évêque de Saint-Malo a permis à haut et puissant messire René de Tournemyne et à dame Renée Peschart sa femme de faire bénir la chapelle de Joye qu’ils ont bâtie et réédifiée, et même la cloche qu’ils ont donnée et qui a été nommée Anne-zllarie par messire Jan-Joseph Tournemyne leur fils unique et dame Françoise Tournemyne marraine. — Priez pour les seigneur et dame de Campzillon et du Bois au véé fondateurs de céans. — Fait le 2e jour de septembre 1647. » [23]

Il est question de cette chapelle dans l’aveu que rendit au roi le seigneur du Bois-au-Voyez en 1680. « Dans l’enclos des landes du Bois-au-Voyez et du Courrouët est assise la chapelle de Notre-Dame de Joye, dépendante du baillage d’outrelean, dans laquelle ledit seigneur (du Bois-au-Voyez) a prééminence, banc prohibitif, armes et écussons. » [24]

Une déclaration de 1690 nous apprend aussi que les seigneurs du Bois-au-Voyez avaient fondé des messes dans la chapelle de Joie. Ce sanctuaire continue d’être un but de fréquents pèlerinages.

2o Saint-Solain. Cette chapelle, — aujourd’hui détruite, est parfois appelée dans les anciens titres Saint-Soleil ; je crois qu’elle fut construite en l’honneur de Saint-Solenne, évêque de Chartres, dont la fête arrive le 25 septembre. En 1663 mourut François du Bouexic, a prieur de Saint-Solen. n Cettechapelle était régulièrement desservie en 1690.

3o et 4o Les chapelles des manoirs de la Guisnebergère et du Pont-Rouaud sont encore signalées dans la déclaration des fabriques de Mernel en 1690, et la première y est dite « très ancienne. »

III. — Manoirs et terres nobles.

La Chateigneraye. — Une ferme appartenant à Mme Tessier a remplacé de nos jours le château de ce nom. Nous avons précédemment parlé des mottes de sable rouge qui se trouvent à l’entrée du bourg de Mernel, dans les dépendances de la Châteigneraye ; elles ont dû être l’assiette d’un château-fort, mais ce château portait-il le nom de Mernel ou celui de la Châteigneraye, nul ne le peut savoir.

Ce qui est certain, c’est que la Châteigneraye était au moyen âge sous la mouvance directe de l’évêché de Saint-Malo ; nous avons vu que le possesseur de cette terre était « prévost féodé » de l’évêque, c’est-à-dire qu’il était chargé de recueillir les rentes de ce seigneur évêque dans son fief de Mernel.

Pendant tout le xve siècle, la famille Guédas ou Guydas habita le manoir de la Châteigneraye, que possédait J. Guédas en 1427, et ou demeurait Pierre Guydas en 1513.

Au milieu du xvie siècle, les Rollon, originaires de Normandie, s’établirent en Bretagne par suite d’une alliance avec les de Limoges, qui possédaient le manoir de la Barre, en Maure. En 1620 mourut Claude Ballon, seigneur de la Châteigneraye, dont le corps fut inhumé dans le chanceau de l’église de Mernel. En 1637, Guy Ballon, seigneur de la Châteigneraye, épousa dans la chapelle priorale de Saint-Sauveur de Lohéac, Julienne de Cérisay, clame de la Cour-Neuve. — 1679. Jean de Rollon, seigneur de la Châteigneraye. — Vers 1702, Louis de Rollon, parent des précédents, mais fils de Georges, sieur de Villeneuve, devint seigneur de la Châteigneraye et épousa Hélène de Launay, dame du Plessis-Hudelor, en Loutéhel. Ce seigneur habitait ordinairement ses manoirs du Plessix-Mahé et de la Garenne, en Lieuron ; il mourut dans ce dernier en 1734.

Quoiqu’il portât jusqu’à sa mort le titre de seigneur de la Châteigneraye, Louis de Rollon n’avait plus alors cette terre, qui appartenait dès 1728 ä Louis Fournier, seigneur du Feuilly.

La Châteigneraye donna ensuite son nom a une branche de la famille Fournier, qui posséda jusqu’à nos jours cette seigneurie, qu’elle unit a celle du Bois-au-Voyez. En 1820 mourut M. Fournier de la Châteigneraye, et la Châteigneraye, séparée alors du Bois-au-Voyez, devint la propriété des Péan de Pontfilly, qui la vendirent plus tard.

Le Pont-Rouaud. — Ce manoir, aujourd’hui détruit, a donné son nom à une famille de chevaliers qui figurèrent honorablement l’armée et à la Cour des ducs de Bretagne. En 1427 vivait Guillaume du Pont-Rouaud, seigneur dudit lieu, qui épousa Ysabeau de Baulon ; c’est probablement a lui qu’on devait la construction de la chapelle seigneuriale du Pont-Bouaud, dans l’église de Meruel. — François du Pont-Rouand, seigneur dudit lieu, habitait son hôtel du Pont-Rouaud en 1513 ; il fut exécuteur du testament de Jean VIII, seigneur de Maure.

La famille du Pont-Rouaud se fondit, dit M. de Courcy, dans celle de Thierry par le mariage de Jacquette du Pont-Rouaud avec Pierre Thierry, seigneur du Bois-Orcant ; mais au xviie siècle Charles de Sévigné, comte de Montmoron, possédait le Pont-Bouaud. C’est ce que nous apprend la déclaration du Bois-au-Voyez en 1680, où nous troyens que le seigneur du Pont-Rouaud doit h celui du Bois-au-Voyrer « 20 deniers monnaie de rente obéissance par chacun an, à peine d’amende, payables au terme de l’Angevine, au tablier du bourg de Saint-Germain, avec foy, hommage et rachapt. » Le seigneur du Pont-Rouaud devait également « 14 deniers » au baron de Lohéac, et a obéissance, foy et hommage » à l’évêque de Saint-Malo [25].

Les Sévigné de Montmeron s’étantfondus dans les du Hallay, ces derniers devinrent seigneurs du Pont-Rouaud, que possédaient en 1756 « M. du Hallay, Mlle du Hallay et M. du Kerdu du Boisgeslin » [26]. Les Fournier de la Châtaigneraye possédèrent ensuite la terre du Pont-Rouaud, qu’ils unirent à leur seigneurie du Bois-au-Voyez. La ferme du Ponbläouaud appartient aujourd’hui à M. Hersard du Buron, propriétaire du Bois-au-Voyer.

Saint-Maur. — Nous croyons que ce manoir a une origine monastique et qu’il fut d’abord un prieuré de l’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire, sécularisé à la suite de la ruine de ce couvent.

La famille de Saint-Maur posséda le manoir de ce nom pendant tout le xve siècle ; l’hôtel de Saint-Maur appartenait, en effet, en 1427, à G. de Saint-Maur, et était habité en 1513 par Pierre de Saint-Maur, seigneur dudit lieu.

Pendant tout le xviie siècle, la famille Becdelièvre eut Saint-Maur. En 1649 vivaient René Becdelièvre et Antoinette Le Pennec, seigneur et dame de Saint-Maur. — Guillaume Becdelièvre, seigneur de Penhoët, en Maure, et Julienne du Mur, sa femme, possédaient Saint-Maur en 1670. — En 1685, Julien Becdelièvre, seigneur de Saint-Maur, veuf de Magdeleine Cosnier, se remaria avec Jeaune Costard, doublement veuve de Jean du Fresne et de Jean Gallays ; puis les deux vieux époux marièrent ensemble leurs premiers enfants, René Becdelièvre et Jeanne Gallays.

La famille Fournier de Trélo devint ensuite propriétaire de Saint-Main’, et l’une de ses branches prit le nom de Fournier de Saint-Matin’. Le rolle de Illemel, en 1756, mentionne, en effet,.« M. de Trélo-Fournier propriétaire de la maison et métairie de Saint-Maur. n Aujourd’hui, Saint-Maux n’est plus qu’une ferme, et dans ses dépendances se tient une école de Frères de l’Instruction Chrétienne.

LA GUISNEBERGËRE. — La famille de Lassy, originaire de la [JEIFOÎSSP de ce nom, posséda longtemps ce manoir, qu’avait en 1427 J. de Lassy, et qu’habitait en 1513 François’de Lassy, seigneurie la Guisnebergère. Il paraît qu’en 1690 cette terre noble appartenait au marquis de Téhillac (1) ; mais elle fut ensuite unie au Pont-Rouaud, et devint successivement la propriété des du Hallay et des seigneurs du Bois-au-Voyez, dont l’héritier la possède encore.

LA PAÇAUDAYE. — On voyait naguère encore les (lerniers débris de ce manoir, appartenant en M27 à Pierre du Chesne, et en 1513 à Pierre Marcadé, seigneur (le la Pacaudaye, qui l’habitait. Devenue plus tard la propriété des seigneurs de Bégasson, la Pacaudaye resta unie a leur seigneurie de la Lardaye dans les deux derniers siècles.

