Traité des sièges et de l’attaque des places/Avertissement

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AVERTISSEMENT

Composé au commencement de la guerre de la succession d’Espagne, lorsque l’art moderne des sièges n’avait encore fait que peu de progrès chez les puissances étrangères, le Traité de l’Attaque des Places ne devait pas être publié ; l’intention de son illustre auteur, exprimée dans la dédicace au duc de Bourgogne, était même que l’on n’en prît pas de copies. Cependant, suivant l’historien du corps du génie[1], du vivant de Vauban, beaucoup de personnes[2] avaient des copies de ses principaux ouvrages, au nombre desquels on doit compter le Traité de l’Attaque des Places, dont le libraire de Hondt donna la première édition. in-4°, en 1737, à la Haye. Cette édition était belle, accompagnée de grandes planches avec des légendes, comme dans l’exemplaire manuscrit qui nous a servi, et dont nous parlerons. De Hondt donna, en 1742, une nouvelle édition, in-8°, du Traité de l’Attaque des Places, avec de petites planches. Il n’y a point de différences essentielles entre cette édition et la première. Nul doute que de Hondt n’ait eu une copie fidèle, à quelques passages près qui y manquaient sans doute, du chef-d’œuvre de Vauban. Mais les éditeurs se permirent d’y corriger bien des fautes, disent-ils dans leurs préfaces ; de là des erreurs, un texte altéré, une ponctuation fautive en plusieurs endroits ; enfin des planches la plupart défectueuses.

Lorsque l’édition de 1737 parut, M. le comte d’Aunay, maréchal-de-camp et petit-fils de Vauban, forma le projet de donner en France une édition des Traités de l’Attaque et de la Défense des Places, de son aïeul, en faisant des changements et des interpolations dans ces ouvrages. Les deux volumes[3] de l’édition qu’il avait préparée, ont été compris, sous le n° 38, au nombre des propres manuscrits de Vauban, dans différens inventaires. Nous y avons d’abord été trompé ; ce qui a donné lieu à la note de la page 220. Mais M. le marquis Le Peletier Rosanbo, pair de France, dépositaire des manuscrits de Vauban qui furent laissés à M. d’Aunay, (dont la fille unique épousa en 1737 l’aïeul de M. de Rosanbo)[4], ayant bien voulu nous recevoir à sa terre du Ménil, près Mantes, et mettre à notre disposition, avec une extrême obligeance, les manuscrits nécessaires à nos recherches, nous avons trouvé les minutes au net de M. le comte d’Aunay, conformes aux copies cartonnées, cotées 38, une préface de M. d’Aunay, une lettre qu’il écrivit aux maréchaux de France, et la réponse de ces derniers, qui approuvaient son projet ; il n’eut pas d’exécution.

En 1740, des libraires de Leyde imprimèrent in-4° le Mémoire, pour servir d’instruction dans la conduite des sièges, que Vauban avait fait en l669 pour M. de Louvois. Le confondant avec le Traité de l’Attaque des Places, ils l’annoncèrent comme ayant été présenté au roi Louis XIV en 1704. Il peut être curieux de connaître le jugement que Vauban portait de ce premier travail vers cette époque ; voici ce qu’on lit, écrit de sa main, sur le verso de la couverture de l’exemplaire que possède M. le marquis de Rosanbo :

« Cet ouvrage est bon et excellent, mais il demande beaucoup de corrections, et j’ai quantité de bonnes choses à y ajouter. »

« Il fut fait en l’année 1669, à l’instante réquisition de M. de Louvois, qui, n’entendant pas les sièges, avait pour lors grande envie de s’en instruire. Comme je n’eus que six semaines de temps pour y travailler[5], cela a été cause du peu d’ordre qui s’y trouve et de la quantité de fautes dont il est plein. »

Les premiers chapitres, où sont exposées les fautes que l’on commettait alors dans les sièges, renferment des avertissemens que l’on ne doit pas considérer encore comme tout-à fait superflus aujourd’hui. Quelques chapitres ont été transportés dans le Traité de 1704. Quelques idées qui nous semblent bonnes n’ont pas eu la même faveur. L’édition de Leyde, la seule qu’on connaisse, a été retouchée et est incorrecte ; mais, à tout prendre, elle est exacte ; seulement, la seconde partie, qui a pour titre Mémoire pour servir d’instruction dans la Défense des Places, n’est pas dans les exemplaires manuscrits.

