Page:Œuvres de Blaise Pascal, IV.djvu/44

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XXVI INTRODUCTION

les miracles de Moïse et de Jésus-Christ, devait être la substance positive de cette Apologie 1 ; — séparer ensuite les Pensées des Provinciales, où l’on ne veut plus voir qu’un exercice de style entrepris à la suggestion de mauvais conseillers ; — séparer enfin Pascal lui-même des hommes qui furent ses maîtres en Dieu, auxquels il n’a jamais reproché qu’un excès de timidité dans la défense de la cause commune, — telles sont les différentes phases du glissement inconscient auquel certains des plus récents interprètes de Pascal se sont laissé entraîner peu à peu.

C’est à l’étude directe des textes, éclairés par le bienfait de l’ordre chronologique, qu’il appartient de redresser l’idée qu’il faut se faire de Pascal. Non qu’il ne paraisse assurément légitime (il nous convient ici de le répéter) de chercher dans Pascal des appuis, des principes mêmes, pour une pensée qui serait différente de l’inspiration pascalienne, qui pourrait lui être opposée ; mais il faut alors avoir le courage de marquer le but que l’on vise : utilisation apologétique, pour reprendre une expression remarquable de Brunetière, et non plus vérité historique. Autrement il est à craindre que ces tentatives pour comprendre le passé à la lumière du présent, cette marche à reculons, Krebsgang comme disent les Allemands, faussent la physionomie authentique d’une œuvre. La tâche dont l’éditeur de Pascal doit s’acquitter, demande au contraire qu’il ferme l’esprit aux rumeurs des passions contemporaines, qu’il traite dans les termes objectifs où ils se sont

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1. Sur l’importance de cette partie dogmatique, on aura profita consulter la conférence de M. Lagrange : Pascal et les Prophéties messianiques publiée dans la Revue Biblique internationale (Paris-Rome, 1906, p. 532 et suiv.); et à relire, apud Petitot, op. cit., p. 231, la conclusion du très remarquable chapitre intitulé : La méthode apologétique de Pascal est-elle immanente?