LA VxsuvrLLu. — Ce manoir n’était pas très-ancien, car la Iléformation de 1427- n’en parle pas, et celle de 1513 s’exprime comme il suit : u François Jernac et sa femme Alain Chatier, demeurant a la maison de la Vieille-Ville, ont une autre maison qui était à Guill. Paradis et estaient roturiers et sont exempts de taille. n

Les familles de la Fouaye et Garel’possédèrent ensuite la Vieuville ; mais cette terre ne paraît pas avoir eu beaucoup

(l’importance jadis, quoiqu’elle eût une chapelle seigneuriale

dans l’église de Mernel.

LA POTINIÈRE. — L’hôtel de ce nom appartenait en M27 a

(1) Déclar. des fab. de Ilfemel. J. Ugues, et en 1513 îi Bollaittl Ugues, qui l’habitait. L’aveu du comté de Jllaure, en 1695, nous apprend qu’à cette époque

M. Lefeuvre (le Canmartin devait «r foy, hommage et rachapt V

noble n» a la dame comtesse de lllaure, a à cause de la maison et dépendance de "Fohinière. n

On trouvait encore jadis en Merncl les maisons nobles de POUSSEHART, en 1427 a la fille (le J. illlounier, en 1.313 à Jean Mourautlfiet aux siècles derniers aux Beedelièvre ; — LE CHASTELET, en 1513 à Jean Le Prestre, seigneur de la Lohière, et en 1756 à M. Jouneattlx du Breil-Houssoux ; — LE PRIEUBÉ, en 1513 à Robin lllaingard. Il y avait, en outre, quelques hôtels nobles dans le bourg de Mcrnelen 1513, et Fou y trouve encorela maison de RICHEBQNNE, qui appartint successivement aux familles de Valois, de Vaunoise et de la Tousclte.

§ 5 V. — COMBLESSAC.

I. — Origines.

Uancienne Vie manuscrite de saint Melaine, publiée par Bollaudus et composée par un auteur presque contemporain du bienheureux éteqtie de Bennes, renferme de curieuses notions sur Comblessac.

On y voit quïatt v’siècle Comblessac était déjà une localité assez importante pour être appelée « parochia Cambliciaecz. »

{Un roi gallo-demain, nomme Eusèbe, y vint de Vannes avec

son armée, vers l’an 490, et traita cruellement les habitants, peut-être parce qu’ils ne voulaient pas reconnaître sa domination : « Veniezts quippe prédicats reæ (Eusebius) aliquante de Vwlcleîlsi cipitatc cum sue eæercim, pervenît ad parochiam

que vocatur Cambliciactts, ubi castrum silum esrquz ? vocatur

Marciacus, ibique, nobis insertion sur, forte imbus, multorum Iiominuin oculos arum j-ussit et menus evelli. » Mais des la nuit suivante, le roi fut en proie a d’horribles souffrances que ne purent calmer les médecins, et trois jours après la princesse Aspasie, fille du roi, fut tourmentée par le démon. Ce fut alors que Eusèbe, entendant parler de la sainteté de l’évêque Melaine, qui se trouvait alors à Brain, le fit demander près de lui. À Eum summo honore ad se adduci fecit et in cadem parochia in qua ipse jacebat, in loco qui vocalur PrEmaJ/illa hospicium et præparæri jussit. Venviens autem B. Illelanius de monasterio sua… cum paucis monachis ad lectultten jam dicté venit iæzfiræni. n -

Lorsque saint Melaine eut guéri le roi repentant de ses crimes, et lorsqu’il eut délivré Aspasie du démon qui la tourmentait, cette dernière demanda ason père qu’il donnât au saint évêque tout au moins Comblessac, a si non amplius saltem ipsam Cambliciacum B. Melanio condonaret. u Ce

—qu’Eusèbe accorda volontiers : à Quod audiens Eusebius rem

pater ejusdem puelle, serment’libentissime annuens, dedit illi totam parochiam superius nominatam, par annulum suum ad suos monachos alendos. Accepte ergo jam dicta terra

Beatus benedicens eis perreæit inde ad cioitatem Redonenw

sem. n (i)

Plus tard, au ixe siècle, il est question de Comblessac dans les Cartulaires de Saint-Mater et de Itedoæt ; le premier mentionne la vqicairie ou paroisse de ce nom : « Canzblizaica vicaria, » et le second nous apprend qu’un nommé Anauhaëllon y vendit un’champ qu’il possédait au village de Botconac, a cainpum qui est juæta villam que vocatur Botcovzaÿc. » Cette vente se fit a la porte de l’église de Comblessac, le jour de Pâques 819 ou 830, en présence des prêtres Wïelemnopoc et Conhoiam. Il est à remarquer qu’en ce temps-la Eppo était maire, cest-a-dire probablement machein de Comhlessac :

(t) Apud Bollandztm ; Vita B. Melaniz‘. « Eppojmàjore in Cambliciaco, » et que l’acte de vente fut écrit par un clerc nommé Conwoion, qui pouvait bien être le

futur saint abbé de Redornqdu même nom, né à Comblessac‘

au commencement du 1x“ siècle (1). l

Au x11e siècle, nous trouvons dans le Cartulaire de Saint-Melaine la confirmation que Doaldus, évêque d’Aleth, fit en faveur des moines de Saint-Melaine, de leur possession de l’église de Comblessac, a ecclésial de Cambliciaco cum suis appendicite n (M27). Mais lorsque les Bénédictins eurent fondé en Comblessac un prieuré, dont nous parlerons bientôt à l’article des Brûlais, une seigneurie laïque importante s’établit aussi dans cette même paroisse de Comblessac, que les moines possédaient tout entière dans l’origine.

II. — La cluîtellenrîe de Comblessac.

On ne connaît point les commencements de la châtellenie de Comblessac, qui appartint longtemps a la famille de Laval. André de Laval, maréchal de France, fils de Guy XIII, comte de Laval, reçut cette seigneurie en partage et mourut sans postérité en M86. Comblessac rentra alors dans la branche aînée des Laval, car nous voyons Guy XVI et Guy XVII, comtes de Laval, possédericette châtellenie. Ce dernier seigneur rendit aveu au roi pour Comblessae le 15 octobre 1541 Un siècle et demi plus tard, Marie-Aune Colbert, duchesse de Mortemart et comtesse de Maure, devenue à son tour dame

châtelaine de Comhlessac, par acquêt, en 1685, en fit égale-.

ment la déclaration au rot le 2 août 1695-, c’est de ces deux titres que nous allons extraire ce qui suit :

(1) u Ille Convoion filius cujusdaïn nobilissimi est vire ? nominc Conom‘, en : potestatif Sancti Melanii Rhcdonensis episcapi, de plehe Cambliciaca, ea : génére scnatorio. u (Vita S, Convoionis.)

vm 6.

La châtellenie de Comblessac s’étendait dans les deux paroisses de Comblessac et de Guer ; et la plus grande partie des terres nobles de la première de ces paroisses relevaient de la seigneurie a à devoir de foy, hommage, rachapt et chambellenage. n «

« A cause de sa dite terre et chapellenie de Comhleczac laditeçdame n était a dame supérieure et fondatrice. de l’église paroissiale dudit lieu de Combleczac et de la chapelle du prieuré des Bruslays. n

Elle avait u haute, moyenne et basse justice, connais sance de tous crimes en ladite paroisse, prééminences et prérogatives et tout ferme droit sur ses hommes et subjets. n

« Justice patibulaire à quatre pots size à Limoucels, cep et collier, prison et auditoire audit bourg de Combleczac, création d’officiers et d’un sergent général ameneur lequel est franc de fouages et tailles en ladite paroisse de Combleczac. u

a Droit de soule en ladite paroisse de Combleczac et trêve des Bruslays, le premier jour de l’an et le lendemain de Noël, jour et feste de saint Étienne, par les deux derniers mariés desdites paroisse et trève. n -

Enfin, les seigneurs de Comblessac avaient e : droit de menée à la cour de Ploermel » et plusieurs autres privilèges féodaux.

Il n’est point question dans les aucun : de Coinblessac d’un château seigneurial ; toutefois, il se pourrait que celui de la Salle, dont on aperçoit encore les derniers vestiges près du camp du Mur, fut, dans l’origine, le chef-lieu de la châtellenie ; l’histoire est, d’ailleurs, complètement muette sur ce château, signalé seulement comme il. suit dans ce titre de 1695 : à La Noë de Marsac joignant l’emplacement et ancien chasteau de la Salle et bois taillis en dépendant. ai

La déclaration de 1541 nous dit que a est le seigneur comte de Laval seigneur supérieur en la paroisse de Comblessac et est icelle en général tenue de luy en proche ou arrière fief, fors le fief amorty que tiennent en ladite paroisse les curé de Combleczac et prieur des Bruslays. 13(1) Nous verrons plus tard en quoi consistaient les droits du prieuré des Brûlais sur Comblessac.

