Zamore et Mirza

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PERSONNAGES.

ZAMORE, Indien inſruit.

MIRZA, jeune Indienne, amante de Zamore.

M. DE SAINT-FRÊMONT, Gouverneur d’une Ville & d’une Colonie Françoife dans l’Inde.

Madame DE SAINT-FRÈMONT, ſon épouſe.

VALERE, Gentilhomme François, époux de Sophie.

SOPHIE, fille naturelle de M. de Saint-Fremont.

BÉBÉ, enfant de trois ans, fille de Valère & de Sophie.

UN CAPITAINE de Vaiſſeau François.

ÉMILIE, amie de Madame de Saint-Frémont.

M. LEBEL, Secrétaire de M. de Saint-Frémont.

BETSI, Femme-de-Chambre de Madame de Saint-Frémont.

UN INDIEN, Intendant des Eſclaves de M. de Saint Frémont.

FELICIO, Domeſtique de Valere.

AZOR, Valet de M. de Saint-Frémont.

M. DE BELFORT, Major de la Garniſon.

UN JUGE.

Un jeune INDIEN.

Pluſieurs Habitants & Habitantes Indiens & Indiennes, eſclaves.

Grenadiers & Soldats François.

La Scène ſe paſſe d’abord dans une Iſle, & enſuite dans une grande Ville des Indes Orientales.


ZAMORE ET MIRZA,


OU


L’HEUREUX NAUFRAGE.


DRAME INDIEN.


ACTE PREMIER.

Le Théâtre repréſente le rivage d’une Iſle déſerte, bordée & environnée de rochers eſcarpés, à travers leſquels on apperçoit la pleine mer dans le lointain, Sur un des côtés en avant eſt l’ouverture d’une cabane, entourée d’arbres fruitiers du climat ; l’autre côté eſt rempli par l’entrée d’une forêt qui paroît impénétrable. Au moment où le rideau ſe lève, une tempête furieuſe agite les flots ; on voit un navire qui vient ſe briſer ſur la côte. Les vents s’appaiſent & la mer ſe calme peu à peu.






Scène PREMIÈRE.


ZAMORE, MIRZA.

Dissippe tes frayeurs, ma chère Mirza, ce vaiſſeau n’eſt point envoyé par nos perſécuteurs, Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/7 affreux de l’autorité qui me commandoit ton ſupplice.


Mirza.

Il falloit me laiſſer mourir, tu ferois auprès, de notre Gouverneur, qui te chérit comme ſon enfant. J’ai cauſé tes malheurs & les ſiens.


Zamore.

Que me dis-tu ? Toi périr ? Eh ! pourquoi me rappeller encore les vertus & les bontés de ce reſpectable maître ? J’ai fait mon devoir auprès de lui ; j’ai payé ſes bienfaits d’une tendreſſe filiale. Il me croit coupable, & voilà ce qui rend mon tourment plus affreux. Il ne ſait point quel monſtre il avoit honoré de ſa confiance : j’en ai purgé la terre, & j’ai ſauvé mes ſemblables de ſa tyrannie. Mais, ma chère Mirza, perdons un ſouvenir trop cher & trop funeſte ; nous n’avons plus d’autres protecteurs que la nature. Mère bienfaiſante ! Tu connois notre innocente ; non : tu ne nous abandonneras pas, & ces lieux déſerts nous cacheront à tous les yeux.


