Voyage d’un naturaliste en Océanie

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

VOYAGE D’UN NATURALISTE EN OCÉANIE.

Amateur passionné des explorations, M. Julius Brenchley avait passé la plus grande partie de sa vie à récolter des collections d’histoire naturelle, d’abord en Amérique et ensuite en Océanie. Mais sa santé fut bientôt épuisée par les fatigues et il est venu récemment augmenter le martyrologe de la science, léguant à un ami, M. J. Remy, qui avait été souvent son compagnon de voyage, le soin de continuer ses travaux inachevés.

Nouvelles espèces de coquillages en Océanie.

M. J. Brenchley étant à Sydney, en Australie, profita de l’occasion d’un navire de guerre anglais, le Curaçao, envoyé en mission dans les îles de l’Océanie, pour rappeler le souvenir des couleurs britanniques aux indigènes et aux quelques établissements européens perdus dans les îles éloignées. Étant embarqué comme naturaliste de l’expédition, il eut toute facilité de se livrer à ses études favorites, pendant les fréquentes relâches, il rapporta beaucoup de documents nouveaux, qu’il publia dans son ouvrage : Cruise of the Curaçao[1]. Ce volume est une relation de son voyage, où figurent ses observations d’histoire naturelle sur l’ethnographie, la botanique, l’ornithologie, l’ichthyologie et la conchyliologie. Le texte est accompagne de chromo-lithographies représentant des sujets indéterminés jusqu’ici.

Nous avons choisi dans ces dernières les espèces nouvelles de coquillages, qui ont été groupées dans la figure ci-contre. La gravure, impuissante à reproduire la vigueur des tons et la richesse du coloris, les offre néanmoins tels qu’ils sont, dans toute la rigueur de leurs formes.

Il est à remarquer que plusieurs de ces espèces de coquillages trouvés aux antipodes ont un caractère identique avec celles qui peuplent les mers d’Europe. Ce qui permettrait de supposer ou que les espèces animales ont fait leur apparition par groupes, dans des centres de création, ou que les types se transforment et dégénèrent ; mais aussi plusieurs ne sont que des formes embryonnaires de types plus parfaits. C’est ainsi que les Astrées ressemblent en naissant à des Actinies, puis à des Turbinolies et aussi à des Fongies, jusqu’à ce qu’elles arrivent à leur état définitif et permanent.

Les coquillages ne sont donc pas un objet de simple curiosité pour l’amateur d’histoire naturelle ; ils servent à reconstituer l’histoire de la terre ; ils sont, pour le géologue, ce que les médailles sont pour l’antiquaire, par les sujets de comparaison qu’ils offrent des différentes époques de la formation de la croûte terrestre. Ces repères de la géologie nous permettent de lire au grand livre de pierre qui s’offre partout à nos regards.

J. Girard.


  1. Jottings during the Cruise of H. M. S. Curaçao among the south sea islands in 1855, by Julius L. Brenchley M. A., F. R. G. S. London, Longmans, Green and Co 1873.