L’avis de 1703, sur les attaques de Landau, est, à proprement parler, l’esquisse du Traité de l’Attaque des Places : c’est le même ordre, ce sont les mêmes idées moins développées, quelquefois les mêmes expressions. Deux seules choses y sont relatives à Landau : le choix du front d’attaque, et l’attaque des tours bastionnées telle qu’elle est dans le Traité de 1704.

Revenons maintenant aux éditions les plus connues de ce Traité après celles de de Hondt : savoir, celle de Jombert et celle de Foissac ; elles sont toutes deux tronquées ; il y manque les chapitres sur les mines, que l’on a joints, pour faire un troisième volume, à des fragmens sur le même sujet, attribués à Vauban. Il manque en outre dans celle de Foissac, faite on l’an 3, le chapitre des princes à la tranchée ; mais on y trouve des additions utiles à cette époque, et qui lui donnent encore quelque prix aujourd’hui. Tous ces défauts des anciennes éditions avaient été signalés dès 1805 par M. le chevalier Allent, dans son excellente Histoire du corps du Génie. En octobre 1826, nous sûmes que M. le maréchal-de-camp baron Valazé s’occupait d’une nouvelle édition du Traité de la Défense des Places, revue sur les manuscrits du Dépôt des fortifications. Un an après, nous pensâmes à faire le même travail sur l’attaque des places, avec l’autorisation de Son Excellence le Ministre de la guerre ; et, examen fait des éditions et des manuscrits de cet ouvrage, nous résolûmes de suivre fidèlement le texte du bel exemplaire manuscrit, que possède le Dépôt des fortifications, et qui parait être celui que Vauban présenta au duc de Bourgogne, en 1704.

Cet exemplaire, in-folio, est écrit sur beau papier, est doré sur tranches et relié avec luxe en maroquin rouge. Sur les plats de la couverture sont des filets à fleurs de lis en or qui encadrent les armes de France. Le dos présente sept entre-nerfs, dans l’un desquels, le deuxième, est écrit Traité des Sièges ; dans chacun des autres sont deux L couronnés et quatre fleurs de lis en sautoir. Il est le premier de la série in-folio des manuscrits de Vauban. La dédicace est ornée d’une vignette et signée Vauban. Les divisions de l’ouvrage ne sont pas indiquées autrement que par des titres en lettres capitales, reproduits semblablement dans cette édition. Le nombre des pages est de 623, y compris un Mémoire sur l’artillerie et les sapeurs, également adressé au duc de Bourgogne ; celui des planches est de 31 ; il y a en outre quelques figures dans le texte. Les planches sont faites avec soin et sont placées à la fini des chapitres auxquels elles se rapportent plus particulièrement. L’écriture est la bâtarde ; elle est très-belle et très-lisible. Il y a deux ou trois ratures au plus qui paraissent être de la main de Vauban ; mais plusieurs passages ont été grattés et récrits très-proprement. Un certain nombre de mots et de passages sont écrits en ronde : ils ont été imprimés en italique.

On trouve cependant dans ce manuscrit des fautes que l’on peut faire disparaître sans altérer le texte : un mot mal écrit par le copiste, ou par Vauban, mot dont l’orthographe ou le genre a changé ; quelquefois un mot omis, facile à restituer ; un pluriel pour un singulier, et réciproquement. Dans tous ces cas, nous avons cru devoir faire les corrections nécessaires ; mais nous présentons en regard, à la fin de l’ouvrage, sous le titre : Corrections de l’Editeur, les mots que nous avons changés et ceux que nous avons mis en place. Nous avons respecté les locutions particulières à Vauban : à même temps pour en même temps ; à preuve pour à l’épreuve ; pour lorsque dans quelques cas ; si comme particule affirmative, la manière plus ordinaire, pour la manière la plus ordinaire, etc. La ponctuation du manuscrit laisse beaucoup à désirer ; on trouvera également à la fin le petit nombre de phrases où elle a subi un changement important. Nous avons eu présent, en revoyant cette édition, ce passage de l’éloge de l’auteur par Carnot : « Le choix des mots, l’arrangement des phrases, les répétitions même apportent dans cet ouvrage une modification et un intérêt qu’on ne trouve plus dans les copistes. »

Les notes marginales, au nombre de sept ou huit, distinguées par un V à la fin, étaient dans le manuscrit ; toutes les autres sont plutôt des sommaires que nous avons ajoutés pour aider à faire des recherches dans l’ouvrage. Nous avons mis aussi au bas des pages quelques notes, dont une est tirée du Mémoire de 1669 pour servir d’instruction dans la conduite des sièges, et la plupart des autres de l’Avis de 1705 sur les attaques de Landau[6].

