Contes et fables/Une punition sévère

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Traduction par Ely Halpérine-Kaminsky.
Contes et fablesLibrairie Plon (p. 110-111).


UNE PUNITION SÉVÈRE

CONTE


Un moujik s’en alla un jour au marché et acheta de la viande ; mais on le trompa et sur le poids et sur la qualité.

Aussi en s’en allant injuriait-il le marchand.

Le tzar le rencontra et lui demanda :

— Pourquoi injuries-tu ?

Le moujik répondit :

— Parce que l’on m’a trompé ; j’ai payé le prix de trois livres de bonne viande, et l’on ne m’en a donné que deux livres, et encore de la mauvaise.

Le tzar lui dit :

— Retournons au marché ; tu me montreras celui qui t’a trompé.

Le moujik revint avec le tzar, et lui désigna le marchand.

Le tzar fit peser devant lui la viande, et constata qu’en effet le poids n’y était pas.

Le tzar dit alors :

— Eh bien, comment veux-tu que je punisse ce marchand ?

— Ordonne, répondit le moujik, qu’on prélève sur son dos la quantité de viande qu’il me doit.

Le tzar reprit :

— C’est bien ! prends ce couteau et ôte une livre de viande au dos du marchand. Seulement, fais bien attention que le poids soit juste, car si tu coupes plus ou moins d’une livre, tu seras puni !

Le moujik ne répondit rien et s’éloigna.