100%.png

Textes choisis (Léonard de Vinci, 1907)/Morale

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Traduction par Joséphin Péladan.
Société du Mercure de France (p. 55-72).

III

MORALE


La pire erreur (49-50). — Iniquité originelle (51-52). — Richesse (55). — Sagesse (56-59). — Savoir (60-66). — Patience (70). — L’esprit et le cerveau (75). — Plaisir et douleur, affinités électives (83-84). — L’or (86). — Contre l’homicide (88). — La mode (89). — Sentences (94-126).


49. — La pire erreur des hommes est dans leurs opinions. (C. A. 153, v.)

50. — Rien au monde n’est plus trompeur que notre jugement. (LU. 65.)

51. — Tous les maux qui sont et qui furent, mis en œuvre ensemble, ne satisferaient pas encore le désir de l’âme inique qui est celle de l’homme. Je ne pourrais, même avec beaucoup de temps, décrire sa nature. (ASH. I. 137.)

52. — Comme tu as décrit le roi des animaux — je dirais mieux, le roi des bêtes, car tu en es la plus grande — puisque tu ne les as pas tués alors que tu pouvais donner leurs fils au bénéfice de ta gueule qui a servi de sépulture à tant d’autres animaux.

J’en dirais davantage, s’il m’était permis d’exposer intégralement la vérité. Mais nous ne sortons pas des choses humaines, en appelant une souveraine scélératesse celle qu’on n’observe pas chez les animaux terrestres ; car il ne s’en trouve aucuns qui mangent leur espèce sinon par manque d’instinct. Cela n’arrive que chez les animaux rapaces, comme dans l’espèce léonine, léopards, panthères, loups, chats et semblables, qui parfois dévorent leurs fils.

Mais toi, outre les fils, tu manges le père, la mère, les frères, les amis et cela ne te suffit pas. Tu vas chasser dans les lointaines îles, prenant les autres hommes, et les châtrant tu les fais engraisser et tu les tues pour ta gourmandise. La nature ne produit donc pas assez de végétaux pour te satisfaire, ne peux-tu en les mélangeant faire des plats composés, comme l’écrit Platine et les autres auteurs de gourmandise ? (R. 844.)

53. — Aux ambitieux qui ne se contentent pas du bénéfice de la vie, ni de la beauté du monde, il est imposé pour châtiment, qu’ils ne comprennent pas la vie et restent insensibles à l’utilité et à la beauté de l’univers. (C. A. 91, v.)

54. — La sagesse est fille de l’expérience. (R. 1150.)

55. — Ne cherche pas la richesse qui se peut Page:Textes choisis (Leonardo da Vinci, transl. Péladan, 1907).djvu/71 perdre, la vertu est notre vrai bien et la véritable récompense de son possesseur ; on ne peut la perdre, si on ne l’abandonne ou si la vie ne nous abandonne.

Les marchandises et les richesses matérielles sont possédées avec crainte, car elles abandonnent avec raillerie leur possesseur dès qu’il cesse de les posséder. (ASH. I. 34, v.)

56. — O dormeur, qu’est-ce que le sommeil ? Il ressemble à la mort. Pourquoi donc n’accomplis-tu pas une œuvre, qui te donne, après la mort, un air de vie parfaite, toi qui, vivant te fais, par le sommeil, semblable aux tristes morts ? (G. A. 76, r.)

57. — La vie bien remplie est longue. (T. 34, r.)

Si comme une journée bien remplie donne un bon sommeil, une vie bien employée procure une mort tranquille. (T. 27, r.)

58. — O Temps, consumateur des choses et envieuse vieillesse, tu détruis et consumes tout, peu à peu, avec les dures dents de l’âge, en une mort lente ! Hélène, en se mirant, voyant les rides faites par la vieillesse sur son visage, pleure et pensait en elle-même, qu’elle avait été enlevée deux fois. O Temps, consumateur des choses et envieuse vieillesse par qui tout est consumé ! (C. A. 71, r.)

59. — L’âge, que tu appelles, accourt ; en cachette il trompe autrui. Rien n’est plus rapide que les années ; et qui sème vertu recueille renommée. (C. A. 71, v.)

60. — Naturellement, les hommes bons désirent savoir. (C. A. 119, r.)

