Une épopée babylonienne/I.5

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I
ANALYSE DU POÈME
MORT D’EABANI
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Il semble qu’après tant de dangers courus, Gilgamès et Eabani allaient enfin jouir en paix du fruit de leurs travaux. Il n’en fut rien, hélas !... Le moment approchait, en effet, où Eabani devait être ravi à l’amitié de Gilgamès.

Quelles circonstances amenèrent la mort d’Eabani ? Il serait difficile de le dire [1]. Nous savons seulement que le héros avait pressenti sa fin prochaine, car, étant tombé malade, il reconnut dans ce coup l’accomplissement d’un songe qu’il avait eu. Eabani, s’étant alité, ne se releva plus ; il succomba après douze jours d’une maladie opiniâtre [2].

Gilgamès, blessé au cœur, ne put d’abord retenir ses plaintes : « Malheur à moi, s’écria-t-il, puisque me voilà en butte à la haine... Maintenant, j’ai peur, oh ! j’ai peur du combat... » et, en disant cela, sa voix s’étouffait dans les sanglots...

Après avoir rendu à son ami les derniers devoirs Gilgamès s’enfuit en toute hâte, par crainte d’être surpris, lui aussi, par la mort : « Non, se dit-il en lui-même, je ne veux point mourir comme Eabani. Maintenant que j’ai été éprouvé par la douleur, j’ai peur, oh ! j’ai peur de la mort... [3] »

Une perte aussi cruellement ressentie, modifia profondément l’humeur de Gilgamès. De ce jour, ce ne fut plus le même homme. Hanté par de sombres visions, il ne rêva plus de combats, mais d’immortalité. Au lieu de courir les belles aventures, il se mit en quête du secret de la vie. L’infatigable lutteur fit place en lui au chercheur inquiet. Ainsi voyons-nous, dans le poème de Gilgamès, aux récits de guerre, succéder les récits de voyage. La mort d’Eabani est comme le centre de l’action. Elle est la fin d’une Iliade et le commencement d’une Odyssée.


* * *


MORT D’EABANI.

 
[Tab. VIII.] 10 ………………………………………
[Col. I.] ………………………………………
maintenant, ………………………………
moi ………………………………
certes, ………………………………
15 certes, Gilgamès ………………………
le nom ………………………………
………………………………………
sa parole ………………………………
Gilgamès ………………………………
20 Gilgamès ………………………………
………………………………………

«………………………………………

15 il prit ………………………………
le cèdre, le cyprès, ………………………
dans le verger, certes (?),………………………
et toi, qu’il te ………………………
tu as pris la demeure ………………………
20 dans tout l’ensemble ………………………
détruisant beaucoup ………………………
le démon des arbres ………………………
ta femme, ô cèdre, fit ………………………
ta racine n’est point forte dans ………………
 25 ni fraîche ton ombre, ………………………
ni épaisse ton écorce, ……………………… »
Le cèdre repartit violemment …………
« La lutte, certes, ………………………
comme une pousse ………………………
30 ……… le bois ………………
……………………………………… »

………………………………………
Eabani ………………………………
dit ………………………………
30 « Allons, ………………………………
dans ………………………………
la porte ………………………………
………………………………………
………………………………………
35 ………………………………………
dans ………………………………
Eabani ………………………………
avec la porte
la porte ………………………………
40 n’ayant pas prêté attention, ……………………
à une distance de quarante heures, j’ai transporté.
jusqu’au cèdre antique (?), j’ai vu …………
aucune (forêt) ne possède d’arbre pareil au tien,
de 6 gar ton étendue, de 2 gar ta largeur, ……
45 ta hauteur (?), ton pourtour et ta surface (?), …
ta prééminence (?), ta vigueur (?), dans la ville de Nippur ………………
certes, je connais la porte comme celui-ci, ……
et celui-ci, la pureté ………………………
j’ai emporté son ordre, ……………………
50 je t’ai présenté l’ordre ……………………… »

[Tab. VIII.] ………………………………………
[Col. VI.] …………… tout ………………
… son (?)…… je suis parti bien portant, …
mon ami eut un songe, qui ne …… pas …
20 au jour où il vit le songe accompli, ……………
Eabani se coucha. Le premier jour, …………
qu’Eabani fut dans son lit, ………………
le troisième jour et le quatrième jour, ………
le cinquième, le sixième et le septième, le huitième …
25 de la maladie d’Eabani, …………………
le onzième et le douzième, ………………
Eabani, dans son lit, ………………
Gilgamès s’écria …………………
« Mon ami, il m’a haï ………………………
30 comme celui qui au milieu …………………
j’ai redouté le combat, et …………………
mon ami, celui qui dans le combat …………
moi ………………………………
………………………………………

[Tab. IX.] Gilgamès, sur le sort d’Eabani, son compagnon,
[Col. I.] pleura amèrement, puis il s’en revint :
« Moi, (dit-il), je ne veux point mourir, certes,
comme Eabani ;
le deuil envahit mon âme,
5 j’eus peur de la mort, c’est pourquoi je m’en retournai. »




Notes[modifier]

  1. La huitième tablette, qui contenait le récit de la mort d’Eabani, est malheureusement mutilée. Il ne nous est parvenu, en effet, de cette tablette qu’une partie des col. I et VI. Des trois fragments qui paraissent constituer la col. I, on ne saurait rien tirer. Le premier comprend à peine quelques mots isolés Le second renferme un dialogue entre deux arbres qui se disputent la primauté. Le troisième enfin, où se trouve mentionné la ville de Nippur, a rapport à une expédition dont le but reste inconnu.
  2. Tab.VIII. Col. VI, l.19-27.
  3. Tab. VIII. Col. VI, l. 28-32 et Tab. IX. Col. I, l. 1-5.




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