D’après Ogée, le marquis de Guer possédait vers 1778 la seigneurie de Comblessac. *

III. — Église et chapelles.

L’ancienne église de Comhlessac n’existe plus ; on y voyait la chapelle seigneuriale du Courrouet et les enfeux des seigneurs de Craon et du Bois-Jan. Cette église était en partie entretenue par les Bénédictins de Saint-Itielaine, grands délimiteurs dans la paroisse. C’était aussi ces moines qui nommaient « le recteur ou vicaire perpétuel de Comblessac, :3 auquel le prieur des Brùlais payait une rente de « quarante-six mines de seigle pour portion congrue, a) comme nous le verrons plus loin’. La nouvelle église de Comblessac, construite en.1850, n’offre rien de remarquable ; à côté est une croix de cimetière ornée de figures grossièrement taillées, et datée de 1668.

On trouvait jadis dans la paroisse les chapelles suivantes : Notre-Dame de Lorette, lieu de pèlerinagmfréquenté et dont la légende attribue la fondation a un seigneur de la Villéan ;

— Saiwnt-Maelaine, dont l’origine se rapporte‘, dit-on, au passage du bienheureux évêque de Rennes à Comblessac ; cette chapelle est maintenant ruinée ; — les chapelles des manoirs de Cmon, de la Villéan et du Bois-Jan, dont la dernière seule continue d’être entretenue, avec celle de Lorette.

(1) Arch. de Nantes.

IV. — Manoirs et terres nobles.

Canon. — Quoique rien ne prouve qu’il faille voir dans ce manoir l’ancien lieu de Primeville, où le roi Eusèbe reçut saint Melaine, comme le prétend certaine tradition, il n’est pas moins vrai de dire que Craon est tine très-ancienne terre. Elle donna son nom, paraît-il, à une famille à laquelle appartenaient Guillaume de Craon, possédant en 1427 l’hôtel’tle la Ville-Huet en Comblessac, Bertrand de Craon, seigneur du Bois-Jan en 1513, et Jérôme de Craon, cadet de la même maison à la même époque.

Le manoir de Craon appartenait en 1513 et en 1541 ä Arthur de Craon, et relevait alors de la châtellenie de Comblessac. Les familles du Puy et de Lambert possédèrent ensuite Craon, et en 1674 vivaient Julien Lambert, seigneur du Bois-Jan et de Craon, et Marie de Kerhoent, sa femme. w Leur fils, Jean-François Lamhert, seigneur de Craon, épousa en 1700 Bonne Ricaud et mourut en 1’708. Ogée mentionne en 1780 la moyenne justice de Craon, appartenant à M. de Lambert.

Le château de Craon, reconstruit avec goût, continue d’ap- ’

partenir à la famille de Lambert, qui Fhabite.

LE BOIS-JAN. — Ce manoir appartenait en 1513 à Bertrand de Craon, qui y demeurait ; en 1541 vivait Pierre de Craon, seigneur du Bois-Jan. Dès cette époque, comme l’on voit, la même famille possédait les deux manoirs de Craon et du Bois-Jan ; ils vinrent également l’un et l’autre entre les mains “des Lambert, dont les descendants les possèdent encore.

La maison noble du Bois-Jan relevait en partie de la châtellenie de Comblessae et en partie de éelle de Peillac en Guet‘.

Vers 1700 vivaient René Lambert et Françoise de Lhospital, seigneur et dame du Bois-Jan, dont le fils Jean-François,

seigneur du Bois-Jan, épousa en 1733 Lucresse de Tanouarn, dame du Tertre, en Pipriac. — En 1787, le manoir du Bois-Jan était habité par dame Hélène Moulin de la Raeinière,

veuve de Julien Lamhert, seigneur du Bois-Jan et du Tertre.

Ce château est aujourd’hui la demeure de M. de Kerusec,

gendre de M. de Lambert de Craon. a Le Connmc. — L’hôtel de ce nom appartenait en 1427a

, la demoiselle de la Chasteigneràye, et en 1443 à Alain Sorel. l— La famille Perchérel posséda ensuite ce manoir pendant

deux siècles : Guillaume Perchérel Pavait en 1513-, Jean Per-

’chérel, seigneur du Couëdic, vivait en 1541 ; Jean Huchet,

seigneur de Peillac, et Gillette Perchérel, sa femme, habitaient leur manoir du Couëdic en 1673. — Briant Hochet, seigneur du Çouëdie, vivait en 1700.

La famille de Bégasson de la Lardaye possédait en 1778 cette terre noble, qui appartient maintenant à M. Maubec.

LA VILLÉAN. — Les Sorel habitèrent longtemps ce manoir, appartenant en 1427 à Guillaume Sorel, en 1443 a autre Guillaume Sorel, marié à Guillemette de Bellouan, et en 1513a Philippe Sorel..

En 1541, Arthur de la Villéan, seigneur dudit lieu, possé« dait cette terre noble, relevant en partie de la châtellenie de Comblessae.

Les familles du Bellan et de Sérent eurent ensuite la Vjlléan : René de Sérent et Guillemette du Bollan, sa femme, la possédaient en 1695 ; François de Sérent, seigneur de la Villéan, épousa en 1698 Ivlichelle Rolland.

Ogée nous dit que de son temps la Villéan formait, avec la terre de Trégoëdan, une haute, moyenne et basse justice, appartenant à M. Fournier de Saint-Mania — Nunc ferme à M. Geslin.

Les autres terres nobles étaient en Comblessac : Lus TAILSuel LE Tnn., en 1427 et en 1443 à Guillaume Sorel, seigneur de la Villéau ; en 1513 à Philippe Sorel, et en 1541 ä Arthur de la Villéau. — LE VAUVERT, en 1513 à Arthur de Craon, seigneur de Craon, et en 1695 à Julien de lliarnières, seigneur de Guer. — LA PORTE-AU-SEIXTE, en 1427 et en 1443 à Jean Le Seixte ; en 1513 à Yves Robelot, seigneur de la Voltayeäen 1541 à Pierre, Robelot, et en 1595 a ; Yves et Guillaume Le Marchand. — LA PORTE-PORGARO, en 1427 et

1443 à Jean de Porearo, qui y demeurait ; en 1513 à Alain

de Porcaro, seigneur de Porcaro ; en 1541 à Guillaume Lezomiet et ä sa compagne, et en 1695 à René de Sérent, seigneur de la Villéan. — La VlLLE-HUET, en 1443 à Guillaume de Craon ; en 1513 et en 1541 à Arthur de Craon, seigneur de Craon ; en 1695‘a Julien de Marnières, seigneur de Gner ; c’était en 1780 une moyenne et basse justice à M. Fournier de Trélo, baron de Renac. — LE COUDRAY, en 1513 à Yves

Robelot‘, et en 1541 à Pierre Robelot, tous les deux seigneurs

de la Voltaye ; en 1695 à Charles de Castel, seigneur de Quily. — Toutes ces terres relevaient de la châtellenie de Comhlessac a a devoir de foy, hommage et rachapt. n

g v1. — LES BRULAIS.

I. — Le Précaire.

"Nous avons vu précédemment qu’au v ? siècle le roi Eusèbe donna à Saint-Melaine la naroisse de Comblessac. À Les Bénédictins de Saint-Ilielaine ont toujours considéré cette donation, dit dom Morice, comme le premier fonds de leur abbaye, n et ils Vont conservée jusqu’à la Révolution.

De bonne heure, ces moines fondèrent un prieuré dans la paroisse de Comblessac, et ce prieuré fut celui des Brûlaîs, qui a donné naissance d’abord a la trève, puis à la paroisse du même nom.

C’est ce qui ressort clairement de Faveu rendu le 28 mai 1679 par à Messire fleuri-François de Rouge, chevalier, marquis du Plessis-Bellière, abbé de Bon-Repos et prieur commendataire du prieuré de Notre-Dame et Saint-Étienne des Bruslays, de l’ordre de Saint-Benoist, sous la présentation de l’abbé de Saint-Melaine, situé dans la paroisse de Comblessac, évesché de Saint-Malo. »

Cet Henry de Bouge était devenu prieur des Brûlais par la résignation de ce prieuré faite en sa faveur par Paul de Trécesson ; toutefois, Henry deRougé abandonna plus tard l’état ecclésiastique, laissa l’abbaye de Bon-Repos a son frère, prit les armes et se distingua par sa valeur dans les armées de Louis XIV.

