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Traitté de la canicule et des jours caniculaires/05

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TRAITTÉ
DE LA
CANICULE.

CHAPITRE PREMIER.
De la Nature & des qualitez de la Canicule.


ON donne differens noms à la Canicule ; car Hypocrate & les autres Grecs l’appellent Kion, Canis, ou Chien, & diſent que c’eſt une certaine eſtoille reluiſante dans la gueule du chien, laquelle à ſon lever donne l’accroiſſement aux chaleurs de l’Eſté. D’autres la nomment Syrios Canicula, ou Canis minor, Canicule, ou petit chien, qui eſt la plus grande de toutes les eſtoilles fixes, & elle eſt ainſi nommée, à raiſon de la chaleur & de la ſechereſſe, exceſſive, quelle cauſe à ſa naiſſance, ou bien elle eſt ainſi nommée, parce qu’elle répand ſa lumiere comme en baaillant, quaſi hiando, & qu’elle contraint les chiens d’avoir toûjours la gueulle ouverte ou beante, (ore hianti eſſe) à cauſe de la ſoif exceſſive & vehemente dont ils ſont preſſez. Les Anciens prennent le mot Syrios pour toute la Canicule, quoy qu’improprement ; car à proprement parler, comme dit Galien, cette eſtoille eſt ſituée dans la gueule du chien. D’autres enfin appellent la Canicule procyon, anticanis, tant parce qu’elle eſt placée dans la gueule du chien, que parce qu’elle ſe leve devant le chien, environ quinze jours. Quant au mot Latin Canicula, il eſt derivé du mot canis, chien ; de ſorte que cette eſtoille eſt ainſi nommée, parce qu’en ce temps-là les chiens font ſujets à la rage. De tous ces differens noms on peut conclure que les principales qualitez de la Canicule conſiſtent dans la chaleur & dans la ſechereſſe ; ce qui eſt tres-facile de prouver par les effets qu’elle produit, & par les maladies qu’elle cauſe, & qui dependent de la chaleur & de la ſechereſſe, comme je le feray voir dans la ſuite de ce Traitté.


CHAPITRE II.

Du commencement & de la durée de la Canicule.

LEs Anciens au rapport d’Hyginius cõmençoient la Canicule aux plus grandes chaleurs de l’Eſté, le Soleil entrant au premier degré du Lyon, qui eſt le dix-ſept de Iuillet ; c’eſt ainſi qu’en parle Pline, [1] Dans la plus ardente chaleur, commence à paroiſtre la Canicule, lors que le Soleil entre au premier degré du Lyon, qui eſt quinze jours devant les Calandes d’Aouſt, c’eſt à dire le dix-ſept de Juillet : Il s’explique plus clairement en un autre endroit, quand il dit, [2] que le ſeize des Calandes d’Aouſt, procyon, anticanis, ou avant chien, ſe leve (ayant pour avant-coureurs quinze jours devant qu’il ſe leve) le Soleil eſtant au premier degré du Lyon ; ce qui arrive le vingt-troiſiéme jour aprés le Solſtice, qui eſt le vingt-quatre de Iuin. D’autres neantmoins cõmencent ſeulement à ſupputer les jours Caniculaires le vingt-ſixiéme de Iuillet, lors que le chien ardent ou Canicule ſe commance à lever ſous le ſigne du Cancer ; ainſi ſelon la ſupputation des premiers, les jours Caniculaires ont quarante jours de durée ; ſçavoir depuis le dix-ſept Juillet, juſqu’au vingt-ſixiéme Aouſt, & ſelon la ſupputation des autres, ils n’en ont que trente : ſçavoir depuis le dix-ſept de Iuillet, juſqu’au quinze Aouſt. La pluſpart des Aſtrologues commancent les jours Caniculaires le vingt-quatre de Iuillet, trente jours aprés le Solſtice d’Eſté : mais comme à preſent nous ne trouvons ſeulement que vingt-quatre jours depuis le Solſtice, juſqu’au lever de la Canicule ; le Solſtice commençant le vingt-quatre, le lever de la Canicule doit neceſſairement commencer le dix-ſept de Iuillet, & les quinze jours qui les precedent ſeront le ſecond de Iuillet ; & il ſemble que ce ſoit le ſentiment d’Hypocrate, [3] quand il dit dans un de ſes Aphoriſmes, que les medicamens purgatifs ſont faſcheux, avant & durant la Canicule, à cauſe de l’extréme chaleur & ſechereſſe qui regnent en ces temps-là, & qui empeſchent entierement l’effet des remedes : Il faut remarquer avec Pline, que deux jours aprés le lever de la Canicule, il s’éleve un vent Grec appellé Nordeſt, qui ſe renforce durant quarante jours, auquel temps on l’appelle etiſies & ornithies, que ce vent modere la chaleur du Soleil, qui eſt redoublée en ce temp-là par l’ardeur de la Canicule. Il faut encore remarquer qu’il y a des jours que l’on appelle Anticaniculaires, oppoſez aux Caniculaires, & qui arrivent environ le vingt-un Decembre, lors que le Soleil eſt au ſigne du Capricorne, maiſon de Saturne.


CHAPITRE III.

Des lieux où la Canicule eſt plus forte.

QUoy que la Canicule arrive en toutes les parties du monde : Il y a neantmoins des lieux où elle regne avec plus de force ; & comme elle eſt tres-chaude & tres-ſeche, il eſt conſtant qu’elle a plus de force & de vigueur dãs les pays chauds, qu’elle n’en a point ou tres-peu dans les froids, & qu’elle eſt temperée dans les lieux temperez ; ainſi ceux qui habitent ſous la Zone torride, qu’Ariſtote [4] aſſeure eſtre inhabitable, contre le ſentiment commun ; (car les Portugais qui ont voyagé dans ces pays là rapportent que toute la region qui eſt ſous Lequateur, eſt habitée) ſe reſſentent beaucoup de la Canicule ; ce que l’on peut dire des habitans de l’Aſie, de l’Egypte, de l’Ethyopie, de l’Italie, de l’Eſpagne, & autres : quant à la France, à la reſerve de la Provence, du Languedoc, & de la Gaſcogne, elle eſt temperée dans la pluſpart des autres Provinces.


CHAPITRE IV.

Des effets de la Canicule.

CEtte Eſtoille fait aſſez connoiſtre ſon arrivée par les effets qu’elle produit ſur la terre : C’eſt ainſi que Pline en parle ; [5] au lever de la Canicule, la Mer boüillonne, les vins tournent dans les Celliers ; les chiens dans toute cette eſpace tombent dans la rage ; & le grand Hypocrate [6] aſſeure que les purgations ſont dangereuſes, parce que tous les animaux ſont alors dans l’abbattement & la langueur, la bile augmente & devient plus aigre, les pores s’ouvrent pour donner paſſage aux ſueurs ; les pauvres gens qui travaillent à la campagne, & les voyageurs ſouffrent une ſoif qu’ils ont bien de la peine à éteindre ; le vin, ce doux Nectar, ne plaiſt plus à moins qu’il ne ſoit bien trempé d’eau ; on prefere les herbages, les fruits & le lait, quoy que peu s’alubres aux meilleures viandes, & qui ſeroient bien plus profitables ; le bain a des charmes pour tout le monde, & l’on cherche par tout des lieux de rafraichiſſement. Je ne m’eſtonne donc plus ſi les anciens Romains tenoient ces jours ſi dangereux, qu’ils avoient inſtitué une Feſte à l’entrée de la Canicule, ou ils ſacrifioient un chien pour appaiſer ſa fureur. Voila ce me ſemble ce que l’on peut dire en general de la Canicule ; mais comme cette connoiſſance ſeroit inutile, ſi on ne la reduiſoit pas en pratique ; j’ay crû qu’il eſtoit de mon devoir de rapporter dans la ſuite de cét Ouvrage les maladies qui regnent pour lors ; le regime de vivre que les ſains & les malades doivent obſerver, & les remedes qu’il faut employer pour la guériſon des maladies.


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CHAPITRE V.

Des maladies qui arrivent durant la Canicule.


