Vie de Napoléon/28

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Texte établi par Henri Martineau, Le Livre du divan (Napoléon. Tome Ip. 95-96).


CHAPITRE XXVIII


La justification telle quelle de cet assassinat ne peut en effet sortir que de preuves montrant que le jeune prince était lui-même entré dans la conspiration contre la vie de Napoléon. Ces preuves sont annoncées dans le jugement rendu à Vincennes, mais n’ont jamais été communiquées au public. Voici un second récit de cet événement fait par Napoléon à lord Ebrington : « Le duc d’Enghien était engagé dans un complot contre ma vie. Il avait fait deux voyages à Strasbourg déguisé. J’ordonnai en conséquence qu’il fût saisi et jugé par une commission militaire qui le condamna à mort. On m’a dit qu’il demanda à me parler, ce qui me toucha, car je savais que c’était un jeune homme de cœur et de mérite. Je crois même que je l’aurais peut-être vu ; mais M. de Talleyrand m’en empêcha, disant : « N’allez pas vous compromettre avec un Bourbon. Vous ne savez quelles pourraient en être les suites. Le vin est tiré, il faut le boire. » Lord Ebrington demandant s’il était vrai que le duc eût été fusillé à la lumière, l’empereur répliqua vivement : « Eh non, cela eût été contre la loi ; l’exécution, eut lieu à l’heure ordinaire et j’ordonnai que le rapport de l’exécution et le jugement fussent affichés immédiatement dans toutes les villes de France. » Il est remarquable que dans cette conversation et dans d’autres qui eurent lieu sur le même sujet, Napoléon eut toujours l’air de croire que voir le duc d’Enghien et lui pardonner étaient une seule et même chose. Jacques II, roi très dévot, ne pensait pas de même quand il accorda une audience au fils favori de son frère, avec la résolution prise d’avance de lui faire trancher la tête au sortir de son cabinet. C’est que la clémence ne peut s’allier qu’à un grand courage.