Voici en quoi consistait, en 1679, le prieuré desBrûlais : a Un corps-de-logix couvert d’ardoises appelé la maison du prieur, ayant salle basse, chambre au bout du costé de l’occident et du costé de l’orient un cellier et trois chambres au dessus de pareille grandeur que les appartements «l’embas, le tout réparé à neuf depuis les quatre ans derniers… un logement pour le métayer… une grande cour carrée au devant et entre les maisons susdites et la chapelle dudit prieuré, où il y a entrée par une porte prohibitive dans ladite cour qui est fermée de murailles hautes de huit pieds hors de terre avec trois portes fermant à clef, tant grande que médiocres, servant d’entrée et sortie de ladite cour pour l’usage du prieur et métayer seulement, le tout réparé à neuf.

u Un jardin clos et fermé d’une grande muraille… un verger appelé les Vignes… une autre pièce de terre où il y avait autrefois un bois de haute futaye dont elle retient. le nom, dans laquelle pièce il y a un clapier ou garenne élevée pour servir de refuge aux lapins.

a Quelles maisons, chapelle, cour, jardin, prés. on prairies, vignes et bois se joignent sans aucune séparation que de fossés et contiennent en fond dix journaux de terre ou environ.

u Aussi, ledit prieur, a cause dudit prieuré a droit de percevoir les deux tiers des oblations qui tombent en la chapelle dudit prieuré et de ramasser et cueillir les dixmes des vins et de tous grains enrgénéral qui croissent en toute l’étendue de ladite paroisse de Comblessac, tant au quartier dudit Comblessac qu’en celui des Bruslays, à la onziesme gerbe, sans aucune réservation ainsi que les précédents prieurs en ont joui.

u Sur lesquelles dixmes est deub par ledit prieur au vicaire perpétuel de Comblessac, ou recteur dudit-lieu, le nombre de quarante-six mines de seigle, mesure de Guer, pour portion congrue, outre son tiers des oblations de ladite chapelle des Bruslays pour toutes choses.

cc Pour les juridiction, fief, rentes par deniers, avoines, poulets, chapons, corvées, dix mer eaux sur partie du village de la Feuillardaye et du bourg des Bruslays et autour, ledit seigneur prieur n’en jouit plus et sont à présent possédés par les héritiers des sieur et dame de la Bilïardière (Julien de Marnières et Marie Maingard seigneur et dame de la Billardière et de la Bouère) sous prétexte d’aliénation ou autrement et ne peut à présent le déclarant les spécifier.

« Lesquelles choses tient ledit seigneur prieur du roi notre souverain seigneur à devoir de prières et oraisons et de foy et hommage avec trois messes par semaine qu’il est obligé de dire ou faire dire en la chapelle ou église dudit prieuré aux jours que bon lui semble. n (1) ’

(t) Ancien fonds de la Chamb. des Comptes de Bret.

La maison du prieuré des Brûlais existe encore a côté de l’église paroissiale, mais depuis longtemps ce n’est plus qu’une ferme.

II. — Église.

Les Brùlais furent érigés en paroisse en 1821-, ce n’était auparavant qu’une trève de Comblessac.

Nous avons vu qu’en 1695 la duchesse de Mortemart se disait, en sa qualité de châtelaine de Comblessac, a dame supérieure et fondatrice de l’église des Bruslajys, n et qu’elle avait, en outre, « droit de soulle aux Bruslajrs le lendemain de Noël, jour et feste de saint Étienne, due par le dernier marié de cette trève. n

Saint Étienne est, en effet, avec la Sainte Vierge, patron des Brûlais depuis bien des siècles. On allait jadis en " pèlerinage a la statue de Notre«Dame des Brùlais, et une fontaine consacrée ä la Mère de Dieu existe encore près du bourg. v ’

Uéglise actuelle des Brùlais, reconstruite en 1835, rfotlre rien d’intéressant ; a sa porte se trouve une pierre tombale du xrv“ siècle, représentant deux personnages couchés, les mains jointes ; c’est un seigneur en jacquet te courte et une dame en cotte longue qu’on prétend avoir habité le manoir de Lava, dans la paroisse. Malheureusement, l’inscription a disparu et les écussons sont illisibles.

III. — Manoirs et terres nobles.

La Bonnes. — Ce manoir a longtemps appartenu à une famille du même nom, sortie d’un bâtard de la Salle, dit M. de Courey.

Robert de la Bouère possédait la Bouèrc en 1427 et 1443. — Guillaume Bogier, seigneur du Vaudeguip, en Allaire, l’a— vait en 1513. — Vers 1637 vivaient Julien de Marnières et Marie Maingard, seigneur et dame de la Bouère, de la Biffarchére et de Brambéat. — Guillaume de Marnières et Françoise de Lestourlgillon, seigneur et dame de la Bouère, habitaient en 1642 le manoir de Brambéat. — En 1695", Jean de Marnières, seigneur du Bois»Glé, en Guer, devait à la châtellenie de Comblessac «c foy, hommage et rachapt à cause de la maison et métairiegnohle de la Bouère et de la métairie noble de Prie], fiefs et paillages appelésfde la Bouère, de la Voltais et

du Prieuré ; à cause de laquelle terre de la Bonèreledit sieur

du Bois-Glé est sergent féoclé pour la cueillette des rentes, taux et amendes de la terréet châtellenie de Comblessac. n (i) i ’

La maison de la Bouère, naguère à M“ de Tuault’, appartient aujourd’hui à M. Chevalier, qui l’habite.

LE BOISJËÙIMABT. — Sur une porte de cet antique manoir,

— maintenant maison de ferme à M. Moigno, F» on voit en— ’

core.un écusson portant trois têtes de loup posées deux, une. Ce sont les armes de la famille de la Bouère, qui a, paraît-il, possédé le Bois-Guimart.

Cette terre appartenait en 1443 à Jean Guihart, et en 1513 et 1541 à Bertrand Guihart, seigneur du Bois-Guimart. -Les Justel vinrent ensuite dans ce manoir, où l’on trouve en 1648 Yves Juslel et Mathurine Bouin, seigneur et dame du Bois-Guimart, et en 1668 Yves Justel et Louise Le Camus, également seigneur et dame du Bois-Guimart.

Les Gouro devinrent ensuite, avec les Justel, maîtres du

. Bois-Guimart, que possédaient. en 1695 Jean Gouro et Louise -

et Jacquette Justel. — ; EnIi72O, vivaient Jean-Alain Gouro

(1) C’est ce que dit également Paveu de 15H : « Quelle maison de la Bouère doit au seigneur de Combleczac la cueillette des rentes de ladite chapellenie de Gombleczac. n (Arch. de Nantes.) ' et Marguerite de Limoges, seigneur et dame du Bois-Guimart. Je crois qu’ils habitaient ce manoir.

LA Coupruun. — Ce petit village, sans importance aujour— —

d’hui, était jadis un manoir qu’habitait la noble famille Couppu, qui donna le jour à Pierre Couppu, surnommé le Sage, sénéchal de Rennes, et l’un des rédacteurs de la Très-Ancienne Coutume de 1330.

Guillaume Couppu, seigneur de la Couppuaye, du Courrouët.

et de la Ville-Queue, épousa Jeanne de Roues, qui mourut en 1388. — Guillaume Couppu, leur fils, posséda les mêmes seigneuries, épousa Marie de Liniac et fut, selon du Paz, n : un chevalier de renom. n Il eut pour fille Jeanne Couppu, dame de la Couppuaye, du Courrouët et de la Ville-Queue, qui porta ces trois manoirs dans la maison de Raguenel, en épousant Jean Baguenel Ier, vicomte de la Bellière, tué a la bataille d’Azincourt, en 1415. — Jean Raguenel Il, vicomte

’ de la Bellière, épousa Jeanne de Malestroit, dame dùdit lieu,

et succéda à sa mère, Jeapne Couppu, en 111117, aux seigneuries de la Couppuaye, du Courrouët et de la Ville-Queue. -Leur fils, Jean Baguenel III, vicomte de la Bellière et seigneur de la Couppuaye, leur succéda et mourut sans postérité en 1436. — Jean Raguenel 1V, vicomte de la Bellière, baron de Malestroit, seigneur de la Couppuaye, du Courrouët et de la Ville-Queue, épousa Gillette de Derval, dont il n’eut que deux filles. C’est de ce dernier que parle la Réformation de 1443, lorsqu’elle dit que le manoir de la Couppuaye appartenait alors au sire de Malestroit.

Les familles du Mur et de Kerhoent possédèrent ensuite cette maison noble, qu’avaient t en 1513 Guillaume du Mur et Guillemette d’Averzac, sa femme, demeurant en Comhlessac.

