Un monde inconnu/Tome II/25

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Alexandre Cadot, éditeur (Tome IIp. 281-308).

XXV

À peine arrivé à Monterey[1], mon premier soin fut de me procurer de ces excellents chevaux de race maure dont ce pays abonde, et je commençai aussitôt mes pérégrinations dans l’intérieur. Le souvenir de ces excursions, je dois l’avouer, est resté vivace en ma mémoire parmi les plus heureux et les plus agréables de tous mes souvenirs ; car la Californie l’emporte de beaucoup sur les plus beaux territoires du Mexique, par l’indescriptible fraîcheur et l’incroyable vigueur de sa végétation. Son climat, doux comme le parfum d’une fleur, est d’une régularité dont on n’aperçoit pas la monotonie, tant elle est toujours enivrante ; et d’immenses troupeaux, que le temps et la nature, bien plus que les soins de l’homme, ont fait prospérer, couvrent ses admirables plaines. Le nombre de ces troupeaux est même si grand, que, quoiqu’ils soient censés appartenir à tel ou tel propriétaire, le premier venu peut s’arroger impunément le droit de tuer d’un coup de carabine une vache ou un taureau, tout comme s’il s’agissait d’un gibier ordinaire, d’en enlever les meilleurs morceaux, et de laisser là le reste se pourrir, sans qu’on y mette le moindre empêchement, sans même qu’un reproche soit à craindre. C’est de cette manière qu’en usent les indigènes ainsi que beaucoup de matelots étrangers, déserteurs.

Le caractère des Californiens contraste, du reste, péniblement avec la belle nature de leur pays. Livrés à toute la cruauté dufanatisme religieux, ils joignent à ce triste défaut, des penchants grossiers et ignobles ; et le voile des convenances (bien transparent il est vrai) qui, du moins, cache encore un peu dans les autres parties du Mexique, les vices de leurs habitants, tombe tout à fait chez eux, et laisse apercevoir à nu, ce que les passions d’un peuple à peine civilisé présentent de révoltant et de hideux : ma plume se refuse même à tracer le tableau des mœurs des femmes de la Nouvelle-Californie.

Un autre motif concourt à rendre le séjour de ces contrées presque insupportable, et extrêmement dangereux pour les voyageurs Européens ; ce sont les incursions qu’y font chaque jour les Indiens sauvages. Dire, à présent, quelles sont les lois, les mœurs et la religion des peuplades indomptées qui occupent les vastes déserts compris entre le cap Mendocin et le Rio-Colorado, est une chose que nul être civilisé n’est à même de faire ; les géographes en sont même réduits, encore de nos jours, à la honte de la science, à ne faire figurer ces déserts sur les cartes, que sous le nom de pays inconnus.

Les Apaches et les Comanches, les deux principales tribus de ces peuplades, sont ceux qui, par leur position géographique, se trouvent le plus en rapport avec les Mexicains. La première de ces deux tribus, quoique la moins puissante par ses forces numériques, n’en tient pourtant pas moins le principal rang parmi toutes celles du désert, à cause de la beauté de son sang et de l’indomptable courage de ses guerriers. Quant aux Comanches, nombreux comme les étoiles du ciel, ils ne sont remarquables que par leur insigne lâcheté dont rien ne peut donner une idée, et qui n’est comparable qu’à leur hideuse et inexorable cruauté.

