Traité des sièges et de l’attaque des places/Éloge du maréchal de Vauban

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feu M. le Prince était dans le parti des Espagnols.

Les premières places fortifiées qu’il vit le firent ingénieur, par l’envie qu’elles lui donnèrent de le devenir. Il se mit à étudier avec ardeur la géométrie, et principalement la trigonométrie et le toisé, et dès l’an 1652 il fut employé aux fortifications de Clermont en Lorraine. La même année il servit au premier siège de Sainte-Menehould, où il fit quelques logemens, et passa une rivière à la nage sous le feu des ennemis pendant l’assaut, action qui lui attira de ses supérieurs beaucoup de louanges et de caresses.

En 1653, il fut pris par un parti français. M. le cardinal Mazarin le crut digne dès-lors qu’il tâchât de l’engager au service du roi, et il n’eut pas de peine à réussir avec un homme, né le plus fidèle sujet du monde. En cette même année, M. de Vauban servit d’ingénieur en second sous le chevalier de Clerville, au second siège de Sainte-Menehould, qui fut reprise par le roi, et ensuite il fut chargé du soin de faire réparer les fortifications de la place.

Dans les années suivantes, il fit les fonctions d’ingénieur aux sièges de Stenay, de Clermont, de Landrecy, de Condé, de Saint-Guilain, de Valenciennes. Il fut dangereusement blessé à Stenay et à Valenciennes, et n"en servit presque pas moins. Il reçut encore trois blessures au siège de Montmédy, en 1657 ; et, comme la Gazette en parla, on apprit dans son pays ce qu’il était devenu ; car, depuis six ans qu’il en était parti, il n’y était point retourné, et n’y avait écrit à personne, et ce fut là la seule manière dont il y donna de ses nouvelles.

M. le maréchal de la Ferté, sous qui il servait alors, et qui l’année précédente lui avait fait présent d’une compagnie dans son régiment, lui en donna encore une dans un autre régiment, pour lui tenir lieu de pension, et lui prédit hautement que si la guerre pouvoit l’épargner, il parviendrait aux premières dignités.

En 1658, il conduisit en chef les attaques des sièges de Gravelines, d’Ypres et d’Oudenarde. M. le cardinal Mazarin, qui n’accordait pas les gratifications sans sujet, lui en donna une assez honnête, et l’accompagna de louanges, qui, selon le caractère de M. de Vauban, le payèrent beaucoup mieux.

Il nous suffit d’avoir représenté avec quelque détail ces premiers commencemens, plus remarquables que le reste dans une vie illustre, quand la vertu, dénuée de tout secours étranger, a eu besoin de se faire jour à elle-même. Désormais M. de Vauban est connu, et son histoire devient une partie de l’histoire de France.

Après la paix des Pyrénées[1], il fut occupé, ou à démolir des places, ou à en construire. Il avait déjà quantité d’idées nouvelles sur l’art de fortifier, peu connu jusque là. Ceux qui l’avaient pratiqué, ou qui en avaient écrit, s’étaient attachés servilement à certaines règles établies, quoique, peu fondées, et à des espèces de superstitions, qui dominent toujours long-temps en chaque genre, et ne disparaissent qu’à l’arrivée de quelque génie supérieur. D’ailleurs, ils n’avaient point vu de sièges, ou n’en avaient pas assez vu ; leurs méthodes de fortifier n’étaient tournées que par rapport à certains cas particuliers qu’ils connaissaient, et ne s’étendaient point à tout le reste. M. de Vauban avait déjà beaucoup vu et avec de bons yeux ; il augmentait sans cesse son expérience par la lecture de tout ce qui avait été écrit sur la guerre ; il sentait en lui ce qui produit les heureuses nouveautés, ou plutôt ce qui force à les produire, et enfin il osa se déclarer inventeur dans une matière si périlleuse, et le fut toujours jusqu’à la fin. Nous n’entrerons point dans le détail de ce qu’il inventa ; il serait trop long, et toutes les places fortes du royaume doivent nous l’épargner.

