Sur la tombe de Huysmans/Préface

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Collection des Curiosités Littéraires (p. 9-10).




OÙ donc est-elle, cette pauvre tombe ?

Voilà plus de six ans qu’il est mort, le malheureux, et on pourrait le croire enterré depuis un siècle.

Ceux qui voulurent l’admirer, quand il paraissait être un vivant, s’étonnent aujourd’hui de ne plus retrouver un atome de sa poussière et les tristes livres qu’il a laissés n’ont même plus leur ancien pouvoir d’ennuyer, tellement ils sont devenus indéchiffrables !

Ayant été son apôtre, hélas ! ayant travaillé et souffert longtemps pour qu’il devînt un chrétien, l’excessive médiocrité de sa nature exigea que je fusse payé aussitôt de la plus affreuse ingratitude et que je contemplasse en lui le plus extraordinaire avortement de la Grâce.

Mon disciple fut acclamé par nos catholiques, et cela dit tout.

Sa religion de bibelot et de bric-à-brac leur parut l’effet d’une intimité divine, et ils avalèrent que l’indécrottable naturaliste d’A vau-l’eau se comparât lui-même aux plus grands écrivains chrétiens.

Les pages qu’on va lire marquent deux époques.

Les premières furent écrites avant la conversion de Huysmans, alors que, plein d’espérance et ne prévoyant pas les atroces déboires qu’il me réservait, je le caressais avec un grand zèle. Les autres expriment l’amer désenchantement qui vint ensuite.

On ne manquera pas de m’accuser de contradiction ou d’inconstance, ce qui m’est tout à fait égal. On est venu me demander ces chapitres inutilisés jusqu’ici, ayant été refusés par l’éditeur Stock dans son édition de Belluaires et Porchers, et qui peuvent avoir une importance au point de vue de notre histoire littéraire. Pourquoi n’y consentirais-je pas ?

On me reprochera peut-être aussi de manquer de respect envers un défunt. « La mort », disait autrefois Jules Vallès, « n’est pas une excuse ».

Léon Bloy.

Bourg-la-Reine, Octobre 1913.


Apparition de Saint Michel sur

le Mont TOMBE.