Lorsque la guerre n’est point déclarée entre les Mexicains et les Indiens, ces derniers viennent à Guaymas et à Monterey, pour y changer la poudre d’or qu’ils trouvent dans leurs déserts, contre du pinoli, de l’eau-de-vie catalane et de la panocha : trois choses en grande estime chez eux. Rien n’est du reste trompeur comme ces trêves, et malheur à celui qui, comptant sur leur durée, s’aventurerait seul et désarmé pendant un long voyage, car une fois leurs affaires terminées, les Comanches et les Apaches, sous le plus futile, le plus léger prétexte, disparaissent tout à coup comme par enchantement, s’emparent du premier village ou de la première hacienda[2] qu’ils trouvent sans défense, l’incendient, en massacrent sans pitié les habitants, et ne font grâce de la vie qu’aux jeunes femmes dont la beauté leur plaît, ainsi qu’aux enfants dont ils font des guerriers par la suite. Femmes et enfants, le jour même de leur capture, sont conduits dans le désert. Il y aurait une bien saisissante histoire à dire pour celui qui réunirait la douce sensibilité de Bernardin de Saint-Pierre à la verve âpre et sauvage de Cooper, sur une jeune fille qui, ayant été enlevée par les Indiens, et conduite dans leurs bois, recouvra sa liberté grâce au courage surhumain et au merveilleux sangfroid que déploya, pour la sauver, son frère, un enfant par l’âge, un héros et un homme par le cœur. Cet exemple célèbre dans les ranchos[3] de Sonore et de Sinaloa, est la seule exception, connue jusqu’à ce jour, d’une victime qu’on soit parvenue à arracher aux Indiens, car jamais, quelque rançon et quelque proposition qu’on leur ait offertes, ils n’ont consenti à rendre un seul de leurs prisonniers.

Ces Indiens sont armés, pour la plupart, de carabines rayées dont ils se servent assez adroitement, et que leur procure la cupidité des Américains du nord ; aussi lorsqu’ils font prisonniers de malheureux voyageurs étranger, épargnent-ils parfois ceux d’entre eux qui parlent anglais, les prenant pour des Yankees. Il faut aussi avouer, pour rendre hommage à la vérité, que les Mexicains ne restent nullement en arrière des Indiens dans leurs représailles, et qu’ils leur appliquent la peine du talion avec une inexorable cruauté. Je me souviendrai même, pendant toute ma vie, de la profonde impression d’horreur et de dégoût que me causa une de ces sanglantes représailles dont je fus témoin à Santa-Fé.

C’était un jour de marché, et la foule qui s’assemblait plus bruyante et plus serrée encore que de coutume au milieu de la place, m’inspira le désir d’aller savoir ce qui se passait. J’arrivai, et je vis attachés sur de larges et épaisses tables de bois, de malheureux Indiens qu’une cuadrilla mexicaine avait faits prisonniers la veille au soir. Autour d’eux, une multitude hurlante et furieuse les accablait d’outrages et d’imprécations, tout en s’excitant elle-même par des bonds et des cris, lorsque arrivée enfin au paroxisme de la fureur, elle se jeta sur eux comme eût fait une troupe de chacals, et les couvrit de contusions et de morsures, pendant que de tous jeunes enfants et des vieillards, armés pour la plupart de mauvais petits couteaux, s’amusaient — on voyait la joie et le plaisir se peindre sur leurs visages — s’amusaient, dis-je, à leur séparer la tête du tronc, opération qu’ils mirent, à en juger par les cris déchirants que poussaient leurs victimes, plus d’un quart d’heure à remplir ; car, quant à moi, je m’étais sauvé au fond de ma chambre pour m’épargner la vue de ce spectacle sans nom.

Il arrive aussi parfois que les troupes mexicaines, celles que soudoient à grands frais les propriétaires d’haciendas et les rancheros, pour combattre et poursuivre les Indiens, changent de rôle et, se déguisant elles-mêmes en Indiens, se livrent, grâce à l’impunité que leur assure ce travestissement, aux crimes les plus infâmes et les plus odieux.

La chaîne de montagnes qui s’étend depuis le cap San-Lucar jusqu’aux cap Mendocin et passe à quinze lieues environ des portes de San-Francisco, de Monterey et de Santa-Crux, est la limite naturelle qui sert de frontière aux Indiens. Franchir ces montagnes est pour le voyageur mexicain, un présage presque assuré de mort.

