100%.png

Vie de Marie-Antoinette d’Autriche, reine de France, femme de Louis XVI, roi des Français/3

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

VIE


DE


MARIE-ANTOINETTE
D’AUTRICHE,
REINE DES FRANÇAIS.


TROISIÈME PARTIE.




La France avoit un Dauphin ; et de telle manière que les choses eussent tourné, l’héritier présomptif du trône y avoit un droit exclusif ; or, il étoit important d’annuller avec sa vie, le moyen héréditaire. Le comité perfide resolut donc d’opérer ce grand œuvre.

Notre héroïne connoissoit tous les moyens. Vergenne l’avoit éprouvé malheureusement avec quelques autres. Ainsi donc elle savoit très-bien comment disposer de la destinée de l’Embrion royal qui gênoit alors, sauf dans le tems, où une seconde mort pourroit devenir nécessaire à envoyer le duc de Normandie tenir compagnie aux autres par le même moyen.

Pour éviter toute crainte de ce côté, elle mit donc la main à l’œuvre, et distilla elle-même ce jus apporté de Colchos par la fameuse Médée.

La foible constitution du Dauphin secondoit merveilleusement les vues de Marie-Antoinette : d’abord elle lui en administra une légère dose ; elle vit alors quelles précautions elle avoit à prendre par le succès de sa première tentative.

Aux premières annonces de la maladie de l’héritier de la Monarchie, le peuple commença à raisonner sur les causes de cet événement ; mais les effets ne pouvant s’en démontrer, Antoinette passa outre ; elle redoubla sa magique potion ; et de cette nouvelle administration, arriva ce que les personnes sensées avoient conjecturé, annoncé, la mort du présomptif.

Le duc de Normandie fut épargné à cause de sa grande jeunesse et fut proclamé Dauphin de France il falloit donner le tems aux soupçons de s’anéantir ; et puis, la clique n’étoit toujours t’elle pas à même de s’en débarasser ?

Néanmoins la cabale grossissoit tous les jours, et le moment funeste de l’exécution qu’elle se proposoit étoit prêt d’arriver. Ce qui pouvoit seul le retarder, étoit

Livre:Charles-Joseph Mayer, Vie de Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France, femme de Louis XVI.

la grande confiance que le Roi avoit au ministre Necker ; il falloit l’éloigner ou s’en defaire, point d’autre parti. Marie-Antoinette procéda au premier, se reservant la facilité de recourir au second, en cas que le premier fût sans effet.

Dès que Juigné l’Archevêque fut admis au nombre des confédérés, on commença à nourrir son esprit et à flatter son ambition. Lorsqu’on le crut au point où on le désiroit, Antoinette se chargea de lui expliquer les intentions de son comité destructeur.

« Eh quoi ! dit-elle à ce prélat, n’est-il pas horrible que nous souffrions à la tête des affaires, un homme qui en contrarie les plus justes opérations, aidez-nous de votre ministère. La religion a remis en vos mains des armes assurées, servez-vous-en pour écraser cette hidre qui maîtrise tout et qui voudroit tout dévorer. Vous seul, vous pouvez vous servir de la foiblesse et de l’ascendant que le Roi vous donne : vous le connoissez, servez-vous de cet extérieur imposant qui vous sied si bien, nous osons tout en attendre. De votre côté, attendez tout aussi de la faveur et de la protection. »

Ainsi embouché, ce caffard au ton abject et hipocrite, fut trouver le Roi, et ce scélérat, ce tartuffe, proscrit avec raison par la nation, lui dit : Sire, quoi vous êtes Roi ? et l’irréligion règne conjointement avec vous. C’est un Athée, qui, sous le nom d’un Roi chrétien, donne des loix à la France ; quel est le but que vous osez en attendre, espérez-vous que la religion favorisera cette perversité ? Craignez, craignez plutôt de voir tomber sur vous, sur votre famille et sur votre peuple, l’effet de la vengeance du très-Haut. Le voici votre Dieu, continua-t-il en lui présentant le crucifix : il vous ordonne par ma voix, de proscrire Necker, ce mécréant qui perd la nation, qui vous avilit dans l’esprit des Français, qui outrage le catholicisme dans ses saints ministères, troublé de ne pas obéir à sa voix.

