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Zola, Dumas, Maupassant/Avant-propos du traducteur

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AVANT-PROPOS

DU TRADUCTEUR



Le volume de Tolstoï que je présente aujourd’hui au lecteur offre cet intérêt particulier qu’il est consacré presque entièrement à trois écrivains français.

Il débute par une étude sur Zola et Dumas dont le thème a été fourni par le discours prononcé en 1893 par Émile Zola au banquet de l’Association générale des étudiants, et par la lettre adressée vers la même époque par Alexandre Dumas au directeur du Gaulois sous le titre de : Le Mysticisme à l’École. Comme le dit Tolstoï, « ces deux documents, tant par la célébrité de leurs auteurs que par leur opportunité et surtout leur opposition, présentent le plus haut intérêt. Il serait difficile de trouver dans la littérature moderne, en une forme plus concise, plus puissante et plus lumineuse, l’expression de ces deux forces fondamentales dont se compose la tangente de la marche de l’humanité : l’une, la force passive de la routine, qui tend à maintenir l’humanité sur la voie qu’elle a choisie ; l’autre, la force active de la raison et de l’amour qui l’entraîne vers la lumière. »

Il était utile que le lecteur eût sous les yeux les documents qui ont amené Tolstoï à porter un jugement sur les idées morales des deux éminents écrivains français. J’ai donc obtenu de Dumas et de Zola l’autorisation de reproduire ici leurs études.

En me donnant cette autorisation, Alexandre Dumas m’avait manifesté le désir, quelques semaines à peine avant sa fin inattendue, de développer davantage la conclusion de sa magistrale lettre. Malheureusement la mort ne lui en a pas laissé le temps. D’ailleurs, au point de vue qui nous intéresse, il ne pouvait qu’abonder dans le sens de Tolstoï, puisqu’il se trouvait d’accord avec lui.

Par contre, l’opinion de Zola était intéressante à recueillir, et l’on trouvera à la fin du volume une sorte d’interview contradictoire que j’ai pu obtenir de Zola et de Tolstoï grâce à un récent voyage à Moscou. J’ai eu ainsi la bonne fortune de servir d’intermédiaire à un curieux dialogue, engagé des deux bouts de l’Europe entre deux des plus grands écrivains de notre époque, échange d’opinions qui complète et clôt la discussion soulevée par l’article de Tolstoï.

Guy de Maupassant, lui, est jugé non plus sur une page isolée, si caractéristique qu’elle soit, mais sur l’ensemble de ses œuvres considérées uniquement au point de vue moral. D’ailleurs, étude isolée ou œuvres complètes, le criterium de Tolstoï est toujours le même : Quelle est l’action morale de l’auteur, qu’il soit philosophe ou romancier ?

Aussi, les nouvelles et les romans de Guy de Maupassant, comme le discours de Zola et la lettre de Dumas, ont été pour le comte Tolstoï une occasion de développer et de défendre la même idée sur la mission de l’écrivain. J’ai donc réuni en ce volume ces diverses études. Elles ont en effet le double lien d’être inspirées par la même idée et d’être consacrées à des auteurs français.

Enfin, il n’est peut-être pas sans intérêt de dire que l’article sur Zola et Dumas (le Non-agir) m’a été envoyé par Tolstoï expressément pour l’édition française, écrit en français avec de notables changements sur le texte russe paru précédemment. Je le donne tel quel.

E. Halpérine-Kaminsky