QUoy que toutes les maladies puiſſent arriver en toutes les ſaisons de l’année, il y en a toutefois qui regnent plûtoſt dans un temps que dans un autre ; C’eſt pourquoy Hypocrate[7] dans ſes Aphorifmes, rapporte les maladies qui arrivent en chaque ſaiſon de l’année ; ainſi dans l’Eſté que domine la Canicule, les hommes ſouffrent principalement des fiévres continuës & ardentes, des fiévres tierces, vrayes, des quartes, des vomiſſemens, des flux de ventre, des chaſſies aux yeux, des douleurs d’oreilles, des ulceres dans la bouche, des pourritures des parties genitales & des ſueurs ; on peut adjoûter encore les maladies populaires & la peſte, la migraine, le feu volage, la manie, la phreneſie, la diſſenterie, le vomiſſement de ſang & enfin la rage.

Toutes ces maladies dependent en general d’une même cauſe qui eſt la bile ; laquelle, comme j’ay remarqué, devient en ce temps-là plus copieuſe & plus aiguë ; ainſi la fiévre tierce vraye n’a point d’autre cauſe que cét humeur qui eſt pure, & qui ne reçoit point le mélange, ny de la pituite ny de la mélancholie, comme les tierces fauſſes & les doubles tierces ; & quoy que la diete extréme, les alimens chauds & faciles à ſe corrompre ; le vin pur & fort, les exercices violens ſervent beaucoup à augmenter la bile ; il eſt conſtant que la Canicule en augmente la force & la violence ; auſſi les Symptomes qui l’accompagnent en donnent des marques évidentes, car les malades ſouffrent une chaleur exceſſive, leur reſpiration eſt grande, frequente & difficile, ils ſe mettent en toutes ſortes de poſtures pour trouver du rafraichiſſement ; ils ne ſont jamais en repos ; ils ſont tourmentez d’une ſoif qu’on ne peut éteindre ; ils reſſentent une grande amertume de bouche, leur langue eſt rude ; ils n’ont point de gouſt ; ils ſe mettent aiſément en colere ; ils ne dorment point, & ils ſouffrent une douleur de teſte inſupportable ; les fiévres tierces continuës, & qui ont des redoublemens de deux jours, l’un reçoivent la meſme cauſe, & ſont à peu prés accompagnez des meſmes Symptomes ; mais ſur tout les fiévres ardentes ſont beaucoup en regne en cette ſaiſon, parce que la bile eſt rendue plus acre, non ſeulement par le travail exceſſif, par la ſoif que l’on peut ſouffrir, par le vin pur que l’on boit quelquefois, par l’uſage des alimens ſalés & acres, par la trop frequente compagnie des femmes, par l’inſomnie, & par les violentes paſſions de l’ame, mais davantage par le lever de la Canicule qui échauffe & deſſeche, qui augmente & enflamme la bile ; auſſi ceux qui ſont malheureuſement travaillez de ces fiévres, reſſentent une chaleur qui les brûle & qui les conſomme ; ils ſont toûjours alterez, & rien ne peut éteindre leur ſoif ; ils ont un degouſt de toutes choſes ; l’acrimonie de la bile leur ronge le ventre ; les fumées acres & aduſtes qui ſont portées des parties baſſes, rendent leur langue aride, aſpre & noire ; la bile jaune qui imbibe la tunique de l’eſtomach leur cauſe amertume de bouche, leur poulx eſt tres-frequent, & leur refpiration malaiſée ; enfin ils reſſentent une douleur de teſte violente, prefque toûjours accompagnée de délire. Quant à la fiévre quarte[8], elle arrive rarement pour lors ; & quand elle arrive, elle provient d’une bile brûlée, qui eſt ſouvent l’effet de la Canicule, elle n’eſt pas meſme de durée, parce que les pores eſtans ouverts, l’humeur qui eſt ſubtile s’écoûle par la tranſpiration. Le vomiſſement de bile ou cholera morbus, le flux de ventre ſont encore cauſés par l’abondance & l’acrimonie de la bile ; l’inflammation ſeche des yeux eſt un effet de la chaleur qui fond les humeurs dont la teſte eſt remplie. Les douleurs d’oreilles, les ulceres de la bouche, les pourritures des parties genitales, les douleurs de teſte, le delire, & la phreneſie dependent des vapeurs chaudes & bilieuſes, excitées principalement durant la Canicule ; mais la maladie qui eſt beaucoup en regne, c’eſt la rage que les Grecs appellent Hydrophobie, parce que ceux qui en ſont malheureuſement attaquez, craignent extrémement l’eau.

Le chien qui de ſon propre temperemment eſt chaud & ſec, eſt de tous les animaux le plus ſujet à cette cruelle maladie, principalement durant la Canicule ; & comme il eſt domeſtique & familier à l’homme, s’il le touche il ne manque jamais de le bleſſer, & ſa ſalive qui vient de la morſure à quelque choſe de ſi venimeux, que Galien aſſeure qu’elle eſt ſeule ſuffiſante à produire la rage ; ce venin penétrant interieurement, infecte par ſa contagion les eſprits, les humeurs, & la ſubſtance des parties ſolides ; ce qu’il fait ſi lentement, que celuy qui eſt mordu ne s’apperçoit pas d’eſtre malade avant le vingt ou quarantiéme jour ; durant tout ce temps il ſemble eſtre ſans fiévre, & croit ſe bien porter, quoy qu’il ſoit beaucoup menacé du danger ; enfin les parties ſolides ſouffrans une avidité & une ſechereſſe extréme, tombe dans l’hydrophobie, c’eſt à dire dans un eſtat ſi deplorable, qu’il eſt à meſme temps tourmenté & de la ſoif & de la crainte de l’eau ; & il y a une ſi grande anthipathie de ce venin avec l’eau, que le ſeul regard eſt capable d’avancer la rage, & d’en augmenter ſa violence, & le malade a tant d’horreur pour l’eau, que ſi on luy en preſente auſſitoft il tremble, la ſueur le prend, & il tombe dans le delire & dans la deffaillance ; il choiſiroit volontiers la mort plûtoft que de goûter une ſeule goûte d’eau, ou même de s’en laver. Les Anciens ont penſé que la cauſe de cette averſion doit eſtre rapportée à l’image d’un chien qui a mordu, & que le malade s’imagine voir dans l’eau ; mais j’eſtime que ce n’eſt point la veritable cauſe, & qu’elle nous eſt inconnue, parce que ſi la playe eſt lavée d’eau, elle rend la morſure incurable. Les accés retournent avec fiévre, rougeur du visage, & de tout le corps, & diſtention des nerfs, & ſe terminent avec une ſueur froide & reſolution des forces. Si l’on n’a ſoin de lier le malade durant l’accés, la furie le ſaiſit, il abboye à la façon des chiens ; il ſe jette ſur les paſſans ; l’accés eſtant paſſé, il connoiſt ſa miſere & la deplore. Voila quelle eſt cette cruelle & funeſte maladie, dont j’expliqueray les remedes apres avoir parlé du regime de vivre.


CHAPITRE VI.

Du regime de vivre des ſains durant la Canicule.

QUoy que j’aye, ce me ſemble, aſſez bien expliqué dans mes regles de la ſanté le regime de vivre des ſains durant l’Eſté, ſans uſer davantage de redite, je ne laiſſeray pas neantmoins d’examiner & de reſoudre les queſtions ſuivantes ; s’il faut beaucoup ou peu manger durant la Canicule ; de quels alimens on doit particulierement uſer ſur tout pour ce qui regarde les herbages, les fruits & le lait ; s’il faut boire de l’eau pure, au contraire s’il faut boire le vin pur ; s’il eſt permis de boire à la glace ; s’il faut dormir beaucoup ; s’il faut travailler & s’exercer beaucoup ; ſi la trop frequente compagnie des femmes à l’égard de ceux à qui elle eſt permiſe, n’eſt point dangereuſe ; ſi le bain eſt utile ; ſi les eaux minerales ſont profitables, & s’il faut beaucoup ou peu manger.