Cet insolent discours eut tout l’effet qu’en attendoit Louis XVI ; effrayé de l’incartade du prétendu prélat, il crut déjà voir les foudres du Ciel tomber sur sa tête, et ne put résister en ce moment à la crainte qui le dominoit ; il envoya demander le porte-feuille au ministre et lui fit injonction de se retirer sous vingt-quatre heures.

La fourberie, le bigotisme servoient donc à consommer cet acte affreux du despotisme et de la rage qui dominoient notre héroïne.

Enfin arriva la veille où la tragédie sanglante alloit s’exécuter, c’est-à-dire le quatorze juillet 1789. Les confédérés étoient prêts. Antoinette jouissoit de tous les charmes de l’espérance, elle en savouroit les délices dans les bras du beau-frere et de la politique, quand Lambesc par son imprudence mit obstacle au succès de leur crime.

Lorsqu’ils apprirent que les Parisiens avoient pris les armes, que la Bastille étoit conquise, que l’impitoyable gouverneur avoit été massacré et le reste, la rage s’empara de leur cœur.

Comme en France, les événemens les plus sinistres finissent par des actes de gaieté, et que tout s’accommode par des chansons, on fit un vaudeville sur les événemens des 13 et 14 Juillet sur cet air qui prédit que tout doit finir par des chansons.

Livre:Charles-Joseph Mayer, Vie de Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France, femme de Louis XVI.

Air : Du mariage de Figaro.


 Tout le peuple est en allarmes
Dans la ville de Paris,
Chacun crie, au meurtre, aux armes,
Comme du tems des Henris.
pour appaiser ces vacarmes,
En payant les violons,
Tout finit par des chansons :
Qu’a-t-on besoin de canons ?

 À quoi bon chercher castille
Au plus benêt de nos Rois ?
On demolit la Bastille.
Adieu nos gothiques loix.
D’aise le cœur nous sautille,
En payant les violons ;
Tout finit par des chansons :
Qu’a-t-on besoin de canons ?

 Entraîné jusqu’à la Grève,

Un perfide gouverneur,
Avec lui son monde y crève,
Et le prévôt imposteur.
Chacun croit que c’est un rêve,
En payant les violons ;
Tout finit par des Chansons :
Qu’a-t-on besoin de canons ?

 Louis à la populace
Jette un regard de bonté :
Le Tiers-État prend sa place,
Respirant l’égalité ;
Il faut bien rompre la glace,
En payant les violons,
Tout finit par des chansons :
Qu’a-t-on besoin de canons ?


Quelques jours après, la Polignac, d’Artois, etc., prirent la fuite. Le Roi vint à l’Hôtel-de-ville, où Antoinette le vit aller avec satisfaction, malgré ses larmes feintes pour l’en empêcher.

Le Roi se désilla les yeux d’après cet événement. D’Artois et le reste de la clique entendant sonner le tocsin de l’alarme, s’éclipserent, et bientôt l’aurore de la nouvelle constitution venant à échauffer les esprits, notre héroïne fut obligée de se soumettre à la circonstance sans cependant rien diminuer de ses idées luxurieuses.

Mothier ou la Fayette devint le général du peuple ; Antoinette le trouva utile, de manière qu’après les journées des cinq et six Octobre, elle en fit son consolateur.

Un jour que, prenant avec lui des mesures très-sages pour se rétablir dans l’opinion publique, elle erroit avec lui dans un bosquet de Saint-Cloud, l’élève de Waginsthon échauffé par la vue des appas que lui découvroit la Reine de France, et enhardi par la souveraineté qu’il partageoit, ce général des Bleuets eut l’audace de faire à Marie-Antoinette l’aveu des transports qu’il ressentoit.

L’entreprenante Autrichienne n’étoit pas femme à rien refuser ; le

Livre:Charles-Joseph Mayer, Vie de Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France, femme de Louis XVI.

galant vainqueur de la poudre rousse étoit prêt d’en venir à l’abordage ; il levoit déjà le jupon de la Reine, lorsque le compagnon d’exploits de la polissonnerie du trône, le fils du jardinier, gouverneur des lapins blancs de l’héritier de la monarchie vint faire hommage d’un superbe nid d’oiseaux dont il venoit de faire l’acquisition. Son arrivée déplut beaucoup à la femme du pouvoir exécutif et au pouvoir exécutif lui-même ; c’est-à-dire, au moyen des espèces nationales, le porteur de nid disparut, et l’œuvre se consomma.