61. — L’acquisition de quelque connaissance est toujours utile à l’intellect parce qu’on peut rejeter l’inutile et conserver le bon.

62. — Au reste, on ne peut rien aimer, ni rien haïr, si on ne le connaît pas d’abord. (C. A. 233, r.)

63. — Acquiers dans ta jeunesse de quoi compenser le dam de la vieillesse. Si tu comprends que la vieillesse a pour nourriture la sagesse, tu t’efforceras en tes jeunes années, de façon à ce que les dernières ne manquent pas d’aliment. (C. A. 112, r.)

64. — Cornelius Celsus : « Le souverain bien est la sagesse ; le souverain mal la douleur du corps. » Or, nous sommes composés de deux éléments : âme et corps, dont l’âme est le meilleur et le corps le moindre.

La sagesse naît du meilleur élément et le souverain mal procède du moindre. La meilleure chose de l’âme est la sagesse, comme la pire du corps est la douleur. Donc, si le mal suprême est la douleur physique, la sagesse de l’âme est le souverain bien pour l’homme conscient : il n’y a rien qui puisse lui être comparé. (T. 3, r.)

65. — La connaissance du temps passé et de l’état de la terre sont l’ornement et l’aliment de l’esprit humain. (C. A. 365, v.)

66. — La renommée du riche finit avec sa vie ; on se souvient du trésor mais non du thésauriseur : et bien autre est la gloire de la vertu des mortels que celle de leurs trésors.

Combien d’empereurs et de princes ont passé, dont il ne reste aucun souvenir. Ils n’ont cherché que des États et des richesses, pour laisser une mémoire.

Combien au contraire vécurent pauvres de deniers pour acquérir des vertus : et le désir du vertueux s’est accompli autrement que celui du riche, d’autant que la vertu surpasse la richesse.

Ne vois-tu pas que le trésor n’honore pas son accumulateur, après sa vie, comme fait la science, qui toujours témoigne et proclame son créateur, parce qu’elle est fille de celui qui la généra et non filiâtre comme la pécune. (LU. 65.)

67. — Demetrius avait coutume de dire qu’il n’y a pas de différence entre les paroles et la voix des sots ignorants et les sons et les bruits du ventre qui proviennent de trop de gaz. Il ne parlait pas ainsi sans raison, car il n’estimait pas qu’il fallût faire de différence du côté d’où partait la voix et s’informer si elle venait de la partie inférieure ou de la bouche, car l’une et l’autre sont équivalentes de valeur et de substance, chez certains. (T. 41, v.) Les moyens ne manquent pas pour diviser et mesurer nos misérables jours qui s’exhalent, passent inutilement et sans louange et sans laisser aucune mémoire dans l’esprit des mortels. Donc que notre misérable cours ne se passe pas inutilement. (C. A. 12, r.)

68. — La luxure est une cause de génération.

La gourmandise entretient la vie.

La peur ou la crainte la prolonge.

La douleur est le salut de l’organisme. (ASH. I. 32, v.)

69. — Comme l’animosité met la vie en péril, la peur est une cause de sécurité. (C. A. 117, v.)

70. — La patience fait contre les injures comme les vêtements contre le froid. Si tu multiplies les habits selon l’intensité du froid, ce froid ne pourra te nuire.

Ainsi en face des grandes injures, redouble de patience, et elles ne pourront atteindre ton esprit. (L. A. 117, v.)

71. — Les hommes se lamentent à tort sur la fuite du temps, lui reprochant sa vélocité, ne trouvant pas qu’il offre un espace suffisant ; mais bonne mémoire que la nature a ainsi dotée fait que toute chose depuis longtemps passée paraît présente. (C. A. 76, r.)

72. — Notre jugement n’apprécie pas les choses faites à diverses périodes du temps, ni leur distance relative, parce que ces faits qui ont eu lieu autrefois nous semblent proches et presque actuels ; et beaucoup d’autres circonstances toutes voisines paraissent lointaines, ayant pour antiquité le temps de notre jeunesse.

Ainsi fait l’œil en face de la distance, qui illuminée par le soleil paraît proche, tandis que d’autres espaces plus voisins mais ombrés paraissent éloignés. (C. A. 76, r.)

