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NOTES


ROBESPIERRE JOURNALISTE (p. 72).


Robespierre journaliste mérite d’être connu, et il y aurait toute une physionomie intéressante à étudier à ce point de vue qui compléterait celle de l’orateur. Les deux extraits de ses Lettres à ses commettants, sur la suppression du budget des cultes et sur l’instruction publique, montrent bien une des faces de son talent de journaliste ; mais, ce sont ses polémiques contre La Fayette, contre Pétion, contre les Girondins qu’il faut lire. Nous en donnerons du moins une idée par l’extrait suivant d’un article du Défenseur de la Constitution écrit après le 20 juin, lorsque La Fayette avait quitté son camp pour venir faire ses représentations verbales à l’Assemblée :

« Ajax, roi des Locriens, avait laissé une si haute opinion de sa valeur, que ses concitoyens conservaient toujours sa tente au milieu de leur camp ; l’ombre seule de ce héros gagnait encore des batailles.

» Nous avons un général qui semble avoir choisi pour modèle l’ombre d’Ajax. La tente de M. La Fayette est au milieu du camp où il commande ; mais elle est souvent déserte, comme celle du roi grec : ce général a la propriété de disparaître de son camp par intervalles, pour huit ou quinze jours, sans que ni les ennemis ni son armée s’en aperçoivent. La seule différence qui existe entre l’ombre d’Ajax et M. La Fayette, c’est que celui-ci ne gagne pas de batailles. Pyrrhus apprit aux Romains l’art des campements ; La Fayette instruira les généraux qui le suivront dans l’art de voyager. Faire la guerre à la tête de son armée, est une science commune, qui appartient aux héros vulgaires : être éloigné d’elle de soixante-dix lieues, plus ou moins, et faire la guerre : voilà le talent merveilleux, réservé aux êtres privilégiés, refusé à tout général qui n’a subjugué ou affranchi qu’un seul monde. Le général est-il au camp ? Est-il au château des Tuileries ? Est-il à Paris ? Est-il à la campagne ? sont aujourd’hui autant de questions qui n’ont rien du tout d’oiseux ni de ridicule.