Hypocrate[9] dans un de ſes Aphoriſmes & l’Ecole de Salerne,[10] ſemblent d’abord reſoudre cette queſtion ; c’eſt ainſi que parle Hypocrate æſtate cibos difficillime ſerunt ; on ſupporte mal-aiſément la nourriture durant l’Eſté ; & voicy les termes de l’Ecole de Salerne, calor æſtatis dapibus nocet immoderatis : ce qui ſignifie à peu près la même choſe. Ces authoritez ſont appuyez de la raiſon, & confirmez par l’experience : car la chaleur naturelle étant affoiblie par la continuelle tranſpiration, & par la chaleur de la Canicule, ne peut travailler à la coction des alimens : de ſorte que ſi l’on mange beaucoup en ce tems-là, les viandes demeureront ſans eſtre digerées dans l’eſtomach, & eſtans portées toutes cruës dans les veines, fourniront de matiere à une infinité de maladies ; il faut donc, comme dit Galien, manger ſouvent & peu à la fois ; en un mot regler la maniere de vivre ſelon le temperament, l’aage, la force, ou la foibleſſe de la chaleur. Ce n’eſt pas ſeulement la raiſon qui peut nous convaincre de cette verité, mais l’experience même ; car il eſt conſtant que durant les gran-chaleurs de l’Eſté on n’a pas d’appetit. Quant aux alimens dont il faut particulierement uſer, on doit choisir ceux qui rafraichiſſent & qui humectent ; de ſorte qu’on doit preferer le potage & les viandes boüillies aux roſties ; on peut manger des herbages & des fruits pour ſe rafraichir, mais peu & avec moderation ; entre les herbages, ſoit qu’on en uſe dans le potage & dans les ſalades, on peut choiſir la laictuë, le pourpier, la chicorée, tant ſimple, que ſauvage, & le concombre dans le potage ſeulement, & tres-rarement en ſalade, parce qu’il amaſſe un mauvais ſuc dans les veines, & cauſe ſouvent les fiévres malignes ; l’ozeille ſur tout la ronde qui appaiſe la ſoif, adoucit le boüillonnement de la bile & reſiſte à la pourriture ; entre les fruits, les meilleurs & les plus agréables au gouſt, & qui incommodent le moins quand on en mange avec diſcretion, ſont les ceriſes aigres, les citrons qui par experience reſiſtent aux venins, & eſteignent l’ardeur des fiévres en reprimant la bile, les fraiſes & les framboiſes, les grenades aigres, les groiſelles rouges que les Orientaux appellent le bezoard de la France, les limons, les oranges, les prunes de damas & les prunelles ; entre les chairs des quadrupedes & des oyſeaux, celles d’agneau, de chevreau, de veau & les poulets ſont à mon advis les plus ſalubres ; Je paſſe ſous le ſilence beaucoup d’autres, parce qu’en ayant expliqué les facultez dans la table de ſanté on peut y avoir recours ; quant au lait & au fromage frais, pour leſquels tout le monde a bien du penchant, on en peut quelquefois uſer quand on ſe ſent beaucoup échauffé, ſur tout le lait clair eſt merveilleux pour bien rafraichir.

S’il faut boire de l’eau pure. Quoy que l’eau pure & durant l’ardeur de la Canicule ſoit deſirée de tout le monde, puisqu’elle eſt ſeule capable de puiſſamment rafraichir & d’eſteindre la ſoif violente que ſouffrent principalement les gens de travail & les Voyageurs qui la boivent avec avidité, & qui ſemblent n’en eſtre jamais raſſaſiez : Ie ſuis perſuadé toutefois, qu’à l’exception des jeunes gens bilieux & extraordinairement échauffez, on ne la doit point boire pure, car elle refroidie l’eſtomach, produit des ventoſitez, empeſche que la coction ne ſe faſſe bien, bleſſe les parties ſolides & nerveuſes, bouche les vaiſſeaux, retient les humeurs groſſieres, & ſouvente fois eſteint la chaleur naturelle, & par conſequent la vie, comme je l’ay veu par experience en un Gentilhomme du Bas Poictou de mes amis, aagé environ de trente-cinq ans, qui eſtant échauffé de la Chaſſe, but dans la maiſon d’un payſan une ſi grande quantité d’eau fraiche, qu’il mourut une heure aprés. Il faut dõc, ſi l’õ m’en veut croire, meſler un peu de bon vin dans l’eau, chacun ſelon ſa coûtume, ſon temperament, ſon aage & ſon travail.

S’il faut boire le vin pur : Si je ne conſeille pas de boire l’eau pure, je ne ſuis pas d’avis non plus que l’on boive le vin pur, puiſqu’il n’eſt pas moins dangereux. Si le vin trempé à proportion de la force & de l’eſtat des perſonnes facilite la coction, recrée les forces, ouvre les pores, ayde la nature à vuider les excremens du corps, tempere la bile, la pouſſe par les vrines, adoucit l’humeur atrabilaire, réjoüit le cœur, donne au viſage une couleur vermeille, repare les eſprits épuiſez, augmente la chaleur naturelle, nourrit le corps & fortifie toutes les facultez. Si on le boit pur, ſur tout ſi c’eſt un vin fort & genereux, il produira des effets tout contraires, il augmentera la chaleur eſtrangere, aigrira la bile, cauſera des amertumes de bouche, fournira de matiere aux fiévres bilieuſes, intermittentes, continuës & ardentes, en augmentant la bile & la rendant plus farouche, au vertige, en rempliſſant la teſte de vapeurs aux tremblemens, en bleſſant les nerfs, aux veilles, & quand les vins ſont fumeux, au delire, à la phreneſie, à la manie, en augmentant & aiguiſant la bile, enflammant & deſſechant le cerveau, à la pleureſie, à l’inflammation des poulmons, & à une infinité d’autres que je paſſe ſous le ſilence : Il faut donc aprés cela conclure qu’il ne faut pas boire le vin pur durant la Canicule, mais qu’il le faut tremper, ayant égard à la force ou petiteſſe du vin ; car les vins aqueux n’ont pas beſoin de beaucoup d’eau, mais les fumeux doivent eſtre beaucoup trempez ; il faut auſſi conſiderer l’aage, car les jeunes gens doivent mettre les trois parts d’eau & plus ; ceux qui ſont dans l’aage de conſiſtance le doivent tremper de la moitié ; & pour les vieillards & gens de travail, il ſuffit de mettre une partie d’eau ſur trois parties de vin ; ceux qui ne ſont pas accouſtumez au vin peuvent boire de la ptiſane, de la limonade, ou meſler dans l’eau le ſuc de ceriſes ou de groiſelles rouges.

S’il faut boire à la glace. Si nous conſultons les voluptueux, qui ne recherchent que le plaiſir des ſens ; il faut boire à la glace ; mais ſi nous conſultons les Sages qui ayment leur ſanté, nous nous en donnerons bien de garde. Hypocrate[11] le plus éclairé de tous les Medecins nous apprend dans un de ſes Aphoriſmes, que tout ce qui eſt froid, comme la neige & la glace, eſt ennemy de la poitrine, excite la toux, ou de ſoy quand par ſa ſimple qualité elle refroidit par excés les inſtrumens qui ſervent à la reſpiration, ou par accident, quand elle cauſe le rhume, dont la toux eſt la ſuite, elle fait couler le ſang avec abondance, en rompant les vaiſſeaux ; c’eſt pourquoy Galien dit que le froid reſſerre les veines, les endurcit & ronge leurs tuniques ; outre cela elle cauſe le flux de ventre, & dans le declin de l’âge, la goutte, la colique, la paralyſie, la convulſion & le tremblement ; mais comme il eſt bien mal-aiſé de rompre une coutume ſi envieillie, je conſens que l’on boive quelquefois à la glace, pourveu que l’on ſuive ces conditions. 1. Que la perſonne ne ſoit pas trop avancée en aage, & que ſon temperament ſoit tres-chaud. 2. Que la glace ſoit tirée des eaux bien pures & non corrompues. Et troiſiémement, que l’on ne boive jamais immediatement aprés le travail, ou quelque exercice violent, comme de la Chaſſe ou de la paulme, ou aprés s’eſtre amuſé indiſcrettement à la compagnie des femmes, car en ces rencontres-là il faut être du temps ſans boire, & ſe tenir en repos, & même boire le vin plus pur qu’à l’ordinaire : S’il y a des perſonnes qui ne ſont pas accoutumez à l’uſage du vin, ils peuvent aprés le travail, ou l’exercice, ou en voyageant, aprés s’eſtre repoſez quelque temps, meſler une cueillerée de vinaigre dans un grand verre d’eau fraiche, car alors le vinaigre ſervira de vehicule, qui donnera paſſage à l’eau, laquelle rafraichira ſans incommodité, on ne doit pas craindre que le vinaigre meſlé d’une ſi grande quantité d’eau deſſeche par excés, qu’il amaigriſſe, qu’il engendre la mélancholie, qu’il nuiſe aux parties nerveuſes, & qu’il diminue la ſemence ; mais au reſte, ſi cette maniere de breuvage n’agrée pas, on peut mettre une mie de pain dans une éguere pleine d’eau, la battre deux ou trois fois dans une autre éguere, où l’on peut meſler à l’égard des riches une cueillerée de ſuc de ceriſes aigres, ou de groiſelles rouges, ou autant de ſyrop violat, ou de limons, ou aceteux ſelon le gouſt.