— En 1653 vécut Jean de Kerhoent, seigneur dudit lieu et

. de la Couppuaye, et en.1695 Renée de Kerhoent, qui devait «à la châtellenie de Comblessac a foy, hommage et rachapt à cause de sa maison et métairie noble de la Couppuaye. n

La MOTTE. — Ce manoir, — qu’on appelait au xv” siècle la Motte-de-Brambèat, probablement parce qu’il avait appartenu aux seigneurs de Brambéat, dont la maison noble était voisine, — était en 1427 au sire de Blossac, de Goven. La branche aînée de Blossac s’étant fondue dans la famille de Québriac, les sires de Québriac devinrent, par suite, possesseurs de la Motte, qui prit le nom, qu’elle conserve encore, de la Motte-Qztébriuc. — En 1443, Guy de Saint-Amadour, père de Jean de Saint-Amadour, vicomte de Guigneu et époux de Marguerite de Québriac, possédait la Motte à cause de sa femme. a- En 1513 et en 1541, Thomas ; sirexde Québrîac, devait « obéissance, foy, hommage-et rachapt à la châtellenie de Comblessac à cause de sa maison noblede la Motte. n’

Cette terre appartenait en 1695 à Françoise Chenu, dame

de la Jarsaye, et elle formait en 1780, avec le Couëdic et la

Ronserays, une moyenne justice possédée par M. de Bégasson de la Lardaye. —» Nunc ferme, naguère à Mm de Perrien de la Lardaye, aujourd’hui à M. Clément (1).

Le territoire de la paroisse actuelle des Brûlais renfermait encore jadis les maisons nobles suivantes, qui se trouvaient alors en Comblessac : TnnsLnnors val Pissn-Fnonmur, en 1513

à Guillaume Bogier, seigneur de la Bouère ; en 1541 à"

François du Bois-Brassu, seigneur du Bois-Brassu ; en 1663 à Jacquette Rollo, demoiselle de la Noë, qui y mourut ; en 1695 à MathurinLe Breton et à René Moulin. — TRÉGOÉDAN, en 1427 à Pierre Éder ; en 1513 à Gilles du Tiercent ; en 1541 à Julien Coué, seigneur de Trégoédan ; en 1695 à René de Sérent, seigneur de la Villéang, en 1780 à M. Fournier de

w

(t) Uancien manoir de la Motte devait son nom à une motte féodale qui apparaît encore dans un bois voisin. Saint-Maur, qui en avait uni la juridiction a sa haute justice de la Villéan. — TRÉBADO, en 1427 à Pierre Éder, seigneur‘ de Trégoédan, et en 1513 à Gilles du Tiercent. — BEAULIEU, en 1427 à Jean Pillet et à sa femme ; en 11143 à Robert de la Bouère, seigneur de la Bouère ; en 1513 et en 15.11 à Guillaume Le Clenche, seigneur de Beaulieu ; en 1695 a Julien de Bégasson. — BonEL, en 1427 à Jeanne Houeix, fille de Jean ; en 1513 à Renaud de la Marzelière, seigneur de Brambéat. — LA MALLABDAYE, en 1443 à Guillaume

a Guillou ; en 1513 à autre Guillaume Guillou ; en 1541 21

François du Dréseuc et sa compagne ; en 1695 à Jean Bigot, Noël Perroteau et consorts. — LmvoUY eel LAVA, en.1443 à Guillaume Pillet ; en 1513 à Julien du Val, seigneur de la Hattaye, en Guer ; en 1695 ä Briande Amice et consorts, qui a doivent à la châtellenie de Comblessac foy, hommage et rachapt a cause de la maison et métairie noble de Laval (sic) et dépendances cy-devant appelée Lirvouis. u.

Toutes les terres nobles que nous venons d’énumérer relevaient également aux mêmes devoirs de la seigneurie de Comblessae ; toutes sont aussi devenues, de nos jours, des villages ou des fermes, sauf Bodel, qui n’existe plus.

s VII. — LOUTÉHEL.

I. — Église et chapelles.

Cette paroisse, — qui ne figure nulle part dans l’histoire,

— tire évidemment son nom des étangs voisins du bourg et environnant le vieux château de la Lohière ; Zen effet, on appelle, en breton, lou ou mieux loudh un amas d’eau, et particulièrement un étang creusé de mains (l’homme ; reste a savoir quel est ce Téhel dont le nom se joint a celui des étangs qu’il lit peut-être creuser lui-même.

Quoi qu’il en soit, la paroisse de Loutéhel a parochia de lacu Tehelli n a pour patron saint Arme}, auquel est consacrée une fontaine très-vénérée dans les environs (i).

Uéglise de Loutéhel est neuve, mais sans intérêt ; ellé a remplacé un ancien édifice où l’on voyait la chapelle prohibitive des seigneurs du Plessix-Hudelor, et les enfeux des seigneurs de la Lohière et du Breil.

Il y avait autrefois deux chapelles en Loutéhel : celle du manoir de la Lohière, abandonnée maintenant, et celle du Plessix-Hudelor, restaurée en 1828, et donnée par M“ ? de Chassonville, propriétaire de ce château, à la fabrique de la paroisse.

l]. — [Manoirs et terres nobles.

LA LOHIÈRE. — Cette maison noble appartenait, au x1v° siècle, à la famille Gicquel. On sait que Jean Gicquel, évêque de Rennes en 1235, prit la croix, fit le voyage de Terre-Sainte en 1248, avec le roi saint Louis, et se distingua, au rapport de Joinville, dans les combats contre les

. Sarrasins.,

La famille Le Prestre vint ensuite habiter la Lohière, par suite du mariage contracté, en 1401, entre Jean Le Prestre et Isabeau Gicque], dame de la Lohière. C’est ce Jean Le Prestre, seigneur de la Lohière, que mentionne la Réformation de M27. — Plus tard, en 1513, Jean Le Prestre, seigneur du Breil, possédait « la maison et. manoir de la sLohière, ô les fiefs et juridiction dudit lieu sans nulle adjonction de roture. n La branche des Le Prestre de la Lohière se fondit dans la

l (1) Les habitants de Loutéhel prétendent que saint Armel fit naître cette fontaine, et que c’est d’elle qu’il est question dans la Vie de ce bienheureux par Albert Le Grand. maison d’Avaugour de Saint-Lament. En 1639 vivaient François d’Avangour et Jeanne F rain, seigneur etdame de la Lohière et de Guer ; ils habitaient vraisemblablement la Lohière.

En 1660, François d’Avaugour vendit la châtellenie de Guer, — qu’il avait achetée lui-même du marquis de Courcelles, qui l’avait eue en partage de René de Montbourcher, marquis du Bordage, — -et la seigneurie de la Lohière a illarie Maingard, veuve de Julien de itlarnières, seigneur de la Biffardière et de la Bouère. 4.

C’est cette dame qui a laissé un si singulier souvenir dans le pays de Loutéhel, où elle est connue sous le nom de la Piflardière. M. Fouquet a raconté les traditions locales qui se rattachent à Marie Maingard, dans son intéressant opuscule z Légendes du Morbihan. »

Julien de Marnières, seigneur de Guer, retira la Lohière, en 1661, à sa mère, Mm“ de la Bilïardière, et cette terre noble fut réunie ä la châtellenie de Guer, ainsi que les seigneuries du Bois-Glé, de Peillac et de Kerbiguet, en Guer, par lettrès-patentes du roi, du mois de juin 1678.

Le 10 mai 1680, Julien de Marnières rendit aveu pour sa châtellenie de Guet ; j’extrais de ce document ce qui suit, concernant la Lobière :

« La maison de la Lohière, cernée de douves et fossés, avec ses cours, fuie, jardins, chapelle, étangs, bois, avec les lieux ou métairies de la Borguardays, de la Motte, du Pressoueret du Breil, toutes terres nobles….., les moulins à eau et a foulon de Boscher..

a La foire (lu jour de Saint-Armel obtenue par ledit seigneur pailleur depuis les quatre ou cinq ans (1), et qui se

(1) L’église de Loutéhel possédait des reliques de saint Armet, qui y avaient qété apportées de Ploërmel en 16145 par M. Pierre Hamon, recteur de Loutchel.

ä tient dans les chemins et rahines qui sont entre la maison de la Lohière et le Bourg de Loutéhel.

« Plus, les prééminences qu’il a, à cause de sadite seigneurie de la Lohière, autour du chanceau et autres endroits de Péglize parochialle de Lontéhel privativement à tous autres, comme ses prédécesseurs fondateurs de ladite église ont eu

de tout temps immémorial.

« Avecq les droits de police et de mettre prix à vin, chair et autres vivres qui sont exposées en vente par les taverniers dudit Loutéhel, et tous autres droits seigneuriaux.

«Plus, les reconnaissance et serment de fidélité que le

recteur de ladite paroisse doit et est tenu faire audit seigneur pour les dixmes et autres bienfaits baillés aux recteurs et curés de. ladite paroisse, tant en ladite paroisse que ailleurs, par les prédécesseurs dudit seigneur, avecq les prières nominales que le recteur est obligé de faire aux testes solennelles pour les seigneurs propriétaires de ladite terre de la Lohière. »

Ou voit également par cet aveu que le fief seigneurial de

la Lohière s’étendait dans les paroisses de Loutéhel, Maure,

Campel, Guer, Plélan et Maxent, et qu’il valait rc 57 livres M sols tournois, 28 huces d’avoine, 22 poules et demie, 40 corvées, 8 chapons, 2 oisons et l paire de gants. n (1)

Julien de Marnières, seigneur de. Guer et de la Lohière, épousa Marie-Aune de Bois-Baudry, mourut en 1695 et fut inhumé dans l’église de Guer, où l’ou voyait encore son tombeau du temps d’ogée.