73. — Voici une chose qu’on repousse d’autant plus qu’on en a besoin : le conseil ; mal volontiers l’écoute à qui il servirait fort bien : savoir l’ignorant.

Voici une autre chose qui vous poursuit d’autant plus qu’on la craint et qu’on la fuit : la misère, qui dans la mesure où tu veux l’éviter, t’accablera, sans te laisser de repos. (C. A. 90, r.)

74. — Quand l’œuvre satisfait le jugement, quel triste signe pour ce jugement et quand l’œuvre l’emporte sur le jugement cela est pire, comme il arrive à ceux qui s’émerveillent d’avoir si bien œuvré. Quand le jugement surpasse l’œuvre, voilà le signe parfait ; si un jeune se trouve en cette disposition, sans doute il deviendra excellent artiste ; ses œuvres seront peu nombreuses, mais pleines de qualités qui arrêteront les hommes admiratifs pour contempler ces perfections. (C. A. 90, r.)

75. — L’esprit retrouve le cerveau qu’il avait quitté et qui, à haute voix, lui tient ce langage :

— O heureux, ô aventureux esprit, où es-tu allé ? Je suis cet homme bien connu de toi. Cela est une conduite de rustre, un sommet d’ingratitude et le comble de tous les vices.

Mais avec des paroles inutilement vous m’accablez ! La somme des péchés se trouve seulement en lui, et si un seul manque, du moins il ne possède aucune bonté et les autres hommes ne sont pas autrement que moi. Et en effet, je conclus ainsi que le mal est notre ennemi, et qu’il serait pire encore qu’il soit notre ami. (R. 1355.)

76. — Qui ne refrène la volupté s’abaisse au rang de la brute. (ASH. I. 119, r.)

77. — O fausse lueur, combien d’autres avant moi, dans les temps passés, tu as misérablement trompés ! Si je voulais voir la lumière, ne devais-je pas apprendre à discerner le soleil du fallacieux éclat du suif qui fume. (C. A. 66, r.)

78. — D’abord, celui qui est privé de mouvement, qui est fatigué de servir manquera du mouvement qui est l’assistance.

Première mort que la fatigue ! Je ne me lasse pas de servir, je ne me lasse pas d’aider.

Toutes les œuvres ne sont pas pour un instant.

Est sujet de carnaval… Sans lassitude…

Les mains où tombent ducats et pierres précieuses ne se lassent jamais de servir, mais ce service est seulement utile, et n’est pas selon notre dessein. Nature, comme moi, dispose naturellement. (ASH. I. 48, v.)

79. — Le bois nourrit le feu qui le consume.

Quand apparaît le soleil qui meurt dans les ténèbres, tu éteins la lampe qui le cachait à ta nécessité et commodité. (ASH. I. 22, v.)

80. — La renommée s’élève au ciel, parce que les choses vertueuses sont amies de Dieu ; l’infamie doit se figurer en bas, parce que toutes ses opérations sont contraires à Dieu, se dirigent vers l’enfer. (ASH. IL 22, v.)

81. — Le plaisir et la douleur peuvent être représentés ensemble et accouplés ; parce que jamais l’un n’est séparé de l’autre. Avec une croupe adossée parce qu’ils sont contraires l’un à l’autre, posés sur un même corps parce qu’ils ont un même fondement, car si le fondement du plaisir est l’effort contre le déplaisir, ce dernier se trouve au fond des joies variées et lascives. On se figure que le roseau dans la main du plaisir est vain et sans force, et sa piqûre est cependant venimeuse. Nous employons le roseau, en Toscane, pour soutenir les lits, cela signifie que là, se font de vains songes et que là se consume une grande partie de la vie et se perd beaucoup de temps utile, surtout le matin où le corps peut donner un nouvel effort, où l’esprit est modéré et reposé ; là encore se prennent beaucoup de vains plaisirs, là encore l’esprit imagine les choses impossibles ; et avec les plaisirs du corps qui sont des raisons de Page:Textes choisis (Leonardo da Vinci, transl. Péladan, 1907).djvu/79 diminuer la vie ; ainsi le roseau convient pour tenir tels fondements. (R. 1196.)