S’il faut dormir beaucoup. Le ſomeil & les veilles quand elles paſſent les bornes que la nature a preſcrites, ſont toujours dangereuſes, comme dit Hypocrate ; [12]mais ſi le ſommeil immodéré en quelque temps que ce ſoit apporte beaucoup d’incommoditez, puiſqu’il empeſche la tranſpiration des ſucs cruds & inutils, qu’il retient trop long-temps les excremens vaporeux & groſſiers, qu’il affoiblit la chaleur naturelle, qu’il rend les hommes pareſſeux, qu’il rend la teſte peſante, & qu’il eſt l’origine de toutes les maladies ſoporeuſes ; il eſt conſtant que les veilles exceſſives, principalement au temps de la Canicule, cauſent bien plus de deſordres, puiſqu’elles deſſechent entierement le corps, qu’elles ſont nuiſibles à tous les bilieux, qu’elles abbatent les forces, qu’elles enflamment les eſprits, qu’elles aiguiſent les humeurs ; & comme dit Hypocrate qu’elles ſont voraces, vigilia vorax ; mais comme les differens temperaments demandent differentes regles, il faut conclure que s’il eſt dangereux aux pituiteux de dormir trop, il eſt dangereux aux gens chauds & bilieux de trop veiller ; & ainſi il eſt, ce me ſemble, plus à propos qu’on dorme davantage les jours Caniculaires que dans une autre ſaiſon ; & quoy que l’Ecole de Salerne [13] deffendent étroittement le ſommeil de midy, je le conſeille tres-volontiers aux bilieux, aux gens de travail, & à ceux qui voyagent, perſuadez par leur propre experience qu’ils s’en trouveront toûjours bien.

S’il faut s’exercer & travailler beaucoup ; S’il eſt facile aux puiſſans & aux riches de s’exercer moderement pour la conſervation de leur ſanté ; il eſt bien difficile aux pauvres de ne point travailler ſouvent avec excés, puiſqu’ils ne peuvent ſubſiſter que par le travail ; auſſi on en voit la pluſpart eſtre atraquez de fiévres violentes, de pleureſie, d’inflammation de poitrine, de delire qui ſouvent les conduiſent au tombeau ; quelles regles faut-il donc leur donner pour ne pas tomber dans ces maladies, & n’y pas ſuccomber ; c’eſt à mon avis, (n’eſtans pas dans la puiſſance de faire grande chere,) de manger au moins de bon potage qui les ſoûtienne, de boire le vin un peu pur qui repare les forces épuiſées, & de prendre quelque heure de ſommeil qui les rafraichiſſe. Quant aux riches qu’ils ſe tiennent enfermez durant les grandes chaleurs du jour, qu’ils ne s’exercent point à la paulme ny à la chaſſe, ſi ce n’eſt avec bien de la moderation, & qu’ils paſſent le temps à la promenade, au matin & au ſoir.

Si la trop frequente compagnie des femmes n’eſt point dangereuſe à ceux même à qui elle eſt permiſe : Puiſque ſelon la maxime d’Hypocrate, [14] les évacuations exceſſives ſont dangereuſes, parce que le trop eſt ennemy de la nature. [15] On peut dire que de toutes les évacuations, celles de la ſemence que les hommes verſent par la trop frequente compagnie des femmes, ſurpaſſent en danger toutes les autres, puiſque ſur tout aux jours Caniculaires elles abbattent puiſſamment les forces, épuiſent les eſprits, refroidiſſent le corps eſteignent la chaleur naturelle, & cauſent une infinité de maladies, telles que peuvent eſtre les fièvres chaudes, les ſyncope, l’affoibliſſement de la veuë, les tremblemens, la convulſion, cauſée d’inanition, l’inſomnie & la goutte la plus longue, la plus fâcheuſe & la plus douloureuſe de toutes les maladies, Ie conſeille donc à ceux qui ſont engagez dans le mariage, & en qui la bile domine par excès de s’en abſtenir autant qu’ils pourront, ou au moins d’en uſer avec bien de la modération durant cette chaude ſaiſon, s’ils ne veulent eſtre les homicides d’eux-mêmes ; & ſi les femmes qui ſont la pluſpart inſatiables avoient plus d’amour que de brutalité pour leur époux, ils ne les forceroient pas ſi ſouvent à leur donner un plaiſir imaginaire, & dont la durée n’eſt que d’un moment, au préjudice de leur ſanté & de leur vie. Si le bain eſt utile. Pour reſoudre en deux mots cette queſtion, il faut remarquer qu’il y a deux ſortes de bains, les naturels & les artificiels ; que les artificiels ſont toûjours deſtinez pour la guériſon des maladies, & que les naturels regardent ſeulement ou le plaiſir ou la ſanté ; quant aux artificiels, je me reſerve à en parler dans le régime de vivre des malades ; & pour ce qui regarde les naturels, les uns ſont ſimples, comme ceux de riviere, & les autres ſont doüez d’une qualité manifeſte, & ſont ou ſalés, ou nitreux, ou bitumineux, on alumineux, les ſalés & nitreux deſſechent & amaigriſſent les alumineux, deſſechent en reſſerrant, les ſulphurés échauffent, & les bitumineux ramoliſſent les nerfs & bleſſent les ſens ; les uns & les autres ne conviennent aucunement, au contraire ſont tres-préjudiciables durant la Canicule, qui n’échauffe & ne deſſechent que trop ; il n’y a donc que ceux de riviere qui peuvent eſtre profitables, pourveu qu’on les prenne de grand matin, que l’on ſe tienne en repos dans le bain, & qu’aprés eſtre eſſuyez de linges chaud, on ſe couche pendant quelques heures ; & aprés cela qu’on prenne un bon boüillon ou une couple d’œufs frais, & qu’on boive pardeſſus deux coups de vin moderément trempé ; il faut encore obſerver pour uſer du bain avec profit. 1. Que le corps ſoit déchargé de ſes excremens, de crainte qu’eſtans fondus par le bain, il ne ſurvienne un tremblement ; ainſi il eſt à propos que l’on ſoit purgé ſelon l’ordonnance de ſon Medecin. 2. Qu’il n’y ait point de foibleſſe des parties nobles, ſoit naturelle, ſoit contractée par maladie, de peur que ces parties ne reçoivent les humeurs fonduës par le bain. Qu’enfin, qu’il n’y ait point de cruditez, ſoit des viandes, ſoit des humeurs, de crainte que l’humeur cruë ne cauſe obſtruction au foye, & qu’elle ne ſe décharge ſur tout le corps.

Il ne reſte plus qu’à reſoudre la derniere queſtion touchant les eaux mineralles : ſçavoir de Forge, de ſainte Reyne, de Vichy, de Pougues, de ſaint Mion, de Spa & de Bourbon, comme elles ſont de mêmes qualitez que les bains, dont je viens de parler ; je ne conſeille pas d’en prendre durant la Canicule, mais de s’en ſervir ſeulement aux mois de May & de Septembre pour la guériſon des maladies, à quoy elles font propres & convenables.


CHAPITRE VII.

Du regime des malades durant la Canicule.