La famille de lainières de Guer, continua de posséder, pendant tout le xvur’siècle, la terre de la Lohière, a cause de laquelle le marquis de Guer se trouvait en 1780 seigneur supérieur de Loutéhel.

(1) Arch. de Pane. chambre des comptes.

De nos jours, la Lohière a successivement passé entre les mains des familles Coppalle, Tétiot, Ropert et de la Vigne ; cette dernière habite maintenant ce château, »qu’elle a reconstruit avec beaucoup de goût.

LE PLnsslx-Hubnmn. — Lat famille Hudelor, qui possédait au xv siècle de nombreux manoirs dans la paroisse de Guer, avait aussi en Loutéhel la terre noble du Plessix, à laquelle elle donna son nom.

Jean Hudelor (fils peut-être de Berlrand Hnçlelor, seigneur de Kerbîquet, en Guer, et de Marguerite du Plessix) possédait le manoir du Plessix de Loutéhel en 1441.- Le Plessix-Hudelor appartenait en 1513 a a noble écuyer François- Heudelor premier seigneur en ladite paroisse de Loutehel où il demeure, ô les fiefs, droits de ehastellenic et haute justice tenue en l’auditoire de Loutehel par Sénéchal, alloué, lieutenant, procureur et autres officiers ; auquel lieu de Loutehel a ledit Heudelor post, cep et collier ; et n’y sont nulles rotures adjointes. n (1) — En 1657 vivaient Jean Hudelor, seigneur du Plessix, et Étienttette Blandère, sa femme. — En’ 167-9 vivaient Jean Hudelor et Hélène de Launay, seigneur et dame du Plessiir-Hudelor. En 1695, les héritiers de ce seigneur devaient au comté de Maure u foy, hommage et rachapt à cause de la terre et seigneurie du Plessix-Hudelor. »

Le xvnr" siècle vit passer successivement plusieurs familles au Plessix-Httdelor : ce fut d’abord une famille du Plessix, à laquelle appartint Jean-Louis du Plessîx, seigneur dudit lieu, qui décéda subitement a au retour de la grande messe n et fut inhumé dans son enfeu seigneurial, dans l’église de Lontéhel ; —’— puis vinrent habiter ce château Jean-Louis Joulneaux du Breil-Hottssoux, seigneur du Plessix-Hudelor en

(1) Il est à noter qu’un jugement souverain du 13 septembre 1619 déclara faux tout le relie de Louteltcl en 1513. vm ’ 7 1745, et [Thérèse Joulneaux, dame Armard du Plessix-Hude-lor, qui y mourut en 1755 ; — Jacques Moro de la Fauve]lière et Catherine Marre, seigneur et dame du Plessix, demeurèrent ensuite au Plessix, où ils moururent, l’un en 1776 et l’autre en 1779. — La famille de Saint-Melon, originaire de la paroisse de ce nom, vint enfin au Plessix-Hudelor, ou Ogée signale sa présence en disant qu’elle y possédait une moyenne et basse justice.

Après la Révolution, Mm“ de Saint-Malon vendirent le Plessix-Hudelor à Mm“ Le Mallier de Chassonville, née Paufine de Cornulier. Cette dame habita elle-même le château du Plessix-Hudelor, où elle mourut en 1840. — Vendu en détail par les héritiers de Mm“ de Chassonville, le Plessix-Hudelor n’est plus qu’une sorte de village.

Les autres terres nobles étaient en Loutéhel : LA Cnnsuarn,

. en 144431 Pierre de la Chesnaye ; en 1513 à Jean de la Chesnaye, et en 1695 à Julien de Marnières, seigneur de Guer et

A de la Lohière. — LA MOTTE, (Yabord ä la famille de ce nom, qui donna deux évêques au diocèse de Saint-Malo, et qui s’unit aux Lambilly par le mariage de Marguerite de la lllotte, dame dudit lieu, avec Gisillaume de Lambilly ; de cette union sortit Jean de Lambilly, chambellan du duc Jean V, qui épousa Olive de la Soraye et qui possédait la Motte en 1444 ; Yves de Lambilly, seigneur dudit lieu, fils de Robert et petit-fils de Jean, avait la Motte en 1513 ; cette terre appartenait en 1680 et en 1780 aux seigneurs de Guer et de la Lohière,

— LE BREIL, en 1444 a Éonnet de la Motte ; en 1513 à Jean Le Prestre, seigneur de la Lohière ; en 168,0 à Julien de Maruières, seigneur de Guer et de la Lohière, dont les descendants l’avaient encore en 1’780. — TRÉHOREL, en 1513 à Rolland Couriolle. — Lus ll1uns, en 1444 à N. du Breil. — Et enfin, deux hôtels dans le bourg de Loutéhel, appartenant en 1414 l’un à Louis Estore, et l’autre au seigneur du Boisglé.

§ VIII. — SAINT-SÈGLIN.

l. — Origines, — église et chapelles.

Les Cartulaires de Saint-Georges de Rennes et de Saint-Sauveur de Redon mentionnent plusieurs fois, au x1e siècle, la paroisse de Saint-Séglin ; cependant, cette paroisse ne devait pas exister au 1x“ siècle, puisque la charte de 843, qui nomme toutes les paroisses limitrophes de Maure, ne parle pas de Saint-Séglin. Le sanctuaire de ce nom était probablement, comme celui de Mernel, ]’une des sept chapelles dépendant de l’église d’Anast.

Parmi les bienfaiteurs de l’abbaye de Saint-Georges, fondée a Rennes par le duc Alain (1032), se trouvait une dame du pays de Combourg, nommée Roianteline ; elle était vicomtesse de Dol et avait épousé le vicomte de Dinan. Elle avait assemblé, dit dom Lobineau, une communauté de personnes de —

son sexe à Cavau, pour y vivre selon les maximes de la vie religieuse ; mais cet établissement ne pouvant subsister, faute de sujets capables de gouverner, la vicomtesse demanda avec instance que sa communauté, composée de neuf religieuses, fût incorporée a celle de Saint-Georges. L’abbesse de ce dernier monastère lui accorda sa demande, et Boianteline, en présentant ses filles à Saint-Georges, donna à cette abbaye l’église de Saint-Séglin et une métairie a sa vie durant, et tout le territoire de. cette paroisse après sa mort : à Ecclesiam sancti Seginnini cum une medietaria dum rvixerit, et post mortem suam omnem terram ipsius plebis quesibi competit. l) (i)

On sait bien peu de chose du patron de cette paroisse ; on

(1) Hist. et Preuv. de dom Lobinean et dom Moricc. l’appelait autrefois a sanctus Seginlzinus, n et plus tard saint Séquelin. Je crois que c’est saint Ségien, « Sanctus Segiantts, dont la fête se célèbre le 10 juin. D’après Bollandus, ce saint personnage fut un prêtre d’Écosse, qui, ayant été averti par le pape Honorius, amena son peuple à célébrer la Pâque selon le rite romain. On croit qu’il vivait vers 666 (1). Cependant, la statue de saint Séglin représente dans l’église paroissiale ce bienheureux sous la figure d’un soldat.

Cette église n’otfre rien de remarquable ; elle date en partie de 1736 et en partie de 1851. D’après la tradition locale, la première église paroissiale de Saint-Séglin se trouvait près du vieux manoir du Jarossay ; on en voit encore les fondations, dit-on, dans le champ des Déserts, voisin du champ des Béziers. Ce dernier nom et les débris de constructions en briques et Œossements qu’on retrouve en ce lieu semblent indiquer une haute antiquité et rappellent en même temps quelques combats livrés jadis là.

Nous verrons plus loin que l’abbesse de Saint-Georges était dame supérieure dans la paroisse de Saint-Séglin, dont elle nomma le recteur jusqu’à la Révolution, et que les seigneurs de la Sauvagère jouissaient de certains droits dans cette église à cause de leurs fiefs du Masle.

Il y avait autrefois enSaint-Séglin trois chapelles, aujourd’hui détruites ou abandonnées : détaient celle du Prieuré, appartenant a l’abbesse de Saint-Georges ; «- celle du manoir de la Saitbagêre, au seigneur de ce nom, — et celle, de la Bannière, sous la présentation des comtes de illaure. Cette dernière avoisinait la maison noble de la Hanltière, appartenant en M43 à Alain de la Bonix, en 1513 à Guillaume du Mur, et en 1695 fondée en chapellenie. Un tableau provenant de cette chapelle se trouve aujourd’hui dans l’église de Saint-

(1) Apud. Bollandum ; juniz Il. Séglin, et nous apprend qu’en 1667 Pierre Hénault fonda deux messes par semaine dans la chapelle de la Haultière.

