Vies des grands capitaines/Porcius Caton

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Les Vies des grands capitaines - Hannibal Vies des grands capitaines Les Vies des grands capitaines/Pomponius Atticus



Les Vies des grands capitaines :

Porcius Caton


34 avant J.-C.



M. PORCIUS CATON

I. Caton, né au municipe[1] de Tusculum, étant encore fort jeune, avant de briguer les honneurs, habita dans le pays des Sabins, parce qu’il y avait un petit fonds de terre qui lui avait été laissé par son père. Sur les exhortations de Lucius Valérius Flaccus qu’il eut depuis pour collègue dans le consulat et dans la censure, comme Marcus Perpenna Censorius avait coutume de le raconter, il vint demeurer à Rome, et commença par suivre le barreau. Il fit ses premières armes à l’âge de dix-sept ans. Sous les consuls Quintus Fabius Maxime et Marcus Claudius Marcellus, il fut tribun des soldats en Sicile. Lorsqu’il en fut revenu, il suivit l’armée de Caïus Claudius Néron, et ses services furent d’un grand prix à la bataille donnée à Sena[2], où périt Hasdrubal, frère d’Hannibal. II échut pour questeur[3] au consul Publius Cornélius Scipion, surnommé l’Africain, avec lequel il ne vécut pas aussi bien que son emploi semblait le commander ; car il fut en dissension avec lui toute sa vie. Il fut fait édile[4] du peuple avec Caius Helvius. Étant, préteur, il obtint le gouvernement de la Sardaigne, d’où il avait amené précédemment, lorsqu’il était questeur, en quittant l’Afrique, le poète Quintus Ennius[5] ; ce que nous n’estimons pas moins que le plus magnifique triomphe sur les Sardes.

II. Caton géra le consulat avec Lucius Valérius Flaccus. Le sort lui donna le gouvernement de l’Espagne citérieure, d’où il revint avec le triomphe. Comme il y restait trop longtemps[6], P. Scipion l’Africain, consul pour la seconde fois, dont il avait été questeur dans son premier consulat, voulut l’expulser de ce gouvernement, et lui succéder lui-même. Mais le sénat n’y prêta point les mains, parce qu’alors la république était administrée par le droit, et non par la puissance. Scipion, irrité de cela, après être sorti de charge, resta dans la ville en simple particulier. Caton, fait censeur avec le même Flaccus, exerça sévèrement cette magistrature ; car il punit un grand nombre de nobles, et il ajouta, en forme d’édit, beaucoup de nouveaux règlements aux anciennes ordonnances, à l’effet de réprimer le luxe qui commençait dès lors à faire des progrès. Pendant environ quatre-vingts ans, depuis sa première jeunesse jusqu’au dernier temps de sa vie, il ne cessa point de s’attirer des inimitiés dans l’intérêt de la république. Attaqué par plusieurs mécontents[7], non seulement il ne perdit rien de sa considération mais, tant qu’il vécut, la gloire de ses vertus augmenta.

III. Il fut, en tout, d’une intelligence et d’une activité singulières : car il était à la fois et habile agriculteur[8], et versé dans le gouvernement, et jurisconsulte, et grand général, et orateur estimable, et très passionné pour les lettres. Quoiqu’il s’y fût appliqué étant déjà vieux, il y fit, cependant, de si grands progrès, qu’on ne pourrait pas trouver aisément quelque trait, ni d’histoire grecque ni d’histoire italienne, qui lui fût inconnu. Dans sa première jeunesse, il composa des harangues. Devenu vieux, il se mit à écrire des Histoires, dont il existe sept livres. Le premier contient les actions des rois du peuple romain ; le second et le troisième marquent d’où est née chaque ville d’Italie, et c’est sans doute pour cela qu’il appela tous ces livres Origines[9]. Dans le quatrième, il renferme la première guerre punique ; dans le cinquième, la seconde. Tous ces objets sont racontés sommairement. Il a traité de la même manière les autres guerres des Romains, jusqu’à la préture de Servius Galba, qui pilla les Lusitaniens. Il n’a point nommé les généraux qui eurent la conduite de ces guerres ; il a cité les faits, sans mentionner leurs auteurs. Il a exposé dans ces mêmes livres tous les objets merveilleux qu’on voyait en Italie et dans les Espagnes. Dans cet ouvrage, on trouve beaucoup de soin, d’exactitude et d’érudition. Nous avons dit plus de choses de sa vie et de ses moeurs dans le livre que nous avons fait séparément sur lui[10], à la prière de Titus Pomponius Atticus. Nous y renvoyons donc les amateurs de Caton.

Notes[modifier]

  1. Municipe ou ville municipale. Le municipe était régi par ses propres lois, quoique ses citoyens fussent admis à briguer les charges de Rome.
  2. C. Claudius Néron défit une armée de 56000 Carthaginois commandés par Hasdrubal. On désigne plus communément le lieu de cette bataille par le fleuve Métaure, en Ombrie. Sena était une petite ville sur la mer adriatique, non loin d'Ancône. Il y avait aussi une petite rivière de ce nom.
  3. Le questeur était le trésorier de l'armée.
  4. L'édile était un magistrat chargé du soin des édifices publics et particuliers, de l'approvisionnement de la ville, de la célébration des jeux solennels, etc.
  5. Le poète Ennius, créateur de l'épopée latine, était originaire de Calabre.
  6. Il y était retenu par ses guerres contre diverses peuplades espagnoles.
  7. Caton fut mis en accusation une cinquantaine de fois.
  8. Caton a écrit un traité d'agriculture, de rebus rusticis
  9. Le livre des Origines ne nous est parvenu que par fragments.
  10. Ce livre ne nous est pas parvenu.