Tableau historique et pittoresque de Paris/Monuments nouveaux

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MONUMENTS NOUVEAUX


ET RÉPARATIONS AUX ANCIENS MONUMENTS, FAITES DEPUIS 1789.



ÉGLISE DE SAINT-SULPICE.


Cette église doit à la munificence du pasteur qui la gouverne maintenant[1], d’avoir recouvré une partie de son ancienne splendeur, et d’offrir un genre de décoration, dont il n’y a que très peu d’exemples à Paris : ce sont des peintures à fresque exécutées, dans plusieurs de ses chapelles, par plusieurs de nos peintres les plus distingués. Nous donnerons le détail des divers ornements dont elle a été enrichie, en commençant par la description des chapelles.

Deuxième chapelle, à droite en entrant. On la prépare maintenant pour être peinte à fresque.

Troisième chapelle, dite de Saint-Roch. Cette chapelle, peinte à fresque par M. Abel de Pujol, représente, dans le tableau qui est à droite, saint Roch guérissant miraculeusement des malades, dans un hôpital de Rome ; dans le tableau de la gauche, sa mort dans une prison ; dans le plafond, il est enlevé au ciel par des anges, et les quatre pendentifs représentent les quatre principales villes où s’exerça sa charité, Rome, Aquapendente, Plaisance et Cesène ; au fond de la chapelle, un bas-relief couleur d’or offre le convoi du saint, mort à Montpellier en 1327.

L’ordonnance de ces diverses peintures est fort belle ; on y retrouve la correction de dessin et le style élevé de M. Abel de Pujol ; et l’on ne peut reprocher à ce dessin que d’offrir de la maigreur dans un certain nombre de figures ; d’autres sont exemptes de ce défaut.

Quatrième chapelle, dite de Saint-Maurice. Cette chapelle, peinte également à fresque par M. Vinchon, nous montre, dans le tableau de la droite, Saint-Maurice, Exupère, Candide, et les autres héros de la légion thébéenne, qui refusent de sacrifier aux idoles ; le tableau à gauche représente le moment où la légion est entourée et massacrée par les ordres du féroce Maximien ; dans le plafond, des anges apportent des palmes à ces généreux martyrs ; les figures de la Foi, de l’Espérance, de la Charité, de la Constance, ornent les quatre pendentifs ; d’autres groupes d’anges soutiennent des écussons et une guirlande de verdure dont le plafond est entouré.

La statue de saint Maurice, de grandeur naturelle, occupe le fond de la chapelle.

Les compositions de cette chapelle sont d’une belle ordonnance, et les ornements en sont de bon goût.

Le monument de M. Languet de Gergy est dans la cinquième chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste.

À l’entrée de la sacristie, sur deux piédestaux carrés, sont élevées les statues en plâtre de saint Pierre et de saint Jean : la première par M. Pradier, la seconde par M. Petitot. Des inscriptions portent qu’elles ont été données par la Ville à l’église Saint-Sulpice, en 1822.

Sixième chapelle. 1o Deux copies d’apôtres, vus à mi corps, d’après le Valentin ou Michel-Ange de Caravage ; 2o l’esquisse de la coupole de la chapelle de la Vierge.

Septième chapelle, dite de Saint-Fiacre. 1o Un très beau tableau par M. Dejuinne, qui représente le saint refusant la couronne d’Écosse ; 2o la Résurrection de la fille de Jaïre (École de Jouvenet) ; tableau au dessous du médiocre.

Huitième chapelle. Dans une niche sur l’autel, une petite statue de Sainte-Geneviève, d’un style médiocre, mais exécutée avec naïveté et correction.

Neuvième chapelle. Sur l’autel une bonne copie du Saint-Michel de Raphaël ; vis-à-vis, la Samaritaine, bon tableau de l’école de La Hire ou de Le Brun.

Deuxième chapelle, à gauche en entrant. Trois tableaux : 1o Sainte-Perpétue dans sa prison ; 2o saint Vincent faisant une instruction aux orphelins en présence des sœurs de la Charité ; 3o la mort de la Vierge, par Dandré-Bardon. Le premier de ces tableaux est très médiocre, les deux autres sont détestables.

Troisième chapelle. On la peint à fresque en ce moment.

