Trente poésies russes/5

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Au Jardin

(D’APRÈS SOURIKOV )




Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu31.png




AU JARDIN



Au jardin, que traverse un limpide ruisseau,
Sous la trop vive ardeur du soleil qui les grille,
Les fleurs penchent leur front flétri. La jeune fille
Pour elles cependant ne va pas puiser l’eau.

Au jardin potager, près du ruisseau qui coule,
Les houblons sont brûlés et, mourant de chaleur,
Inclinent leurs rameaux sans force et sans couleur,
Et pendent aux bâtons où leur tige s’enroule.


Au potager, tout est jauni, perdu, roussi :
Les légumes, les fruits, les fleurs, tout se dessèche.
La source est là, pourtant, tout près, la source fraîche…
La fillette le sait, mais n’en a point souci.

Qu’a-t-elle donc ? Ses yeux, où pétillait la joie
Jadis, sont à présent rougis ; son front, serein
Jadis, est maintenant pâle. Quel noir chagrin
La trouble ? À quel tourment son cœur est-il en proie ?

Les jours passent, et rien ne console l’ennui
Du mal mystérieux dont sa pauvre âme est pleine.
Elle pleure, sanglote et se lamente… et lui,
L’insoucieux garçon, se moque de sa peine !


Collin - Trente poésies russes, 1894.djvu32.png