82. — Si tu dis que la vision empêche l’application de la subtile cogitation mentale qui pénètre dans les divines sciences, et que cet inconvénient conduisit un philosophe à se priver de la vue ; je répondrai que l’œil, comme seigneur des sens, fait son office en s’opposant aux conceptions confuses et menteuses qui ne sont pas des sciences, mais des divagations où on discute à grands cris et à grands gestes. Ce philosophe aurait dû se priver de l’ouïe aussi, sans quoi il restait offensé, puisqu’il voulait l’accord où tous les sens se taisent.

Et si tel philosophe se ferma les yeux pour mieux raisonner, pense que cet acte fut la conséquence de sa cervelle et de ses raisonnements, pour que tout leur fît place. Or, ne pouvait-il fermer les yeux, quand il entra en cette frénésie et les tenir clos, jusqu’à ce que cette fureur se calmât ? Mais l’homme était fou et son raisonnement aussi et stupidement il s’aveugla. (LU. 16.)

83. — La partie tend à se réunir à son tout pour finir son imperfection ; l’âme désire rester avec son corps, parce que sans les instruments organiques de ce corps, elle ne peut ni agir, ni sentir. (C. A. 59, r.)

84. — L’amant se meut par la chose aimée ; comme le sens avec le sensible, entre eux ils s’unissent et ne font plus qu’un même objet.

L’œuvre est la première chose qui naît de l’union. Si la chose aimée est vile, l’amant s’avilit. Quand la chose unie convient à son uniteur, il résulte délectation, plaisir et sérénité. Quand l’amant est uni à l’aimé, il se repose. (T. 6. r.)

La chose se reconnaît avec notre intellect, quand la chose mue s’unit avec le moteur. (T. 6, r.)

85. — Venerem observam solam hominibus convenire, titre d’une planche d’anatomie publiée par Uzielli.

86. — Il sortira de l’obscure et ténébreuse terre une chose qui mettra toute l’espèce humaine en grandes inquiétudes, dangers et morts.

A beaucoup qui le chercheront, après bien des peines, l’or donnera du plaisir : mais qui en sera privé, mourra avec souffrance et calamité.

Cela inspirera d’infinies trahisons ; cela poussera les hommes aux assassinats, aux vols et aux perfidies, cela donnera du soupçon à ses partisans, cela enlèvera l’état aux cités libres ; cela ôtera la vie à beaucoup : cela tourmentera les hommes dans leurs arts, par des tromperies et des traîtrises.

O monstrueux élément ! Qu’il serait mieux pour l’homme que tu retournasses en enfer ; par toi les grandes forêts restent désertes de leurs végétations ; par toi une infinité d’animaux perdront la vie (métaux). (C. A. 362, v.)

87. — Il sortira de la caverne rocheuse une chose qui fera, avec sueur, exténuer tous les peuples du monde, avec de grandes inquiétudes, anxiétés, efforts, pour être aidés par lui (or). (C. A. 362, r.)

88. — Et toi, homme, qui considères en mon travail l’œuvre admirable de la nature, tu jugeras toi-même que c’est une chose défendue de la détruire ; or, pense quel crime c’est d’ôter la vie à l’homme, dont la composition te paraît une telle merveille d’art ; pense au respect que tu dois à l’âme qui habite une telle architecture ; et vraiment telle qu’elle est, c’est une chose divine. Aussi, tu laisseras cette âme habiter son œuvre à son plaisir, et tu ne voudras pas que ta colère ou ta malignité détruise une vie, si belle, que ne pas l’estimer, c’est ne pas la mériter.

Enfin, c’est de mauvais gré, crois-le, que l’âme quitte le corps, et crois-le, sa plainte et sa douleur ne sont pas sans raison. (W. An. 22.)

89. — Aux jours de mon enfance je me souviens d’avoir vu les hommes, petits et grands, ayant les extrémités du vêtement découpées en toutes leurs parties, de la cape aux pieds, et sur le côté. Non content de cette belle invention, à cette époque, on découpait encore les dites découpures ; et les capuches, les souliers, les coiffes étaient découpées de cette façon ; des soies sortaient en variées couleurs des principales coutures du vêtement.

Depuis j’ai vu les souliers, les bérets, les escarcelles, même les armes qui se portent pour attaquer, les collets des manteaux, les pointes des vestes, la queue des vêtements, en un effet infini à bafouer ceux qui voulaient paraître beaux, appointés de longues et fines pointes.