Quatrième chapelle dite de Saint-Vincent de Paule. Cette chapelle, peinte à fresque par M. Guillemot, nous montre, dans le tableau de la droite, le saint assistant Louis XIII à ses derniers moments ; dans celui de la gauche, le moment où il recommande les enfants trouvés à la pitié des dames de charité ; dans les quatre pendentifs, des médaillons en bas-relief de couleur d’or représentent plusieurs actions de sa vie ; dans le plafond, il est enlevé au ciel par des anges.

Il y a, dans ces peintures, le mérite de composition et de dessin qui distingue les ouvrages de M. Guillemot[2].

Cinquième chapelle. Dans cette chapelle, qui est ornée d’une très belle menuiserie, sur le maître-autel, un tableau allégorique représentant la Conversion des nations infidèles par saint François Xavier ; sans nom d’auteur.

Sixième chapelle. Deux tableaux : 1o saint Jean écrivant son Apocalypse ; sans nom d’auteur ; 2o saint François en prière, par Pierre.

Septième chapelle. Un très beau tableau représentant saint Charles Borromée pendant la peste de Milan ; par M. Granger. (Donné par la Ville à l’église de Saint-Sulpice, en 1817).

Huitième chapelle. Deux tableaux ; 1o la Pentecôte ; 2o l’Annonciation ; sans nom d’auteur.

Au dessus des deux portes d’entrée, pratiquées des deux côtés de la chapelle de la Vierge, deux tableaux : 1o l’Annonciation ; sans nom d’auteur ; 2o la Vierge de douleur, bon tableau qui paroît appartenir à l’école de Le Brun.

Au dessus du banc des marguilliers, un tableau représentant l’intérieur de Saint-Sulpice ; sans nom d’auteur ; vis-à-vis, une Vierge tenant l’enfant Jésus entre ses bras ; école de Mignard.

Grand autel. Il est fait en forme de sarcophage antique ; au milieu on a pratiqué une niche recouverte d’une glace, où sont exposées des reliques. Le tabernacle, d’une forme carrée, est décoré, dans ses parties latérales, de colonnes d’ordre corinthien, et supporte une plinthe sur laquelle deux anges sont en adoration devant la croix. Toute cette partie de l’autel est en cuivre doré, et l’ensemble de cette composition est simple et de bon goût.


NOUVEAU SÉMINAIRE SAINT-SULPICE.


Ce monument, achevé depuis peu de temps, borde tout le côté méridional de la nouvelle place Saint-Sulpice. C’est une construction faite avec soin et d’une belle simplicité ; mais elle n’a pas le caractère convenable à sa destination, et ressemble plutôt à une caserne qu’à un séminaire.


PALAIS DU LUXEMBOURG.


Ce palais, ayant été destiné aux séances du Sénat de Buonaparte et ensuite à celles de la Chambre des Pairs, a éprouvé, en raison de cette destination, plusieurs changements dans ses distributions intérieures : à droite, a été pratiqué un grand escalier qui conduit à la salle des séances ; il est décoré de statues représentant quelques uns des généraux et des grands hommes qui ont illustré la France. À gauche et au dessus du rez-de-chaussée, est la galerie des tableaux. Ceux des anciens maîtres qu’elle contenoit ayant été transportés au musée du Louvre, cette galerie est maintenant destinée à recevoir les ouvrages des peintres vivants dont le gouvernement juge à propos de faire l’acquisition ; cette collection de tableaux modernes change souvent d’aspect et pour ainsi dire, à chaque salon, un grand nombre d’ouvrages nouvellement exposés prenant la place des tableaux de l’exposition précédente qui sont alors distribués, ou dans les maisons royales, ou dans les musées des départements.

Ce palais, autrefois obstrué, comme la plupart de nos édifices publics, de bâtisses irrégulières ou de baraques qui y étoient attenantes, est maintenant, des deux côtés, parfaitement isolé au milieu d’un espace symétrique, et fermé de tous côtés par des grilles.


JARDIN DU LUXEMBOURG.


Ce jardin, considéré maintenant comme le plus beau jardin public de l’Europe, sans en excepter celui des Tuileries, qu’il surpasse par l’élégance du dessin et l’heureuse harmonie de toutes ses parties, mérite que nous nous arrêtions un moment sur les changements que le génie de Chalgrin y a opérés, et qui en ont fait, comme par enchantement, ce qu’il est aujourd’hui.

