Wikisource:Extraits/2019/35

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Johanna Spyri, Encore Heidi, chapitre VII

1881

Traduction de l'allemand autorisée par l'auteur 1882


Chapitre VII.

Comment on passe son temps sur l’alpe.


Le soleil apparaissait derrière les rochers et lançait ses premiers rayons sur le chalet et la vallée.

Selon son habitude de chaque matin, le Vieux de l’alpe regardait dans le silence et le recueillement les brumes légères se dissiper lentement le long des hauteurs, et la contrée au loin, se dégageant des ombres crépusculaires, s’éveiller à la lumière d’un jour nouveau. Peu à peu les légers nuages du matin devinrent plus lumineux, et enfin le soleil, se montrant en plein à l’horizon, versa à flots l’or et la lumière sur les rochers, les forêts et les monts.

Le Vieux rentra alors dans le chalet et grimpa doucement la petite échelle. Clara qui venait d’ouvrir les yeux, regardait toute stupéfaite les brillants rayons du soleil qui entraient par la lucarne et venaient danser jusque sur son lit. Elle ne savait plus du tout où elle était ni ce qu’elle voyait ; mais ses regards tombèrent sur Heidi encore endormie à côté d’elle, et au même instant elle entendit la voix cordiale du grand-père.

— Bien dormi ? pas trop fatiguée ?

Clara l’assura qu’elle n’était pas du tout fatiguée et qu’une fois endormie elle ne s’était pas réveillée de toute la nuit. Cela fit plaisir au grand-père ; puis il se mit tout de suite à l’œuvre et assista Clara dans sa toilette avec autant d’adresse et d’expérience que si c’eût été précisément son métier de soigner des enfants malades et de leur faciliter toute chose.

Heidi qui venait d’ouvrir enfin les yeux, vit avec étonnement le grand-père prendre sur son bras Clara déjà toute habillée et descendre avec elle. Il fallait se hâter de les rejoindre ! elle sauta à bas du lit et fut prête en un clin d’œil ; puis elle descendit l’échelle, sortit du chalet et s’arrêta court pour contempler avec le plus grand étonnement ce que faisait le grand-père.

La veille au soir, tandis que les enfants reposaient déjà sur leur lit de foin, il avait longtemps réfléchi où il pourrait remiser le large fauteuil à roulettes. Il ne fallait pas songer à le faire entrer dans le chalet, la porte en était trop étroite ; mais tout à coup il lui était venu une idée : il était allé derrière le hangar et avait décloué deux grandes planches de la cloison ; par cette large ouverture il avait roulé le fauteuil à l’abri et remis les planches à leur place sans toutefois les reclouer. Heidi arrivait au moment où le grand-père, après avoir retiré les planches et installé Clara dans le fauteuil, sortait avec elle du hangar en plein soleil levant. À mi-chemin de la porte du chalet il arrêta le fauteuil et se dirigea vers l’étable aux chèvres. Heidi bondit auprès de Clara.

La fraîche brise du matin caressait les visages des enfants, apportant par bouffées la senteur aromatique des sapins dont l’atmosphère était tout imprégnée. Clara aspirait à longs traits cet air fortifiant, et penchée en arrière sur le dossier de son fauteuil, elle s’abandonnait à un sentiment de bien-être qui lui avait été jusqu’alors inconnu. Jamais encore il ne lui était arrivé de respirer l’air matinal

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