APrés avoir expliqué le regime de vivre, que ceux qui ſe portent bien doivent garder pour la conſervation de leur ſanté durant les jours Caniculaires ; Il eſt ce me ſemble à propos d’examiner celuy que l’on doit faire obſerver à ceux qui ſont travaillez de maladies, principalement de celles dont j’ay parlé cy-devant ; ce regime de vivre doit conſiſter dans le bon uſage des choſes que les Medecins appellent non naturelles, comme de l’air, du manger, du boire, du ſommeil, des veilles, du mouvement & du repos, de l’évacuation & retention des excremens, en conſiderant bien la qualité des alimens que l’on doit choiſir, la quantité que l’on en doit prendre, & le temps dans lequel on les doit prendre ; de ſorte que comme preſque toutes les maladies que j’ay rapportées, ſont les effets de la bile, il faut par la loy des contraires que tous les alimens que l’on ordonnera aux malades attaquez de ces maladies, tendent à rafraichir & à temperer cét humeur, ainſi on aura ſoin de placer les malades dans des lieux où l’air ſoit naturellement froid, ou on le rendra tel par artifice, en faiſant arrouſer la chambre d’eau fraîche, ou de vinaigre ou d’eau roſe, & y faiſant répandre des herbes rafraichiſſantes, afin que les malades reſpirent abondamment & avec plaiſir un air pur, & rafraichiſſant, leur nourriture ſera de boüillons rafraichiſſans, préparez avec un bon poulet & le veau, alterez de pourpier, de chicorée de laictuë, & de concombre : quelquefois ſur tout, lors que la maladie eſt longue, quelques œufs frais, un peu d’orge mondé, avec quelques amandes ; cette nourriture doit eſtre d’autant plus eſtroite que la maladie ſera aiguë ; & d’autant plus copieuſe qu’elle ſera moins aiguë ; on leur en donnera peu à la fois & ſouvent, afin que la chaleur agiſſe ſans peine pour la cuire ; car c’eſt en ce rencontre qu’on peut appliquer cét Aphoriſme d’Hypocrate, [16] que j’ay déja rapporté, æſtate cibos difficillime ferunt ; & cét endroit de l’Ecole de Salerne, [17] calor æſtatis dapibus nocet immoderatis. Leur boire ſera de la ptiſane faite avec les racines de chicorée ſauvage, ou de piſſenlis, avec les feüilles de trefle aceteux ou d’ozeilles ronde, ou de limonade, ou bien on meſlera dans de l’eau fraiche une pincée de ſucre, ou une cueillerée de ſyrop, ſoit aceteux, ſoit de violettes, ſoit de limons, ou de l’eſprit de nitre doux, ou de ceriſes ou de fraiſes, ou de groiſelles rouges, depuis ſix, juſqu’à quinze gouttes ; mais je ne ſuis pas d’avis, (peut-eſtre contre le ſentiment de pluſieurs) qu’on faſſe boire au malade de l’eau pure ; car bien qu’elle les rafraichiſſe puiſſamment, elle bleſſe les parties nerveuſes, elle bouche les pores & retient les humeurs groſſieres au dedans, & ainſi empeſche leur tranſpiration, en quoy conſiſte la gueriſon des fiévres ; en un mot en penſant eſteindre la chaleur eſtrangere, on eſteint la naturelle, & à même temps la vie dans le declin de la maladie, ou quand elle eſt longue aux vieilles gens, aux perſonnes de travail, on peut meſler un peu de vin, c’eſt à dire la trois ou quatrième partie, afin de rompre l’acrimonie de la bile, & la pouſſer par les veines, & même pour reſiſter au venin de la rage. On taſchera de leur provoquer un doux & tranquil ſommeil par le moyen des juleps rafraichiſſans ou potions ſomniferes preparez avec les ſucs de laictuë & de nenuphar, avec le ſyrop violat de pavots de chaqu’un demy-once, ou bien avec une decoction de laictuë & d’ozeilles, de ſemences de laictuë & de pourpier, d’une teſte de pavot blanc, de fleurs de nenuphar & de violettes, y meſlant le ſyrop de roſes ſeches & de violettes, de chaque ſorte demy-once, ou par le moyen des frontaux, en cette ſorte on prendra de l’onguent populeum & du cerat rafraichiſſant de chaqu’un une onze, des ſemences de laictuë & de pavot blanc, contuſes de chaque une dragme, des fleurs de nenuphar & de roſes, de chaque une pincée, du ſuc de sólanum demy-once, de l’huile roſat en quantité ſuffiſante pour en former une emplaſtre, dont on en eſtendra une partie entre deux linges, que l’on appliquera ſur le front, ou bien on préparera le frontal avec les conſerves de violettes, de roſes & de nenuphar, que l’on meſlera ſi l’on veut avec l’onguent populeum ; on n’oublira pas les lavemens rafraichiſſans, avec le lait clair, ou une decoction rafraichiſſante ſans miel, ou quelquefois avec celuy de nenuphar. On ſe ſervira de ces remedes dans les fiévres continuës & chaudes, & dans les violentes douleurs de teſte ; mais on s’en abſtiendra dans la rage, où le ſommeil doit eſtre moderé, de crainte qu’il ne retienne le venin au dedans ; quant à l’évacuation des excremens, c’eſt dans les derniers Chapitres que j’en dois parler.


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CHAPITRE VIII.

De l’uſage de la ſaignée durant la Canicule.


On peut dire qu’il n’y a que trois grands remedes dans la Medecine pour la gueriſon des maladies, le regime de vivre, la ſaignée & la purgation. Le regime de vivre, quand il eſt bien reglé, ne ſert pas ſeulement à conſerver les forces des malades ; mais il ſert encore à conſommer & épuiſer les humeurs ſuperflues. La ſaignée, quand elle eſt prudemment faite & dans les conditions qu’elle demande, n’eſt pas moins neceſſaire. Hypocrate & Galien en rapportent pluſieurs, qui ſont la grandeur de la maladie, les forces du malade, l’âge, le temperament, l’habitude, la ſaiſon de l’année & le pays ; il faut donc pour bien ordonner la ſaignée durant la Canicule, examiner toutes ces conditions, principalement dans les maladies dont j’ay parlé ; de ſorte que ſi un jeune homme dans la fleur de ſon âge, en qui le ſang abonde, quoy que la ſaiſon ſemble y eſtre contraire, ſi dis-je il eſt attaqué d’une fiévre continuë & ardente, l’on ne doit point heſiter touchant la ſaignée, & ce ſeroit eſtre coupable de ſa mort, ſi on en uſoit autrement : La ſaignée ainſi pratiquée diminue la plenitude du ſang, oſte la pourriture, éteint la fiévre, rafraichit le corps ; & ainſi, comme dit tres-bien le judicieux Galien ; [18] la nature qui gouverne noſtre corps eſtant ſoulagée & déchargée du fardeau qui l’accable, viendra bien mieux à bout de ce qui reſte ; & par conſequent n’eſtant pas oublieuſe de ſon devoir, elle cuira ce qui eſt diſpoſé à la coction, & vuidera ce qui doit eſtre vuidé : Mais quoy que la ſaignée dans les grandes maladies soit indiſpenſable aux jours Caniculaires, contre l’erreur du vulgaire, qui s’eſt toûjours imaginé que l’on ne la devoit jamais pratiquer dans ces temps là pour quelque ſujet que ce pût eſtre ; il faut neantmoins obſerver quelques regles particulieres pour n’en pas faire un mauvais uſage ; la premiere, que dans les exceſſives chaleurs de la Canicule, elle ne doit pas eſtre ſi ample ny ſi copieuſe que dans une autre ſaiſon, par exemple que dans le printemps, dans lequel ſelon Galien, [19] la ſaignée ſemble eſtre tres-propre, tant à cauſe que cette ſaifon qui eſt chaude & humide, a bien du rapport avec le ſang qui eſt de meſme nature, qui domine principalement en ce temps-là, & qui regorge avec plus d’abondance dans les veines : C’eſt ce qu’aſſeure Hypocrate [20] dans un Aphorisme, quand il dit que c’eſt dans le printemps qu’il faut tirer du ſang, parce qu’alors la ſaignée eſt profitable ; mais il n’en eſt pas de même dans la Canicule, laquelle eſtant tres-chaude & tres-ſeche, eſt rarement convenable, puiſqu’il ſe fait en ce temps-là une grande diſſipation d’eſprits, par le moyen de la chaleur de l’air qui nous environne ; que le corps eſt deſſeché ; que la chaleur naturelle eſt affoiblie, & que les humeurs ſont épuiſées par la chaleur eſtrangere. Si donc la neceſſité engage les Medecins de recourir à la ſaignée, il faut qu’elle ſe faſſe en petite quantité & à diverſes repriſes ; de ſorte que ſi dans une autre ſaiſon on eſt obligé d’employer ce remede huit ou dix fois & plus, deux fois par jour, à la quantité de huit à dix onces chaque fois, il n’en faut tirer que quatre ou cinq fois, une fois le jour, & environ ſix onces à la fois ; car ſi les évacuations extrêmes ſont toûjours dangereuſes dans le ſentiment d’Hypocrate, [21] elles le ſont davantage durant la Canicule. La ſeconde regle que l’on doit obſerver, c’eſt de conſiderer aprés la premiere ſaignée la qualité du ſang ; s’il eſt corrompu, on doit hardiment reïterer la ſaignée autant de fois que la grandeur de la maladie, l’excés de la pourriture, & les forces du malade l’indiqueront, ſur tout ſi la pourriture eſt dans les grands vaiſſeaux ; car ſi elle eſtoit dans les petits vaiſſeaux, il en faudroit uſer autrement, & en venir pluſtoſt à la purgation ; aprés que l’on auroit employé la ſaignée une ou deux fois ; ſi le ſang eſt écumeux, comme il arrive aſſez ſouvent dans les maladies purement bilieuſes, dans les jeunes gens de meſme temperament ; il eſt bon de la reïterer juſqu’à ce que ce grand feu ſoit un peu diminué, & que la pointe de la bile ſoit émouſſée, pourveu que ce ne ſoit pas en trop grande quantité ; ce qui ne ſerviroit qu’à échauffer davantage la bile, ſi enfin le ſang eſt tres-beau, comme on dit ordinairement un ſang de poulet, j’eſtime qu’il s’en faut abſtenir, & qu’il faut recourir à d’autres remedes, ſelon la prudence du Medecin ; car ce ſang ne pechant point dans ſa quantité, il ne peut pas eſtre la cauſe de la maladie ; & eſtant ordinairement ſec & ſans ſeroſitez ; ce qui marque un foye deſſeché, il ſeroit à craindre, ſi on rendoit la ſaignée trop frequente, qu’on ne jettaſt le malade dans l’hydropiſie. La troiſiéme regle qu’il eſt encore à propos de bien obſerver, c’eſt de choiſir le temps propre qui eſt ordinairement le matin & le ſoir, quand on doit ſaigner deux fois le jour, car le matin eſt frais, le Soleil n’eſtant pas encore bien fort, le malade a plus de repos, ce qu’on peut dire pareillement du ſoir : La quatriéme choſe à obſerver, c’eſt qu’en ce temps-là, on ne doit pas faire les ouvertures trop grandes, mais médiocres, pour conſerver & retenir les eſprits. il faut encore obſerver, que dans les fiévres tierces, on ne doit pas tant ſaigner que dans les continuës, le ſiege de la fiévre en celles-cy eſtant dans les grands vaiſfeaux, & dans celle-là hors des vaiſſeaux ; de ſorte que la ſaignée dans les fiévres tierces n’eſt pas abſolument neceſſaire de ſoy, mais ſeulement à raiſon de la plenitude, de la pourriture & des ſymptomes, comme de quelque violente douleur de teſte. On peut dans toutes ces fiévres tirer du ſang au pied, aprés quelques ſaignées du bras ; quand il y a inflammation dans le bas ventre, aſſoupiſſement, tranſport de cerveau, douleur dans les reins, & que les hemorroïdes aux hommes, & les menſtruës aux femmes ſont arreſtées. Dans la rage, ſi le malade eſt ſanguin on fera la ſaignée au bras ou au pied, ſelon les indications qui paroiſtront au Medecin ; mais il faut prendre garde que le malade ne voye pas ſon ſang ; ce qui pourroit redoubler ſon mal. Quant aux autres maladies, comme au vomiſſement & flux de ventre, je ne vois pas que la ſaignée ſoit abſolument neceſſaire ; Galien même la deffend, parce qu’elle abbat les forces, il n’y a que la fiévre qui accompagne le flux, la plethore, & la chaleur du foye qui peuvent l’indiquer, mais toûjours il faut que ce ſoit avec bien de la moderation.