II. — Le Prieuré

Fraîchement posée dans une vallée au bord du ruisseau de Combs, se trouve une ferme nouvellement reconstruite qui porte le nom caractéristique de lïæibbaye : c’est l’ancien prieuré de Saint-Séglin, membre de l’abbaye de Saint-Georges de Rennes, de l’ordre de saint Benoît.,

Nous venons de voir que la paroisse de Saint-Séglin fut donnée à Saint-Georges vers l’an 1032 ; ce fut par suite de cette donation que fut fondé le prieuré de Saint-Séglin. Il paraît très-probable que des religieuses bénédictines vinrent alors habiter cette maison et y demeurèrent quelque temps : mais-avec les années le prieuré dont nous «nous occupons changea de face, d’abord véritable couvent, il devint par la suite un manoir abbatial, et finit par être une simple métairie noble mentionnée dans les Réformations en 1427, 1443 et 1513, on l’appelait Abbaye à ces diverses époques.

Le 12 avril 1680, Magdeleine de la Fayette, abbesse de Saint-Georges, rendit aveu au roi pour son abbaye ; j’extrais de ce titre ce qui suit, concernant Saint-Séglin :

a Advoue (ladite dame abbesse) avoir en son appartenance un lieu, maison et métairie situé en la paroisse de Saint-Séglin, évesché de Saint-Main, consistant en maisons, terres arrables et non arrables, fief, juridiction, dixme et autres devoirs, sçavoir :

a La maison et demeure du métayer, grange, chapelle, écurie, cour et rues entre lesdites maisons et herbregement… bois de haute futaie, emplacement de colombier, jardins, écluze sur la rivière de Comps, pescheries…

n La moitié des dixmes de la paroisse de Saint-Séglin,

O ensemble les offrandes et oblations qui sont faites aux quatre festes de l’année en ladite église.

« Comme aussi a droit (ladite dame) de présenter un curé ou vicaire au bénéfice paroissial dudit Saint-Séglin. r) (i)

L’abbesse de Saint-Georges çonserva Saint-Séglin jusqu’à la Révolution.

III. — Manoirs et terres nobles.

—LE JAROSSAY. — La famille Mouraud a été pendant plusieurs sièples la famille la plus importante de Saint-Séglin. En 1400 vivaient Pierre Mouraud et Mahaud de Gabil, sa femme ; Pierre Mouraud possédait en 1427 le manoir du Jarossay, qu’il habitait. — Il eut un fils nommé Rolland Mouraud, vivant en 1443, possédant alors aussi lui l’hôtel du Jarossay et marié à Jeanne (le Bellottan.

La Réformaziort de la noblesse en Saint-Séglin, en 1513, sexprime comme il suit : à Noble écuyer Jan Mouraud seigneur du Gerroczay, seul noble, a la Cour du Gerroczay, plus deux métairies nommées la Haute et Basse-Sauvagine. D -Alain Mouraud, seigneur du Jarossay, et Françoise Julienne, sa femme, habitaient leur maison noble du Jarossay en 1651.

C’est vers cette époque que les Mouraud cessèrent de rési-

Ader au Jarossay et allèrent habiter la Sauvagère ; depuis lors, le vieux manoir devint une ferme du nouveau château, mais ils continuèrent d’appartenir Àl’un et l’autre à la famille Mouraud.

La déclaration du comté de Maure, en 1695, mentionne a le devoir (le foy, hommage et rachapt deub (à cette seigneurie) par Joseph-Marie Mouraud à cause des terres et seigneuries du Jaroussay et de la Sauvagère. n «

(1) Archiv. de Nantas.

La ferme du Jarossay appartient aujourcPhui à Mm” de Perrien et dépend de son château de la Lardaye.

La Sauvaciaan. — Comme nous venons de le voir, la Sauvagère n’était encore, en 1513, qu’une métairie noble appartenant alors à Jean Mouraud, seigneur du Jarossay, et qu’avait en en 1443 Roi-land Mouraud, également seigneur du Jarossay.

La Sauvagère relevait alors du prieuré de Saint-Séglin, membre de l’abbaye de Saint-Georges, à titre féodal ; nous venons de voir que les comtes de Maure prétendirent en 1695 qu’elle relevait de leur seigneurie.

En 1660 vivait Guillaume Mouraud, seigneur de la Sauvagère, fils d’Alain Mouraud et de Marie de la Bourdonnaye, seigneur et dame du Jarossay ; c’est vers cette époque que les Mont-and durent abandonner le Jarosspy pour venir habiter la Sauvagère, où ils venaient de construire un château.

Nous extrayons ce qui suit d’un aveu de la Sauvagère, rendu au roi le 7 juin 1680 par Guillaume Monraud, seigneur de la Sauvagère et du Jarossay, demeurant à sa maison noble de la Sauvagère, paroisse de Saint-Séglin.

Il est dit dans cette déclaration que Guillaume Mouraud possède u les fiefs, rolles et paillages du Masle, appartenances et dépendancesdîceux, situés et s’étendant aux paroisses de Maure, Saint-Sequelin, Pipriac et autres. n (1)

a A cause desquels fiefs, — est-l’ajouté, — ledit seigneur de la. Sauvagère a droit de haute, moyenne et basse justice… droit de preéminences Œégtise, de tombe prohibitive dans le chanceau de l’église paroissiale de Saint-Séglin, au costé de Pépistre.

a À la possession desquelles choses ledit seigneur de la Sauvagère est arrivé par contrat d’acquêt qu’il en a fait de

(I) Ces fiers dépendaient évidemment, dans rorigine, du manoir seigneurial du Masle, situe en Pipriac, mais très-voisin de Saiut-Seglin. très-haut et puissant seigneur Monseigneur Charles d’Ailly, duc de Chaumes, gouverneur de Bretagne, par contrat du 11 octobre 1676, qui les avait, par contrat du 6 (lesdits mois et an, acquis d’avec messire Julien du Masle et son épouse, seigneur et dame du Masle. n (L)

Comme l’on voit, ce n’était pas à cause de la Sauvagère elle-même, mais à cause des fiefs du Masle unis à la Sauvagèrc, que Guillaume Mouraud jouissait des «prérogatives seigneuriales en Saint-Séglin.

Joseph-Marie Mouraud et Marie de Crocelay, seigneur et dame de la"Sauvagère, habitaient tantôt Rennes, tantôt la Sauvagère, à la fin du xvn“ siècle ; leur fille, Anne Mouraud, demeurait encore au manoir paternel en 1744.

Le château de la Sauvagère, successivement possédé depuis par les familles Roppert et Le Masue, appartient maintenant a M. Mahé, qui l’a reconstruit avec goût.

Outre les manoirs du Jarossay et de la Sauvagère, et la chapellenie de la Haultière, il y avait encore jadis en Saint-Séglin les maisons nobles suivantes :

Tmäounamn, en 1427 à Jean Monraud, en 1443 à Guillaume de Forges, et en 1513 à Pierre de la Rivière ; Charles Le Brun et Françoise de Langourla ; seigneur et dame de Tréguhaire, vivaient en 1635 ; Pierre Cheurel devait en 1695, au comté de Maure, a foy, hommage et rachapt à cause de sa maison de Tréguhaire. » — La VILLE, en 1443 a, Jean Mouraud, et en 1513 à Julien de Saint-Martin, seigneur de Kermainguy, et à Isaheau Mouraud. — Lus MEsNiLs, en 1513 a Jean de Champagne, seigneur de la Montagne et de Quelcnncuc.

[27]

§ IX. — LA CHAPELLE-BOUEXIC.

l. — Origines, — église.

Le territoire de la Chapelle-Bouexic faisait autrefois partie de la paroisse de Guignen.. Il yavait alors dans ; cette dernière paroisse une chapelle dont l’histoire ne parle pas, mais qui devait être bien ancienne, puisqu’elle donna son nom a un manoir signalé dès 1427, comme nous le verrons bientôt. Cette chapelle était dédiée a sainte Brigitte.

En 1711, le 2l juin, n19’ Vincent des Maretz, évêque de Saint-Malo, érigea en paroisse cette section de Guignen, ä la requête de dame Suzanne Gront, veuve de Louis du Bouexir, seigneur de la Chapelle ; d’Yves—‘Mathurin du Bouexic, selgneur de Pinieuc, son fils, et (Feutres habitants de la Chapelle.

