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Traité des instruments de martyre et des divers modes de supplice employés par les païens contre les chrétiens/Chapitre VIII

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Traduction par un inconnu, sur les originaux italien et latin.
Charles Carrington (p. 137-150).

CHAPITRE VIII[modifier]

Diverses autres manières dont les saints martyrs étaient torturés par le feu.[modifier]

JOUR après jour, et tout le long du jour, le Demon, prince des Tenebres et Pere du Mensonge, etait occupe a enseigner aux Empereurs idolatres et a leurs ministres de nouvelles manieres au moyen desquelles ils pussent torturer les serviteurs du Christ par des suppliers sans cesse renouveles, et ditlerents des modes deja decrits. Tantot il arrivait que certains d entre eux etaient forces de marcher pieds mis sur un sol convert de charbons embrases; parmi eux furent saint Tiburtius, noble remain et saint Pontianus, tandis que d autres etaient jetes dans le feu pour etre brules. La couronne du martyre fut gagnee de cette facon par saint Polvcarpe, sainte Theodora, sainte Euphrosine, Flavia Domitilla, saint Fructuosus, eveque, sainte Aubonia, vierge et Theophile, vierge tres noble, outre vingt mille Chretiens, dont on nous parle dans la Menoloyie grecque, a la dale du 28 decembre, en ces mots : Jour du jugement des vingt mille saints qui furent martyrises sous 1 empereur Maximin, etant brules a mort a Nicomedie. De plus, sur les instances de Satan, les fideles disciples du Christ etaient parfois brules au corps ou a la tete par des braises embrasees, ou bien on les leur mettait dans la bouche ou les oreilles, ou bien encore les saints martyrs etaient lies sur des

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Fig. XXV
A. — Martyr torturé au moyen de fers rouges sous les aisselles.
B. — Rôti sur des charbons ardents.
C. — Martyr sur lequel on verse de la poix bouillante ou autres substances du même genre.
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Fig. XXVI
Martyr forcé de marcher sur des charbons brûlants tandis qu’on lui verse sur la tête du plomb fondu, de la poix bouillante ou autres substances semblables.
Page:Gallonio - Traité des instruments de martyre.djvu/203 Page:Gallonio - Traité des instruments de martyre.djvu/204 Page:Gallonio - Traité des instruments de martyre.djvu/205 Page:Gallonio - Traité des instruments de martyre.djvu/206 afin qu'ils fussent brûlés en mer ; ils rendaicnt ainsi sainlcment

et joyeusement leur ame indomptable a Dieu, le Createur de toutes choses.

Tous ces faits sont attestés dans les Actes de divers martyrs, le premier mode de torture (lies a des poteaux et brules) dans les Histoires de saint Polvcarpe et saint Tharascus ; le second (atta ches a quatre piquets avec un feu allume au-dessousi dans los Actes de sainte Anastasie, vierge et martyre romaine ; les quatrieme, cinquieme et sixieme (jetes dans des fournaises, des fosses et des tonnes pour y etre brules) dans les Actes des saints Emilianus et Paphnutius, des trdis soeurs Foi, Esperance et Cha- rite, viergeset martyres, des saintes Agnes, ApolloniaetDoroth.ee, vierges et martyres aussi.

Dans l'histoire de la dernière nommée, sainte Dorothée, nous lisons, en ces termes, comment deux soeurs, Christe et Caliste, furent rameneespar ses soins pieux dans le troupeau des disciples de la foi chretienne, dont elles s etaient ecartees : Le (iou- verneur envoya un message a Christe et a Caliste, les priant de se presenter devant lui avec Dorothee et, apres les avoir prises a part, leur demanda si elles avaient reussi a changer les sentiments de Dorothee. Mais, d une seule voix, elles repondirent : Xous etions dans 1 erreur et nous agissions tres mal quand, par crainte du chatiment et d une souffrance passagere, nous avons sacrifie aux idoles et lui avons demande de faire de meme ; mais elle nous a amenees an repentir, afin que nous puissions obtcnir misericorde du Christ. Alors Sapritius (tel etait le nom du Gouverneur) dechira ses vetements et, avec unefureur excessive, ordonna que les deux soaurs, liees ensemble dos a dos, fussent jetees dans une tonne, si elles ne voulaient pas sacrifier

De la septième sorte (emprisonnés dans des chambres, des chasses et des bains et là brûlés et suffoqués) nous trouvons mention dans lesActes des saintes Domna et Théophila, vierges et martyres romaines, Flavia Domitilla, Theodora, Euphrosine et Cécile.

CE QUE SIGNIFIAIT ÊTRE ÉTOUFFÉ DANS UN BAIN SURCHAUFFÉ[modifier]

Nous lisons dans I'Histoire de sainte Cécile, comment elle fut enfermee et etouffee dans un bain chaud. On doit d abord com- prendre que c etait vraiscmblablenient une coutume observee chez les Anciens de mettre a mort les criminels, les coupables ou les Chretiens dans des bains.

