Tao Te King (Stanislas Julien)/Chapitre 48

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Traduction par Stanislas Julien.
Imprimerie nationale (p. 177-179).


CHAPITRE XLVIII.


Julien tao te king chapitre 48.jpg


為學日益,為道日損。損之又損,以至於無為。無為而無不為。取天下常以無事,及其有事,不足以取天下。


Celui qui se livre à l’étude augmente (1) chaque jour (ses connaissances).

Celui qui se livre au Tao diminue chaque jour (ses passions).

Il les diminue et les diminue (2) sans cesse jusqu’à ce qu’il soit arrivé au non-agir.

Dès qu’il pratique le non-agir (3) il n’y a rien qui lui soit impossible.

C’est toujours par le non-agir que l’on devient le maître de l’empire.

Celui qui aime à agir est incapable de devenir le maître de l’empire (4).


NOTES.


(1) B : Celui qui étudie craint toujours que ses connaissances ne soient incomplètes ; c’est pourquoi il travaille sans relâche pour faire des progrès. Celui qui pratique le Tao craint toujours de ne pouvoir se dégager de ses passions ; c’est pourquoi il s’applique sans relâche à déraciner ses désirs.

(2) E : Le mot sun veut dire « diminuer ses passions et revenir au non-agir. » Les désirs de l’homme sont très-nombreux. Quoiqu’il les diminue chaque jour, il ne peut les détruire promptement ; c’est pourquoi il faut qu’il les diminue sans relâche. Ensuite ses désirs s’épuisent peu à peu, et il parvient au non-agir. Dès qu’il est parvenu au non-agir, il est semblable au Tao. Intérieurement il devient un saint, extérieurement il devient le maître de tout l’empire.


(3) E : L’expression wou-sse 無事 veut dire ici wou-weî 無為 « pratiquer le non-agir. »

H : Celui qui pratique le non-agir est exempt de désirs, Si le roi est exempt de désirs, le peuple se rectifie de lui-même. Lorsque le peuple s’est rectifié de lui-même, l’affection de tout l’empire est acquise au roi. Alors il lui est aussi aisé de bien gouverner l’empire que de regarder dans sa main. On voit par là qu’il suffit de pratiquer le non-agir pour se rendre maître de l’empire.


(4) B : Les hommes de l’empire aiment le repos et la quiétude ; ils abhorrent le trouble et le désordre. Ils se soumettent aux princes justes et humains ; ils abandonnent ceux qui sont violents et cruels. Lorsque le roi se dégage de toute occupation (E : c’est-à-dire lorsqu’il pratique le non-agir), le peuple goûte la paix, et l’empire se soumet à lui. Lorsqu’il se livre à l’action (A), il fatigue et tourmente ses sujets par une foule de règlements, et tout l’empire l’abandonne.

H : Si le roi se livre à l’action, il a des désirs ; s’il a des désirs, le peuple se trouble et s’agite ; si le peuple se trouble et se livre au désordre, le roi perd l’affection du peuple. Cette affection une fois perdue, la multitude l’abandonne et ses parents le fuient. On voit par là qu’en se livrant à l’action on est incapable de devenir le maître de l’empire. Lao tseu a raison de dire (chap. xliii) que peu d’hommes sont en état de comprendre l’utilité du non-agir.

Suivant Ho-chang-kong, le mot thsin (vulgo prendre) signifie ici tchhi « bien gouverner (l’empire). »