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CHAPITRE IX.

De l’uſage de la purgation durant la Canicule.


La purgation eſt le dernier remede qu’il faut examiner pour achever cét Ouvrage ; mais pour en faire un bon uſage, auſſi bien que du regime de vivre & de la ſaignée, il faut ſoigneuſement conſiderer la nature du medicament dont il faut ſe ſervir pour purger durant la Canicule ; la condition de l’humeur qui doit eſtre purgée, l’eſtat du corps, c’eſt à dire le tempérament du malade, l’âge, l’habitude, la coûtume & les forces, le païs, la ſaiſon de l’année & la conſtitution de l’air, le temps propre, & enfin ce que l’on doit pratiquer aprés la priſe de la purgation. Premierement, il faut conſiderer la nature du medicament. Tous les medicamens purgent les humeurs, ou par le vomiſſement ou par les dejections. Hypocrate [22] ordonne que dans l’Eſté on purge par les parties ſuperieures ; & dans l’hyver, par les parties baſſes, pource que dans l’Eſté la bile s’engendre davantage, & que preſque toutes les maladies donc on eſt travaillé durant la Canicule, viennent de la bile, laquelle ſelon l’interpretation de Philothée eſt renfermée dans l’eſtomach, comme la pituite eſt dans l’hyver contenuë dans les inteſtins ; de ſorte que par cét Aphoriſme, il ſemble que les remedes qui purgent par le vomiſſement ſont preferables à ceux qui purgent par les dejections, leſquelles d’ailleurs ſont plus convenables en hyver ; mais pour ne point faire de faute, il eſt bon de conſiderer, premierement ſi le malade eſt maigre, & s’il vomit ſans peine ; car ſelon le conſeil d’Hypocrate, [23] il eſt à propos de purger par le vomiſſement les perſonnes maigres, naturellement, & qui n’ont pas de peine à vomir ; car ces perſonnes-là eſtant & chaudes ſeches, & par conſequent bilieuſes, doivent eſtre purgées par les parties ſuperieures où tend la nature ; [24] car il eſt de la prudence du Medecin de ſuivre toûjours le mouvement de la nature ; ſi au contraire ces perſonnes-là ſont mediocrement charnuës & vomiſſent avec difficulté, il faut bien ſe donner de garde de les purger par le vomiſſement, [25] de crainte qu’il ne ſe faſſe ruption de veines de la poitrine, mais il les faut purger par les dejections ; on peut dire la meſme choſe des Phletoriques, que le vomiſſement pourroit ſuffoquer, des mélancholiques naturels ; [26] car l’humeur mélancholique eſtant pareſſeuſe, groſſiere & terreſtre, a plus beſoin d’être vuidée par les dejections, que par les vomiſſemens ; il faut enfin exclure du vomiſſement les poulmoniques, dautant que les ulceres des poulmons ſont irritez & augmentez par les branlemens que le vomiſſement excite, [27] & dautant que les inſtrumens qui ſervent à la reſpiration, ſont affaiblis dans les pulmoniques.

Secondement, il faut conſiderer la condition de l’humeur qui doit eſtre purgée ; & comme la bile eſt preſque toujours l’humeur dominante au temps de la Canicule, on choiſira les remedes qui purgent cét humeur, dont il faudra choiſir les plus benins, comme la manne, laquelle eſtant mediocrement chaude & humide, laſche doucement le ventre & purge la bile ſans incommodité ; la caſſe laquelle eſtant chaude & humide au premier degré, convient aux bilieux, aux maladies qui dependent de la chaleur & de la ſechereſſe, à la poitrine, aux reins, ſur tout dans les grandes chaleurs ; les mirabolans qui purgent en reſſerrant, les tamarinds qui eſtant froids & acides repriment l’acrimonie de la bile, les pruneaux, le lait clair, le ſuc de roſes paſles, les fleurs de violettes, de ceriſier, & de peſcher, & le ſyrop violat recent, & entre les mediocres la rubarbe, le diaprun ſimple, le ſyrop de roſes qui purge la bile en fortifiant & en rafraichiſſant, le ſyrop de chicorée ſimple, & le compoſé de rubarbe qui purge la bile en fortifiant les parties nourricieres, le catholicon ſimple & le compoſé dont on ne ſe ſervira point que lors que la bile reçoit le mélange des autres humeurs ; quant aux autres remedes plus forts, comme la ſcammocé preparée à la vapeur de ſouffre, le diaprun compoſé, & l’electuaire de ſuc de roſes qui tire la bile avec trop de violence, à cauſe du diagrede qui entre en ſa compoſition ; je ne conſeille pas d’en uſer, ſi ce n’eſt pour les perſonnes grandement robuſtes, & qui ſont mal-aiſez à purger, non plus que des pilules qui échauffent toûjours beaucoup ; à l’égard des remedes vomitifs, quand on les jugera neceſſaires, on ſe ſervira d’eau miellée, de ptiſane tiede & priſe en grande doſe, la racine de raves, les ſemences dorge, les fleurs de geneſt deſpagne ou de la vulgaire, & pour les perſonnes plus fortes, quand l’humeur eſt farouche & irrité, le vitriol vomitif ou gilla, le ſyrop émetique, le ſaffran des metaux, le tartre émetique quand il y a de grandes obſtructions dans le bas ventre, la paſte des pauvres ; & enfin la racine & les feüilles d’azarum ou cabaret, & l’hellebore noir.