Planté sur un terrain irrégulier, toutes les irrégularités de l’espace dans lequel il est circonscrit se trouvent entièrement perdues dans les parties les plus reculées du bois qui l’environne, et ce bois, élevé en terrasse, vient se dessiner circulairement autour d’un parterre également circulaire dans sa partie centrale, et qui, à partir de la terrasse du château, se prolonge jusqu’à une seconde terrasse, laquelle précède une immense allée percée en face du palais. Cette allée, ouverte sur l’ancien terrain des Chartreux, termine, de ce côté, le jardin, et présente pour perspective le monument de l’Observatoire, dont l’axe s’est trouvé, par le plus heureux des hasards, absolument le même que celui du monument élevé par Desbrosses. Des deux côtés, et dans la partie basse de ce terrain, que l’on a fort élevé au dessus de son niveau, mais seulement sur l’espace où l’allée a été pratiquée, sont des pépinières expérimentales qui dépendent du palais, et sont renfermées dans l’enceinte du jardin.

Le bois symétriquement percé de larges allées, et dont la lisière forme, de tous les côtés, des terrasses en amphithéâtre d’où la vue embrasse tout le jardin, a, pour ces allées, des issues sur toutes les rues qui l’environnent[3], de manière que les promeneurs peuvent y aborder de tous les côtés. Le milieu du parterre, dont les compartiments sont dessinés avec goût et simplicité, est occupé par un grand bassin octogone avec jet d’eau ; des pentes douces en fer à cheval lient cette partie du jardin, à son extrémité méridionale, avec les terrasses sur lesquelles s’élève le bois dont elle est entourée ; les murs de ces terrasses sont revêtus de massifs disposés en talus et revêtus d’un gazon sur lequel on a planté des rosiers qui forment autour du jardin comme une immense ceinture de fleurs. On communique encore du parterre aux terrasses par plusieurs escaliers.

Enfin les deux entrées, du côté de la rue de Vaugirard où se trouve la façade du château, offrent un couvert d’arbres par lequel on arrive à la grande terrasse placée vis-à-vis de la façade opposée. De l’un et de l’autre côté, cette terrasse est accompagnée de deux grands espaces entourés de grillages et remplis de rosiers greffés sur des églantiers, et des espèces les plus rares et les plus variées. Ainsi, de quelque côté qu’on entre dans ce jardin, on y trouve de l’ombrage et les aspects les plus séduisants.

Sur les terrasses et dans la partie circulaire du parterre, on a placé comme ornement un assez grand nombre de statues.


STATUES ET AUTRES ORNEMENTS DU JARDIN DU LUXEMBOURG.


Sur la terrasse, à droite. Sur la terrasse, à gauche.
Vulcain. Flore.
La Pudicité. Mars.
Romain. Guerrier romain.
Cérès. Bacchus.
Bacchus. L’Été.
Méléagre. Vertumne.
L’Été. Mercure.
Guerrier romain. Apollon.
Romain. Bacchus.
Vénus. Vénus.
Cérès. Méléagre.
Le Gladiateur Borghèse. Diane chasseresse.


Autour du parterre. Autour du parterre.
Minerve. Diane.
Junon. Diane.
Vénus. Bacchus.
Flore. Vénus.


Dans le parterre, aux angles des grands tapis de verdure.

Quatre grands vases en marbre, forme de Médicis.

À l’origine des balustrades qui bordent le fer à cheval.

Des groupes d’enfants supportant des cuvettes.

Aux deux extrémités du fer à cheval.

Des copies des lutteurs, d’après les deux groupes antiques de

la galerie de Florence.
Au milieu du tapis de verdure, dans la partie de bois, à droite.

Un grand vase, forme de Médicis.

Dans le carré de rosiers, du même coté.

Une statue de Mercure.

À l’entrée de la grande allée.

Sur deux piédestaux carrés, deux lions en marbre. Les deux portes qui donnent sur les rues de Fleurus et d’Enfer sont ornées des mêmes animaux sculptés en pierre.

Dans la partie du bois qui borde la rue d’Enfer.

Trois statues allégoriques.


La plupart de ces statues sont copiées d’après l’antique. Les meilleures de ces copies sont médiocres, ce qui ne peut choquer dans des figures destinées à l’ornement d’un jardin public ; mais plusieurs d’entre elles offrent des nudités, et ces nudités sont choquantes, même pour l’œil le moins scrupuleux.

Les honnêtes gens s’étonnent avec juste raison que, dans la capitale d’un royaume où la religion chrétienne est du moins reconnue comme religion de l’État, on laisse encore subsister, dans des lieux ouverts à toute une population[4], et dont n’écartent ni le sexe ni l’âge, ces monuments hideux de la licence du paganisme, sur lesquels du moins on jettoit autrefois un voile, lorsque, très imprudemment encore, on les exposoit aux regards de la multitude. Puisqu’on juge à propos de ne point les y soustraire, la pudeur publique exigeroit qu’on leur rendît du moins ce voile, qui en a été arraché pendant les saturnales de la révolution.