Quand la guerre recommença en 1667, il eut la principale conduite des sièges, que le roi fit en personne. Sa Majesté voulut bien faire voir qu’il était de sa prudence de s’en assurer ainsi le succès. Il reçut au siège de Douay un coup de mousquet à la joue, dont il a toujours porté la marque. Après le siège de Lille, qu’il prit sous les ordres du Roi en neuf jours de tranchée ouverte, il eut une gratification considérable, beaucoup plus nécessaire pour contenter l’inclination du maître que celle du sujet. Il en a reçu encore, en différentes occasions, un grand nombre, et toujours plus fortes ; mais pour mieux entrer dans son caractère, nous ne parlerons plus de ces sortes de récompenses, qui n’en étaient presque pas pour lui.

Il fut occupé, en 1668, à faire des projets de fortifications pour les places de la Franche-Comté, de Flandre et d’Artois. Le Roi lui donna le gouvernement de la citadelle de Lille, qu’il venait de construire, et ce fut le premier gouvernement de cette nature en France. Il ne l’avait point demandé, et il importe et à la gloire du Roi et à la sienne, que l’on sache que de toutes les grâces qu’il a jamais reçues, il n’en a demandé aucune, à la réserve de celles qui n’étaient pas pour lui. Il est vrai que le nombre en a été si grand, qu’elles épuisaient le droit qu’il avait de demander.

La paix d’Aix-la-Chapelle étant faite[2], il n’en fut pas moins occupé. Il fortifia des places en Flandre, en Artois, en Provence, en Roussillon, ou du moins fit des desseins qui ont été depuis exécutés. Il alla même en Piémont avec M. de Louvois, et donna à M. le duc de Savoie des desseins pour Verue, Verceil et Turin. A son départ, S.A.R. lui fit présent de son portrait enrichi de diamans. Il est le seul homme de guerre pour qui la paix ait toujours été aussi laborieuse que la guerre même.

Quoique son emploi ne l’engageât qu’à travailler à la sûreté des frontières, son amour pour le bien public lui faisait porter ses vues sur les moyens d’augmenter le bonheur du dedans du royaume. Dans tous ses voyages il avait une curiosité dont ceux qui sont en place ne sont communément que trop exempts. Il s’informait avec soin de la valeur des terres, de ce qu’elles rapportaient, de la manière de les cultiver, des facultés des paysans, de leur nombre, de ce qui faisait leur nourriture ordinaire, de ce que leur pouvait valoir en un jour le travail de leurs mains, détails méprisables et abjects en apparence, et qui appartiennent cependant au grand art de gouverner. Il s’occupait ensuite à imaginer ce qui aurait pu rendre le pays meilleur, de grands chemins, des ponts, des navigations nouvelles, projets dont il n’était pas possible qu’il espérât une entière exécution, espèces de songes, si l’on veut, mais qui du moins, comme la plupart des véritables songes, marquaient l’inclination dominante. Je sais tel intendant de province qu’il ne connaissait point, et à qui il a écrit pour le remercier d’un nouvel établissement utile qu’il avait vu en voyageant dans son département. Il devenait le débiteur particulier de quiconque avait obligé le public. La guerre qui commença en 1672, lui fournit une infinité d’occasions glorieuses, surtout dans ce grand nombre de sièges que le Roi fit en personne, et que M. de.Vauban conduisit tous. Ce fut à celui de Mastricht, en 1673, qu’il commença à se servir d’une méthode singulière pour l’attaque des places, qu’il avait imaginée par une longue suite de réflexions, et qu’il a depuis toujours pratiquée. Jusque-là, il n’avait fait que suivre avec plus d’adresse et de conduite les règles déjà établies ; mais alors il en suivit d’inconnues, et fit changer de face à cette importante partie de la guerre. Les fameuses parallèles, ou les places d’armes, parurent au jour ; depuis ce temps, il a toujours inventé sur ce sujet, tantôt les cavaliers de tranchée, tantôt un nouvel usage des sapes et des demi-sapes, tantôt les batteries à ricochet, et par là il avait porté son art à une telle perfection, que le plus souvent, ce qu’on n’aurait jamais osé espérer, devant les places les mieux défendues il ne perdait pas plus de monde que les assiégés.