En troiſiéme lieu, aprés avoir conſideré la nature du remede, il faut conſiderer la condition de l’humeur, par exemple la bile qui doit eſtre purgée d’abord & dés le commencemẽt des maladies tres-aiguës, quand elle eſt irritée, dum materia turget, comme parle Hypocrate, c’eſt à dire, lors que cét humeur eſt errabonde, (s’il eſt permis d’uſer de ce terme,) & qu’elle ne laiſſe point le malade en repos ; car pour lors il eſt aiſé de tirer par un medicament qui ayde la nature, l’humeur qui eſt dans ſon mouvement ; & d’ailleurs il y auroit à craindre que cét humeur, comme dit Galien, ne ſe précipitaſt ſur quelque partie noble ; c’eſt pourquoy noſtre ſage vieillard ordonne tres-prudemment de purger le meſme jour, [28] dans les maladies grandement aiguës, ſi l’humeur eſt irritée, & qu’il eſt dangereux de differer ; mais lors que l’humeur eſt confirmée en quelque partie, elle a beſoin de preparation, avant que d’eſtre purgée, c’eſt à dire, qu’il faut rendre le corps fluide. [29] Cette preparation eſt de deux ſortes ; l’une du corps, & l’autre des humeurs. On rend le corps propre à la purgation en trois manieres. 1. Par les vomitifs, quand la maladie le requiert. 2. Par les clyſteres, afin que les gros excremens eſtans vuidez, les humeurs bilieuſes ſoient plus facilement évacuées. 3. Et par les remedes qui ouvrent, afin que la vertu des medicamens puiſſent paſſer dans les veines : La coction des humeurs conſiſte à inciſer celles qui ſont viſqueuſes, ſubtiliſer celles qui ſont groſſieres ; (car celles qui ſont tenuës n’ont pas beſoin de preparation.)

En quatriéme lieu, il faut encore conſiderer l’eſtat du corps ; ainſi ceux qui ſe portent bien, n’ont pas beſoin d’eſtre purgez, [30] ſur tout dans la Canicule, car le medicament n’eſt pas ſi-toſt pris, qu’ils tombent en deffaillance, à cauſe de la grande diſſipation des eſprits, qui arrive en ce temps-là, & qui eſt augmenté par la purgation ; le temperament, ainſi les bilieux ne doivent eſtre purgez que par des remedes doux benins ; l’habitude, ainſi les perſonnes graſſes & charnuës ont beſoin de remedes forts, & les maigres n’en doivent uſer que de doux ; les forces demandent de forts purgatifs, & la foibleſſe en diſſuade l’uſage ; l’aage, ainſi les enfans n’ont beſoin que de legers purgatifs, parce qu’ils ſont aſſez ſujets au flux de ventre ; les jeunes gens en doivent uſer de plus forts, & les vieillards de mediocres.

En cinquiéme lieu, cela ne ſuffit pas encore ; il faut avoir égard au pays, à la ſaiſon de l’année, & à l’eſtat du Ciel, dans les pays chauds, dans les violentes chaleurs de la Canicule, les remedes agiſſent avec peine, à raiſon de l’épuiſement des forces, & du combat de l’air qui environne, & du medicament qui tire les humeurs des parties contraires ; de plus les medicamens eſtans chauds de leur nature, échauffent encore le corps, qui d’ailleurs n’eſt que trop échauffé par l’air que l’on reſpire.

Pour concluſion, il faut prendre le temps propre pour la purgation ; ce qui dépend de la violence de la maladie, de l’impetuoſité de l’humeur, de ſon ſiege & de la coction ; de ſorte que dans une violente maladie, qui ne donne point de treve, ſi l’humeur eſt irritée, comme je l’ay remarqué cy-devant, ſi ſon ſiege eſt dans la premiere region & dans le meſentere, s’il y a des obſtructions, pourveu qu’il n’y ait point d’inflammation dans les viſceres, il faut purger d’abord, ſans avoir égard à la coction, ce que l’on ne doit pas faire, quand l’humeur eſt groſſiere, gluante, & qu’elle eſt arreſtée en quelque partie ; car pour lors elle a beſoin de preparation, ce qui arrive ordinairement dans le declin de la maladie ; & lors qu’il y a des redoublemens, comme dans les fiévres intermittantes, aux jours d’intermiſſion. Pour rendre la purgation commode, il faut choiſir le matin, parce que dans ce temps-là, la coction des alimens eſt parfaite ; & ils ſont diſtribuez dans toutes les parties, il faut que l’eſtomach ſoit vuide, ou à tout le moins qu’il y ait long-temps que l’on aye mangé : Aprés la purgation, il ne faut point dormir, ſelon l’opinion d’Hypocrate, parce que le ſomeil ſuſpend l’action du medicament ; mais en cela il faut conſiderer la nature du medicament & du malade ; ſi le medicament eſt doux, il faut empeſcher le ſommeil, de peur qu’il ne ſe tourne en nourriture ; mais s’il eſt ſolide & fort, il faut conſeiller ce ſommeil ; de là vient qu’on ordonne les pilules dans le temps du ſommeil : de plus aprés la priſe de la purgation on permet le ſommeil, principalement quand les forces font abbatuës. Hypocrate [31] veut qu’aprés la purgation priſe, on boive auſſitoſt un grand verre de ptiſane, tant afin de nettoyer ce qui s’arreſte au gofier, de crainte qu’il ne ronge, ou n’excite la nauſée, tant afin que le medicament deſcende de la bouche de l’eſtomach, & que la malignité ſoit emouſſée ; le meſme Hypocrate deffend de donner du boüillon au milieu de la purgation, mais il faut attendre que le remede ait paſſé. Voila toutes les regles que l’on peut preſcrire touchant la purgation, appliquons-les aux maladies de la Canicule. Dans les fiévres tierces intermittentes, cauſées de la ſeule bile, ſans mélange d’autre humeur, ſi aprés le quatre ou cinquiéme accez la violence de la fiévre eſt diminuée, s’il paroiſt quelque coction dans les urines, on aura recours à la purgation par les remedes qui purgent doucement la bile, comme la caſſe diſſoute dans une chopine meſure de Paris, de lait clair pour deux priſes, à une heure de diſtance, le jour de l’intermiſſion, de grand matin, & deux ou trois heures aprés la derniere priſe, un boüillon rafraichiſſant, ou bien on diſſoudra la caſſe dans autant de décoction, de racines de chicorée ſauvage, feuilles daigremoine, hepatique, capilaires & trefle aceteux, obſervant les meſmes choſes. Aprés le ſeptiéme accés on purgera plus fortement par une décoction de chicorée, ou dorge & de tamarinds, dans laquelle on fera infuſer un gros de rubarbe, un baſton de caſſe de demy quarteron, la moëlle & les pepins, & on diſſoudra une once de ſyrop de roſes paſles, ou autant de chicorée, compoſé pour une priſe, & trois heures aprés un grand boüillon rafraichiſſant ; pendant ce temps-là, on preparera le corps par le moyen des lavemens, remollans deterſifs & rafraichiſſans devant & après l’accés pour décharger le bas ventre, temperer les reins, & abbaiſſer les vapeurs qui s’élevent à la teſte, ils feront preparez ou avec le lait clair que l’on donnera quelquefois ſeul, quand il n’eſt beſoin que de rafraichir, ou avec une décoction de violiers, laictuë, pruneaux, orge, nenuphar, dans laquelle on diſſoudra deux ou trois onces de miel violat, ou une once de miel de nenuphar, avec deux onces de miel violat, & ſi le ventre eſt pareſſeux, une once de caſſe, & principalement ſi à la fin de chaque accés la nature tend à un petit flux de ventre, & ſi la bile renfermée dans l’eſtomach excite le malade au vomiſſement, on pourra l’ayder dans ſon mouvement par un des plus legers vomitifs deſcrits cy-devant, & on ne ſe ſervira des plus forts, qu’en cas qu’il y eût des humeurs plus tenaces, groſſieres & terreſtres. Dans les fiévres putrides continuës, & dans les fiévres chaudes, on purgera dans le declin de la fiévre, lors que les ſymptomes ſont moderez, que l’humeur eſt adoucie, & que la coction commence à paroiſtre dans les vrines, on purgera pour la premiere fois avec une once de caſſe mondée dans le lait clair, ou une ſemblable décoction que dans les fiévres tierces ; & dans la ſuite on fera infuſer à froid deux ou trois dragmes de ſené dans deux verres de décoction de racines de chicorée ſauvage & d’ozeilles pour prendre dans la remiſe, à une heure l’une de l’autre ; Si l’amertume de bouche, le flux de ventre, la douleur d’eſtomach, ou de quelqu’autre partie contenuë dans le bas ventre, perſuade la neceſſité de la purgation au commencement de la fiévre, ce que l’on ne doit pas faire ſans beaucoup de circonſpection, ayant auparavant employé les ſaignées neceſſaires pour arreſter l’impetuoſité & la violence de la bile allumée dans les grands vaiſſeaux ; comme auſſi les lavemens ſemblables à ceux de la fiévre tierce, on purgera, ou avec la caſſe ſeule dans le petit lait, ou avec une décoction de chicorée & de tamarinds avec une infuſion d’un gros de rubarbe, dans laquelle on diſſoudra une once de caſſe & autant de ſuc ou ſyrop de roſes, ou de chicorée ſimple : On aura ſoin cependant de préparer & rafraichir la bile avec une décoction de racines de chicorée ſauvage, de feüilles daigremoine, laictuë, trefle aceteux, de fleurs de nenuphar & de chicorée, adjouſtant pour chaque priſe cinq ou ſix gouttes deſprit de vitriol à prendre au ſoir ; que s’il y a grande inſomnie ou delire, on meſlera une once de ſyrop de nenuphar ; ſi la bile regorge dans l’eſtomach, on la vuidera par un des vomitifs deſcrits, ſelon la prudence du Medecin. Dans le flux de ventre & la diſſenterie, on ſe ſervira d’une infuſion de rubarbe dans une décoction deſpine vinette & fleurs de plantain, y meſlant une once de ſyrop de roſes paſles ou de chicorée, où on preparera un bol avec demy-once de caſſe & autant de catholicon fin, les lavemens ſeront faits d’une décoction dorge avec leur écorce de ſon & fleurs de camomille, y meſlant des jaunes d’œuſs, ou d’une décoction de boüillon blanc, plaintain & roſes, y meſlant une once de catholicon fin, où l’on ſe contentera quelquefois de lait de vache chaud ferré. Dans les vomiſſemens bilieux, ſi le malade n’a que de ſimples nauſées, & qu’il ne vomiſſe pas librement, on luy donnera une once de ſyrop violat, ou autant d’aceteux dans un grand verre d’eau tiede ; ſi au contraire le vomiſſement fatigue le malade, on luy donnera une infuſion de rubarbe, ou la poudre mêlée dans de la conſerve de roſes, le ſyrop de berberis meſlé avec l’eau roſe & de plantain, ſans oublier les lavemens frequens pour la revulſion : ſi le malade vomit du ſang, on luy fera ſouvent uſer d’oxicrat, ou d’eau de noix avec le ſyrop aceteux. Les douleurs de teſte provenantes de bile feront ſoulagez avec le ſyrop roſat, violat, aceteux & de chicorée, de limons meſlez avec les eaux de laictuë, de chicorée ou de bugloſe, le bain d’eau tiede, le lait clair, dans lequel en delayera la caſſe & le ſyrop de roſes paſles.