Les dilapidations énormes faites par Antoinette, les mille et un million d’intrigues amoureuses qu’on impute à l’Archiduchesse d’Autriche, les jouissances de tout genre que s’est permises l’amante de Joseph II, le caractère altier de la sœur de Léopold, tout cela eût obtenu encore le pardon des Français. Malgré l’affreuse situation où ils ont été réduits par les débordemens d’une Reine qui n’en mérite plus le nom, oui, ils auroient pardonné, si, ouvrant les yeux sur le précipice qu’elle creusoit à elle-même et à ses ci-devant sujets, sur l’abyme qu’elle cherche encore à approfondir, elle eût fait preuve d’un repentir sincère, moins par l’aveu de ses crimes, que par une conduite dont la publicité n’eût laissé aucun doute sur ses véritables sentimens. Mais la persévérance est manifeste ; et pardonner, ce seroit de nouveau courber un front esclave au joug de ses tyrans.

Depuis la révolution, le club monarchien dont Antoinette est l’ame, n’a cessé de faire des tentatives. Chacun des membres qui le composent, a puisé, dans le vagin de l’Autrichienne, le poison qu’il s’efforce de distiller. Cet antre pestifère est le réceptacle de tous les vices, et là, chacun vient se pourvoir abondamment de la dose qui lui est propre.

Jusques à quand, peuple trop facile, reculeras-tu l’époque de ta tranquillité ? Jusques à quand souffriras-tu, dans le sein même de tes législateurs, des hommes ou plutôt des scélérats qui se nomment tes pères et ne sont que tes bourreaux ? Jusques à quand un Mauri, un Casalès, un Duval, etc. etc. etc. insulteront-ils impunément à ta foiblesse, je dis plus, à ton insouciance ? Jusques à quand, trop aveugle dans le choix de tes chefs ou dans la confiance dont tu les croyois dignes ; Jusques à quand ne doreras-tu l’épaule que de ceux dont le cœur est gangréné ? Jusques à quand enfin te laisserais-tu museler par des valets de l’ancien régime qui ne sont devenus les tiens que pour arracher la main qui les nourrit ou les décore ?

Imite, crois-moi, les marchands de statues ; ils brisent leurs idoles quand il leur plaît ; mais en brisant les tiennes, que ce soit de manière à ce que les morceaux ne soient plus propres à rien.

Un de ces écrivains dont la feinte modestie ou la crainte pusillanime affecte l’impartialité, a craint de prononcer sur le caractère de l’Autrichienne ; voici comme il s’exprime.

« Je ne dirai rien de Marie-Antoinette. Trop louée peut-être autrefois, trop dénigrée aujourd’hui, elle ne mérite vraisemblablement ni les éloges excessifs prodigués à la Dauphine, ni les atroces imputations dont la Reine est l’objet. C’est à ceux qui nous suivront à en juger. Je n’examinerai point si son attachement pour un frere, a quelque part à l’épuisement de nos finances et aux sacrifices nouveaux que la France a faits à la maison d’Autriche. Je me contenterai d’observer, ajoute ce même impartial, qu’il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de dépouiller sans reserve tout sentiment de tendresse pour le pays qui nous a vus naître, pour les parens qui ont fourni à nos premières caresses, pour ceux qui ont les premiers développé dans notre cœur ces affections aimantes, qui font le bonheur de tous les hommes, d’oublier toutes les relations de fille, de sœur, de parente ; de compatriote ; il semble même qu’un pareil oubli ne feroit guères d’honneur à l’ame qui en seroit capable. Que faire donc pour prévenir les dangers auxquels l’hymen d’une Reine étrangère expose un État ? C’est que le Roi se marie dans son pays. Cette alliance pouvoit paroître peu digne du sang royal, dans un tems où il n’y avoit qu’un maître et des sujets. Aujourd’hui que le Roi n’est que le premier citoyen, il n’est point de prince qui se déshonore, en donnant sa main et son cœur à une citoyenne libre, et qui ne peut manquer d’avoir le cœur Français. Je sais que c’est éveiller l’ambition de la famille où la Reine de France seroit choisie. C’est un mal sans doute ; mais c’en est un moindre que tous ceux qu’on a pu remarquer dans cette esquise rapide ; et d’ailleurs en ce cas, on auroit à lutter contre une famille ; au lieu que dans l’usage reçu, on a un ou plusieurs Empires à craindre ou à combattre : l’un amèneroit quelquefois des tracasseries domestiques ; l’autre souvent des guerres et presque toujours de ruineux sacrifices. Dans la première hypothèse, c’est à l’Assemblée Nationale d’enchaîner l’ambition de la famille préférée. Dans la seconde, l’influence d’une Reine qui n’a pas le cœur Français, sera toujours active et dangéreuse. J’ai cru qu’il étoit utile de rendre cette idée publique. Elle est du moins assez importante pour mériter la discussion, et j’aurai peut-être au moins le mérite de donner à quelque publiciste ou quelqu’écrivain plus habile que moi, l’occasion de traiter la question avec plus d’étendue et de succès ».