Comme si tous ces maux n’étaient point encore suffisants pour neutraliser les éléments de bonheur et de prospérité que possède la Californie, la guerre civile vient encore y mêler ses ravages. Qu’on ne regarde pas comme étant sans conséquence l’esprit d’insubordination qui règne dans ces pays ; qu’on ne se figure pas que, suivant l’exemple des autres parties de la république mexicaine, ils ne s’insurgent que dans l’espoir de faire réformer des abus, ou bien pour obtenir quelques fueros de localités. On aurait tort. La Californie est bien trop éloignée du centre du gouvernement pour avoir quoi que ce soit à craindre ou à espérer de lui ; une pensée beaucoup plus grave et plus sérieuse préside à cet état continuel de révolution. Les États-Unis convoitant la possession de la Californie, est l’esprit malfaisant qui soutient et allume cette guerre civile.

Le pouvoir qui domine en Californie est donc comme cela ne peut manquer d’avoir lieu en temps de guerres civiles, le pouvoir militaire. Un simple soldat s’y arroge des droits et y commet des actions sur les autres citoyens civils, dont la moindre ferait fusiller un général en Europe.

Je veux, à ce propos, raconter une petite aventure dont j’ai, pour ainsi dire été témoin, et qui ne contribua pas peu, par l’impression qu’elle me produisit, à me faire accélérer mon départ de Californie, de même que l’assassinat d’Yrigoyen m’avait fait fuir de Nabogame.

Étant un jour à causer avec un riche marchand californien, pour lequel j’avais pris des lettres de recommandations — ceci se passait à Santa-Crux — je vis entrer dans sa boutique un petit homme très basané, à l’air farouche et idiot, et décoré sur les inanches de sa veste — qui, soit dit en passant, était d’une couleur très problématique — de deux espèces de vieux galons dont le vert-de-gris dénotait parfaitement la cuivreuse origine.

— Soyez le bien-venu, sergent Gonzalès, lui dit mon négociant californien.

— Votre serviteur, don Manuel Pacheco, lui répondit le sergent ; car ces galons, que je n’avais pu m’expliquer d’abord, signifiaient que Gonzalès remplissait cette modeste fonction. Je viens ici, et croyez que celte démarche m’est fort pénible, vous apporter de bien mauvaises nouvelles, senor don Manuel. Je suis parti ce matin del Rosario de nuestra Senora, où j’ai laissé votre pauvre mère mourante, et priant Dieu que vous arriviez assez à temps pour recevoir sa dernière bénédiction.

— Jésus mio ! s’écria mon pauvre californien au désespoir, je monte à cheval sur-le-champ, sergent, peut-être arriverai-je encore à temps.

— Vous êtes un bon fils, senor, dit alors Gonzales, que Dieu me condamne au jour du jugement dernier, si je vous laisse partir tout seul, car j’ai entendu parler d’une apparition faite hier dans ces parages, par les Indiens. Mon ami le caporal Antonio Camacho et moi, nous vous servirons d’escorte ; je crois qu’en aucun cas cela ne peut vous nuire, et, dans beaucoup d’autres, vous être d’une grande utilité.

— Merci, sergent, répondit don Manuel, mais je pars dans un quart d’heure, au plus tard, peut-être ne pourriez-vous pas être prêt, ainsi…

— Oh ! que si ; nous serons prêts, dit Gonzales en s’éloignant.

En effet, cinq minutes ne s’étaient point écoulées, qu’il était déjà de retour, suivi de son ami, le caporal Camacho, armés tous les deux jusqu’aux dents, et montés sur d’excellents chevaux.

Il y avait déjà deux heures environ que les trois voyageurs continuaient leur route en silence, lorsque, tout à coup, au milieu d’une magnifique forêt qu’ils étaient en train de traverser, Gonzales, saisissant la bride du cheval de don Manuel, et, lui appuyant son pistolet sur la poitrine, lui ordonna insolemment de mettre pied à terre.

Aussi surpris qu’effrayé par cette brusque action, et n’étant pas en état de se défendre, don Manuel fut force d’obéir.

— À présent, mon cher monsieur, lui dit le sergent, n’ayez aucune crainte pour la santé de votre mère. Je suppose qu’elle doit bien se porter ; car, ne l’ayant pas vue depuis trois mois, il m’est impossible de vous en donner des nouvelles positives et certaines.