Mirza

Je prends plaiſir à t’entendre. Tu m’as appris tout ce que je ſais ; mais, dis-moi, Zamore, pourquoi les Européens & lee Habitans ont-ils tant d’avantages ſur nous pauvres Eſclaves ? Ils ſont cependant faits comme toi & moi. Pourquoi ont-ils tant de ſupériorité ſur nous ? Nous ſommes des hommes comme eux. Eh ! pourquoi une ſi grande différence de leur eſpèce à la nôtre ? 6 ZAMORE ET MltfZ A^ ; * Z A M 6 R E# ; -’^PfrK Cette différence eft bien peu de chdfe > ,ellr n’exirte que dans la couleur mais le* avantages qu’ils ont fur nous (ont imrnenfes. L’an lëi a mis au-dofïus de la nature ; Tinflruftion en a fait de| Dieux f & nous ne fommes que des hommes» Ils fe fervent de nous dans ces climats comme ilf le fervent des animaux dans les ,leu0. Ils font venus cKez nous , fe (ont empares de «os terrés , de nos fortunes » & nous ont fait efclayës f^ur récompenfe des richeffes qu’ils nous opt ravies} ce font nos propres champs qu’ils moiflonhent, & ces moiflbns font arrofées de nos fueurs & d© nos larmes. La plupart de ces maîtres barbais nous traitent avec une cruauté qui fait frémit la nature ; notre efpèce trop malheureufe s’eft ha^ bitucs à ces châtimens. Ils fe gardent i)ien .de nous inrtruire ; ii nos yeux venoient à $>uVrijr > nous aurions horreur de l’état où ils nQm ont ré* duits , & nous pourrions fecouer un jôug aùlïï cruel que honteux. Mais efl-il en noue pouvoir de changer notre fort ? L'homme avili J>^r V^f- clav.ige a perdu toute fon énergie , & les plus abrutis d’entre nous font les moins nràlheureu^ JYi témoigné toujours I ? même zèle à mon maître y & je me fuis bien g*rdé de faire confloitrô tt>a feçon de penfer à mes camarades. M I R Z A. Que je voudrois favoir tout ce que tU ;;fài»î : ;’^tt’ rn’ir.Aïuiras , n’efl-ce pas , mon ami > ZAMORE. Oui » ma chère Mir» , je t’apprendrai tpuî

que je fais. Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/10 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/11 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/12 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/13 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/14 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/15 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/16 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/17 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/18 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/19 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/20 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/21 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/22 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/23 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/24 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/25 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/26 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/27 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/28 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/29 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/30 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/31 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/32 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/33 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/34 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/35 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/36 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/37 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/38 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/39 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/40 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/41 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/42 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/43 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/44 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/45 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/46 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/47 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/48 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/49 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/50 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/51 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/52 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/53 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/54 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/55 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/56 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/57 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/58 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/59 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/60 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/61 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/62 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/63 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/64 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/65 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/66 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/67 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/68 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/69 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/70 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/71 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/72 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/73 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/74 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/75 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/76 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/77 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/78 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/79 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/80 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/81 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/82 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/83 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/84 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/85 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/86 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/87 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/88 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/89 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/90 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/91 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/92 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/93 Page:Gouges - Zamore et Mirza - 1788.djvu/94

Mirza

Nous allons vivre pour nous aimer ; plus de chagrin pour nous ; nous ſerons toujours heureux ? toujours, toujours ?


Zamore

Oui, toujours ; toujours.



Fin du troiſième & dernier Acte.

DIVERTISSEMENT.


Ce Drame doit ſe terminer par un Ballet héroïque, mêlé des Sauvages & des Soldats ; le Mariage de Zamore & de Mirza, doit ſe faire ſur la ſcène ; un tronc d’arbre , doit ſervir d’Autel, les hommes & les femmes arrivent de file, chacun une branche de palmier à la main. L’on porte Zamore & Mirza en triomphe ſur un palanquin ; un char traîné par des Sauvages, dans lequel eſt Madame de Saint-Frémont, ferme la marche. Zamore & Mira s’approchent de l’Autel, conduits par deux perſonnes âgées, de l’un & de l’autre ſexe, ils ſe mettent à genoux aux pieds de l’Autel, les deux vieillards les couronnent, les jeunes Sauvages danſent autour deux ; on entend le canon, & l’on voit la Mer couverte de Navire. Ce Ballet doit peindre la découvert de l’Amérique, les Sauvages effrayés, interrompent tous cérémonies, & courent vers le rivage ; les Soldats arrivent en foule, les Sauvages préſentent leurs femmes à genoux, & les livrent aux mains des Soldats , & s’en vont tous ſe cacher dans la forêt ; les Sauvages feignent de ſe livrer au pouvoir des Guerriers, mais à peine le Ballet eſt-il commencé, qu’elles s’enfuyent toutes par la Colline. Les Soldats ſemblent les pourſuivre avec colère. Le Général paroît, il arrête par un ſigne la fureur des Soldats, il leur fait une morale ſi touchante, que tous les Sauvages ſurpris reviennent ſur leurs pas. Le Général leur fait comprendre que c’eſt pour les protéger qu’il a abordé dans l’iſle, plutôt que pour les tyranniſer. Le Ballet finit par une concorde admirable, & une Muſique indienne, qui, mêlée avec la Muſique Militaire, doit faire un effet neuf au Théâtre.


FIN.