THÉATRE-FRANÇOIS.


Ce théâtre, devenu, il y a quelques années, la proie d’un nouvel incendie qui, de même que le premier, en avoit détruit toutes les constructions intérieures, a été très promptement rétabli. La salle, dont la coupe est la même, offre une décoration élégante, exécutée sous la direction et d’après les dessins de M. Lafitte. Dans les compartiments du plafond, disposé en éventail, sont représentées les Muses et autres divinités du paganisme qui président aux beaux arts ; vers l’entablement sont rassemblés, dans des médaillons, les portraits des grands auteurs tragiques, grecs et romains. Les autres parties de cette salle sont richement décorées en arabesques où domine l’or, au milieu d’une grande variété de couleurs. À l’extérieur, le fronton a été remplacé par un attique.

NOUVEAU MARCHÉ SAINT-GERMAIN.


Cette belle construction se compose, dans sa partie principale, d’un grand bâtiment carré-long, qui occupe tout l’espace sur lequel étoit placée autrefois la Foire Saint-Germain. Les deux façades du nord et du midi sont percées chacune de vingt-et-une arcades, dont trois seulement sont ouvertes au milieu, et deux à chacun des angles ; les façades du levant et du couchant, qui n’ont que dix-sept arcades, présentent également trois arcades ouvertes au milieu, et une à chaque angle. Une rue sépare au midi ce bâtiment d’un autre qui sert de boucherie, et se prolonge dans toute la longueur de cette façade méridionale. Il contient aussi vingt-et-une arcades, et présente des ouvertures toutes semblables. Les toits de ces deux constructions sont plats et couverts de tuiles rondes ; des ouvertures pratiquées au dessus de chaque arcade y entretiennent la libre circulation de l’air et y maintiennent la salubrité.

Au milieu de la cour du grand marché a été transportée une fontaine, autrefois placée sur la place Saint-Sulpice, et dont les dimensions étoient hors de proportion, et avec le monument en face duquel elle avoit été élevée, et avec la place immense dont elle devoit faire l’ornement. La composition en est simple et de bon goût : c’est une espèce de cippe carré, orné de quatre bas-reliefs, représentant le Commerce, l’Agriculture, les Sciences et les Arts. Ces bas-reliefs sont dus à M. Espercieux.

Au milieu du bâtiment destiné aux bouchers,


  1. M. Depierre
  2. En examinant ces peintures exécutées par des artistes d’un vrai talent, et qui néanmoins s’y sont montrés au dessous d’eux-mêmes dans tout ce qui touche la pratique de l’art, c’est-à-dire dans la couleur, la touche, l’harmonie, on est porté à croire que ces défauts, qu’on ne retrouve point dans les tableaux qu’ils ont exécutés à l’huile, ne peuvent provenir que d’une connoissance imparfaite du procédé de la fresque, qui ne leur a pas permis de développer ici tout ce qu’ils ont d’habileté de main et de facilité de pinceau ; et ce qui vient à l’appui de cette conjecture, c’est que les galeries du Musée du Louvre contiennent des fresques exécutées par des artistes inférieurs à ceux-ci sous le rapport du style et du dessin, lesquelles cependant offrent, dans l’exécution, ces autres qualités du peintre que l’on cherche vainement dans celles que nous décrivons. La peinture à fresque est encore chez nous à son enfance, et demande de nouveaux efforts et de nouvelles études pour être amenée au point de perfection où l’ont portée les peintres d’Italie.
  3. Les rues de Vaugirard, d’Enfer, de Fleurus et de l’Ouest.
  4. Le jardin des Tuileries offre également, et de toutes parts, les mêmes nudités. On les retrouve encore dans le parc de Versailles et dans d’autres endroits publics. Le jardin du Palais-Royal, où de tels monuments sembleroient moins déplacés qu’ailleurs, n’en avoit point encore : il vient d’en recevoir un, c’est la copie en bronze de l’Apollon du Belvédère.

    Penseroit-on que, dans tels cas, la perfection du travail dût demander grâce pour l’indécence du sujet ? ce seroit là une erreur bien grossière : les yeux du vulgaire ne comprennent rien à cette perfection.