— Mais quelle était donc votre intention en me faisant un tel mensonge ? demanda don Manuel : expliquez-moi aussi pourquoi vous agissez si mal à présent envers moi, et à quoi tout ceci doit enfin aboutir ?

— À quoi tout ceci doit aboutir, cher senor ?… ne vous souvenez-vous plus, qu’il y a trois mois, vous avez refusé de me vendre à crédit un baril d’eau-de-vie catalane ; l’auriez-vous oublié, par hasard, don Manuel ?… Dans ce cas-là, ma mémoire est meilleure que la vôtre.

— Cela peut avoir eu lieu comme vous le dites, répliqua le pauvre négociant, mais je ne sache pas qu’un marchand soit forcé de faire crédit à ceux en qui il n’a pas confiance.

— À ceux en qui il n’a pas confiance !… reprit Gonzalès d’un air profondément blessé, et en interrompant don Manuel ; ainsi, vous l’avouez enfin, senor, vous n’avez pas craint de soupçonner la probité d’un soldat, d’un défenseur de la patrie !… Quant à ce que nous voilions faire de vous, mon ami Camacho va vous l’expliquer.

Don Manuel se retourna du côté de Camacho ; il le vit occupé à fixer solidement son lazo à la branche d’un arbre. Au bout du lazo il y avait un nœud coulant.

— Au nom du ciel, seigneur caporal, dit mon pauvre ami qui commençait à trembler, à quoi bon tous ces préparatifs ?

— Mais à te pendre, lui répondit Camacho d’un air bourru.

— À me pendre, moi, mes bons, mes excellents amis ? se mit à crier don Manuel au désespoir. Oh ! non… cela est impossible… vous n’assassinerez pas ainsi de sangfroid un homme inoffensif… un homme dont vous n’avez pas à vous plaindre… Et puis n’auriez-vous pas à craindre que votre commandant militaire, instruit de cet horrible crime, ne vous fît fusiller.

— Notre capitaine, nous faire fusiller pour une pareille bagatelle, s’écria Gonzalès en riant aux éclats. Vous moquez-vous donc de nous, senor don Manuel ? Puis, du reste, ajouta le sergent, en passant la main sur le col de son coursier, le seigneur commandant est instruit de tout ; si vous étiez moins effrayé que vous ne l’êtes, don Manuel, vous auriez déjà dû reconnaître son joli cheval alezan, que vous avez là, devant vos yeux, et qu’il nous a prêté pour faire cette expédition… Mais le soleil commence à baisser à l’horizon, et il est temps d’en finir, car vous ne voudriez pas, je pense, que, surpris par les Indiens, si nous restions plus longtemps à causer avec vous au lieu de vous pendre, Dieu pût vous reprocher d’avoir été la cause de notre mort.

Gonzalès n’avait point encore achevé sa phrase, que déjà Camacho, lançant, avec une dextérité toute particulière, le nœud coulant qu’il tenait à la main, l’avait très adroitement fait tomber autour du cou de don Manuel ; puis, s’élançant lui-même sur l’arbre auquel était fixé le lazo, s’était mis à le tirer, tout en l’appuyant sur une branche plus élevée, afin de faire perdre à don Manuel l’appui du sol et de le suspendre dans l’espace.

Don Manuel, sentant la terre se dérober sous lui, poussa un cri déchirant de douleur et de rage.

— Laissez-moi… laissez-moi… grâce ! disait-il à moitié étranglé, grâce… Oh ! grâce… je vous donnerai tout ce que je possède au monde… tout ce que vous voudrez… mais grâce… je meurs !…

Gonzalès et son ami Camacho, au lieu de témoigner, sinon quelques remords, du moins quelques émotions, se regardaient au contraire l’un et l’autre de l’air satisfait de deux hommes qui viennent de faire une bonne action ; bientôt ils traduisirent, par un rire spontané et bruyant, le plaisir qu’ils éprouvaient à voir don Manuel se consumer en efforts vains et désespérés pour saisir la corde avec ses mains et arrêter par là la strangulation.