C’était là son but principal, la conservation des hommes ; non-seulement l’intérêt de la guerre, mais aussi son humanité naturelle, les lui rendait chers. Il leur sacrifiait toujours l’éclat d’une conquête plus prompte et une gloire assez capable de séduire, et, ce qui est encore plus difficile, quelquefois il résistait en leur faveur à l’impatience des généraux, et s’exposait aux redoutables discours du courtisan oisif. Aussi les soldats lui obéissaient-ils avec un entier dévouement, moins animés encore par l’extrême confiance qu’ils avaient à sa capacité, que par la certitude et la reconnaissance d’être ménages autant qu’il était possible.

Pendant toute la guerre que la paix de Nimègue termina, sa vie fut une action continuelle et très vive ; former des desseins de sièges, conduire tous ceux qui furent faits, du moins dès qu’ils étaient de quelque importance, réparer les places qu’il avait prises, et les rendre plus fortes, visiter toutes les frontières, fortifier tout ce qui pouvait être exposé aux ennemis, se transporter dans toutes les armées, et souvent d’une extrémité du royaume à l’autre.

Il fut fait brigadier d’infanterie en 1674, maréchal-de-camp en 1676, et en 1678 commissaire général des fortifications de France, charge qui vaquait par la mort de M. le chevalier de Clerville. Il se défendit d’abord de l’accepter ; il en craignait ce qui l’aurait fait désirer à tout autre, les grandes relations qu’elle lui donnait avec le ministère. Cependant, le Roi l’obligea d’autorité à prendre la charge, et il faut avouer que, malgré toute sa droiture, il n’eut pas lieu de s’en repentir. La vertu ne laisse pas de réussir quelquefois, mais ce n’est qu’à force de temps et de preuves redoublées.

La paix de Nimègue[3] lui ôta le pénible emploi de prendre des places, mais elle lui en donna un plus grand nombre à fortifier. Il fit le fameux port de Dunkerque, son chef-d’œuvre, et par conséquent celui de son art. Strasbourg et Casal, qui passèrent en 1681 sous le pouvoir du Roi, furent ensuite ses travaux les plus considérables. Outre les grandes et magnifiques fortifications de Strasbourg, il y fit faire, pour la navigation de la Bruche, des écluses dont l’exécution était si difficile, qu’il n’osa la confier à personne, et la dirigea toujours par lui-même.

La guerre recommença en 1683, et lui valut, l’année suivante, la gloire de prendre Luxembourg, qu’on avait cru jusque-là imprenable, et de le prendre avec fort peu de perte. Mais la guerre naissante ayant été étouffée par la trêve de 1684, il reprit ses fonctions de paix, dont les plus brillantes furent l’aqueduc de Maintenon, de nouveaux travaux qui perfectionnèrent le canal de la communication des mers, Mont-Royal et Landau.

Il semble qu’il aurait dû trahir les secrets de son art par la grande quantité d’ouvrages qui sont sortis de ses mains. Aussi a-t-il paru des livres dont le titre promettait la véritable manière de fortifier selon M. de Vauban ; mais il a toujours dit, et il a fait voir par sa pratique, qu’il n’avait point de manière. Chaque place différente lui en fournissait une nouvelle, selon les différentes circonstances de sa grandeur, de sa situation, de son terrain. Les plus difficiles de tous les arts sont ceux dont les objets sont changeans, qui ne permettent point aux esprits bornés l’application commode de certaines règles fixes, et qui demandent à chaque moment les ressources naturelles et imprévues d’un génie heureux.

En 1688, la guerre s’étant rallumée, il fit, sous les ordres de Monseigneur, les sièges de Philisbourg, de Manheim et de Frankendal. Ce grand prince fut si content de ses services, qu’il lui donna quatre pièces de canon à son choix, pour mettre à son château de Bazoches, récompense vraiment militaire, privilège unique, et qui, plus que tout autre, convenait au père de tant de places fortes. La même année, il fut fait lieutenant-général.

L’année suivante, il commanda à Dunkerque, Bergues et Ypres, avec ordre de s’enfermer dans celle de ces places qui serait assiégée ; mais son nom les en préserva.

L’année 1690 fut singulière entre toutes celles de sa vie ; il n’y fit presque rien, parce qu’il avait pris une grande et dangereuse maladie à faire travailler aux fortifications d’Ypres, qui étaient fort en désordre, et à être toujours présent sur les travaux. Mais cette oisiveté, qu’il se serait presque reprochée, finit en 1691 par la prise de Mons, dont le Roi commanda le siège en personne. Il commanda aussi, l’année d’après, celui de Namur, et M. de Vauban le conduisit ; de sorte qu’il prit la place en 30 jours de tranchée ouverte, et n’y perdit que 800 hommes, quoiqu’il s’y fût fait cinq actions de vigueur très-considérables.