« Je ne dirai rien de Marie-Antoinette...... » C’est ainsi que débute notre impartial.... Et moi je dirai tout. Je dirai que le choc préparé à l’empire par ses premiers souverains, n’a été aussi violent que par les efforts de notre plus cruelle ennemie. Je dirai que ce fut par elle que M. de Vergennes mourut empoisonné. Je dirai que de tous les tems elle eût voulu voir s’écraser la France pour jouir de la barbare satisfaction de laisser l’Empire de son frère sans concurrence. Je dirai que ce fut elle qui força le comte d’Artois à devenir l’assassin de son frère, après avoir été l’inquinateur de sa couche. Je dirai que des milliers d’hommes qui avoient servi à ses plaisirs, ont été immolés par sa propre main. Je dirai que ce fut cette bacchante qui, à la fameuse orgie des noirs, souffla dans leur cœurs le feu de la guerre civile. Elle n’ignoroit pas cependant combien ce projet étoit insensé ; mais il lui falloit du sang, n’importe de quelles veines il coulât. Je dirai que, malgré son adversion pour l’habit national, elle n’a pas rougi d’accorder ses faveurs au général Mothier, pour concerter avec lui ses moyens de vengeance. Je dirai que c’est par son organe que l’assassin Bouillé a été nommé à l’expédition de Nancy. Je dirai qu’elle s’écria à l’instant où on lui compta le nombre des victimes : « Que vingt-trois millions de ces forcénés n’ont-ils subi le même sort ! Je dirai que sa propre main arma les chevaliers du poignard. Je dirai que le poison dont Mirabeau est mort a été distillé dans son propre mortier. Je dirai que ses insinuations meurtrières ont seules dénaturé le cœur naturellement bon du plus foible des princes. Je dirai que c’est par ses conseils pernicieux que le massacre de la chapelle avoit été projetté. Je dirai que c’est elle qui tout récemment encore exposa son mari aux plus dures humiliations, en le forçant à s’éloigner de la capitale dans un tems où sa présence y est le plus nécessaire, où ses jours sont le plus en danger. Je dirai que toutes nos discussions intestines, toutes les invasions qui se préparent, en un mot, toutes nos calamités passées, présentes et futures ont toujours été et ne seront jamais que son ouvrage.

« C’est, continue notre impartial, à ceux qui nous suivront à juger ». C’étoit donc à la posterité à prononcer sur le sort des Mandrin, des Cartouche, des la Lescombat, et de tant d’autres meurtriers dont les crimes ne sont que des enfantillages au prix de ceux de notre héroïne ! Plaçons ici un adage trivial, mais qui peint autant la véracité d’un peuple que sa foiblesse....... « Les petits coquins, dit-il, sont exécutés mais on respecte les grands ».

