Sur la voie glorieuse/La petite ville de France

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Librairie ancienne Édouard Champion (p. 51-53).


LA PETITE VILLE DE FRANCE


Du haut d’une colline, nous découvrîmes une petite ville. Peu importe son nom : c’était une ville de France paisiblement assise dans le creux d’un vallon. Elle était charmante avec ses toits pointus, ses rues tortueuses et le clocher en charpente de son élégante église. Je la contemplai dans une sorte de ravissement. C’est que la vue à vol d’oiseau d’une de nos villes est un spectacle aimable et touchant, où l’âme se plaît. Des pensées humaines montent avec la fumée des toits. Il y en a de tristes, il y en a de gaies, elles se mêlent dans notre souvenir pour inspirer toutes ensemble une tristesse souriante, plus douce que la gaieté.

On songe :

Ces maisons, si petites au soleil, que je puis les cacher toutes en étendant seulement la main, ont pourtant abrité des siècles d’amour et de haine, de plaisir et de souffrances. Elles gardent des secrets terribles et mélancoliques. Elles en savent long sur la vie et la mort. Elles nous diraient des choses à pleurer et à rire, si les pierres parlaient.

Mais les pierres parlent à ceux qui savent les entendre.

La petite ville dit aux Français qui la contemplent du haut de la colline :

« Voyez, je suis vieille, mais je suis belle ; mes enfants pieux ont brodé sur ma robe des tours, des clochers, des pignons dentelés et des beffrois. Je suis une bonne mère ; j’enseigne le travail et tous les arts de la paix, j’exhorte les citoyens à ce mépris du danger qui les rend invincibles. Je nourris mes enfants dans mes bras. Puis, leur tâche faite, ils vont, les uns après les autres, dormir à mes pieds, sous cette herbe où paissent les moutons. Ils passent ; mais je reste pour garder leur souvenir. Je suis leur mémoire. C’est pourquoi ils me doivent tout, car l’homme n’est l’homme que parce qu’il se souvient. Mon manteau a été déchiré et mon sein percé dans les guerres. J’ai reçu des blessures qu’on disait mortelles. Mais j’ai vécu parce que j’ai espéré. Apprenez de moi cette sainte espérance qui sauve la Patrie ».