Plus tard on commença à augmenter les manches et elles devinrent tellement grandes qu’une seule était plus vaste que la veste ; ensuite on éleva le col tellement que toute la tête y disparut ; puis encore on vint à se déshabiller de telle sorte que les draps ne pouvaient être soutenus par les épaules parce qu’ils ne posaient pas dessus. Après, on allongea les habits de façon que les hommes eussent les bras chargés d’étoffes pour ne pas les fouler au pied. Enfin on vint à un tel excès qu’on se vêtit seulement d’un côté jusqu’au coude et si étroitement qu’on éprouvait un grand supplice et beaucoup crevaient dessous ; et les pieds si serrés que les doigts passaient l’un sur l’autre et se chevauchaient (F. 96. v.)

90. — Tout homme désire faire fortune pour donner aux médecins, destructeurs de la vie.

Pour cela ils doivent être riches. (F. 96. v.)

91. — Les hommes sont dotés par les médecins de maladies qu’ils ne connaissent pas (R. 707).

92. — Tu t’ingénies à conserver la santé, tu y réussiras d’autant plus que tu te garderas des physiciens, parce que leurs remèdes sont de même espèce que l’alchimie qui a produit un aussi grand nombre de traités que la médecine. (Id.)}

93. — Ô nature négligeante, pourquoi te fais-tu partiale, n’agissant pas envers tes fils en pitoyable et bonne mère, mais en très cruelle et implacable marâtre ? Je vois tes fils livrés au service d’autrui, sans bénéfice pour eux, et au lieu de rémunération pour les services rendus, ils en sont payés par un grand martyre ; et leur vie s’écoule au bénéfice de leur tortionnaire (bêtes de somme). (C. A. 143, r.)

94. — Les pires fatigues sont récompensées par la faim, la soif, le malaise, les coups de bâtons et de poings, les jurons et grande vilenie (les ânes). (C. A. 362, r.)

65. — Aucun conseil n’est plus loyal que celui qui se donne sur le navire en péril.

69. — Ne pas prévoir, c’est déjà gémir.

97. — Beauté et utilité ne peuvent-elles être ensemble, comme dans les châteaux et les hommes ?

98. — Si tu avais un corps, la vertu, tu pourrais vivre en ce monde.

99. — La beauté et la brutalité deviennent plus puissantes l’une par l’autre.

100. — O misère de l’homme ! de quoi n’es-tu pas esclave pour de l’argent !

101. — C’est même chose de dire du bien non mérité que de dire du mal de ce qui est bien.

102. — D’une petite cause sort une grande ruine.

103. — La constance n’est pas de commencer, mais de persévérer.

104. — On ne doit rien craindre autant que la méchante renommée : elle naît des vices.

105. — Un vase brisé peut se raccommoder s’il est cru, mais non s’il est cuit.

106. — Le suffrage naît quand l’espérance meurt.

107. — Ce qui est beau n’est pas toujours bon, et en cette erreur, on voit beaux parleurs sans aucune doctrine.

108. — Qui veut s’enrichir en un jour est gêné tout l’an.

109. — Le souvenir des bienfaits est fragile chez l’ingrat.

110. — Reprends l’ami en secret et le loue en public. Demande conseil à qui se corrige lui-même.

111. — Qui craint les périls ne périt pas par eux.

112. — Il y a du mal qui ne me nuit pas et du bien qui ne me réjouit pas non plus.

113. — Qui offense autrui n’est pas en sûreté.

114. — Ne soyons pas dupes du passé.

115. — La sottise est le bouclier du mensonge, comme l’imprévoyance de la pauvreté.

116. — Où est liberté, point de règles.

117. — Les menaces sont les seules armes du menaçant.

118. — La justice appelle la puissance et l’intelligence la volonté et cela ressemble au roi des saluts.

119. — Tu crois en réputation, comme le pain aux mains des enfants.

120. — Qui ne refrène la volupté s’assimile aux bêtes.

121. — Qui pense peu se trompe beaucoup.

122. — Qui ne punit le mal commande qu’il se fasse.

123. — Qui prend le serpent par la queue peut être mordu.

124. — Qui creuse la fosse, la ruine commence.

125. — On conteste plutôt le principe que la conclusion.

126. — Qui n’a pas de crainte aura grand dommage.