Quand la douleur fera remiſe. La manie & la phreneſie doivent eſtre traitez à peu prés de la même manière, auſſi bien que les autres maladies. Quant à la purgation de la rage, on ne l’entreprendra point au commencement, de peur que le venin ne retourne au dedans, mais ſeulement dans le progrés, lors que le venin eſt deja répandu par tout le corps ; c’eſt le ſentiment d’Avicenne qui ordonne les plus forts purgatifs, & ſur tout ceux qui purgent le ſuc mélancholie, tels que ſont ceux qui ſont préparez avec l’hellebore noir. Æce Autheur Grec veut qu’on excite le vomiſſement avec l’hellebore : & ſi on en croira l’uſage, ce même Autheur conſeille de faire prendre tous les jours de la hiere qui reſiſte aux venins ; cependant Dioſcoride aſſure que les remedes où entre l’hellebore ſont les plus efficaces, & que pluſieurs par ce grand & puiſſant remede ont eſté heureuſement delivrez de la rage & de la mort. On ne doit pas oublier dans cette cruelle maladie les alexiteres & les cordiaux qui eſtant doüez d’une proprieté occulte reſiſtent particulierement à ce venin, entre leſquels Galien deſcrit une poudre faite de dix parties de cendres de cancre de riviere brûlées au four, de cinq parties de gentiane, & d’une partie d’encens. Dioſcoride de qui Galien a tiré ce remede, aſſure avoir veu des effets merveilleux pour la précaution de cette maladie. Avicenne le recommande grandement & il l’ordonne tous les jours au poids d’une dragme dans du vin pur ; Galien conſeille de faire manger au malade le foye roty du chien enragé. Pline entre pluſieurs remedes prefere la roſe ſauvage ; & il eſt d’avis que le malade boive tous les jours pendant quelque temps une dragme de la racine en poudre, pour concluſion. Fernel aſſure qu’il n’y a rien de plus ſpecifique pour la preſervation que de manger de la pimpernelle, ſoit dans les boüillons, ſoit dans les ſalades, aprés la morſure du chien enragé ; mais comme Dieu eſt admirable en ſes ſaints, on aura recours au bien-heureux Saint Hubert, dont les ſucceſſeurs ont ce privilege particulier, ou pluſtoſt cette grace de Dieu de guerir cette maladie. Voila ce que j’avois à dire touchant la nature, les qualitez & les effets de la Canicule, les maladies qu’elle cauſe, le regime de vivre qu’un chacun doit garder dans la ſanté, celuy que l’on doit obſerver dans les maladies, & quel doit eſtre le veritable uſage de la purgation que je ſoûmets volontiers à la cenſure des Sçavans.

FIN.
  1. Ardentiſsimo æſtatis tempore, exoritur Canicula. Plin. l. 2. c. 47.
  2. Decimo ſeptimo Calendas Auguſti procyon exoritur. l. 18. ch. 28.
  3. Sub cane & ante canem difficiles ſunt purgationes. Hyp. Aph. 5. l. 4.
  4. L. 4. des Meteores.
  5. Plin. l. 2. c. 40.
  6. Hyp. Aph. 5. l. 4.
  7. Morborum alii adalia tempora magis aut minus proclives ſunt. Hyp. Aph. 3. t. 3. æſtate febres continua, &c. Aph. 21. l. 3.
  8. Æſtiva quartana magna ex parte breves ſunt. Hyp. Aph. 25. l. 2.
  9. Aph. 18. l. i.
  10. Scol. Salern. c. 19.
  11. Frigida velut nix & glacies pectori inimica ſunt, tuſſes movent, ſanguinem copiosè promanare faciunt & diſtillationes excitant. Hyp. Aph. 24. l. 5.
  12. Sumnus atque vigilia utraque ſi modum exceſſerint malum. Hyp. Aph. 3. l 2.
  13. Somnum fuge meridianum Scol. Saler. c. i.
  14. Evacuationes extrema periculoſa. Hyp. Aph. 3 l. 1
  15. Omne ſi quidem nimium naturæ inimicum. Aph. 57 l. 2.
  16. Hyp. Aph. 18. l. 1.
  17. Scol. Saler. c. 19.
  18. Gal. c. 15. l. 7. Meth.
  19. Gal. c. 7. de ſang. miſsion.
  20. Quibus ſanguinis miſsio confert, hiſverno tempore ſanguinem detrahere oportet. Hyp. Aph. 47. l. 6.
  21. Hyp. Aph. 3. l. 1.
  22. Æſtate quidem ſuperiores ventres hieme inferiores medicamentis purgare oportet. Hyp. Aph. 4. l. 4.
  23. Gracile & ad vomendum faciles per ſuperiora, &c. Hyp. Aph. 6. l. 4.
  24. Quo ducere oportet quo maxime natura vergit per loca conferentia. Hyp. Aph. 21. l. 1.
  25. Hyp. Aph. 7. l. 4.
  26. Melancholicos vehementius per inferiora purgabis, &c.
  27. Aph. 8. l. 4.
  28. In valde acutis morbis ſi materia turget medicamento purgante vtendum eſt, &c. Hyp. Aph. 10. l. 4.
  29. Aph. 9. l. 2.
  30. Aph. 36. l. 2.
  31. Hyp. l. 2. acut.