Wikisource:Extraits/2015/41

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Anonyme, La Farce de Maître Pathelin

Traduction Édouard Fournier 1872


PATHELIN, GUILLEMETTE.


Pathelin.

Par notre Dame, Guillemette,
Quel que grand’ peine que je mette
A ruse sur ruse entasser,
Nous ne pouvons rien amasser.
Comme jadis que ne plaidé-je ?


Guillemette.

Aussi, Sainte Vierge, y pensais-je,
Mais on ne vous tient plus, je vois,
Sage du tout comme autrefois.
Chacun, pour gagner sa querelle,
Lors vous vouloit, qui vous appelle
Avocat sous l’orme.


Pathelin.

Avocat sous l’orme.Chansons !
Sans me vanter, où nous plaidons,
Nul n’est plus sage, fors le maire.


Guillemette.

Lui du moins sait-il la grammaire,
Et, grand clerc, en remontre à tous.


Pathelin.

Quand on s’y met, où voyez-vous
Cause qu’on ne dépèce en maître ?
Si jamais je n’appris la lettre
Que bien peu, je m’ose vanter
Que je sais aussi bien chanter
Au lutrin, et le prêtre y suivre
Que si j’avais mis sur un livre
Tout le temps que Charles alla
En Espagne.


Guillemette.

En EspagneHé ! que vaut cela ?
Pas un peigne. On meurt de famine,
Nos habits sont plus qu’étamine
Râpés, et ne pouvons savoir
Quels autres on pourroit avoir.
Et que nous vaut votre science ?

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