Quelquefois on les emprisonnait dans la premiere ou plus chaude chambre des bains, celle que Ton nommait etuve ou Laconicum, afin que, suffoques par la chaleur excessive, ils pussent échanger leur vie contre la mort.

Mainlenant, les anciens Thermes ou bains chauds consistaient en quatre chambres dont la premiere, destinee a provoquer la transpiration, etait appelee etuve ou Laconicum, ou chambre chaude provoquant une abondante transpiration; les autres etaient appelees respectivement chaude, tiede et froide.

Dans la première chambre ou Laconicum (ainsi qu'il est explique ci-dessus) les Saints Martyrs etaientquelquefois mis a mort. Ainsi, dans l'Histoire de sainte Cécile, nous trouvons écrit : « Alors, etant excessivement courrouce, Almachius, le Juge, commanda qu elle fiit ramenee dans sa propre maison et la etoufFee par la chaleur des bains. Mais, quoiqu elle fut enfermee dans 1 air chaud de la chambre des bains, une grande provision de bois ayant ete fournie au-dessous nuit et jour, elle y resta sans rece- voir aucun mal, absolument comme si elle eut ete placee dans la chambre froide, saine et sauvee par la grace de Dieu, tellement que pas ineme la plus petite partie de ses membres ne fut mouillee

par la moindre trace de transpiration. »
Fig. XXVII
Martyrs envoyés en mer sur un vaisseau plein de combustibles auxquels on a mis le feu.
D'après cela, nous voyons que c etait dans le Laconicnm ou

chambre chaude que Ton enfermait ceux que Ton voulait tuer dans les bains. Ainsi Gallenus, ecrivant sur le Laconicnm, dit : En entrant, on sejourne dans 1 air chaud, c est-a-dire dans le Laconicum; ensuite on descend dans un bain d eau chaude. Nous recueillons de plus, dans les Actes de la meme sainte Cecile, que ce Laconicum servait a donner la mort aux coupables en y emprisonnant les gens, hommcs ou femmes, et les y tenant enfermes, tandis que de grandes quantites de combustibles etaient constamment empilees et consumees au-dessous.

Mais nous devons maintenant continuer en considerant les diverses facons par lesquelles les Chretiens etaient brules par les Pa iens au moyen du feu, savoirles huitieme, neuvieme et dixieme modes : attaches avec des cordes saturees d huile, les pieds lies avec du lin trempe dans l'huile, ou attaches dans des bateaux en mer, charges de poix et de resine et nllumes. De toutes ces fagons, nous avons des temoignages dans divers Acics des Saints. De la derniere facon, dans YHistoire de sainte Restituta, vierge et martyre, des huitieme et neuvieme, dans les recits de la pas sion de saint Amphianus et de saint Ursicius. La premiere est rapportee dans le Marlyrologe Romain, le 2 avril, en ces mots : A Caesara, en Palestine, anniversaire de saint Amphianus, le martyr qui, dans la persecution de Maximin, et pour avoir fait des remontrances a Urbain, le Gouverneur, qui avait sacrifie aux idoles, fut cruellement fouette et amerement torture, ses pieds etant enveloppes de lin trempe dans 1 huile, puis allumes, et lui- meme enfin jete a la mer. Ainsi, ayant passe par le feu et 1 eau, il recut enfin la consolation supreme. L autre, saint Ursicius, est commemore dans la Menologie grecquc, le 24 aout : Comme moration du Martyr saint Ursicius qui, sous rempereur Maximin fut denonce a 1 Empereur de la ville de Sibentum, situee en deca d lllyrie. et livre au Gouverneur Aristide. Comme il demeurait ferme et constant dans sa foi, il fut premierement fouette avec violence avec du cuir de taureau, ensuite enroule de cordes de lin trempees dans 1 huile, et lui-meme enduit de sulfure et de resine, il fut allume, et enfm, la sentence de mort fut prononcee et le saint Ursicius fut tue avec une epee par le denonciateur Valens. Ayant ainsi conquis le martyre, il fut mis au tombeau par une pieuse femme nominee Simplice.

DE LA TUNIQUE MORTELLE COMME INSTRUMENT DE MARTYRE[modifier]

Ces formes de torture au moyen desquelles les plus glorieux Martyrs, Amphianus et Ursicius, moururent, sont tres semblables (si nous ne pouvons pas dire qu elles etaient les memes) a un terrible chatiment que les Anciens appelaient la Tunique Mor- telle. C etait une chemise enduite et saturee de substances inflam mables (ainsi que le rapporte Seneque dans ses Epitres) qui, le feu y etant mis, brulaient en produisant une conflagration terrible enveloppant les criminels qui avaient ete accuses d une faute plus grave que d habitude. Tertullien et Caelius parlent tons deux de ce chatiment inflige aux Martyrs Chretiens.