Les planches 2, 4, 12, 13, 14, 15, 21, 23, 25, 27 et



  1. Allent.— Histoire du corps du Génie, Ire, partie, Paris, 1805, page 701.
  2. Le général Bacler Dalbe, reçut à Varsovie, en 1807, d’un colonel polonais, un exemplaire manuscrit du Traité de l’Attaque des Places, qui paraît être (autant que nous avons pu en juger en le parcourant), une des copies les plus fidèles de cet ouvrage. L’écusson aux armes de Mormez de Saint-Hilaire, qui est sur les plats de la couverture, annonce qu’il a appartenu au lieutenant-général d’artillerie de ce nom*, avec qui Vauban a rédigé le Mémoire sur l’artillerie qui paraît pour la première fois à la fin de cette édition. Cet exemplaire appartient actuellement à madame Bacler Dalbe.
    * Note de M. Henin, capitaine d’artillerie.
  3. Ils sont cartonnés et recouverts en papier gauffré. Bibl. Ros.
  4. Les manuscrits échus en partage à M. le marquis d’Ussé, autre petit—fils de Vauban, sont dispersés. M. Dez, professeur de mathématiques à l’École militaire, qui avait beaucoup connu le marquis d’Ussé, et qui est auteur d’une note inédite très-curieuse sur Vauban, possédait en 1784 le manuscrit du Traité de l’Attaque des Places, sur lequel avait été copié l’exemplaire du duc de Bourgogne. Ce manuscrit, envoyé à cette époque à M. de Villelongue, commandant de l’école de Mézières, est perdu. La bibliothèque de l’École d’artillerie et du génie, où nous avions pensé qu’il pourrait se trouver, ne possède que deux copies du Traité de l’Attaque des Places*, dont une est très défectueuse, et l’autre est une copie de l’édition de de Hondt. Le Dépot des fortifications possède aussi une copie de l’édition de de Hondt. Nous ne saurions dire si ces copies sont postérieures ou antérieures à 1737.
    * Note de M. le capitaine du génie Bugnot, à Metz.
  5. M. le comte d’Aunay rapporte dans la préface dont j’ai parlé, que Vauban ne commença le Traité de l’Attaque des Places qu’au retour de la campagne de 1703, et deux mois après il eut l’honneur de le présenter au duc de Bourgogne.
  6. Nous plaçons ici une note sur les grenades à cuiller, dont Vauban parle à la page 143 ; nous là devons à M. le général Bardin, auteur d’un Dictionnaire d’art militaire, ouvrage important, encore inédit.
    « Grenade à cuiller ; sorte de grenades qui différaient de la grenade à main, et par le poids et par la manière d’être lancées.
    « Vauban en parle ; mais les écrivains français qui étaient ses contemporains n’en disent rien, parce que cette mode était surtout espagnole.
    « On se servait de grenades à cuiller pour la défense d’un rempart, d’une brèche, ou quand il fallait s’opposer au passage du fossé.
    « Des enfans perdus ou des grenadiers se plaçaient sur deux rangs ; le premier rang était pourvu d’un instrument de bois de la longueur d’une pelle ordinaire, et de la forme d’une cuiller à pot ; chaque enfant perdu plaçait horizontalement cette cuiller sur son épaule droite, et en tenait le manche à deux mains ; les grenadiers du second rang logeaient la grenade dans le cuilleron de l’instrument, et y mettaient le feu ; les grenadiers tenant la cuiller, la faisaient basculer et lançaient paraboliquement le projectile.
    « Cette méthode avait plusieurs avantages ; ainsi, au lieu de produire des feux de tirailleurs, elle produisait des salves.
    « Si le premier rang était aperçu de l’ennemi, le second rang n’en était pas vu, et même tous les grenadiers pouvaient rester masqués par un épaulement ; il suffisait que le chef ou l’officier de fortune qui les commandait, regardât par—dessus le parapet à quel instant il était à propos d’agir ; alors, il donnait ordre au second rang de placer la grenade, et lui faisait le commandement : allumez l’ampoulette ; à un.