Il faut passer par-dessus un grand nombre d’autres exploits, tels que le siège de Charleroy en 1693, la défense de la Basse-Bretagne contre les descentes des ennemis en 1694 et 1695, le siège d’Ath en 1697, et nous hâter de venir à ce qui touche de plus près cette académie. Lorsqu’elle se renouvela, en 1699, elle demanda au Roi M. de Vauban pour être un de ses honoraires, et si la bienséance nous permet de dire qu’une place dans cette compagnie soit la récompense du mérite, après toutes celles qu’il avait reçues du Roi en qualité d’homme de guerre, il fallait qu’il en reçût une d’une société de gens de lettres en qualité de mathématicien. Personne n’avait mieux que lui rappelé du ciel les mathématiques, pour les occuper aux besoins des hommes, et elles avaient pris entre ses mains une utilité aussi glorieuse peut-être que leur plus grande sublimité. De plus, l’académie lui devait une reconnaissance particulière de l’estime qu’il avait toujours eue pour elle ; les avantages solides que le public peut tirer de cet établissement avaient touché l’endroit le plus sensible de son âme.

Comme, après la paix de Riswick[4], il ne fut plus employé qu’à visiter les frontières, à faire le tour du royaume, et à former de nouveaux projets, il eut besoin d’avoir encore quelque autre occupation, et, il se la donna selon son cœur. Il commença à mettre en écrit un prodigieux nombre d’idées qu’il avait sur différens sujets qui regardaient le bien de l’État, non—seulement sur ceux qui lui étaient les plus familiers, tels que les fortifications, le détail des places, la discipline militaire, les campemens, mais encore sur une infinité d’autres matières qu’on aurait crues plus éloignées de son usage, sur la marine, sur la course par mer en temps de guerre, sur les finances même, sur la culture des forêts, sur le commerce, et sur les colonies françaises en Amérique. Une grande passion songe à tout. De toutes ces différentes vues, il a composé douze gros volumes manuscrits, qu’il a intitulés ses Oisivetés. S’il était possible que les idées qu’il y propose s’exécutassent, ses oisivetés seraient plus utiles que tous ses travaux.

La succession d’Espagne ayant fait renaître la guerre, il était à Namur au commencement de l’année 1703, et il y donnait ordre à des réparations nécessaires, lorsqu’il apprit que le Roi l’avait honoré du bâton de maréchal de France. Il s’était opposé lui-même, quelque temps auparavant, à cette suprême élévation, que le Roi lui avait annoncée ; il avait représenté qu’elle empêcherait qu’on ne l’employât avec généraux du même rang, et ferait naître des embarras contraire au bien du service. Il aimait mieux être plus utile et moins récompensé, et, pour suivre son goût, il n’aurait fallu payer ses premiers travaux que par d’autres encore plus nécessaires.


Vers la fin de la même année, il servit, sous monseigneur le duc de Bourgogne, au siège du Vieux-Brisach, place très-considérable, qui fut réduite à capituler au bout de treize jours et demi de tranchée ouverte, et qui ne coûta pas 300 hommes. C’est par ce siège qu’il a fini, et il y fit voir tout ce que pouvait son art, comme s’il eût voulu le résigner alors tout entier entre les mains du prince qu’il avait pour spectateur et pour chef.

Le titre de maréchal de France produisit les inconvéniens qu’il avait prévus ; il demeura deux ans inutile. Je l’ai entendu souvent s’en plaindre ; il protestait que, pour l’intérêt du Roi et de l’État, il aurait foulé aux pieds la dignité avec joie. Il l’aurait fait, et jamais il ne l’eût si bien méritée, jamais même il n’en eût si bien soutenu le véritable éclat.