Les seigneurs de la Chapelle firent a cette occasion construire avec soin l’église actuelle de la Chapelle-Bouexic, et la dédièrent à saint Joseph ; ils se réservèrent en même temps la présentation du recteur de la nouvelle paroisse et les honneurs et prééminences seigneuriales dans cette église. Enfin, ils donnèrent au lecteur un petit manoir voisin de leur château, appelé la Piloire, que possédaient avant ce temps-là les familles du Rocher et Grégoire.

Il. — Manoirs et terres nobles.

LA CHAPELLE. — Il est fait mention pour la première fois,

de cette maison noble, située alors en Guignen, en 1427 ; elle appartenait à cette époque à Jean du Tiercent. a Les sires du Tiercent, originaires de la paroisse de ce nom, où ils possédaient un château-fort, remplirent de nombreuses charges au-moyen âge, soit à Fermée, soit à la Cour des ducs de Bretagne.

Jean du Tiercent, seigneur du Tiercent et de la Chapelle, gouverneur de Rennes, eut un fils nommé Guillaume du Tiercent, seigneur dudit lieu, qui épousa Marie de Montauban ; -Gilles du Tiercent, seigneur du Tiercent et de la Chapelle, leur fils, se maria avec Jeanne de la Lande. dame de Callac et de la Motte-en-Saint-Armel, dont il eut François, seigneur - du Tiercent ; il vivait en 1513 et possédait alors le manoir de la Chapelle. — Gilles du Tiercent, vivant en 1562, semble avoir été le dernier seigneur de cette maison, richement possession née dans nos pays, mais ruinée par les guerres de la Ligue.

Les sires du Tiercent furent remplacés à la Chapelle par la famille du Bouexic, qui donna à cé manoir le nom qu’il conserve encore..

a Gilles du Bouexic, sieur du Ban-on, dit M. de Courcy, vivant en 1560, fut père de Louis du Bouexic, sieur de la Chapelle, juge criminel de Rennes, anohli en 1595 en considération des services rendus au roi dans la reddition de la ville de Rennes. s» (1) — Autre Louis du Bouexic épousa en 1650 Marie Cybouault, riche héritière et dame de Pinieuc, en Limenel. — Leur fils, Louis du Bouexic, seigneur de la Chapelle et de Pinieuc, épousa Suzanne Grout.

Ce dernier seigneur rendit aveu au roi, le 22 février 1680, pour sa seigneurie de la Chapelle. On lit ce qui suit dans cette déclaration : à La maison seigneuriale de la Chapelle. du Bouexic située en la paroisse de Guignen, diocèse de Saint-lilalo, consistant en un grand corps-de-logis au bout duquel sont orangeries et galeries, avec cour dans laquelle

[28] sont les écuries, remises de carosses et messageries, jardin au derrière de la maison, bois de haute futaye, promenoir, étang, canaux et fontaine au milieu du jardin, le tout en un tenant cerné de murailles. »

Remarquons aussi dans ce titre c : un journal en vigne… un bois de haute-l’utaye nommé le Bois aux Sanglers… plusieurs autres bois… les étangs de la Pillouse et des Landes de la Chapelle… plusieurs moulins 11 vent et a eau… et enfin le fief et baillage. de la Chapelle détendent dans la paroisse de Guignen, n toutes choses dépendant du manoir.

Notons encore que les maisons nobles de la Haultière et de la Mouraudaye relevaient" féodalement de la seigneurie de la Chapelle, qui avait u droit de haute, basse et moyenne justice, avec fourches patibulaires. » (1)

Les seigneurs de la Chapelle, de la maison du Bouexic de Pinieuc, furent presque tous’conseillers au Parlement de Brctagne ; l’un d’entre eux, Bernard du Bouexic, seigneur de la Chapelle et de Pinienc, habitait son château de la Chapelle en 1754.

Ce château, — l’un des plus importants de l’arrondissement, — a [tassé de nos jours entre les mains des familles Quesnel et de Menou ; cette dernière l’habite encore.

p Le territoire actuel de la Chapelle-Bouexic renfermait autrefois quelques autres terres nobles devenues présentement des villages ou des fermes, c’étaient :

La MOURAUDAYE, en 1427 à Pierre Le Long ; en 1513 et 1540 à Jean Le Long, seigneur de la Mouraudaye ; en 1680 à Marin Collobel, seigneur du Bot, en Langon, et en 1667 àLouis du Bouexic, seigneur de la Chapelle. — LA HAULTIÈRE, en 1513 la Rolland de la Bouère, seigneur de la Haultîère, et m1680 à Louis du Bouexic, seigneur de la Chapelle. —

[29] TBEBEHEUC vel Tnnmeneuc, en 1427 à Raoul Bihoalier ; en 1513 à François de la Fonchaye, a fils de Pierre Moraust et de sa feue femme, fille de messire Jean de la Fonchaye n ; en 1697 à Louis du Bouexic, seigneur de la Chapelle. -LE PEILLADOU, qu’on appelle maintenant LE PLAT-DOROU, en M27 à Hervé Prodaut ; en 1513 à autre Hervé Prodanst, seigneur du Peilladou ; en 1695 à Louis du Bouexic, seigneur de la Chapelle, qui tenait cette terre féodalement de la baronnie de Lohéac. — LA Rncnannrùun, en 1427 à Guillaume Graffart ; en 1513 à Jean Graffart, sieur de la Richardièrez, en 1695 à Louis du Bouexic, seigneur de la Chapelle, qui la tenait également de la seigneurie de Lohéacx. - Enfin, la JOUENNAYE, en 1513 « aux héritiers de feu André de Saint-Malo. »

L’abbé GUILLOTIN DE CORSON.

  1. Voy. Cartul. Rotonense, p. 98, 99, 77, 196, 197 ; — Archives d’Anjou, p. 328, 362 et 363.
  2. Dans la Semaine Religieuse de Rennes, j’ai raconté avec détails la curieuse histoire d’Anowareth.
  3. On sait que l’abbaye de Saint-Maur-sur-Loire eut tant à souffrir des invasions normandes, qu’elle ne se releva jamais complètement de ses ruines. De 868 à 1096, elle fut un simple prieuré de l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés de Paris, et perdit toutes ses possessions en Bretagne.
  4. Preuv. de dom Morice, I, 1007.
  5. Je n’extrais de cet aveu que ce qui s’y rapporte à la seigneurie de Maure proprement dite, mettant de côté ses annexes Lohéac, le Plessix-Anger et les Brieux, qui étaient des terres seigneuriales de première importance.
  6. Archives de la Loire-Inférieure, ancien fonds de la Chambre des Comptes de Bret. — Que M. Remet, archiviste départemental de la Loire-Inférieure, me permette de le remercier ici du soin qu’il a mis à me communiquer les nombreux titres dont je me servirai dans le courant de cette étude.
  7. Hist. ecclés. de la réforme en Bret.
  8. Hist. de la Ligue en Bret.
  9. Déclar. du comté de Maure en 1695.
  10. Hist. Généal. de du Paz.
  11. Déclaration des fabriques de Maure en 1690. (Archives paroiss.)
  12. Qu’on me permette de renvoyer le lecteur à ma notice sur Thomas d’Anast, publiée par la Semaine Religieuse de Rennes, 1870.
  13. M. Racapé a publié dans le Conteur Breton (en 1865) une intéressante notice sur l’horloge de Maure.
  14. Celle intéressante dalle sert maintenant de pierre d’ : mtcl ; elle présente un écusson antique ana : armes pleines de Maure, accosté d’une lance et d’un glaive.
  15. Arch. paroiss. de Maure, obligeamment communiquées par M. le doyen de Maure.
  16. Déclarat. du comté de Maure.
  17. Cartul. Roton, p. 180.
  18. Voici la suite de cette déclaration : à De ladite église ensemble du presbytère et cimetière il est seigneur patron et fondateur, haut justicier du fief dudit bourg et, comme tel il a les [artères nominales aux prones des grand finesses dominicales, aussi litre et ceinture armoriée de ses armes au dedans et au dehors ; et au haut de la grande et principale vitre du chanceau de ladite église a écusson gravé sur pierre et taillés ès charpentes en bosse ; deux bancs à queue dans le chanceau, joignant le balustre, l’un du côté de Févangile, l’autre du côté de Pépître ; cnfeu et droit de sépulture prohibitive dans le chanceau avec la petite chapelle au-dessous de la sacristie nommée la chapelle des Cadets. n (Archives de Nanles.)
  19. Voir la note précédente.
  20. Archives d’Anjou.
  21. Arch. de Nantes.
  22. Dans mon livre Récits histor., tradit. et légendes. de l’arrondiss. de Redon.
  23. J’ai extrait cette inscription du registre paroissial de Mernel.
  24. Arch. de Nantes.
  25. Déclar. de la baronnie de Lohéac en 1695, et du regaire de Saint-Malo en 1682.
  26. Rolle de la par. de Mernel.
  27. Archiv. de Nantes.
  28. Nobiliaire de Brut.
  29. Archtu. de Nantes.