Tao Te King (Stanislas Julien)/Chapitre 18

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Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 63-64).


CHAPITRE XVIII.


Julien tao te king chapitre 18.jpg


大道廢,有仁義;智慧出,有大偽;六親不和,有孝慈;國家昏亂,有忠臣。


Quand la grande Voie (1) eut dépéri, on vit paraître l’humanité et la justice.

Quand la prudence et la perspicacité (2) se furent montrées, on vit naître une grande hypocrisie (3).

Quand les six parents (4) eurent cessé de vivre en bonne harmonie, on vit des actes de piété filiale et d’affection paternelle (5).

Quand les états furent tombés dans le désordre, on vit des sujets fidèles et dévoués (6).


NOTES.


(1) E : Quand la grande Voie était fréquentée, les hommes du peuple ne s’abandonnaient pas les uns les autres. Où était l’humanité ? (c’est-à-dire l’humanité ne se remarquait pas encore.) Les peuples ne s’attaquaient point les uns les autres. Où était la justice ? (c’est-à-dire la justice ne se remarquait pas encore.) Mais, quand le Tao eut dépéri, l’absence de l’affection fit remarquer l’humanité ; l’existence de la désobéissance ou de la révolte fit remarquer la justice (ou l’accomplissement des devoirs des sujets).


(2) C, H : Les mots « prudence et perspicacité » se rapportent à ceux qui gouvernent.


(3) C : Des que la prudence et la perspicacité se furent une fois montrées, il y eut de grandes trahisons sous le masque du dévouement, il y eut de grandes hypocrisies sous le masque de la sincérité.

H : Si ceux qui gouvernent ont recours à la prudence et à la ruse, le peuple suivra leur exemple et emploiera les ressources de son esprit pour violer impunément les lois.


(4) G : Cette expression désigne le père et le fils, les frères aînés et les frères cadets, le mari et la femme.


(5) H : Dans la haute antiquité, les noms de piété filiale et d’affection paternelle étaient inconnus, et cependant ces vertus existaient dans le cœur des pères et des enfants. Mais, quand la voie du siècle eut dépéri, on vit une foule de pères qui manquèrent d’affection pour leurs enfants, et alors on mit en avant l’affection paternelle pour donner l’exemple aux pères ; il y eut beaucoup d’enfants qui manquèrent de piété filiale. C’est pourquoi on mit en avant la piété filiale pour l’enseigner aux enfants de tout l’empire. On voit par là que les noms d’affection paternelle et de piété filiale ont pris naissance dans la désunion et la discorde des parents.


(6) Sou-tseu-yeou : Yao n’a pas manqué de piété filiale, et cependant l’histoire vante uniquement la piété filiale de Chun. C’est qu’Yao n’avait pas un Kou-seou pour père (la méchanceté de Kou-seou fit ressortir la piété filiale de Chun). I-yn et Tcheou-kong n’ont pas manqué de loyauté envers leur souverain, et cependant l’histoire vante uniquement la loyauté de Long-fong et de Pi-kan (la cruauté des empereurs Kie et Tcheou fit ressortir leur vertu).