Suivons notre impartial : « Je n’examinerai point : son attachement pour un frère a quelque part à l’épuisement de nos finances........ ». Il n’examine point si les monceaux immenses d’or et d’argent qui ont été envoyés à ce même frère, ont contribué à l’épuisement de nos finances ; qu’examinera-t-il donc ? Un axiôme bien reconnu cependant, c’est que, plus on en ôte, moins il en reste ! « Je me contenterai d’observer, continue-t-il, qu’il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de dépouiller sans réserve tout sentiment de tendresse pour le pays qui nous a vus naître, pour les parens qui ont fourni à nos premières caresses, pour ceux qui ont les premiers développé dans notre cœur ces affections aimantes, qui font le bonheur de tous les hommes, d’oublier toutes les relations de fille, de sœur, de parente, de compatriotes ; il semble même qu’un pareil oubli ne feroit guères d’honneur à l’ame qui en seroit capable...... ». Il faut avouer qu’une pareille morale est parfaitement conforme aux sentimens de l’Archiduchesse. Courage ami, vous parviendrez au giron d’Antoinette. Ainsi donc une femme aura le droit, devra même, sacrifier à ses parens, les devoirs d’épouse et de mère. Voilà ce que j’appelle de la logique à la mode du haut clergé, pour qui l’évangile n’a rien de sacré, dès le moment qu’on a mis un frein à ses dissolutions. J’ai cru cependant que l’Évangile prononçoit formellement sur le devoir des époux ; lorsqu’il a dit : « tu quitteras ton père et ta mère pour t’attacher à une femme ». La femme serait-elle dispensée de ce qu’on prescrit à l’homme. Une semblable exécution seroit le comble de l’absurdité et de la dépravation. Comment ! Pour favoriser les desseins ambitieux de son frère, de sa famille, une femme pourra impunément opérer la destruction de son ménage, et celle de tous ceux qui l’entourent ! Elle pourra, sans être citée au tribunal de l’opinion publique, trahir un mari, préparer la ruine de ses enfans ! Non, la femme privée qui se permet une pareille conduite est un monstre ; et la femme publique à qui on la reproche, celle qui ne craint point de souiller la majesté du trône, de prostituer les Lys, de compromettre en un mot, la tranquillité, les propriétés, la vie de vingt-trois millions d’hommes, cette femme, dis-je, est dix mille fois plus coupable, et doit être arrachée à la société dont elle machine la perte.

Sans contredit, ce seroit un grand bien que le premier fonctionnaire du peuple choisit parmi ses propres concitoyens la femme qu’il voudroit s’associer ; mais puisque la politique des empires exige de ces alliances ultramontaines, n’en dérangeons pas le cours. Que nous importera le penchant de celle qui viendra se placer à côté de notre chef, si fermes dans le courageux dessein de maintenir la liberté, nous ne craignons point d’attacher à ses pas de surs observateurs qui nous répondent de ses démarches ; alors le voile sera toujours levé, et la crainte de la censure publique la maintiendra dans les devoirs que la vertu impose.

Au moment où j’écris, on rappelle dans toutes les sections de la capitale. Tous les soldats prennent les armes ? Et pourquoi, citoyens ? Pourquoi ? C’est que le général Bleuet qui jusqu’à présent s’est efforcé d’acquérir la vertu du pavot, pour pouvoir endormir la vigilance du citoyen, c’est que Blondinet, dis-je, veut à toute force faire accepter sa démission, et qu’à toute force on ne veut pas qu’il se démette, à moins que ce ne soit un bras ou une cuisse. Et pourquoi veut-il quitter un commandement où son amour propre trouvoit si bien son compte. Ah ! pourquoi ? C’est que le peuple eut l’impudence de s’opposer à ce qu’il favorisât le départ du Roi pour Saint-Cloud, qui delà pouvoit aller ailleurs. Comme l’appetît vient en mangeant, le desir de voyager redouble à mesure que l’on voit du pays. Le peuple a donc eu l’effronterie de mépriser les ordres du général qu’il avoit nommé ; et ce même peuple aujourd’hui se présente en foule à son hôtel pour le supplier de vouloir bien continuer à le trahir : ou peut-être le motif de cette députation n’est-il autre que de le conserver jusqu’à la fin de la constitution.

Ici se bornent les principaux événemens de la vie de notre héroïne. Pleins de vigilance pour l’instruction de nos concitoyens, nous les prévenons qu’il n’échappera à la femme de Louis XVI rien qui ne nous parvienne, et dont nous ne leur fassions partager les connoissances les plus secrètes ; c’est ce qui donnera lieu incessamment à une quatrième partie.


FIN DE LA TROISIÈME PARTIE.

Livre:Charles-Joseph Mayer, Vie de Marie-Antoinette d'Autriche, reine de France, femme de Louis XVI.