— Regarde ! regarde ! quelles jolies cabrioles, s’écria enfin Gonzalès en désignant du doigt à son ami l’infortuné qui se débattait contre la mort. Mais il est temps, compadre, d’en finir ; car si nous continuons à perdre ainsi notre temps, don Manuel pourrait bien mourir, et cela contrarierait, tu le sais, nos projets.

Camacho, sans rien répondre et continuant toujours à rire, tira son couteau, et coupant le lazo auquel était pendu le pauvre don Manuel, laissa tomber lourdement son corps à terre ; puis, lui soutenant la tête sur ses genoux, il se mit à lui frotter les tempes avec de l’eau-de-vie, et à lui en administrer quelques gouttes, jusqu’à ce qu’il lui eût fait reprendre connaissance.

— Vous voyez, senor don Manuel, dit Gonzales, qui, comme chef, portait toujours la parole, vous voyez que nous ne sommes pas de si mauvais diables que vous vouliez bien le croire. La preuve, c’est que mon ami Camacho et moi consentons à oublier les griefs que nous avons contre vous, pour votre manque de respect envers les militaires, et nous contenter, au lieu de tous vos biens que vous nous promettiez si généreusement tout à l’heure de ce petit bon, que vous allez signer de suite et que vous acquitterez demain.

Le sergent, en parlant ainsi, lui présenta un papier écrit d’avance, ainsi qu’un encrier de poche dont il s’était pourvu, et lui fit apposer au bas sa signature.

Voici le contenu véridique et textuel de cette pièce, que me donna don Manuel, pièce que j’ai gardée longtemps parmi mes souvenirs de voyage, comme présentant un résumé pittoresque et exact de civilisation mexicaine en Californie :

« Aujourd’hui, 5 mai, etc., don Manuel Pacheco, je reconnais avoir promis aux militaires Gonzalès et Camacho, l’un sergent et l’autre caporal de la garnison de Santa-Crux, deux barils d’eau-de-vie catalane et deux cents piastres fortes, afin de les récompenser de la mort dont ils m’ont sauvé et des services qu’ils m’ont rendus, m’engageant d’acquitter cette promesse le jour même et à l’instant qu’ils me la présenteront.

Dios y libertad.
Signé : Don Manuel Pacheco. »

Le soir du même jour où cet odieux attentat avait été commis sur sa personne, don Manuel m’en redit lui-même jusqu’aux moindres particularités, et comme je lui conseillais j surtout en sa qualité d’alcade, d’en faire poursuivre les auteurs, ou du moins d’annuler l’infâme promesse qu’il avait été obligé de signer, sous peine de perdre la vie, il se contenta de me répondre :

— Comme étranger, vous ne connaissez pas les lois générales de notre pays et encore moins l’inviolabilité des fueros militaires. À Mexico justice pourrait bien m’être rendue, mais ici, en Californie, et à six cents lieues de la capitale, je dois ou payer ou être assassiné.

En effet, le lendemain matin, lorsqu’il ouvrit sa boutique, les premières personnes qui y entrèrent furent Gonzalès et Camacho. Ils le saluèrent cordialement, comme si rien ne s’était passé entre eux la veille, et après avoir examiné piastre par piastre la somme qu’il leur compta et fait emporter les deux barils d’eau-de-vie catalane Camacho lui offrit une cigarette, en disant :

— J’espère à présent, bien-aimé senor, que vous ne nous en voulez plus de notre plaisanterie d’hier et que ce n’est point la dernière affaire que nous faisons ensemble. Au revoir donc, senor !

  1. Ces pages ont été écrites avant la guerre qui a eu lieu entre les États-Unis et le Mexique, et lorsque la Californie faisait encore partie de la république mexicaine.
  2. Les haciendas étaient, sous les Espagnols de grands majorats.
  3. Le rancho est une petite ferme ou maison de campagne.