Un Mort vivait parmi nous/08

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La Sirène (p. 37-38).


VIII



LE diable ne s’y reconnaîtrait pas…, dit une voix. Les fleurs semblent pousser sous vos pas.

Marthe répondit en riant. Les fleurs, des roses rouges de France, emplissaient son jardin. D’où venaient-elles ?

Marcel Marcellin, créole de Cayenne, noir comme un geai, les épaules trop larges, petit et trapu, expliquait le miracle.

Un ingénieur de l’ancienne Compagnie de la Mana — cela datait d’un quart de siècle — avait reçu par la poste une bouture de rosier. La bouture avait fait merveille. Pendant vingt ans, les roses du placer Elysée avaient été célèbres en Guyane.

— Je les ai retrouvées, dit Marthe.

Elle regardait avec attention l’homme qui lui parlait, et dont toute la personne, à la fois élégante et robuste, respirait la force et la franchise.

— Ainsi, ce matin, dit-elle, vous avez entrepris de venir faire la cour à mes roses.

Il sursauta. Son regard s’arrêta sur les fleurs que la jeune femme tenait à brassée. Puis, il baissa le front…

Comme il allait parler, la voix de Delorme gronda :

— Marcellin, le câble de l’élévateur est rompu. On vous attend sur la drague.

Qui donc a transformé la salle commune ? On ne la reconnaît plus ; elle est pimpante et décorée comme un hall de Trinidad.

Les hommes viennent au repas du soir en veste blanche. Loubet, le chef mécanicien, Ganne, le magasinier, et Devey, l’homme du compresseur, ont fait couper leur barbe. Blondel, le prospecteur, a perdu ses moustaches gauloises.

Il y a des fleurs sur tous les meubles ; des poteries indiennes font une tache rouge çà et là. Quelques rideaux blancs, des rocking-chairs, des livres épars… De longs voiles de gaze flottent aux portes… Une femme habite cette maison.

Dieu me pardonne ! le parquet est ciré… Devey, Blondel, Loubet, Colbert le beau mulâtre, et Delorme lui-même, accroupis sur le sol, ont, un dimanche, ciré les planches à la bouteille.