Il se consolait avec ses savantes Oisivetés. Il n’épargnait aucune dépense pour amasser la quantité infinie d’instructions et de mémoires dont il avait besoin, et il occupait sans cesse un grand nombre de secrétaires, de dessinateurs, de calculateurs et de copistes. Il donna au Roi[5], en 1704, un grand manuscrit qui contenait tout ce qu’il y a de plus fin et de plus secret dans la conduite de l’attaque des places, présent le plus noble qu’un sujet puisse jamais faire à son maître, et que le maître ne pouvait recevoir que de ce seul sujet.

En 1706, après la bataille de Ramillies, M. le maréchal de Vauban fut envoyé pour commander à Dunkerque et sur la côte de Flandre. Il rassura par sa présence les esprits étonnés ; il empêcha la perte d’un pays qu’on voulait noyer pour prévenir le siège de Dunkerque, et le prévint d’ailleurs par un camp retranché qu’il fit entre cette ville et Bergues, de sorte que les ennemis eussent été obligés de faire en même temps l’investiture de Dunkerque, de Bergues et de ce camp, ce qui était absolument impraticable.

Dans cette même campagne, plusieurs de nos places ne s’étant pas défendues comme il aurait souhaité, il voulut défendre par ces conseils toutes celles qui seraient attaquées à l’avenir et commença sur cette matière un ouvrage qu’il destinait au Roi, et qu’il n’a pu finir entièrement[6]. Il mourut le 30 mars 1707, d’une fluxion de poitrine accompagnée d’une grosse fièvre, qui l’emporta en huit jours, quoiqu’il fut d’un tempérament très-robuste et qui semblait lui promettre encore plusieurs années de vie. Il avait 74 ans moins un mois.

Il avait épousé Jeanne d’Aunoy, de la famille des barons d’Epiry en Nivernais, morte avant lui. Il en a laissé deux filles, madame la comtesse de Villebertin[7] et madame la marquise d’Ussé.

Si l’on veut voir toute sa vie militaire en abrégé, il a fait travailler à 300 places anciennes, et en a fait 33 neuves ; il a conduit 53 sièges, dont 30 ont été faits sous les ordres du Roi en personne, ou de Monseigneur, ou de monseigneur le duc de Bourgogne, et les 23 autres sous différens généraux ; il s’est trouvé à 14O actions de vigueur.

Jamais les traits, de la simple nature n’ont été mieux marqués qu’en lui, ni plus exempts de tout mélange étranger. Un sens droit et étendu, qui s’attachait au vrai par une espèce de sympathie, et sentait le faux sans le discuter, lui épargnait les longs circuits par où les autres marchent, et d’ailleurs sa vertu était en quelque sorte un instinct heureux, si prompt qu’il prévenait sa raison. Il méprisait cette politesse superficielle dont le monde se contente, et qui couvre souvent tant de barbarie ; mais sa bonté, son humanité, sa libéralité lui composaient une autre politesse plus rare, qui était toute dans son cœur. Il seyait bien à tant de vertu de négliger des dehors, qui, à la vérité, lui appartiennent naturellement, mais que le vice emprunte avec trop de facilité. Souvent M. le maréchal de Vauban a secouru de sommes assez considérables des officiers qui n’étaient pas en état de soutenir le service, et quand on venait à le savoir, il disait qu’il prétendait leur restituer ce qu’il recevait de trop des bienfaits du Roi. Il en a été comblé pendant tout le cours d’une longue vie, et il a eu la gloire de ne laisser en mourant qu’une fortune médiocre. Il était passionnément attaché au Roi, sujet plein d’une fidélité ardente et zélée, et nullement courtisan ; il aurait infiniment mieux aimé servir que plaire. Personne n’a été si souvent que lui, ni avec tant de courage, l’introducteur de la vérité ; il avait pour elle une passion presque imprudente, et incapable de ménagement. Ses mœurs ont tenu bon contre les dignités les plus brillantes, et n’ont pas même combattu. En un mot, c’était un Romain qu’il semblait que notre siècle eût dérobé aux plus heureux temps de la république.

Sa place d’académicien honoraire a été remplie par M. le maréchal d’Estrées, vice-amiral de France, grand d’Espagne, chevalier des ordres du Roi, gouverneur du comté nantais.



  1. 7 novembre 1659
  2. 2 mai 1668
  3. 1678
  4. 1697
  5. Au duc de Bourgogne.
  6. Le Traité de la Défense des Places
  7. Marquise de Mesgrigny d’Aunay.