Les Hérétiques, de nos jours, ont appliqué des tortures d'un genre semblable, ainsi qu'il est rapporte dans le Théâtre des Cruautés, à Domitius Hurley, qui avait été cree par le pape Grégoire, treizième du nom, à cause de sa piété singulière et extraordinaire et de l'excellence de sa vie, archevêque de Cashel en Irlande, son pays natal. Accusé d'avoir conféré à quelques enfants le Sacrement de Confirmation, il fut arrêté, et, comme il refusait de renoncer à la foi catholique, il fut soumis, par les Hérétiques en fureur, à la torture de la question. Des jambières remplies d'huile furent mises sur ses jambes, puis il fut attaché solidement

sur un siège de bois, afin qu il ne pût pas se mouvoir, et placé
Fig. XXVIII
A. — Martyr jeté dans une fournaise ardente.
B. — Martyrs placés dans une tonne ou futaille et brûlés.
C. — Martyr placé dans une chambre à laquelle on a mis le feu.
D. — Pieds et mains liés et placé sur un bûcher enflammé.
E. — Attaché à quatre chevilles fixées en terre, un feu brûlant au-dessous.
F. — Lié par des cordes enduites d’huile et consumé par un feu au-dessous de lui.
G. — Jeté dans une fosse remplie de charbons allumés.
H. — Pelle en fer pour attiser le feu.
devant un feu ardent, de sorte que les jambieres etant brulees

par la flamrae ses tibias furent en meme temps consumes de telle facon que, lorsque les Heretiques vinrent pour retirer les jam bieres, ils arracherent en meme temps la peau jusqu aux genoux, laissant seulement les os a nu. Un matin, peu de temps apres, a environ trois on quatre heures, son cou fut mis dans un coulant d osier, afin que son agonie fut plus longue, et il fut pendu. Ainsi il conquit la noble couronne du martyre et son ame s envola au ciel. »

Puisque, en mentionnant la Tunique Mortelle, nous avons parlé des Catholiques etant ainsi soumis a la torture du feu par les mains des Heretiques de notre temps, et, afin de ne pas sembler faire peu de cas des Martyrs de TOrthodoxie qui furent tortures par le feu de diverses manieres, par les plus anciens Heretiques sous les trescrnels empereursConstantius, Valens, Leon 1 Isaurien et Constantin Copronyme, aussi bien que sous les Vandales Ariens, nous citerons quelques exemples tires des Saints Peres on des Histoires de leur vie. Et, en premier lieu, concernant les Catholiques qui furent tortures par le feu sous Constantius, voici ce que dit saint Athanase : Mais tons ceux-ci (c esl-a-dire les Ariens, ennemis de 1 Eglise Orthodoxe) ils les fuyaient comme des meurtriers, des malfaiteurs et des voleurs, attendu qu ils ren- versaient les monasteres et y mettaient le feu pour briiler les moines et detruire leurs habitations Et encore, dans son Apoloyie : Placant les vierges au-dessus de feux ardents, ils s effonjaient de les obligei* a confesser la foi arienne. On peut trouver de plus amples details sur les persecutions du meme genre, auxquelles les Catholiques etaient en but, dans VHisloire de Theodoretus : , Cependant, a Constantinople, les Ariens char- gerent un vaisseau d une compagnie de pieux pretres et le lan- cerenl sur l abime sans voiles ni palans ; puis, embarquant plu- sieurs adherents de leur propre secte sur un autre bateau, ils leur commandèrent de mettre le feu au vaisseau contenant les prêtres. Cela étant fait, les prêtres, après une courte lutte contre le feu et l’eau, furent bientôt plongés dans l’abîme et de cette façon gagnèrent la couronne du martyre. On peut lire un récit semblable dans Sozomen et Socrate dans leurs Histoires Ecclésiastiques, comme aussi dans Victor concernant les Catholiques sous la Persécution vandale : « Ils en tuaient quelques-uns par le fouet, d’autres étaient pendus, d’autres encore brûlés par le feu. Et encore, écrivant sur le martyre de saint Liberatus et de ses compagnons : « Ceci, pourtant, arriva aux oreilles du Tyran qui, fou de colère, ordonne qu’ils soient mis à la torture, mais sans que cela se sache, et qu ils soient chargés de chaînes plus lourdes. De plus, il commande que l’on remplisse un vaisseau d’un monceau de fagots de bois sec, et, toutes les victimes étant solidement liées dedans, qu’on y mette le feu en pleine mer, afin qu’il brûle ... »

Enfin, concernant les Orthodoxes qui furent martyrisés sous Léon ou Constantin Copronyme, le Martyrologe Romain contient ce qui suit, à la date du 29 août : « Anniversaire des saints Hypatius et André. C’étaient deux prêtres qui, à cause du respect qu’ils montraient pour les images saintes, furent massacrés par Léon après qu’on leur eut enduit la barbe de poix et qu’on y eut mis le feu après les avoir fait scalper. La même chose est rapportée le 28 novembre sur saint Etienne le Jeune, qu’on dit avoir enduré le même supplice sous Constantin Copronyme.